DB JOSEPH 9CALI6BR
A PIERRE PITHOU
Monsieur, Je n'ai point receu de voz nouuelles despuis celles qu'il vous pleust m'escrire à vostre arrivée à Perrigueiis,* auxquelles j'ai despuis escrist. Je ne fais qu'arriver en ceste maison. Aultrement vous eussiez eu souvent de mes nouuelles, si j'eusse tousjours desmeuré en ces quartiers. J'ai ouï parler du poème diffamatoire du Procureur de l'Isle contre moi. Mais je ne l'ai voulu regarder, me contentant qu'n ase' a escrit contre un qui sait plus que lui, et un meschant contre un homme de bien. Je désire grandement sauoir de vos nouuelles, n'en aiant entendu^il y a si long* tems.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.
De Guillot, ce dernier Aoust 1583.
Vostre très affectionné à vous seriiir,
Joseph de La Scala.
A Monsieur de Pithou, Procureur général en la Chambre de justice establie en Guienne, à Perigueu .
« Collection Du Puy, vol. 496, fo 185.
- Pithou était arrivé à Périgueux le mois précédent. La Chambre de Justice se réunit, pour la première fois, en chambre du Conseil, dans la maison commune de cette ville, le 27 juin, et en séance solennelle le 4 juillet. Voir la notice déjà citée, de M. Brives-Cazes sur La Chambre de Justice de Guyenne en ^ 585-1 58Sj p. 282-2<S4.
' Scaliger n'a pas écrit asne, mais bien ase, forme gasconne du mot.
446 LBTTRB8 FRAlIÇAIgBS INÉOITBS
A CLiUDE DU PU-Y.«
Monsieur,
Eiicores que je vous aie escrit amplement par mon aiiltre lettre, si est ce que le porteur ne partant si tost, que j'auoie pensé, j'ai adjousté la présente tant seullement pour vous salluer encores un aultre fois , et recompenser * la faulte que j'ai faicte de ce que je ne vous ai escrit si souuent que j'eusse voullu. Je vous recommande bien fort le procès de Monsieur de Roques, lequel vous baise les mains bien humblement. Despuis que ie suis en ce pais je n'ai receu lettres de Mons'' d'Abain qu'une fois , de quoi je suis aulcunement en doute. Quant h mon liure je n'en ai receu aulcune nouuelle despuis le temps qu'il pourra auoir esté imprimé.'
* Collection Du Puy, vol. 496, fol. 47.
' Uécompefîser est là pour conipenseï', dédommager. Ce sens s'est conservé pendant tout le xviie siècle, et on le trouve aussi bien dans les Mondes de Fontenelle (1686), que dans les Fables de La Fontaine, les Mémoires du cardinal de Retz et les Lettres de M"»e de Sévigné.
' Le De emendatione temporum. L'impression en avait été terminée le 1«» août.
A mon retour en France * je pense vous voir soit que vous soies à Perigueus,^ soit ailleurs. Cependant,
Monsieur, je vous baise les mains très humblement, priant Dieu vous donner sa grâce.
De Guillot, ce 3 septembre 1583.
Vostre très humble seruiteur, Jos"PH DE La Scala.
A Monsieur du Pui, Conseiller du Roi en sa Court du Parlement de Paris estant de présent la Chambre de justice establie en Guienne, à Perigueus.
* Pour tous les méridionaux, la France ne commençait alors que là où finissait le pays d*adioiisias.
2 Je ne sais si Scaliger alla rejoindre ses amis Du Puy et Pithou, à Périgueux, mais il est certain qu'il a séjourné dans cette ville, comme le montre assez ce souvenir de ses impressions de voyages consigné dans le Secunda Scaligerana (p. 497) : « Périgueux. On y traite fort bien, et à Agen, mieux qu'à Bordeaux et àTholose, mais, à Périgueux on est mal servy de linge, »
1^0 LBTTBIt FBlHÇAIfBS DlftoITIS
A CLAUDE DU PUY
Monsieur ,
J'ai receu vostre lettre du VIII septembre avec la lettre de Monsieur d*Emeric, lequel m'escrit que mou livre a esté présenté par lui à Mons' le premier président^ et m'esbahis fort comment Pâtisson a tant retardé à publier mon livre, veu le temps qu'il y a qu'il avoit receu ma préface. Je ne sai si aures veu un livre intitulé : 3/. Tullii Ciceronis Consolatio,^ qui est une fourbe d'Italien * comme touts ceux qui sont
* Collection Du Puy, vol. 496, fo 50.
2 Achille de Harlay, premier président du Parlement de Paris, comme nous l'avons déjà dit.
* M. T. Ciceronis consolatiOy quo se ipsum de filiœ morte consolatus est, nunc primum repertus et in lucem editus, cum privilegio Senatus Veneti ad XXX annoSy apud Hieronymum Polum (Venise, 1583, petit in 8*.
* Scaliger avait bien deviné. Voici comment M. J.-V. Le Clerc parle de ce traité [Introduction à la Consolation) y dans le tome XXVIII des Œuvres complètes de Cicérofiy in-8% 1821, p. 346) : « Mercurialis et Riccoboni contestèrent les premiers l'authenticité de la découverte, et Riccoboni, l'aunée môme dé la publication, exprima ses doutes dans une lettre critique. Un des éditeurs des fragments, Sigonius de Modène {Carlo Sigone), professeur célèbre, qui devait jouer un grand rôle dans cette dispute, et dont les nombreux ouvrages ont été réunis à Milan, de 1732 à 1734, en plusieurs
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exercés en la lecture de Cicéron le peuvent juger. Bien est vrai que c'est un excellent homme en ce stile quiconques est cellui qui a composé ce livre.* Mais aliiid sics aliud catuli oient. Je trouve Tinvention fort belle. Je suis eu ceste ville pour me purger à cause de ma galle,^ et demain je dois
volumes in-folio, s'était empressé, dès le premier moment, de reconnaître dans ce traité la main de Cicéron, et il appuya son avis de deux discours polémiques. Riccoboni répliqua en 1584; il démontra la supposition par de nouvelles preuves ; et déjà les meilleurs juges. Muret, Victopius, étaient de cette opinion, que Sigonius ne parvint jamais à détruire par deux nouvelles réponses. On peut voir dans une longue préface de Morabin [Consolation, Paris, 1753), l'ordre et la date de toutes ces dissertations où l'on trouve presque toujours autant d'injures que de raisons ; c'étaient là les brochures du xvie siècle. Le dernier assaut que Sigonius eut à essuyer, fut le livre de Gutielmius, de Lubeck, dont les travaux ont été si utiles au texte de Cicéron. Cette critique était victorieuse. On dit que Sigonius en mourut de chagrin. Bien des probabilités se réunissent pour faire croire qu'il était l'auteur de la Consolation,,, » Il est fâcheux que J.-V. Le Clerc n'ait pas eu connaissance de la lettre oh Scaliger révèle la fourberie italienne. Le premier (de toute façon), des critiques qui s'occupèrent du traité fabriqué par Sigonius, méritait de n'êtra pas oublié dans la liste de ceux que le pastiche ne put tromper.
* Sigonius, selon la remarque de M. Le Clerc [Ihicl. p. 347), « à l'exemple de tous les Cicéroniens de ce siècle, Bembo, Sadolet, Longueil, avait pris une telle habitude de la période cicéronienne, qu'on la retrouve même dans ses traités purement didactiques, comme les Fastes consulaires. » Scaliger rend hommage {Secunda Scaligerana]y p. 573), à la pureté de la latinité du mystificateur : « Sigonius et P. Manutius ont bien écrit en. toutes leurs œuvres. » Ajoutant : « Etiam voluit dare consolationem Ciceronis, sed Itali restiterunt. »
* Nous avons vu (Lettre VII, p. 35) que, déjà en 1575, Scaliger parlait au môme ami d'une maladie qui l'avait laissé plein d$ galle.
15S LUTHS ntAMÇAItlt inépitis.
prendre un baing par trois jours continuz pour m'oster ceste scabies xaxoîjGtiç. Je pense que ne demeureres guieres en ce pais des Laestrigones de Vesuna * et à la mienne voulonté fussies vous touts demeurés en ceste ville ubi mirum vestri desiderium reliquistis. J'ai receu tout maintenant le Probus in Juvenalem. Je pense partir dans peu de jours pour m'en aller en Poitou et de la je le vous envoierai tout transcrit. Si je suis contraint demeurer ici un mois, soies seur que vous Taures bona fide. Cependant,
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.
D'Agen, ce 17 septembre 1583.
Je vous recommande le procès de Mons' de Roques.
Vostre très humble serviteur, Joseph de La Sgala.
' On sait que les Lestrigons étaient les sauvages habitants de la Sicile orientale, et que, selon l'auteur de V Odyssée (chant X), ainsi que selon Pline le naturaliste (livre VII, chap. II), ils étaient anthropophages.
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