‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 12 sur 37 · A MONSIEUR DE PITHOU · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE PITHOU

Procoreiir fénéral en It Gbimbre û» justice establie en Goiesse. à Férl^u.*

Monsieur,

J'ai receu deux lettres de vous en divers temps, comme aussi elles estoient de diverse datte. Eu la première , qui estoit datée du VI Aoust, il y a voit des inscriptions de Vesuna,^ de quoi j'ai esté fort joyeus, et vous en remercie fort, comme aussi je fais de la lettre de Monsieur d'Emeric, laquelle j'ai receu avec la vostre. Quant au livre de Cicero inscrit de exilio, je ne sai que c'est.' Mais bien sai-je qu'on en faict courir un souz ce titre : M. Tullii Ciceronis consolatio. Le bon homme M. Vinet,* me l'a envoie de Bourdeaus,

• îbid. î- 186.

' Voir sur les inscriptions de Périgueux les Remontrances déjà citées d'Antoine Loisel (Paris, 4605, in-8o), un mémoire de Tabbé Lebeuf dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres (t. XXIII, p. 201), surtout l'ouvrage du comte de Taillefer {Antiquités de VésonnCy Paris. 1821, in-4'), et aussi (passim) le Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord (1874-1879, 6 vol. grand in-8o).

^ Ni moi non plus. Pithou confondait probablement nn imaginaire traité de exilio avec le traité Consolatio dont il avait vaguement entendu parler.

* Elie Vinet était alors âgé de 74 ans, et c'était un bon hommes c'est-à-dire un vieillard, pour Scaliger, qui n'en avait que 43. Sur les relations de Vinet et de Scaliger, on consultera avec fruit VHistpire du collège de Guyenne, par M. Ernest Gaullieur, archiviste de la ville de Bordeaux (Paris, 1874, grand in-8»). Rappelons ici le bel éloge donné à Vinet dans le Prima Scaligerana, p. 166 : « Nullum novi docHorem in bonis litteris ipso Tineto.,, »

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et je Tavois desja veu à Toulouse. Mais la fourbe etiam cœco apparet} Car c'est un livre forgé par un italien dédié du tout h la lecture de Cicero, mais non si bien, qu'on ne cognoisse l'affectation et imitation du langage, et façon d'escrire de Cicero ^ aussi clairement que le nez au visage. Au reste, c'est bien un grand homme et diligent qui Ta faict, mais ce n'est toutefois Cicero, comme il a voullu faire croire. Et si c'est un homme qui vive encores, c'est sans doute un qui est à Romme, et y estoit desja de mon tems, lequel ne s'estudioit à aultre chose qu'à imiter Cicero, et le faict fort heureusement. J'ai oublié son nom, mais Monsieur d'Abain le cognoist bien. 3 Si c'est* un homme du temps de noz pères, il ny a homme qui puisse avoir faict ce livre que Johanes Casa.* Si nous estions ensemble je vous montrerois ce que

* Quoique la falsification pût être reconnue par un aveugle luimême, il s'est trouvé de notre temps un érudit anglais assez original pour ne pas tenir compte de l'évidence. « Il est permis de s'étonner, «lit-on dans les Supercheries littéraires dévoilées (t. II, fol. 729), « que parmi les critiques modernes, Blacklock ait essayé encore de maintenir une attribution unanimement rejetée aujourd'hui. »

* M. J.-V. Le Clerc est d'accord, sur ce point, avec Scaliger {Introduction à la Consolation^ p. 349) : « On ne peut dissimuler, dit le judicieux critique, malgré des fautes qu'un œil exercé découvrira sans peine, que le faussaire ne se montre souvent très habile imitateur, du moins pour le style. »

* On voit que Scaliger ne soupçonnait pas le moins du monde, à ce moment, Charles Sigonius.

* Scaliger veut parler de Jean délia Casa, archevêque de Florence, né en 1503, mort à Rome en i557, l'élégant et ingénieux auteur du Galateo i4558) et des Capitoli (Venise, 1538). Ce qui me .décide à le croire, outre la ressemblance des noms, et l'impossibilité de substituer un autre personnage à celui-là, c'est le culte qu'avait Jean délia Casa, comme son ami le cardinal Bembo, dont il a écrit la

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j'en ai marqué, où il n'a seu bien jouer son roUe pour nous faire croire que c'est Cicero. Or, vous en jugerés mieux que moi, et par ce je ne vous en dirai rien dadvantage. J'aimerois beaucoup mieus avoir veu VAmobius de Fulvius,* combien que je m'asseure qu'il n'y a plus que moi qui ai la collation de celui du Roi. Yoilà,quantà vostre première lettre, L'aultre dattée du XI de septembre je l'ai receue avant hier, avec le Juvenal, dont je vous remercie bien humblement. Quant au Computus je vous remercie, et n'est besoingme l'envoier. Car tous les Computus des anciens latins ce n'est que Beda,^ ou recuict de Beda.^ je ne sai que c'est que CGR en l'inscription de Perigueus qui est chrestienne. Monsieur Buranti premier président et beaucoup d'aultres de la Court de Parlement de Toulouse m'ont faict plus d'honneur et de bon receuil,^ que je ne mérite. Le dict sieur Président me parla de vous et de Monsieur Du Puy fort honorablement. Le bon

vie, pour les écrivains de la vieille Rome en général et pour Cicéron en particulier.

' L'édition d'Arnobe et du Dialogue de Minucius Félix, intitulé : Octavius, donnée à Rome par Fulvio Orsini (1583, in-4o), est dédiée au pape Grégoire XIII.

2 On sait que Bèdele Vénérable (673-735), est le premier chronologiste qui ait partagé l'histoire du monde en six âges.

' La pittoresque expression de Scaliger peut être rapprochée d© la spirituelle plaisanterie de M"« de Sévigné sur l'impromptu réchauffé du chevalier de Ghâtillon (Lettre du 23 décembre 1671, p. 446 du tome II de l'édition des Grands écrivains de la France, 1872).

* Le Dictionnaire de Trévoux nous rappelle que Recueil s'est dit autrefois pour accueil et cite cette phrase de Philippe deCommynes : « Je ne séjournai que deux ou trois jours avec Madame de Savoie, qui me fit bien bon recueil. » Voir d'autres citations dans le Dictiommire de M. Littré, notamment une citation tirée des Essais de Montaigne.

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homme Rohaldès.' est tousjours gaillard et garçon comme de coustnme, et espère le voir encores ou à Toulouse ou à Marsillac, lieu de sa naissance.' Cellui qui avoit promis h mon frère et à moi de tirer les pourtraictz de nostre père* nous trompa à tous deux. Mais nous tascherons de le faire tirer à un aultre et suis marri que par la faulte d'autrui ego non potui exolvere ftdem nostram. Je suis venu en caste ville pour me faire purger, saigner et baigner à cause de la galle qui m'est venue, et demain je commencerai à prendre

* François Roaldès , un des plus savants jurisconsultes du xvi« siècle, professa le droit à Gahors, à Valence et enfin à Toulouse, où l'avait attiré le premier président Duranti. Roaldès était, alors, presque septuagénaire, et c'est pourquoi Scaliger l'appelle le bon homme, comme il vient d'appeler Vinet. Roaldès, tant loué par le président de Thou, par Sainte-Marthe, par Scaliger {Magnus pirisconsultuSf totius antiquitatis eximie peritus, dans Prim^a Scaligerana, p. 144), mériterait d'être moins oublié. Il n'est pas nommé dans le Dictionnaire historique de la France, de M. Ludovic Lalanne. Je publierai bientôt quelques lettres inédites de lui, précédées d'une notice où je chercherai de mon mieux à faire connaître le digne émule et le digne ami de Cujas.

* Marcillac est aujourd'hui un chef-lieu de canton du département de l'Aveyron, dans l'arrondissement de Rodez, à 20 kilomètres de cette ville. Sainte-Marthe s'était trompé en donnant la capitale du Rouergue pour berceau à Roaldès. Le président de Thou, mieux informé en sa qualité de disciple de Roaldès (à Valence), afQrme, comme Scaliger, qu'il naquit dans une petite ville nommée Marcillac (Livre XCVI, à l'année 1589).

* Voir dans la Liste des portraits illustres (t. IV de la Bibliothèque historique de la France p. 266), l'indication de quatre portraits de Jules-César Scaliger et d'un portrait de Joseph-Juste Scaliger (ce dernier gravé par Edelinck, in-folio). M. Emile Montéguta très bien décrit {Impressions de voyage et d*arty dans la Revue des Deux-Mondes du le' juin 1869, p. 564j le portrait de Scaliger qui orne, à FAcadémie de Leyde, la salle du Sénat.

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