DE JOSEPH SCAU6EE
mon baing ; aultrement je demeurerois ladre. Monsieur et Madamoiselle de Roques qui sont venus- en ceste ville cejourdhui * vous baisent les mains. Ainsi faict bien Pappon mon hoste.'
Monsieur, je vous baise ires humblement les mains, et à Madamoiselle Pithou avec son petit-fils qu'elle a faict,^ priant Dieu vous donner à tous deux sa grâce.
D'Agen ce f7 septembre 1583.
Vostre très obéissant serviteur et amU Joseph de La Scala*
Je vous supplie faire publier'vostre Juvenal. Il y a long temps que livre ne fust si bien receu'que sera celluy la.
• M. et M"» de Roques habitaient probablement, en ce temps de vendanges, quelqu'une de leurs terres des environs d'Agen, soit Clermont-Dessous, qui est à 49 kilomètres de cette ville, soit Roquefort, qui est à 17 kilomètres de la même ville, soit Sérignac, qui n'en est séparé que par 13 kilomètres, soit Montesquieu, qui est à la môme distance d Agen que Roquefort , soit Guillot, dont il a été parlé à la page 140.
• Ceux de mes bons amis d'Agen qui ont le mieux étudié les vieux livres et les vieux papiers relatifs à l'histoire de cette ville, n'ont pu rien me dire de Vhoste Pappon.
• Le fils que Gatiiefine Palluau donna, en 1583, à Pierre Pithou mourut en bas âge, comme ses frères. Voir sur cet enfant une note de M. P. Paris {Choix de lettres françoises inédites, par J.-A. de Thou, p. 36). Rappelons que, l'année précédente, Claude Sanguin avait donné à Claude Du Puy, à Agen, le 27 novembre, un fils qui, sous le nom de Pierre Du Puy, .fut un des plus admirables travailleurs du xviie siècle, J. -Auguste de Thou, cousin germain de Claude Sanguin, écrivait à Claude Du Puy, le 30 mai i583 ( Recueil de M. p. Paris, p. 25) : « Je vous baise les mains et à Mademoiselle et vostre petit héritier gascon. »
45S LBTTRK9 FRÂRÇAISBS 1KÂ01TBS
Monsieur,* après ma première escrite , il m'est souvenu d'un procès que Monsieur de Roques a en la Chambre de Justice duquel Monsieur Du Pui est rapporteur. Il y a long temps que le dict procès traisne, et n'a tenu qu'au dit sieur rapporteur qu'il n'est esté expédié. Pourquoi, Monsieur, si vous savés quelque expédient pour le faire vuider, je vous supplia très humblement pour l'amitié qu'il vous a pieu tousjours me porter, de faire de sorle qu'il soit despecbé. La proximité du sang, qui est entre Monsieur de Roques et moi 2 m'a poussé à vous prier de ceci, et la bonne voulonté que je sai que me portés me donne espérance d'impetrer cella de vous. Il n'y a chose en ce monde que je désire de vous plus que cella, et d'autant que je me fie que vostre bonté ne permettra qu'en vain je vous aie prié de ceci, je mettrai fin à la présente, vous baisant très humblement les mains, et priant Dieu etc.
D'Agen, ce 17 septembre 1583.
Vostre affectionné serviteur, Joseph de La Scala.^
^ Ibid., folio 187.
* Pierre de Secondât, le père de M. de Roques (Jean de Secondât), était fils d'une demoiselle de La Roque de Loubejac, tante, selon les uns, sœur, selon les autres, notamment selon J.-A. de Thou {Mémoires, Liv. II, à Tannée 1581), d'Andiette de La Roque de Loubejac, mère de Joseph Scaliger. Ce dernier pouvait donc à bon droit invoquer sa proche parenté avec M. de Roques.
^ Je néglige une insignifiante petite lettre [Ibid., folio 188) écrite d'Abain, le 22 octobre 1583, à « M' Pithou, substitut de M» le Procureur général à Trois en Champagne. »
DB 108KPU 8CAI.IGRB. 459
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je ne sai si aurés reccu les lellres que je vous cscrivi de Touifou au mois de décembre ^ avant mon voyage de Berri, où j'ai demeuré jusques à présent, et la plus part du temps ai demeuré avecques Monsieur Cujas.' J'ai eu le bon loisir de
' Ibid., folio 52.
- Je ne vois pas, dans la collection d'oti cette lettre est tirée, les lettres écrites en décembre 1583 à Claude Du Puy. J'y trouve en revanche (volume 496, folio 51) une courte lettre à Pierre Pithou, datée de Touffou, le 12 décembre de cette année. En voici les premières lignes : « Monsieur, estant arrivé en ce pais je n'ai trouvé Monsieur d'Abain. Toutesfois d'autant qu'il pense retourner încon-. tinent après avoir receu l'ordre du Saint-Esprit, je n'ai voullu aller à Paris, joint aussi que le Roi et toute la Court est à Saint- Germain.» M. Teulet (Liste chronologique des chevaliers de V ordre du Saint-Esprit depuis son origne jusqu'à son extinction, dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France pour 1863) mentionne (p. 39) comme ayant été reçu le 31 décembre 1583, en l'église des Grands-Augustins de Paris, « Louis Chasteigner, seigneur de la Rocheposay gouverneur de la Marche. »
» Dans une lettre à Pithou, du 22 février 4584 (vol. 496, folio 1«9), Scaliger indique d'une façon plus précise la durée de son séjour auprès de son ami : « J'ai demeuré cinq semaines à Bourges avecques M' Cujas...»
460 LETTRES rtuMçjdsu ndbiTKs
lire le livre que Fregeville * a escrit contre moi, et contre mon livre De Emendatione,^ car non seulement il s'attaque
' On ne trouve rien sur cet adversaire de Scaliger,ni dans le livre de M. Nisard, ni dans celui de M. Bernays, ni dans Moréri, ni dans Bayle, ni dans la Biographie Michaud, ni dans la Biographie Didot. Une fatalité trop persistante réduit à une seule ligne sans valeur ce qui en est dit dans le Secunda Scaligerana (p. 334,' : Fregeville non magni fit à Scaligero, » Heureusement que La Croix du Maine {Bibliothèque française, édition de 1772, t. I, p. 500), et Du Verdier (t. IV, p. 417) nous apprennent que Jean de Fregeville éidii « natif de Réalmont en Albigeois, homme docte ès-mathématiques, et surtout en la chronologie, issu de la maison du GauJt, » et nous donnent ainsi le titre de ses deux ouvrages :
Chronologie,,, contenant la générale durée du monde, démontré par la parole de Dieu (Paris, in-4'^, 1582).
Traité chronologique, contenant plusieurs lettres recherchées et restitution des anciennes supputations des ^Egyptiens, Assyriens Mèdes et Perses, conformes à l'Histoire Sainte, avec une Appologie du calcul de sa chronologie, que quelques-uns recentement ont voulu taxer (Paris, in-4o, 1583).
* Déjà dans la lettre à Pithou mentionnée plus haut (note 2), Scaliger disait : « Je n'ai encores veu le livre de ce fol de Fregeville, lequel toutesfois Monsieur de S. Marthe vous avoit adressé du temps que j'estois à Perigueus. » Scaliger ayant dû aller à Périgueux vers la fin de l'automne de 1583, le livre de Fregeville avait donc paru vers cette époque. Scaliger dit qu'il sait bien w qu'il n'y a rien qui vaille » et que Fregeville confesse, comme on le lui a rapporté, qu'il n'a été incité à écrire contre lui que parce que Fauteur du De emendatione l'aurait maltraité. « Et toutefois, » déclare Scaliger, « mon livre estoit presque imprimé avant que je visse le sien. » C'est à peu près comme dans la fable de La Fontaine:
It je sais que de moi tu médis Tan passé. — Gomment l'aurais-je fait ? Mon livre n'était né,
Scaliger ajoute bien dédaigneusement : « Je le laisse là tel qu'il est, ignorant en toute bonne discipline en langue grecque et latine.»
DE JOSEPH SCALlI.KIt. 161
à mon dit livre, ains à ma personne mesmes. Je ne veis jamais livre si impertinent que celui-là, car il n'y a nul poinct de vérité. C'est un home qui n'estudia jamais qu'en françois, et en sa Bible, laquelle toutesfois il entend comme moi TAlchymie. Il ne prétend aultre occasion d'avoir escrit contre moi, que d'autant que je l'ai taxé en mon livre, comme il dit. Et toutesfois cela est faux, car je n'ai parlé contre ame vivante, que contre l'imposteur moine Annius,* lequel tout le monde suit encores en la chronologie. Mais le galand^
Dans une autre lettre à Pithou déjà indiquée (note 3), S-caliger s'exprime ainsi : « Et ai leu Tinepte livre que Fregeville a fait contre moi... Il n'y a rien qui vaille depuis le commencement jusqu'à la fin. »
* Annius de Viterbe (Jean Nanni), né à Viterbe, ves 1432, maître du sacré palais en 1499, mourut à Rome en 1492. Ce dominicain dut une fâcheuse renommée à la publication du recueil apocryphe intitulé : Antiquitatum variarum volumiha XVIII, Rome, in-folio, 1498). On lit dans le Secunda Scaligerana (p. 195) : « Annius Viterbiensis a esté veu par un homme qui me l'a dit, il estait fou, et talis habebatur. Dédit falsum Berosum.,. sed fuit deprehensum esse suppositititan,» « Quoique l'imposture fût grossière, » dit M. Daunou (Cours d'études historiques, t. XI, p. 39), « la plupart des érudits du xvi« siècle en ont été dupes. » On voit que Scaliger, du moins, ne fut pas plus trompé par Annius de Viterbe que par le pseudo-Cicéron.
* Galandy c'est-à-dire, comme l'expliquent les auteurs du Dictionnaire de Trévoux, « honime à qui il ne faut pas trop se fier. » La Fontaine, dans sa délicieuse fable : Conseil tenu par les rats, s'est souvenu de ce sens :
Or, un jour qu'au haut et an loin Le galant alla chercber femme.
468 LIT r IBS FRANÇAISI8 IKftPlTfS
voiant qu'en sa première chronologie il n'avoit rien dit qui vaille, et que cela estoit descouvert par mes raisons, il a voulu faire une seconde chronologie pour défendre ses erreurs, et n'aiant aultre prétexte d'escrire contre mes raisons pour défendre les siennes, il s'est couvert de ce sac mouillé,* come j'ai dit. Despuis, quelques-uns de ses familiers lui ont remonslré l'incivilité de laquelle il a usé envers moi. Il a respondu qu1l s'en repentoit fort, et qu'il l'a faict à la susci' tation d'aucuns, qui lui avoient persuadé que j'avois parlé de lui en mon livre. Vous voies, Monsieur, que je suis un ovifAetov àvTi).£yôfii£vov,2 et un but coutrc lequel toute la populace des ignorans et meschans tire. Je ne sai si Pâtisson aura fait son devoir en vous en voiant de mes livres,^ come je lui ai escrit plusieurs fois. Je n'en ai encores eu et n'ai veu mon dit livre que par emprunt à Bourges. Je serai à nostre pais vers la fin d'avril, pour donner quelque fin à mes affaires si je puis. Si ma cause vient devant vous, je vous supplie très humblement de me faire justice, et non aultre. Monsieur d'Abain sera ici bientost, lequel j'attends. Cependent
* Ce proverbe, selon le Dictionnaire de Nicod, « convient à ceux qui ne veulent jamais avouer leurs fautes ou qui se servent d'excuses aussi frivoles que si quelqu'un, pour se garantir de la pluye, mettoit sur sa teste un sac mouillé. »
* Littéralement une cible à contradiction. Nous dirions familièrement aujourd'hui une tête de Turc,
^ Des exemplaires du De emendation^. Pâtisson, en toute cette correspondance , paraît avoir été un homme singulièrement négligent.
Googk y
DR JOSB'D SCAUGER. 163
Monsieur je vous baise très humblemet les mains priant Dieu, etc.
De Chantemille en la Marche auprès d'Ahun* ce 22 février 1584.
Vostre humble seruiteur^
' Ahun est un chef-lieu du canton du département de la Creuse, dans l'arrondissement de Guéret et à 20 kilomètres de cette ville. M. Ad- Joanrie [Dictionnaire des communes de la France) nous apprend qu'il existe encore au hameau de Chantemille des inscriptions romaines, dont quelques-unes ont été publiées par Gruter. Scaliger, à qui il avait été bien facile de recueillir ces inscriptions pendant ses divers et longs séjours à Chantemille, les communiqua libéralement, avec une foule d'autres, au savant épigraphiste d'Anvers.
464 I.ETTRRS FRARÇAiSKS INBKITFg
A JACQUES-AUGUSTE DE THOU
Monsieur,
J'eusse esté bien aise que le livre d'Antoni La Coste eust este imprimé pour les belles choses qui sont disputées la dedans, et non pour le regard de la beste prophétique. ^ Mais d'autant qu'on a faict le long h Timprimer, et que tout le moïKle en est abreuvé' et en a eu le vent,* j'escris à Pâtisson, qu'il me le renvoie. Car je suis du tout refroidi et ne me soulcie rien de tout les ignorans du monde. Ils m'ont enseigné de m'endurcir i\ leurs aboiemens.^ Je ne me tourmente poinct qu'on die de moi bien ou mal. Ce m'est tout un. Vous avès peu ouir dire que apiid Lemanum * quelques
* Collection Du Puy, vol. 838, fol. 11. .
^ Le livre que Scaliger avait écrit sous le pseudonyme à'A^itoni La Coste, était probablement un traité où, à propos de chronologie, il s'occupait de la bête de l'Apocalypse et aussi, comme on va le voir, des misérables adversaires du De emendatione temponim.
^ C'est dans le même sens que Montaigne a employé ce mot à l'occasion d'un récit trop répété « chascun en ayant esté abbruvé cent fois... »
* M. Littré n'a trouvé l'expression en avoir le vent que dans des écrivains du xvii* siècle fLa Fontaine, Thomas, Corneille, Hamilton). ,
* Ne reprochons pas trop à Scaliger cette irrévérencieuse métaphore, car je me souviens d'avoir vu la même expression appliquée parle grand philosophe Descartes à de hargneux adversaires.
* Au Léman, c'est-à-dire sur le bord du lac de ce nom , en d'autres termes, à Genève,
I)B JOSBPn SCAI.IQBB. 465
miens amis doctes et hommes d'honneur ont trouvé quelque chose à reprendre en mon de emendatione temporum. Je vous prie que quand vous orrès tenir tels propos, de dire qu'il est vrai qu'on y a repris je ne sais quoi. Mais on c'est trompé de 108 ans. Vous pouvés penser s'il y a de quoi me reprendre en cela. Il n'y a homme en cette ville la qui entende une page de mon livre de suite, et toutesfois fis sont mes grands amis,^^ doctissimi, et probissimi. Avant qu'il soit long temps nous monstrerons qu'ils s'abusent pins que ceux du parti contraire, qui commencent à recognoistre la peine que j'ai prise, et le but de la vérité que j'ai touché. Les lettres que Monsieur Cujas a receu de Romme vous en pourront faire preuve suffisante. Que dires vous, que ceux qui n'estudient qu'en la Bible, sont les plus ignorants en icelle? Si vous avés faict honneur à Antoni La Coste que de lire son livre, vostre gentil et bel entendement pourra bien juger que ledit La Coste est de mon ad\ is,* et croi que vous aussi en rendrés pareil tesmognage. Quant au livre, il me suffist que vous l'aies veu. Tant y a qu'il ne s'imprimera poinct. J'avois prié le sieurJiEstienne^ de corriger les gasconismes, s'il y en a, comme il y en peust avoir,^ mais il allègue merveilles. Ce-
' Scaliger plaisante en ayant l'air de n'être pas le même que Antoni La Coste et, pour ainsi dire, en se dédoublant.
2 Henri Estienne, alors âgé de 56 ans, était à Genève depuis plusieurs années. Voir le savant article de M. Ambroise-Firmin Didot dans le tome XVI de la Nouvelle Biographie générale (col. 517-553).
' On est touché de l'humilité avec laquelle Scaliger daigne ne pas regarder comme chose improbable la présence en son livre de quelques gasconismes (M. Littré n'a donné sous ce mot aucun exemple. En voici un qui va bientôt avoir 300 ans !) Combien il est regrettable que l'on ne possède pas les pages écrites par Scaliger en français (on devine avec quelle verve et quels éclairs) contre ceux qui avaient attaqué son admirable travail chronologique î En soumettant son manuscrit à la révision de Henri Estienne, Scaliger
166 LimiBt FBANÇAlSBt IICBDITBS
pendant me ne son cavata la voglia.^ Et toutes fois combien de livres sont aujourd'hui en lumière qui ont plus mal parlé que la suffisance d*Antoni La Coste ! ^
Monsieur, Je vous baise 1res humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
De Chantemille, ce vi avril 1584.
Vostre très humble se7*viteui% Joseph db La Scala.^
ne s'inclinait pas seulement devant les douze années que son ami avait de plus que lui, il s'inclinait surtout devant l'incontestable supériorité de Técrivain de tant de goût et de finesse, auquel on devait déjà les deux Dialogues du Nouveau Français-Italien (1578), et YEssai sur la précellence du langage français (1579). N'oublions pas que Tabbé d'Olivet — qui était lui-même un habile grammairien — regardait H. Estienne comme le meilleur grammairien du xvi« siècle. A quel critique Scaliger aurait-il* donc pu demander avec plus de confiance la correction de gasconismes dont nous serions si heureux de nous régaler aujourd'hui ?
• Je m'en suis fait passer l'envie.
* Le 27 avril 1589, Scaliger écrivit, « de Maleval en la Marche, » à J.-A. de Thou (vol. 838, foL 12), au sujet d'un procès qu'avait M. d'Abain à Paris, contre M. de la Poupardière, seigneur de l'Aabressai, touchant le moulin et écluse de Touffou « pour lequel procès, » dîsait-il, « je vous supplie très humblement faire ce qu'il vous sera possible en tant que vous jugerés qu'un homme de bien et de vertu comme vous estes peust faire pour son ami tel que je m'asseure que M. d'Abain est envers vous. Je ne vous en ose importuner autrement, estant très asseuré que vous ne vous y espargnerés en ce que vous congnoistrés estre juste et équitable. » Scaliger ajoute : « J'attends les doultes que MM. de Genève veulent envoier touchant mon livre, item ce que la Court de Rome prétend y reformer, ayant faict cas de mon œuvre. Le tout sera mis dans une apologie que je dresserai en Gascogne, qui vauldra mieulx que le livre d'Antoni La Coste, combien qu'il y ait de fort bonnes choses. »
DB JOSBPn 8CAU6BR. 467
LU
A JACQUES-AUGUSTE DE THOU
Monsieur,
Je suis retourné ad Nitiobriges,^ pour veoir si je pourrai mettre quelque fin à mes affaires que j'ai par deçà, et après m'en retourner en Poitou, là où je trouverai Monsieur d'Abain, qui m'attend pour aller à Paris vers la fin d'Aoust, où j'espère vous voir. Cependant, Monsieur, je vous recommande très affectueusement le présent porteur Monsieur de RQgues,^ lequel espère quelque faveur de vous, pour l'amitié qu'il sait que vous me portés de vostre grâce. De ma part je m'asseure que vous aurès pour recoma ndé tout ce dont je vous prierai. Quant au livre d'Antoni La Coste, puisque vous l'aimés tant, que vous le voulés retenir devers vous, je vous l'apporterai à Paris, pour en faire ce que bon vous semblera. S'il n'a eu cest heur, que de comparoistre devant les hom-
« Ibid., fol. 14.
• On lit dans le Secunda Scaligeratia (p. 474) : « Nitiobriges sont ceux d'Agen. » Cf. Prima Scaligerana (p. 5), au mot Aginum, article qui, comme l'a fait remarquer Des Maizeaux, est tiré de la Notitia Galliœ insérée dans les Optiscula varia que publia Casaubon (1610, in-4% p. 114-115).
' C'est toujours le môme personnage dont il a été déjà si souvent question en ces lettres.
468 LBTTBBS FKAKCA18B3 INBOiTIS
mes, ce lui sera plus grand honneur d'estrc receu de vous, qui m'estes plus que tous les hommes ensemble.*
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
D'Agen, ce 2 juing 1584.
Vostre très humble serviteur,
Joseph de La Scala.
* Un collectionneur aussi zélé que le président de Thou, et un admirateur aussi fervent de Joseph Scaliger, n'aurait-il pas gardé copie du manuscrit d'Antoni La Goste? Et n'y aurait-il pas dans cette phrase un motif d'espérer que l'opuscule tant goûté par le futur Maître de la librairie pourrait n'être pas définitivement perdu? J'appelle l'attention de tous les chercheurs sur cet important problème d'histoire littéraire.
DB IO0BPH 96AMGSR. 169