‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 14 sur 37 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

11 n'y a que quatre jours que je suis arrivé en ceste maison de Toufifou, aiant demeuré trois mois environ en nostre pais d'Agenois, où il estoit de besoing que je donnasse ordre aus affaires,qui ne se pouvoientdespecher sans ma présence.' Je suis maintenant hors de toute fâcherie et chicanerie, la la grâce h Dieu, et encores que ce qui m'est demeuré ne monte pas le tiers de mon contract, si est ce qu'il vault mieus cela, que rien. Je confesse bien qu'un aultre frère n'eust pas faict ce que j'ai faict au mien.. Mais j'aime mieus que ce blasme me demeure, que non pas que mon frère eust ceste prise sur moi. Je pensoie avoir cest heur de vous voir à ce mois de Septembre. Mais ce ne sera que quand le Roi

^ Vol. 496, fol. 53.

* Ces affaires étaient celles dont il est question dans ce passage de l'étude biographique sur Jules César de Lescale, par M. J. de Laffore (p. 43), affaires qui n'avaient pas été entièrement réglées Tannée précédente : « Joseph, que l'on trouve d'abord qualifié noble Joseph de Lescale, écuyer, seigneur du Colombier, dans les actes publics, devint seigneur de Vives, en 1583, par suite d'un arrangement avec Sylve de Lescale, seigneur de Gohas, son frère aîné. » Le petit domaine de Vives, situé dans le vallon dit de Vérone en souvenir de la ville italienne d'où les La Scala étaient originaires, avait appartenu à Andiette de La Roque Loubéjac, mère de Sylve et de Joseph. Voir dans les Documents sur /. C. Scaliger et sa famille publiés par M. Ad. Magen, une bien agréable et pittoresque note sur le Vives d'autrefois et celui d'aujourd'hui (p. 32).

170 LBTTKB8 FBANÇAtSBS IJlioiTBS

sera retourné à Paris,* où j'y pense demeurer jusques à la fin de janvier. Cependant je suis tout entièrement à vostre service, et fault que je vous confesse que je parti de vous à Perigueus avec tel regret, que je demeurai plus de quinze jours après mal content, ne me pouvant appaiser qu'en me souvenant de vous.^ J'espère en Dieu qu'il me fera la grâce que j'aurai le moien de suppléer à ce mien désir par vostre présence de laquelle espérant en brief jouir, je vous baiserai très humblement les mains, priant Dieu, etc.

De Toufifou, ce 27 aoust 1584.

Joseph de La Scala.

* Henri III, le jour même où Scaliger écrivait cette lettre, quittait Lyon où il avait fait son entrée le dimanche 12 août {Notes et documents pour servir à Vhistoire de Lyon sous le règne de Henri lll, par A. Péricaud (1843, in-S-*, p. 102-104). Le roi que l'on retrouve ensuite à Moulins, à Blois, à Fontainebleau , à Vincennes, à Saint- Germain, ne vint à Paris que le 18 décembre suivant et encore ne fut-ce que pour quelques jours, puisqu'il passa les fêtes de Noël à Vincennes {Mémoires-Journaux de Pierre de VEstoile, 1875, tome I, p. 165-176.)

* Phrase touchante et comme seule peut en inspirer une affection vraiment fraternelle.

Dl J08BPU SCALWUU 171

Page 1