‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 17 sur 37 · DE JOSEPH 8CAU6BR · texte numérisé non relu

DE JOSEPH 8CAU6BR

nous avons Mîrebeau,* où il n'y demeure rien.'^ Le bon home Vinet est enserré dans son collège , à cause que quatre de ses regens ont suivi le bon président La Lane.' Toutesfois il est fort bien secouru et assisté de la maison de ville, corne m'a escrit Monsieur de Presac* Je m'asseure que

de peste dès et despuis le quinziesme d'aoust, à laquelle nous avons remedye et pourveu le mieulx quil nous a esté poussible, de sorte qu a présent par la grâce et miséricorde de la divine maiesté elle prent quelque fin, et ne reste que bien peu de mallades et infectz.» Les Consuls ajoutent qu'il faut veiller activement à ce que les commissaires de quartier fassent soigneusement désinfecter les maisons pour que la contagion ne recommence pas au printemps prochain. La rédaction de ce document a été faite à la fin de Tannée. On ignore le nombre de victimes que fit cette cruelle maladie dans la juridiction d'Agen.

* Mirebeau-en-Poitou, chef-lieu de canton de Tarrondissement de Poitiers, à 28 kilomètres de cette ville.

* Savait-on que la ville de Mirebeau eût été aussi oruelleïnent dépeuplée par l'épidémie de 1585?

^ Le bon homme Vinet ne resta pas, aussi enserré que veut bien le dire ici Scaliger. M. E.GauUieur (Histoire du collège de Guyenne, 1874, gr. in-8o,p. 366), s'exprime ainsi :« Le coHège de Guyenne fut frappé tout des premiers : le régent chargé de la classe des secundani fut emporté après quelques jours de maladie; mais la perte la plus regrettable fut celle de Jehan Hervé, sous-principal du collège et recteur de l'Université de Bordeaux. Sa mort fut un rude coup pour Elie Vinet. L'épouvante était générale, chacun fuyait en toute hâte uue ville désolée; dès les premiers jours du mois d'août, le collège en fut réduit à fermer ses portes ; le Parlement même, pressé par une ordonnance royale, prit le parti de se réfugier à Libourne. Après avoir renvoyé dans leur famille la plupart de ses écoliers, Elie Vinet se rendit à la campagne, aux portes mêmes de Bordeaux... »

* Geoffroy de la Chassaigne, sieur de Pressac, né à Bordeaux, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi Henri HI, auteur du

204 LETTBF8 fiançais: 8 «BDITBS

vostre climat de Seine n'aura pas meilleure vendange, que cestui-ci, où dès Theure que je vous escrivois ceci, il n'y avoit auscun raisin meur, à cause des grandes pluies. Je ne sais si les foires de Francfort n'apportent meilleure vendanges de livres, et si nostre pater Clavius aura faict imprimer son Apologie, car on ne nous en escrit rien de Romme. Je désire fort en savoir des nouvelles, si en aurés apris quelque chose, item si on a faicl imprimer en Allemagne je ne sai quoi sur le Talmud, comme Ton m'a donné entendre, item qu'est devenu le Gellius et Macrobius de Carrio, veu qu'on m'a dit qu'ils s'imprimoient. Mais surtout je serai bien aise d'entendre comment vous vous portés depuis vostre grande maladie, de laquelle je n'avois rien entendu auparavant vostre dernière lettre. Cependent, Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.

D'Abain, ce 9 octobre 1585.

\ostre très humble serviteur,

Joseph de La Scala.

Cléandre, traducteur des épîtres de Sénèque, etc. Voir sur ce docte fils du non moins docte président au Parlement de Bordeaux, Isaac de la Chassaigne, la Bibliothèque française de La Croix du Maine (1T73, t. I, p. 279).

Page 1