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A CLAUDE DU PUYJ
Monsieur,
J'ai receu vostre lettre, mais encores je n'ai pas les diverses leçons de ce glorieux Robertus Titius.^ Je croi qu'il y doit avoir et.de l'ignorance et de la présomption, toute presque cette nation estant tombée en ceste maladie, et la nostre aussi s'y laisse aller, si Dieu n'y remédie. Je suis ici atten-» dant ce qu'il me fault faire et me semble que je suis comme Cicero escrivant à Atticus du temps de la proscription, et aussi du temps de la guerre civile. Caries délibérations que nous lisons en ses epistres, se peuvent toutes approprier à nous, et prens plaisir de les lire quelques fois. Car changeant les noms, nous pouvons prendre ces epistres comme si elles estoient faictes pour nous. Je vous remercie très humblement de l'offre qu'il vous plaist me faire de voz moiens,
- » Ibid., fol. 67.
- R. Titi était un critique italien qu'ont négligé les rédacteurs des dictionnaires biographiques anciens et modernes, mais dont il est ainsi fait mention dans le Sectmda Scaligerana ip- 599) : « Rob. Titius vit encore. Profitetur Bononiœ. Le livre de Titius est gros, à l'imitation de Victorius, lequel il reprend à tort. » Ce livre était intitulé : Locorum controversorum libri deceniy in quibtis plurimi veterum scriptorum loci conferuntur, explicantur et emendantur multo aliter quam haetenus a quoquam factum sit. (Florence, 1583, iij-4<»).
desquelz jamais je n*ai douté, m'asseurant tousjours de vostre sincérité, xai tV àvyTroxptroy cpiXoxaXiaç. Je Dc puis, di je, pour cest heure sinon vous en remercier, et tenir l'offre, comme sireffets'enestoitensw»v/,meressentantautant delà promesse que de Fexecution. Je ne fauldrai à vous dire à Dieu par escrit, s'il fault quitter le Roiaulme,* à quoi je n'aurai aultre regret, que de m'esloigner de vous, aiant esté frustré de vostre veue il y a desjà un an.
Toutesfois je me fie, quelque orage qui tombe sur nous aultres pauvres «^yya^îcs-, quelque exil qu'il nous faille subir, de vous voir en vostre mgison. Je tien cela comme tant seur, quoiqu'il tarde. Je n'ai sceu que dernièrement que Monsieur Groullart fust premier président en la cour de Parlement de -Rouan, de qujoi j'ai esté bien aise.^ Et clesirerx)is que tous ceux que j'aime et cognois estre capables de semblable dignité, y fussent receus. Mais cela ne peust arriver que sa vertu ne soit recognue des grands. Dieu y mette la main, lequel je prie.
Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie et vous baise très humblement les mains.
D'Abain, ce 4 novembre 1585.
Vosti^e très humble serviteur^
Joseph de La Scala.
* On était alors au milieu des plus grandes fureurs de la guerre civile, et Henri III, quelques semaines auparavant, avait révoqué tous les édits de pacification accordés aux huguenots.
- Groulart n'avait que 34 ans quand il fut nommé (1585) premier président du Parlement de Normandie.
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A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
La présente sera encores pour vous remercier bien humblement un aultre fois du livre de Robertus Titius, lequel j'ai leu non sans grand admiration, non seulement qu'un homme si ignorant et si presonteueus se soit trouvé en Italie, qui aie voulu mettre en lumière un livre plein de tels fatras, mais encores qu'il soit si depourveu d'amis, que nul ne l'aie adverti de son erreur, et détourné de publier sa honte par son œuvre. Il y peust avoir demi douzaine de chapitres tolerables en ce Uvre : comme il n'y a personne de si déplorée ignorance, auquel vérité ne lui eschape quelques fois. Mais quant au reste, ce n'est qu'ignorance, vanité, vanterie, calomnie. Je vous l'aurois tost deschifré si j'eslois auprès de vous. Ce n'est qu'un asne. Il en veult à moi plus qu'à aultre, qui est signe qu'il a trouvé en moi naturel dissemblable au sien. Je suis marri que je ne vous puis tracer maintenant en peu de papier des ses foUies, pour les monstrer à ceux de sa nation, qui peut estre l'admirent, comme c'est une nation qui admire plus tost une mouche de delà les Mens, qu'un beuf dedeça. Mais peut estre que cens qui ont interest en ceci, ne le laisseront pas ainsi sans lui mettre la pulce à l'oreille.^ Quant à moi, il y a long temps que j'ai
* Ibid., fol. 69.
" Ce fut Scaliger lui-même qui, l'année suivante, se chargea de mettre la puce à l'oreille de l'outrecuidant italien, comme nous allons le voir. A-t-on remarqué combien Scaliger aime à employer
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dit à Dieu à Titius, Carrio, et telz babouins,* et souillons de cuisine, lesquelz je mez tout en un sac avec Fregeville, et le procureur Lisle. LeRoi en faveur' de Monsieur d'Abaiii m*a faist grâce de TEdit * jusqu'à Pasques ce que j'eslime beaucoup pour moi, ne cogar aquilonibus ire per alttnn^ ce qu'il me convenoit faire. Au printemps je ne me soulcierai poinct de cela, et s'il s'en fault aller, je suis tout prest. Cependent,
Monsieur, je vous demeurerai tousjours très humble serviteur, et, vous baisant bien humblement les mains, je prierai Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
D'Abain, ce 18 décembre 1585.
Vostre très humble seiyiteur, Joseph de La Sgala.
dans sa correspondance, les expressions proverbiales? 'Que d'articles nouveaux cette correspondance n'aurait-elle pu fournir au savant recueil de M. Le Roux deLincy (Le livre des proverbes français , 1850, 2 vol. in-12, seconde édition) ? Pour puce à V oreille j par exemple, M. Le Roux de Lincy aurait eu à rapprocher la phrase de Scaliger d'une citation empruntée à la Comédie des proverbes (I633)# d'Adrien de Monluc, le badin petit-fîls du terrible Biaise de Monluc.
' Babouin^ employé par Marot dans le sens de couard, de lâche, est ici pris dans le sens que s'est amusé à lui donner Rabelais, quand il a imaginé un traité De Babouinis et Singis,
• L'édit du mois de Juillet 1585 par lequel étaient révoquées toutes les concessions précédemment accordées aux coreligionnaires de Scaliger.
' C'est un souvenir du vers de Virgile :
Et mediis properas Aquilonibus ire per altum (OEneid. iv, SlO),
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A PIERRE PITHOU
Monsieur,
J'ai receu ces jours passés vostre lettre et vous remercie bien humblement delà bonne souvenance qu'il vous plaist avoir de moi. Vous savès comment le Roi m'a prolongé mon terme jusques à Pasques , ce que n'aiant signifié à mes Agenois, j'ai esté adverli comment ils m'ont couché sur le rolle de ceus qui n'ont satisfait à rEdit,^ en bonne intention de vendre tout le bestial ' et meubles qu'ils trouveront à Vives. Cela me fasche un petit et suis après pour avoir attestation des magistrats de Poitiers comment ils ont veu le prolongement que Sa Magesté m'a faict. Craignant aussi que cela ne suffise, je prie M. d'Abain que tout ainsi qu'il a impetré ce terme pour moi, il me face autant de grâce, pour demander des lettres de commandement à er gens pour me
* Ibid, fol. 192.
* L'édit déjà mentionné de juillet 1585, qui, cent ans plus tard (20 octobre 1685), devait être suivi d'un autre arrêt de proscription dont les conséquences furent si désastreuses. Pourquoi Louis XIV n*aima-t-il pas mieux ressembler à Henri IV qu'à Henri III ?
* Bestiale est, au xiiie siècle, dans la chanson d'Antioche, Au XVI. siècle, on disait à la fois bestial et bestail.
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faire rendre ce qu'ils m'auront priiis. S'il vous plaisoit de me donner quelque bon conseil sur ceci, et en communiquer à Monsieur d'Abain, qui esta présenta la Cour, je vous sei^i beaucoup redevable. Je voi bien que regnum meum non est de hoc mundo} Aussi ne m'atten je jamais avoir repos ni aise; j'y suis tout resollu.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous maintenir en sa garde.
D'Abain, ce dernier décembre 1585.
Vostre très affectionné sei'vittur^ Joseph de La Scala.
' Evangile selon saint Jean, chap. xviii, verset 36.
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A CLAUDE DE PUY
Monsieur,
Je n'a voie poinct esté encores advertide la mort de Mademoiselle Du Puy vostre mère * avant la réception de vostre Irttre. Je ne doute poinct que vous n'ayes eu affaire de la consolation de vos amis en telle perte, quelque sagesse qu'il y ait en vous, car tousjours il en fault venir lu, qu'outre ce que nous sommes hommes, et aussi bien sujez à sentir les plaies qu'à les recevoir, si sommes nous tousjours meilleurs médecins d'aultrui que de nous mesmes. D'aultre part néantmoins je m'asseure que comme vous avez cognu que nul ne se peust exempter d'estre visité de Dieu,* vous vous estes maintenant resollu et rangea sa bonne voulonté. Or laissons cella. Je vous advertis qu'il y a tantost quinze jours, qu'il y a céans un livre, qui vous attend, composé par un Breton
' Ibid., fol. 70.
• La mère de Claude Du Puy s'appelait Philippe Poncet. Elle avait perdu de bonne heure son mari, le célèbre avocat Clément Du Puy, mort, âgé de 48 ans, le 22 août 1554, et elle avait élevé son fils avec un soin extrême, lui donnant les meilleurs de tous les professeurs, tels que Dorât, Lambin et Turnèbe.
• M. Littré ne cite, sous le mot visiter, terme, dit-il, emprunté ft rEqriture-Sainte, que deux phrases de Massillon.
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conlre les Conlroversi loci de ce vaillant champion TitiusJ Vous l'eussiez desja receu n'eust esté que je netro.ive homme seur à qui le bailler. Car il y a des troupes de volleurs, entre Poitiers et Orléans, qui prennent prisonniers de quelque religion 0:1 parti qu'ils soient. Par ce je ne Tai osé bailler au messager de Poitiers, qui n'est guieres seur, et fault qu'il marche h la desrobée. Mais sitost que j'aurai le moien de le vous cnvoier seurement, je le bazarderai. Vous prendrés plaisir à lire le dit livre , tant pour les beaux lieus des anciens auteurs , qui sont expliqués et corrigés par l'auteur du livre, que pour l'incroiable stupidité et asnerie de ce misérable italien. Je vous en escrirai davantage quand je
* Le prétendu Breton n'était autre que Scaliger. Voici le titre ^e son opuscule, un de ceux où il a déployé le plus de verve mordante et d'esprit étincelant : Yvonis Villiomari Areniorici in Locos controversos Roherti Titii Animadversorum Liber, Ad Nobilissimum Virum Andream Oessentum Quinpentomi et Burentelli dominum, Mœcenatem suum, (Paris, Mamert Pâtisson, 1586, in-8*). L'ouvrage reparut en 1597^ (Amsterdam, in-8»). On trouvera de nombreux extraits du volume de Scaliger dans l'ouvrage de M. Bernays (p. 251-266). L'érudit allemand a reproduit (p. 260-261), après Paul Golomiès Gallia Orientalis, au chapitre : qui Scaligerum laudarunt, p. 118 et suiv.), les cris d'admiration poussés par Juste Lipse dans deux lettres de 1587, la première à Cujas, l'autre à J. Mercier : « Vidi fiuper Ivonis in misellum Titium. Periit infelicissimus hominnm, hocuno tamen felix quod ah illi manu : tua ne an Scaligeri, an utriusque? Nam prœter vos fallor aut neuno sicscribat, » — « ... Non videor Scriptum bellius legisseamultisannis. Noen décima illa musa, Plautus, possit aliquid magis Musaeum. ... Scaliger noster est, lumen illud et columen litterarum. Non Divinavi ? » Y a-t-il une réponse au passage où Juste Lipse hésite entre Cujas et Scaliger dans cette assertion du Secunda Scaligerana (p. 615, au mot Yvo Villiomaru] ? « Monsieur Cujas n'eust sceu escrire comme luy. »
PB J08BPB SCALIGBB. 213
VOUS envolerai le livre» Cependent je n'ai voulu vous cacher la diligence que je voudrois avoir faict pour vous Tenvoier, si j'eusse peu, et vous advertir aussi que ce Breton vous est fort serviteur et pour Tamour de vous a entrepris ce labeur, ce qu'il ne feroit pour les plus grands signeurs quelz qu'ils soient. Je vous baise très humblement les mains de sa part, en priant Dieu.
. Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie.
D'Abain, ce 28 janvier 1586.
Vosire très affectionné seimteuVy
Joseph de La Scala.
Î44 urrTMs piarçaum iréditu
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je n'attendois qu'une commodité plus seure, que celle qui s'offroit du dernier messager de Poitiers pour vous envoier le présent livre par moi promis par mes dernières lettres» Mais j'ai tousjours craingt certains picoreurs, qui prennent prisoniers de quelque parti que ce soit. Je Tai hazardé à ce voiage, m'aiant semblé plus seur que les aultres, le chemin estant plus net de brigandaiUe^ qu'il n'estoit. Ce livre a esté faict fort prontement, comme le stile le demonstre assés.' Vous mesmes pourrez estre juge, sll y a italien qui avec telle impudence et ignorance ait mis la main à la plume, qu'a faict ce pouvre Titius. Le Breton le gourmande, et tallonne de près, ce qu'il ne fault trouver estrange, attendu qu'il est évident que c'est un personnage de la qualité et calibre de Fregeviile, et pense qu'ils hont touz deus un mesme
« Ibid., fol. 71.
* Brigandaille n'est dans aucun de nos dictionnaires, mais le mot appartient au patois de TÂgenais.
' C'est précisément ce style vif, impétueux, ce style à la diable^ qui a fait la fortune du livre tant vanté par Juste- Lipse et que, de nos jours, on > présenté comme un « chef-d'œuvre d'ironie incisive. »
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horoscope. A la mienne volonté que le livre fust mis en lumière tant pour chastier le gailand y que pour faire souvenir à ces Messers de parler plus sobrement de nous, veu qu'ils ne vallent pas tant que nous au temps qui court, et n*ont homme, qui mérite le nom de scavant! Je m'asseure qu'il n'y a homme en leur pais,qui soit capable du livre que je vous envoie, et moins de cognoistre les faultes de Titiis, si non celles qui sont par trop grossières, desquelles il y en a bon nombre. Or le Breton ayant receu le Titius de vous, il vous a voulu gratlffier de ce petit labeur, pour vous donner du plaisir en ce chef, quo animm mœrore confictus in hoc ludicmm diverteret. Car il n'y a chose que l'auteur dudit livre n'entreprenne pour l'amour de vous au moins qui soit en sa puissance. Lises, je vous prie, vous y aurés du plaisir, et m'advertirés, s'il vous plaist, de la réception du livre, affln que je n'en soie en peine.Il vous plaira aussy le communiquer à Monsieur d'Emery, et Monsieur Pithou, si vous le trouvés bon, pour leur donner du plaisir. Vous en ferés ce qu'il vous plaira. Cependent,
Monsieur, je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.
D'Abain, ce 3 février 1506.
Vostre affectionné serviteur,
Joseph de La Scala.
Je vous supplie, ut taceatur verus auctor libri, quantum fieri poterit} .
' Le secret fut bien gardé, puisque, un an plus tard, Juste-Lipse ignorait encore le véritable nom dJYvo Villiomarus.
216 urnuts fiâhçaisu nÉoiTif
A CLAUDE DD PDY.*
Monsieur,
Je vous envoie icapotfAtaç cfA^crpouç et vous supplie les garder pour Tamour de moi, car je vous les donne.^ Je suis marri qu'elles ne soit [sic) mieulx escrites.^ Mais vous ne sauriés exiger bonne lettre d'un mauvais escrivain, tel que moi/ Je ne doute point que n'aies receu Yvo VilUomarns in Titium dans la semaine passée. S'il ne peust servir au public, pour le moins il servira à vous faire rire quelques fois. Vous en ferès ce qu'il vous plaira, car ledit Villiomarus ne Ta faict à aultre intention, que pour vous contenter et à M. D'Emery, et non pour se vanger d'un si misérable escrivain que Titius. Aussi combien que vous soies sage et bien advisé, si est-ce que vous ne pouvés tousjours vacquer à regarder nos combats grammatics tellement que souventes fois vous oyés blas-
* Ihid., fol. 72.
* C'est de ce manuscrit que provint l'opuscule intitulé nAPOiMUi EMMETPOi. Proverbiales grœcoru/m versus, Jos.-JusL Scaliger, Jul» Coes, F. pridem collegit, composuit, digessit. (Paris, Fed. More), 1594, in-S*»}.
* C'est-à-dire les pages qui renfermaient les proverbes grecs.
* Scaliger calomniait son écriture. Sans être un admirable calligraphe comme son père, il a une écriture très régulière et très lisible.
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mer ceux qui n'en peuvent mais, à faulte d'advocat qui puisse monstrer au doigt la calomnie, comme maintenant vous pouvés voir par le livre de Viiliomarus. Et je vous dis ceci d'autant qu'il y a des brailleurs* de Cambray,*qui sont les oracles de telle manière d'escrire, qui suivent le train de Titius et ne pensent avoir aullre chemin frayé pour acquérir de la réputation, qu'en blasmant ceux desquelz ils apprennent tous les jours, s'ils veulent dire vérité. Toutesfois s'ils mettoient la main à la plume, posé le cas qu'ils s'acquiteroient mieux que Titius, neantmoins si perdroient-ils la moitié de leur réputation. Mais il y a bien a dire de brailler en une chaire de Cambray, et publier ses opinions en papier, qui est débité par les foires de Francfort» Monsieur, vous dites très vrai en* vostre lettre, que les sciences sont chassées à coups de baston, car je vous asseure qu'en Italie il n'y a homme (je n'en excepte pas un) qui sceust cognoistre la dixiesme partie des faultes de Titius, comme a faict Viiliomarus. Et en France , jaçoit qu'il y en a qui le puissent faire, toutesfois ceux ne le feroient pas, qu'on pense qui le pourroient faire et lesquels on estime avoir l'ame d'Aristarchus. J'ai receu cejourd'hui lettres du bon homme Vinet, lequel Dieu a préservé au millieu de la peste, son collège aiant esté tout infecté, ses regens et plusieurs aultres mortz dans le dit collège. Nostre Guienne est affligée de peste, guerre et famine. Mon terme s'approche, car il ne va que jusques au mercrdi dç Pasques. Entre ci et la vous aurés tousjours nouvelles de moi.
' M. Littré ne cite, sous le mot de brailleuVy qfte deux phrases de Molière. L'exemple que nous fournit Scaliger nous permet de remonter de 75 à 80 ans plus haut.
* Le collège de Cambrai ou collège Royal (aujourd'hui collège de France), a eu trop de célébrité pour que toute note à ce sujet ne soit pas superflue.
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Cependent, Monsieur, je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
D*Abain, ce 18 février 1586.
Voêtre, etc.
Joseph de La Scala.*
' Je ne crois pas devoir reproduire in extenso trois autres petites lettres à Claude Du Puy {Ibid., fol. 75, 77, 78). La première, du 2 mars 1586, renfèrme diverses corrections pour Topuscule contre Titius. Scaliger dit : « Puisque le sieur Pâtisson est resoleu d'imprimer le livre de Villiomarus, il fault prendre garde diligemment... Mais je vous prie que le nom vrai de Villiomarus ne soit point sceu, et de retirer les feuilles de la copie et ne les laisser entre les mains de l'imprimeur. Puisque Monsieur Chrestien a délibéré d'y mettre de ses vers, ce sera bien faict. Mais il n'en fault pas ramasser de tant de pars, que le livre semblast plustost à une invective, qu'à une censure critique... Si la harangue de Monsieur Du Perron [voir la lettre lxxi] a esté recuillie, je seroie bien aise de la voir, car il ne peult estre qu'elle ne soit excellente sortant de telle boutique. » La seconde lettre, du 2 avril, qui débute par un accusé de réception des Epistres de Lipsius, contient de nouvelles corrections du Villiomarus, On est touché d'y voir un huguenot tel que Scaliger protéger en ces termes la cause des bons moines de Nanteuil : « Monsieur d'Abain vous escrit touchant les moines de Nantueil, qui ont un procès en vostre chambre. J'adjouste mes prières aux siennes, qu'il vous plaise d'avoir leur droict pour recommandé, et leur faire brève expédition. Je vous en escris comme m'asseurant que vous ne m'esconduirés poinct de ma prière, pour l'honneur que vous me faictes de m'aimer. » Scaliger ajoute : « Pautus Melissus m'escrit de Paris, et dit s'en aller à Bourges pour voir M. Cujas. Vous ne m 'avés poinct adverti de la mort de M. Manfoldus, evesque de Reggio, vostre ami. Il est mort il y a plus de trois mois. Ainsi annus hic e^t fatalis bonis ingeniis. Il me vouloit envoier recommendations fort souvent. » La troisième lettre, écrite le mêmejourque la précédente, est une nouvelle très pressante lettre de recommandation en faveur des « relligieux de l'Abbaie de Nantueil en Angousmois, » abbaie qui, comme le [rappelle Scaliger, appartient à M. d'Abain.
Ml «osini fCAuen. t\$
A CLAUDE DU PUY
Monsieur, rai receu la harangue du Perron,* et vous en remercie bien humblement. Il en y a au Parquet de vostre Court qui eussent mieuix dict, qu'il ne feist, et mieulx escrit, que cela. Toutesfois je ne reste pour cela de recognoistre en Fauteur les dons et grâces qui sont en lui.' On dit qu'il souloit es-
nbid., fol. 79.
^ Jacques Davy Du Perron, était alors âgé de 30 ans. Fils d'un ministre calviniste, il avait embrassé la religion catholique en 1578, et était devenu lecteur du roi Henri III, aussitôt après s'être converti. On sait qu'il fut nommé évéque d'Evreux en 1595, cardinal en 1604, archevêque de Sens en 1606 et qu'il mourut à Paris en 1618. La harangue dont parle Scaliger est l'oraison funèbre de Ronsard, prononcée dans la chapelle du collège de Boncourt, le 24 février 1586. Voir sur cette oraison funèbre, qui obtint un immense succès, et qui fut imprimée deux fois, à Paris, en 1586, l'excellente étude de M. l'abbé P. Feret, intitulée : Le cardinal Du Perron, orateur, conproversiste, écrivain (Paris, Didier, 1877, in-8«, p. T7-82).
' Scaliger connaissait de visu l'orateur. Il s'était trouvé avec lui ainsi qu'avec Cujas, Baïf et Philippe Desportes, à Paris, au collège de Boncourt, quand Mathieu Bossulus y prononça, en 4585, un discours que, malgré sa longueur extrême, le futur cardinal récita mot à mot trois jours après {Bibliothèque françoise de La Croix du Maine, édition de 1772, t. i, p. 405). Si l'on en croyait le Secunda Scdigerana (p. 498), Scaliger aurait eu à se plaindre de l'indiscrétion da jeune Du Perron : « Lorsque j'estois à Paris, Du Perron estoit mon ombre, il me suivoit tousjourz lorsque j'allois chez les Grands : il ne le niera pas. » Tout le reste de l'article est empreint d'une grande malveillance, et on y trouve, par exemple, ce paragraphe : « Ce cardinal d'Evreux a une grande ambition ; il n'est pas doete, locutul^us, il plaist aux damed. »
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crire fort obscurément, et qu'il s'y plaisoit beaucoup tant s'en fault que sa harengue -tienne de ce vice, que plustost elle m'a semblé trop familière,* et presque pedance,^ mesmes en son exordre, qui est du tout indigne de lui. Ce ' que nous en pourrions dire sauf L'honneur de l'auteur, lequel je respecte beaucoup, qui se peust comprendre en ce peu de papier. Mais si nous estions ensemble, nous pourrions monstrer, que cens qui ne se meslent de discourir, et lesquels on tient au rang de Grammatics, peuvent bien descouvrir les faultes des discoureurs, voire os principaux poincts de leur profession. J'ai receu trois quaiers de Villiomarus. J'estois d'avis qu'on ne se penast poinct pour envoler des quaiers. Mais d'autant qu'il y a des faultes d'imprimerie, qui sont d'importance, il sera bon de continuer d'en envoier, pour cotter les dictes faultes et les mettre in eiratis.* Je remercie bien humblement Monsieur d'Elbène ^ de la bonne souvenance qu'il lui
' M. l'abbé Feret, malgré toute son admiration pour Du Perron, reconnaît [p, 80] qu'il y a dans l'oraison funèbre de Ronsard « certains détails trop bas. »
' Pedance, c'est-à-dire qui sent le village. Le mot pedance se disait d'un juge de village qui n'avait point de siège pour tenir la justice, qui jugeait debout sous l'orme, judcx pedaneus. Voir \e Dictionnaire de Trévoux et celui de M. Littré. Dans ce dernier, on cite cette phrase des Recherches de la France de Et. Pasquier : « Tant à l'endroit des juges royaux qu'autres juges, guestrez et pedanez. »
* Sous entendu sans doute : C'est là ce que nous en pourrions dire.
* On voit par ce passage et par d'autres passages des lettres suivantes que l'on a eu raison de dire iSecunda Scaligerana, p. 615, article Yvo Villiomarus) : « C'est Monsieur Du Puy qui l'a fait imprimer. »
* C'était Pierre d'Elbène, fils d'Albisse d'Elbène et de Lucrèce Cavalcanti, une des dames d'honneur de Catherine de Médicis. Pierre d'Elbène avait été nommé aumônier de Charles IX en 1558. 11 obtint les ababyes d'Eu, de Bellozane. Nous retrouverons son nom dans plusieurs des lettres suivantes.
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plaist avoir de moi. Je lui suis serviteur, et Taime beaucoup pour son mérite et vertu. Il fauldra voir, s'i) vous plaist, in nundinis francfordierisibus, si mon Alleman de Ileideiberg* a faict imprimer ses Actes des Apostres en Arabie, desquelz je vous escrivis l'automne passé. Car s'il n'a faict imprimer son livre, ça esté qu-'ii s'est refroidi à cause de TAdverlissement que je lui feis par ma lettre.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
D'Abain, ce 8 avril 1856.
Vosive bien humble serviteur,
* J'ai le regret de ne pouvoir dire quel était le savant que Scaliger appelait mon Alleînand de Heidelberg,
- Dans un billet adressé à Claude Du Puy ffol. 80), d'Abain, le 26 avril 1586, Scaliger accuse réception de trois nouveaux cahiers du Villomartis, et il ajoute : « Je vous escrivis dernièrement comment nous nous acheminions à La Marche, et pour ces fins estions venus céans. Cependant si vous estiés pressé de m'envoier quelque chose, comme des quahiers, il fauldra adresser le tout à Monsieur Cujas à Bourges.... » Scaliger remercie avec effusion Claude Du Puy, au nom de M. d'Abain et aussi pour son propre compte, « du bon soing qu'il vous plaist avoir du procès des Relligieux de Nantueil et du sieur de la Clielle... Et me suis asseuré, » dit-il, « que je ne vous aurois recommandé leur bon droict en vain. Car je ne vous fais requeste laquelle je ne tienne pour obtenu'e, ce que je ne me pourrois promettre de guieres d'aultres. Aussi hommes de vostre mérite, vertu et preud'homie sont fort rares, car je suis tesmoing de ceci autant qu'homme qui vive pourroit estre. Encores que peut-estre les gens de bien auront à souffrir beaucoup pour ces malheurs de guerre civile, si est-ce que moi estant un membre de la troupe, qui peust participer à ces maux, je me console d'avoir un tel ami que vous, et me semble que je suis armé contre tout événement, quand il me souvient de vous et de Monsieur d'Emery. Je n'avois entendu la mort de Duret que despuis quelques jours en ça... »
SSS LITTBU FBAMÇAIMf n&Omf
A CLAUDE DD PDY,«
Il y a bien quinze jours , qu'estant à Maleval je receos quatre quaiers de Villiomarus, mais il y manquoit et je pense que c*est à cause du niumisma peinct dedens la copie. Je n'ai receu aulcunes lettres ni' nouvelles de vous, despuis que je partis du Poitou où je n'y vouldrois estre maintenant , à cause de l'armée, et de la pauvreté qui pend à l'oreille ^ à ce pouvre peuple ruiné desja par l'aultre armée * et qui pis est, par la famine. On a escrit de Romme à Monsieur et Madame d'Abain l'excessif hiver qu'on a enduré en ces quartiers, tellement que non-seulement les orangiers , oliviers sont gelés , mais les deux tiers des vignes. La famine est plus grande par l'Italie qu'en France.Les mesmes lettres racomptent comment à Peruse * un pouvre artisan après avoir vendu
< Ibid., fol. 76.
• La familière expression est relevée par un accent de pitié qui lui donne quelque chose de touchant.
' L'armée catholique et l'armée protestante continuèrent à ravager le Poitou jusqu'au mois de juillet, où le roi de Navarre et le maréchal de Biron signèrent une trêve dont tout le monde avait besoin. Voir J.-A. de Thou, liv. lxxxv.
* Pérouse, à 136 kilomètres de Rome.
DB JOfRrR SCAI^Bl. 2S3
tous ses meubles pour avoir du pain , enfin il fust contrainct de vendre ses outils ou ferramens de son mestier. Ce qu'aiant faict il alla acbepter du pain. Mais d'autant qu'il en avoit prins plus que l'ordonnance du podesta porte, son pain fust confisqué, de quoi le pouvre homme désespéré retourne en sa maison, trouvent sa femme et enfans crians à la faim. De rage il print sa femme et la jette dans un puis, puis ses enfans, enfin lui mesme le dernier. Le peuple esmeu de ce faict courut pour massacrer le cardinal Dandino * pour lors envoie leur gouverneur par le Pape. Mais par le moien de quelques gentilhommes il se sauva, et lui mesme apporta à Romrae la nouvelle. Je vous ai escrit ceste tragédie,' afin de vous mettre devant les yeux la furie de nostre ration, qui avons entrepris une guerre de gaieté de cœur * n'aians de quoi mettre entre les dens. Car la pouvreté est fort grande, de laquelle je suis tesmoing. Je vous supplie de m'escrire de vos nouvelles, et bailler vos lettres à Monsieur Vernelle,* ou Monsieur Petit,* qui me les fera venir. On a vendu tont
' Je ne vois, en tout le xvi» siècle, qu'un seul cardinal dont le nom se rapproche de celui-là, Jérôme Dandini, mais il était déjà mort en 1559.
' L'émouvant récit de Scaliger se retrouve-t-il dans quelques-uns de nos vieux écrivains ? Pour moi, je ne me souviens pas de l'avoir jamais encore rencontré.
* Les deux plus anciens auteurs qui, d'après les recherches de M. Littré,/ aient employé la vive et heureuse expression gaieté de cœur, sont AmyoT (en son Plutarque) et d'Aubigné (en son Histoire, universelle),
* Probablement le même que ce Claude Vernelle, auquel est adressée, dans les Epistolœ de 1627 Cp. 102), la lettre xvi du livre I qui roule sur le passage relatif aux Druides, des Commentaires de Jules César.
* On lit dans le billet du 2 avril 1586 adressé par Scaliger à
224 LBTTHB8 FRANÇAISES IMÈ0ITB8
mon b en, lequel j'avois recouvré avec tant de peine. Mais je ne m'en soulcie point. Dieu aura pitié de moi.*
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.
De Cbantenille, ce 28 mai 1586«
Vostre très humble serviteur ^ Joseph de Là Scala .
Cl. Du Puy et mentionné dans la dernière note de la lettre lxx : « Je vous ai escrit ce jourd'hui par le fîlzde Mons' Jonathas Petit. » Le prénom semble bien annoncer que ce Petit était un calviniste. En tout cas, il était grand avocat au Grand Conseil et demeurait auprès de la petite porte des Mathurins à Paris, comme nous l'apprend Scaliger lui-même dans une lettre à Dalechamps, du 6 janvier 1587 {Apud Bernays, p. 313). Voir une lettre Jonathœ Petit dans les Epistolœ de 1627 (p. 951), écrite par Scaliger peu de son temps après son retour de Gascogne, en 1584.
' On aime la fîère résignation avec laquelle Scaliger supporte Todieuse spoliation légale dont il était victime. On aime davantage encore la noble confiance qu'il met en Dieu.
DB JOfllil SCAUOBM. 285
Lxxm
A CLAUDE DU PUY
Monsieur.
J'ai maintenant toutVilliomarus sauff le premier quayer et le dernier de l'index, aiant receu K par ce voiage de Bourges avec vostre lettre. Je vous envoie errata et omissa. Il est temps que Monsieur l'Italien' reçoive le salaire de sa folle ignorance. M. Cujas m'escrit que Lipsius a composé un livre De pronunciatione linguœ lalinœ* Siuquel il introduist Muret parlant aveques lui, et non obstaiît en Tepistre liminaire il le blasme grandement. Je vous supplie de me faire ce bien que je le voie. Quant au livre Contra Kalendarium Gregoinannm je me fie bien que ou vous ou M. d'Eraeri me Tenvoierès. Vous savès qu'il y a un an qi^e j'en tiens un tout prest contre le mesme sujet. Je n'ai non plus veu Othomanum in buUam Xysti* Je suis bien aise que le Sénèque de Romme s'im-
' Ibid., fol. 82.
« Rob. Titi.
* De recta pronunciatione latinœ linguœ Dialogus ; Leyde, 1586, in-4o et in-8*. M. Ch. Nisard {Le Triumvirat littéraire au xvv siècle, p. 70) rappelle qu'au rapport d'un biographe de Juste Lipse, Aubert le Mire, Priscien lui-même n'y eut pas trouvé un mot à ajouter ni à condamner. Ce jugement, ajoute le spirituel critique, pourrait donner lieu à quelques objections, mais le sujet n'en vaut pas la peine.
* C'est-à-dire contre la bulle de Sixte-Quint. Il s'agit là du fameux pamphlet intitulé : Papœ Sixti F, brutum fulmen in Henri-
2SC I.ITTRE8 FBARÇ AISES IMioiTIf.
prime * avec les annotations de M. Faber,' qui bene meritm est de Seneca, Il me sera aisé d*en recouvrer puisqu'il s'imprime dens Paris. Je suis au bout du monde, parmi les bergers, bestes, rocs, saboz et truelles de Limosin, tellement que je ne puis estre adverti des livres nouveaulx que par vous, qui versaris in luce hominnw. Je ne sais si avès entendu comment Saint-Bertrand de Coraminges a esté pris.* .Ou a bien butiné dans le trésor et relliquaire de la sacristie
cum Navarrœ Regem, et Henricum Principem Candœum (1585, in-8', sans nom de lieu, mais Genève; 1586, in-8', Leyde). On lit dans le Secunda Scaligerana (p. 384) : « Hotomanni Franco-Gallia est bonne, j'y ai aidé [mot qui n'a pas été assez remarqué]... Brutum fulmen, s'il est de Genève, volo. S'il [n']est de cette ville, ne emas Fulmen brutum. Liber mihi donatus ab ipso Hotomanno, est prœclarus liber, multabona dicit, sed multa addita.sunt in editione Leyden^i; prœstat Genevensis, » Scaliger {Prima Scaligerana, p. 101) a l'air de ne voir dans Hetman qu'un habile écrivain : « Hotomannum sola dictio Latina commendat ac eloquentia. Cœtera^ pauvre homme. »
* Le Senèque de Rome, c'est-à-dire le Sénèque imprimé en 1585, in-fol. avec les corrections et les notes de Muret [A M, Ant. Mureto correctus et notis illustratus) fut reproduit à Paris en 1587, in-fol.
* Fabir, dit Golomiès dans une note du Secunda Scaligerana (p. 325), <c c'est le grand Nicolas Le Fevre, précepteur de Louis XIIL » Nie. Le Fevre, qui avait passé un an et demi à Rome et qui s'y était lié avec Muret et avec Sigonius, devint, à son retour en France, l'ami et le coilimensal de Pierre Pithou. Son travail d'annotation, dans l'édition de 1587, roule principalement sur les pièces de Sénèque le rhétheur.
• ' « Les ligueurs reprirent aussi au mois de May Saint-Bertrand de Gomminges, dont les religionnaires s'étoient emparés à la fin d'avril. » Histoire générale du Languedoc (édition des Bénédictins), tome V, page 413.
DB 90SE9m SCALMIB. tS7
entr'autres nune belle alicorne de grand pris h xcturjXfotç icpacixoîç.* L'evesque du lieu sollicite à Thoulouse pour avoir de l'artillerie et assiéger la place.^ Si on prend des bicoques au long de Garonne, se faict on bien de bonnes et grasses evescbés en Gascogne. Je ne sai comment on prétend chasser le huguenotisme par la ruine des eveschés. Quant au psaultier arménien, je vous supplie de m'escrire où il a esté imprimé, car j'en recouvrerai, et si c'est à Rojîime, j'espère que je le pourrai avoir aisément.' fauldr^ toujours adresser vos
' On trouvera de curieux détails sur cette licorne « laquelle a de haulteur environ cinq pieds et qui est de fort grande valleur » dans une lettre de Catherine de Médicis à Henri III, du 7 décembre 1586, que j'ai eu le plaisir de donner à la Revue de Gascogne (décembre 1873, p. 569-570 du tome xiii de la collection}. Comme je disais en une note : « Qui mo donnera des nouvelles de la licorne de Saint- Bertrand de Commin;:es? » un érudit très versé dans la connaissance de toutes les choses méridionales, M. le docteur Noulet, répondit, le 10 mars suivant, à ma question (Bulletin de la Société archéologique du midi de la France, 1874, n* 2, p. 5), en reproduisant la description de la fameuse licorne faite, en 1667, par M. de Froideur, commissaire député pour la réformation des forêts. M. le docteur Noulet ajoute, en témoin oculaire, que cette dent de narval {Monodon monoceros) est encore aujourd'hui conservée dans la sacristie de l'église de Saint-Bertrand de Comminges.
* Cet évêque était Urbain de Saint-Gelais, qui siégea de 1580 h 1613. La lettre de Catherine de Médicis que je viens de citer, parle de la reprise de Saint-Bertrand de Comminges sur les Huguenots par le belliqueux prélat. On peut voir dans la Revue de Gascogne (t. viii, 1867, p. 42-49) trois lettres d'Urbain de Saint- Gelais, dont deux sont adressées à Henri IV.
• Dans une lettre écrite à Cl. Du Puy, le 30 juin 1586, de ChantemiUe {Ibid», fol. 83), Scaliger le remercie très humblement de l'envoi du psaultier arménien^ lui disant qu'il lui est « plus obligé qu'à homme du monde. » Mal informé par son docte correspon-
ttS LITTmiS VlAIICAIfKf mÈMTM»
lettres à M. Vernelle, qui nous faict tousjours tenir les paquetz et nouvelles de Paris et de la Court. Cependent,
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
De Chantemille, ce 5 juing 1586.
Vostre humble serviteur ^ Joseph de La Scala.
dant des intentions de Nicolas Le Fèvre au sujet de Téditiou dont ce philologue s'occupait avec ardeur, Scaliger s'exprime ainsi : « Je suis bien marri que Monsieur Le Fèvre n'a voulu mettre la main sur le Senèque. Car cest auteur est plus de lui, que de nul homme, qui se mesle de la critique. Toutesfois, sauf meilleur advis, d'autant que feu Muret n'a touché aux Suasoria estant prévenu de mort, puisque ceste partie est correcte et fournie des tesmoignages grecs qui manquoient en l'édition de Schacon, Espagnol, ne seroit-il pas bon de corriger ces Suasoria pour Tédition de Schacon ? Il me semble que ce seroit bien faict et vous y pouvés beaucoup , veu, comme j'ai peu comprendre parce qu'aultres fois m'en avés escrit, que Schacon n'a rien mis du sien, ains ce qu'il a trouvé aux vieux livres. Si ceste édition estoit ainsi composée de celle de Muret et de Schacon , elle en seroit mieux venue. »
DM JOf«PB fOAUfiU. 229
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
La présente sera seulement pour vous remercier de l'Examen de Tan grégorien faict par Michael Mœstlinus, lequel je receus bier.^ Mais vous verres ceste matière mieux deduicte, s'il plaist à Dieu, si je puis une fois voir ce que Clavius faict imprimer contre moi à Romme. Je m'esbahis que vous n'en voies rien, veu que le livre estoit sur la presse dès Pasques. Nous avons bien pris nostrc Liiius par un aultre endroict, que n'a faict ce bon Alleman. Je désire, s'il vous plaist, d'eslre esclairci d'une chose qu'on m'a dite, il y a assès longtemps, c'est que Monsieur GroUart est premier président de Rouen.' Nous avons demeuré en ce pais plus long temps que nous n'espérions, mais en bref nous retournerons en Poictou. Cependent,
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, et prie Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
De Chantemille, ce 25 juillet 1586.
\ostre très humble set^viteur,
Joseph dk La Scala.
' Ibid., fol. 84.
' Michel Mœstlinus, fut, selon le Moréri, un célèbre mathématicien, mort en 1650, « qui enseigna publiquement les mathématiques à Heidelberg et qui découvrit la raison de cette faible lumière qui paroit sur tout le corps de la lune, un peu avant ou après qu'elle est renouvelée. »
' Nous avons déjà vu (Lettre lxv) que Claude Groulard avait été nommé premier président du Parlement de Normandie en 1585.
t30 UlTnrt FKAMÇAIfCt RlftDITIS
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Si je ne fusse arrivé en ceste ville, Monsieur Cujas vous eust porté mes lettres. Mais il a rompu son voiage pour Tamour de moi, lequel il avoit accordé à Monsieur de La Guesle^ présent porteur. Cependent je jouirai de la compagnie du bon homme tant que je pourrai, lequel ne vieillist nullement, et a aussi bon courage d'estudier, qu'il eust jamais, comme aussi il s'en acquiste bien.* Le présent porteur a envie de vous cognoistre, duquel j'ai conceu une grande espérance. Car il est tout sage et capable de quelque chose de grand. Vous n*aurés guieres parlé à lui, que vous Taimerès, et cognoistrès que je suis bon juge.* Je m'atten bien
' Ibid., folio 85.
* Probablement un des cinq fils de Jean de la Guesle, procureur général au Parlement de Paris en 1570, président à mortier dans le même Parlement en 1583. Voir son éloge dans VHistoire des présidents du parlement de PariSy par Blanchard (1647, in-folio).
^ Ces détails sur la verte vieillesse de Cujas, sur son ardeur pour le travail toujours la même et toujours heureuse, paraîtront bien précieux aux admirateurs du grand jurisconsulte. Les lettres suivantes leur réservent encore, à cet égard, plus d'une piquante surprise.
* D'après le Moréri, tous les enfants de Jean de la Guesle furent
DB JOIBPH fCAUGBB. 2^4
tousjours que j'aurai le Senecque quand il sera imprimé auquel si on n'avoit mis le grec es déclamations, je desirerois le recouvrer pour le remettre, en attendant que Monsieur Le Fevre, ou quelque aultre y mit la main. Je vous supplie de prendre garde si pourras recouvrer le livre de Lipsius de pronunciatione Hnguœ latinœ.^ Car sans doute on Fa veu en Angleterre. Il y a plus de six mois que le livre de Clavius contre moi est sur la presse à Romme. Tamen nusquam comparet. J'ai receu lettres du bon homme Vinet n'a guieres, lequel travaille sur Sidonius.^ Mais il dit qu'il y trouve des choses qui le retardent, comme à la vérité il y en a. Mais aussi le bon homme se ressent des ans passés,' et ne peut faire ce qu'il a faict d'aultre fois. Quant à moi je blanchis bien, et pour ma barbe on me jugera œqualem Vmeto.* Mais jamais je ne me sentis plus gaillard, et plus dispost^ tant
«dignes héritiers des vertus d'un si illustre père. » Le fils aîné, Jacques, fut procureur général au Parlement de Paris, et le cadet, François, archevêque de Tours. Je suppose que Scaliger voulait parler d'un des plus jeunes fils du président.
' Voir la lettre LXXIII et la note 3.
* Elie Vinet avait déjà publié une édition des œuvres de Sidoine Apollinaire (Sidonii Apollinaris opéra, castigatay restituta et édita studio Eliœ Vineti; Lyon, Jean de Tournes, 1552, in-8o). Le travail dont parle ici Scaliger était un Commentaire sur Sidoine qui n'a pas été mis au jour.
' Vinet allait mourir l'année suivante, le 14 mai, «âgé de plus de 78 ans, » comme l'atteste J.-A. de Thou (Liv. LXXXVIII).
* Scaliger n'avait alors que 46 ans.
* De Dispostus, contracté de Dispositùs, bien disposé. On disait h 1& )ispost et Dispos,
t31 LiTTisfl nuNÇAmf nifomt
de rentendement que du corps,* lesquels tous deux j'ai voué à vostre service tant que je vivrai.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, etc.
De Boui^es, ce 34 Aoust 1586.
VoBtre très humble serviteur^ Joseph de Là Sgalà.
' Phrase à rapprocher de cette autre phrase (lettre LXIV) où Scaliger, sous l'impression d'un accablement passager et se décourageant beaucoup trop vite, déclarait, un an plus tôt, qu'il rangeait parmi les choses accessoires, ces travaux qui avaient tenu jusqu'alors une place si importante dans sa vie.
M joMtni fCAiMn* 133
À CLADDE DU PUY.«
Monsieur,
Je vous escrivis dernièrement par le Hz de Monsieur le Président de La Guelle. Despuis son partement Dieu a visité le pouvre Monsieur Cnjas, et a appelle à lui sa femme.' Elle est morte soudainement. Car elle n*a tenu le lit que trois fois 24 heures précisément. Geste précipitation a donné souspçon de contagion. Mais je ne le pense poinct, et ne vous eusse osé escrire la présente, s'il y eust eu le moindre souspçon de contagion. J'ai eu et ai encores grand peine d'appaiser ce bon homme, qui ne faict que lamenter, et à tout propos se représenter la perte qu'il a faict.* Il s'est laissé mener en ce lieu de Massai,^ Abbaie appartenant à Monsieur
* Ibid., îoVio S6.
* C'était la fille d*un médecin d'Avignon nommée Magdelène Heure dans le Moréri et Madeleine du Roure dans la Biographie uni' ver selle (article de M. Bernardi) et dans la Nouvelle Biographie générale (article déjà cité de M. Rapetti). L'orthographe adoptée par ces deux érudits semblerait rattacher la première femme de Gujas à la vieille maison du Roure, ce qui serait une grande erreur. Le mariage avait été célébré le 24 mai 4558.
* Cette violente et bruyante douleur ne dura guères, et nous avons déjà eu l'occasion de dire que le 22 novembre de cette même année (moins de trois mois après la mort de Madeleine!)» Gujas épousa une jeune fille, Gabrielle Hervé.
* Massay est aujourd'hui une commune du département du Cher, arrondissement de Bourges, canton de Vierzon, à 40 kilomètres de cette dernière ville et à 38 kilomètres de Bourges. On y voit l'église de l'ancienne abbaye dont Scaliger va parler.
234 LKTTKICf rRANÇAMBS IMÉDITBS
de L'Aubespine,* où il y a bon air, et commodité de tout ce qui est requis pour passer quelque temps. Je me tiendrai quelque peu avecques lui, pour lui faire office et devoir de bon disciple et serviteur.^ J'ai receu ce jourd'hui pacquet de noslre pais d'Agenois, qui m'asseure et confirme de ce qu'on m'avoit adverti, à savoir de la vente de tous mes meubles en laquelle chose on a procédé fort animeusement,' car on ne m'a laissé une affixa quidem, qu'on n'aie tout descloné encores que le magistrat eust envie de me gratifier, et ne me traicter si rigoureusement. Mais ça esté à l'appétit de je ne sai quels commissaires.* Or, Monsieur, si vous me pouviès donner quelque conseil pour recouvrer a qui a esté vendu veu qu'on m'en donne espérance, je vous supplie très humblement de me l'escrire, ou bien si Monsieur Brisson,* qui a charge de ceci, comme j'enten> me pouvoit faire quelque fa-
* C'était Guillaume de L'Aubespine, baron de Châteauneuf-sur- Cher, chancelier des ordres du Roi, conseiller d'Etat, ambassadeur en Angleterre de 1585 à <589, etc., né en 1547, mort en i629. Son fils, Charles, marquis de Châteauneuf, le garde des sceaux, fut, après lui, abbé de Massai, ainsi que de Préaux et de Noirlac.
* Disons-le à la grande louange de Scaliger, en toute cette correspondance il se montre un parfait ami.
' Animosité est un de nos vieux mots (xiv* siècle), mais animeusèment ne figure dans aucun des dictionnaires que j'ai sous la main {Richelet, Trévoux et Littré) .
* Appétit dans le sens de vif désir d'avoir, appetere. Régnier a dit (satire IV), parlant du désir qu'ont les travailleurs d'obtenir de la réputation :
Pâlir dessus un livre à Vappétit d*un bruit
* Barnabe Brisson, président à mortier au parlement de Paris, depuis 4583, était né à Fontenay-le-Gomte, en 1531 ; il allait être pendu, le 15 novembre <594, par les Ligueurs, et ce crime fait penser à celui dont a été victime , le 24 mai 1871 , un non moins savant et beaucoup plus fernie magistrat, M. le président Bonjean.
M josira icAijttui. - t35
veur, je lui en escrirois, si j*estoie asseurè que cela ne lui deplairoit poinct. Car Monsieur Vernelie m'a asseuré qu'il pourroit faire pour moi ; ilz m*ont rendu inutile ma maison en tant qu'il leur a esté possible. Je vous supplie doncques, Monsieur, de lui en parler, et moienner quelque main levée en paiant les frais quy auront esté faictz, si ainsi fault, et ^contraindre le receveur de telles ventes de rendre l'argent à ceus qui auront acheté mes meubles. Que si cela ne se peut faire, je ne demande poinct, ni n'entens que vous preniès la peine de l'en prier. Car vous savés bien comment je suis savant en telle grammatique. Le dit sieur président m'obligeroit fort à lui faire service, si lui plaisoit de me faire tant de bien. Mes amis on achetté ces meubles, et me les vendront quand je les rachèterai. Mais s'il lui plaist mé hoc acceptum ferre illius betieficio, je lui en serai d'autant plus obligé. Je vous en escris en vous en demandant advis, et quant et quant aide, pour que je sache si j'ai raison de vous en prier ou non. Car je suis pupille* en tels affaires. Toutesfois je vous déclaire toutes mes affections. Cependent je tesmoignerai tousjours de combien je vous suis obligé, et serai tant que je vivrai, etc.
Cependant, Monsieur, je vous baise très humblement les mains.
De Massai, ce xi septembre 1586.
Vostre très humble serviteur, Joseph de La Scala.
' Nous dirions novice, inexpérimenté. L'expression métaphorique employée par Scaliger n'est pas citée dans le Dictionnaire de M. Littré,
S36 I^TTBBf PBARÇAISKS IRioiTES
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Il n'y a que deux jours, que j'ai receu vostre lettre datée du 18 d'Octobre qui est la cause que je ne vous ai respondu si tost qu'il falloit. Or je ne vous puis assès remercier de l'honneur qu'il vous a pieu me faire d'avoir recommandé ma pouvreté à Monsieur le Président Brisson. Vous deux serès cause que je ne serai pas despouillé du tout. Je n'ai pas ici les lettres de respit que le Roi me donna, car elles sont à Abain dans le cabinet de Madame. Mais nous avons escrit à Monsieur de Vernelles, qui vous baillera les dernières que Sa Majesté m'a encores octroyé, lesquelles il vous plaira communiquer à mon dit sieur Président avecques la lettre que je lui escris , laquelle fera bon seullement lui bailler quand Monsieur de Vernelles vous aura donné celles du Roy. Icelles la suffiront autant que les premières d'autant qu'elles font mention des premières prolongations que Sa Majesté m'a donné. Quant aux tesmoignages grecs des controverses Senecœ patriSy^ je n'en puis bonnement resouldre qu'à tastons, d'autant que je n'ai ici le texte de l'auteur. Toutesfois je pense qu'ils sont vrais, et non supposés, et ne voi de quoi juger du contraire. Je ne m'esbahis qu'il ne s'en soit trouvé davantage, comme ainsi soit qu'il en manque
« îhid,, folio 87.
' Sénèque le père ou le Rhéteur a laissé deux recueils, ControversiarumLibriXeiSuasoriarum liber qui sont incomplets l'un etTautre. Ajoutons que la perte n'est pas très regrettable.
Dl JOSIPB SCALMBM* S37
tant. Il sera bon que Monsieur Le Fevre m Prolegcnienis faisant mention de Senecque, comme il fauU nécessairement qu'il parle de son exil,' il n'oublie les vers dudit Senecque, qui sont publiés par nous en nos Catalectes^'^ où il faict mention de ce temps là, en Tépigramme Corsica Phocœo tellus habîta'a colonOy et le suivant épigramme : lient celui-là Corduba solve genus, et aultres qui font mention de ,rexil de Senecque inCorsicam, oullre ce qu'il en dit par son nepveu en la Tragœdie Octavia} Car nostre livre des Catalectes ne fust si tost imprimé, que nous nous advisasmes que ces epigrammes estoient sans doute de Senecque. Il y en a, je pense, une douzaine de cet auteur. Mais il ne m'en souvient plus, n'aiant ici mon livre. Il vous plaira de nous départir des nouvelles de la foire de Francfort. Cependent,
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, etc.
Joseph de ia Scala.
De Chantemille, ce premier Novembre 1586.
Monsieur de f^a Court, premier Président de Rouen,* m'a desja escrit deux fois, et moi aussi à lui. Je n'ai le procès verbal de la vente de mes meubles, sauff que je sai qu'il3 furent vendus le vi Juing passé.
* Sénèque le Philosophe fut exilé par Claude, Tan 41 de J.-C. et relégué en Corse où il devait passer près de huit années.
2 Les CataUcta, comme nous l'avons déjà vu, parurent en 4573 (Lyon, in-S*^).
' On ne sait pas d'une manière certaine quel est l'auteur des dix pièces mises sous le nom de Sénèque le Tragique. Si quelques-uns les donnent au Philosophe, plusieurs les attribuent à un autre Sénèque.
*' Claude Groulart était seigneur de La Court et baron de Monville.
938 LPTTftSS rBARCAMIi DÉDITU
A PIERRE PITHOU
Monsieur,
Demeurerai je tousjours sans avoir de vos nouvelles, et sawir ce que vous faictcs ? Je vous prie de me faire ce bien de m*escrire un mot, puisque je ne vous puis voir car il n'y a rien que j'entende de si boa cœur que des bonnes nouvelles et de vous et de toute vostre famille, mesmement de Mad"« Pithou. Il y a assés long temps que j'ai eu des nouvelles du pais telles que je pouvois attendre d'un si misérable temps pour le regaro ae mes affaires, qui est la cause que je ne m'en soulcie point, ^wm inihi neque imparato neque incogitanti acciderunt. Je ne fai rien, car je n'ai apporté ici aulcun livre ne pensant poinct y faire le séjour que j'ay esté contrainct y faire parquoi je fais bien le poullron,' puisque vous avés faict ce bien au public d'avoir donné le viens interprète de Juvenal et Perse, ne vouldriès vous pas faire de mesmes de rilorace, et amasser tout Porphyrio *
< /hd., folio 493.
« La forme poultron se retrouve dans les Mémoires de Vieilleville rédigés (seconde moitié du xvi« siècle), par Vincent Garloix et dans la Sagesse de Pierre Charron (1595).
' Scaliflfer ne veut point parler de Publilius Optatianus Porphy-
DB J09BPH SCAf.lf.m. S39
bien correct avec les expositions de ce vieil interprète que Crukius ' a faict imprimer, où il y a de très bonnes choses ? Item y adjouster ce que pourrés trier de bon de VAcron ? ' Tous ces expositeurs mis ensemble à la façon du commentaire in Terentinm, seroient une nouvelle édition de l'Horace. Item il fauldroit corriger le texte de rilorace sur les dits interprètes, et y remettre les anciens tiltres dos odes parœnetice, epœnetice, etc., et imprimer le texte à part, et les expositions à part, comme vous avés faict au Juvenal. Pensés y. Vous seul le pouvés mieux faire, que tous les aultres ensemble, et je vous prie de le faire. Je suis tout à vostre service et avés toute puissance sur moi. Je vous baise
rius, poète latin qui vivait au iv siècle de l'ère chrétienne et dont P. Pithou a publié un poème en acrostiches {Panegyricus dictus Constantino Augusto) dans ses Eptgrammata etpoematia vetera (Paris, 1590, in- 12), mais bien d'un scoliaste nommé Porphyrion sur lequel on ne sait pas grand'chose.
* Adrien Baillet {Jugemens des Savants, in-4^, t. II, 1722, p. 400) mentionne un Jacques Crucquius, né en Flandre, dont les corrections et notes sur Horace sont assez estimées. Seulement, trompé sans doute par une réimpression (La Haye, in-4", 1611), il n'a pas recherché l'édition signalée, 29 ans plus tôt, par Scaliger.
' Je trouve dans le plus ancien de tous nos dictionnaires historiques, celui de Charles Estienne (édition de Genève, 1638), cette notule sur Acron : « Nohilis grammaticus, Horatium poetam enarravit. » Le Moréri cite une édition de son Commentaire de Venise, 1490, in-folio, et une autre de Bâle, 1527, in-8». Le Manuel du Libraire (t. I, col. 41-42) indique, comme première édition, celle de Milan (1474, in-4*). Acron et Porphyrion ont été édités, en 1858, à Prague, par F. Pauly {Scholia horatiana qtUB feruntur Achronis et Porphy rions, etc.).
t40 LITTBU VlAIIÇAUlf UlÉMTIf
très humblement les mains, et à Monsieur vostre frère, priant Dieu,
Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie.
De Chantemile, ce 4 décembre 1586.*
Vostre serviteur^
Joseph de La Sgala.
* Je donne ici presque in extenso deux billets à CL Du Puy, l'un écrit de Touffou, le 6 janvier 1587, Tautre écrit d'Abain, le 11 février de la môme année (vol. 496, folio 88 et 89).
« Monsieur, Je vous remercie très humblement et de l'expédition qu'il vous a pieu m'envoier touchant mes affaires d'Agenois, et du Paulus Alexandrinus, lequel j'ai receu, et en ferai bien mon profût pour ma segonde édition de Manilius, s'il advient que j'aie le loisir de la poursuivre. Quant à Mons' le Président Brisson, encores que je l'aie remercié par mon aultre lettre av^nt la despeche, je le remercierai encores plus amplement... car je ne puis ignorer que je lui suis tenu infiniment... Mais c'est vous qui en avès entamé le propos au dit sieur Président, et recognoi vous estre plus obligé qu'à homme de ce monde. Aussi avès-vous telle puissance sur moi, qu 'aultre ne se peult attribuer que vous seul... »
« Monsieur, J'ai receu vostre lettre, et vous remercie de la bonne souvenance qu'il vous plaist avoir de moi. Il y a quelqu'un qui m'a dit comment M' Daniel faict imprimer son Servius. Je le vouldrois savoir. Je sai bien que Fulvius Ursinus est après pour en faire imprimer d'autres fragmens, et il y travoilloit dès l'esté passé. Il s'en fera un bon livre des deux. Il court le bruit que nous aurons une tresve pour tout février qui est signe de quelque chose de meilleur. Je vouldrois que nous en eussions une si bonne, si seure et si longue que je vous peusse voir après ces Pasques. »
0ie toin\'à tCAuisEtf. S4I
rxxïx
A J.-A. DE T110U
MOKSIEÙB,
J'ai reveu encores vostre Job,' pour Fenvie que j'ai de vous servir, et vous tesmoigoer combien je désire me rendre di;^ne de ramitié qu'il vous plaist me porter, ou pour le moins non inutile envers elle. Je vous envoie donques ce qu'il m'a semblé digue de correction, non que je veuille ou prétende qu'il faille que cela soit ainsi, et que mes ca^ligations soient xvfiai *ôÇai mais seulement que cela tienne lieu de tesmoignagc de ma diligence, et bonne affection. Vous ei ferès comme il vous plaira car peust estre que moi m smes me puis abuser. Je n'ai voulu repeler ce que de^ja j'ai marqué ez aultres papiei's oue je vous ai envoies me fiant que les aurcs encore gardés. Si Dieu nous donnoit une bonne paix, je vous irais voir, et ne vous abandonnerois poinct.
* IbU., folio 158.
* Le poème sur Job (Jobus sive de constantla lihri IV) a paru dans le recueil antidaté, intitulé : Metaphrasis poetica librorum aliquot sacrorum (Tours, Jamet Mettayer, 1588, petit in-8 ). J'ai trouvé du poème corrigé par Scaliger un éloge bien peu connu dans le Grand miroir du monde du poète lectourois Joseph du Chesne, sieur de ld> Violette (Lyon, 1593, in-S», seconde édition) :
De Tbou qui a chanté d'ua rers inimitable h son Job afilifé la eonstanee admirabU.
jusqnes à ce que je vous eusse persuadé de me donner une heure chasque jour, pour estudier en Hebrieu, et je vous prometz que dens huict ou dix jours, vous séries capable d'estudier de vous mesmes. La vacation que vous avès * vous donne respit d'estudier et n'estes si sujet, comme quand vous estiès en la Court de Parlement. Vous ne vouldriès pour rien n'avoir estudié en ceste langue quand \ous y aurès estudié quinze jours tant seulement. Elle a de quoi se faire aimer, la beauté et élégance, et la facilité de la traditive,2 laquelle nous rendrons dix fois plus aisée. J'ai donques grand envie de vous servir en cela, et vous voir avant que me retirer en mon four d'Agen,* où il fault que j'y aille, ma barbe commençant à se tascher * de ceste vie précaire* que
• C'est-à-dire la charge de Maître des requêtes.
* Scaliger est-il le seul qui ait employé le mot traditive pour traduction ? Son contemporain et compatriote Michel de Montaigne a dit traduclion comme les autres écrivains du xvi« siècle. D'autre pari,, M. Littré a cité, sous le mot traditif, un passage d'une version du Prince de Machiavel, laquelle est de la même époque, où traditive a le sens de tradition, sens que lui conservait encore le docte Huet, au siècle suivant, selon le témoignage des rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux,
' Pourquoi donc Scaliger appelait-il Agen un four? Trouvait-iJ que sa vieille ville natale fût sombre, obscure, ou lui reprochaît-il les étouffantes chaleurs de ses étés? Attachait-il au mot un autre sens? Quoi qu'il en soit, Scaliger ne devait pas se retirer en son four d'Agen et il aima mieux passer les seize dernières année de sa vie sous le ciel brumeux de la Hollande, que sous le ciel lumineux de la Gascogne.
* Scaliger exagérait donc quand il comparaît, le 24 août 1586, à la barbe neigeuse d'Elie Vinet,cette barbe qui commençait seulement à se tacher, le 23 février 1587?
• M. Littré n'a cité, pour les mots vie précaire, aucun exemple antérieur à ceux que fournit VHistoire univet*selle de d'Aubigné.
»l JOSB^fl SGALIGn. S43
j'ai mené jusques à présent mal séante h mon aage, et à ma teste chenue. Aultrement s'il n'y a paix, me fauldra retirer à la frontière vers l'AUemaigne, et me redemander à quelque prince d'Aliemaigiie, qui aie pitié de moi, et lui dire, èXwov
cXeiQ^avra, d^ç^e^cdxort, âvaÇ avaxet xai icivYïn irXovou,' J'ai tOUSJOUrS
espérance en Dieu, qui semper me punit in ôXiywv xpYificêrwv.
Monsieur je vous baise très humblement les mains, priant Dieu VOUS donner en santé bonne et longue vie
D'Abain, ce 23 février 1587
Vostre humble serviteur^
Joseph db La Scala.
A Monsieur Monsieur d'Eraery, Maistre des requestes de l'hostel du Roi, à Paris*
* Aie pitié de celui qui a eu pitié, dçnne à qui a donné, roi à un roi, riche à un pauvre.
244 LITTUM râASÇittSBS IHRMTBS
A CLAUDE DU PU Y
Monsieur,
J ai receu lettres par deux fois de Monsieur Dallechamps , quim*aescrit particulièrement toucliantleSenecque imprimé à Genève.^ Il dit entraultres choses, qu'un Chanoine Espagnol qui avoit pris sur le livre de Côvarruvias ' ce qu'il en avoit peu deschiffrer du Grec des controverses, le porta à Romme, où lui mort, le cardinal Ridolfi,* duquel sa copie a
' Ihid.y folio 93.
- Voir dans l'ouvrage de M. Bernays les huit lettres de Scaliger A Monsieur DalechampSj docteur en médecine à Lyon (p. 308-314). Dans presque toutes ces lettres il est question du Sénèque./
' Je suppose qu'il s'agit là de Don Antonio Covarrubias, le savant humaniste appelé par Juste Lipse Hispaniœ magnum lumen, né en 1524, mort en janvier 1602 à Tolède, où il avait un canonicat. C'était le frère de Don Juan Covarrubias, évêque de Girgenti, auteur de divers ouvrages dont le plus célèbre est celui qui est consacré aux Emblèmes, et de Don Sébastian Covarrubias, auteur du Tesoro de la lengua Castellana o Espanola (Madrid, 1611, in-folio).
* Nicolas Ridolfi, neveu du pape Léon X, fut, tout jeune encore, nommé cardinal en 1517 et mourut en 1550. Il fut archevêque do Salerne et de Florence.
tm 90§M9n 9CAUCB1. 245
esté imprimée 5 Gôtiève, et très mal, eust tout cela, et le fist insérer en son édition si que ne fault douter que le Grec ne soit GenuUmm^^ et non controuvé. Ainsi ledit sieur Dallechamps m'escrit qu'il a eu tout le Senecque entier de divers lieux oultre un que je lui envolai du temps que vous estiés en la chambre de justice' lequel, entre tous les exemplaires qu il a, est entier, et dit avoir trouvé de bonnes choses, et . bien que ce mien livre soit assés récent car il est escrit du temps des Papes d'Avignon, mais à la fin TEscrivain adjouste qu'après l'avoir escrit, il l'auroit conféré avec un très ancien exemplaire d'Italie, qu'il nomme. Et de faict les marges sont pleines de bonnes corrections. Il adjouste aussi qu'il attendoit de Marseille le Senecque de Covarruvias, si il n'avoit long temps qu il estoit arrivé d'Espagne avecques les Annotations dudit Covarruvias sur tout l'auteur, et principalement sur les Controverses et Suasoires. î/exemplaire est estimé le plus vieil, le plus entier, et le meilleur qui se trouve en l'Europe. Il eust faict desja imprimer son Senecque n'eust esté l'atlente de ceste cassette, laquelle il ne peust avoir à cause de la peste qui est à Marseille. 11 faict grand C2is d*un exemplar suosorianum Atigusto dunense,^ qui a tout le Grec, mais, comme il dit, mal aisé à deschifrer. Il m'en a envoie quelques fragments. Enri Estienne, auquel il avoit communiqué l'Exemplaire, n'en sceust jamais rien deschifrer.
* Vrai, pur, non altéré, non falsifié.
' Voir sur ce manuscrit envoyé par Scaliger à Dalechamps en août 1584, une des lettres à ce savant médecin plus haut citées, lettre datée du 24 octobre 1584 (p. 312-313 du volume de M. Bernays).
' Ce manuscrit d'Autun est-il encore en cette ville ? Je ne le vois pas mentionné dans le Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques des départements (t. I, 1849, in-4*, Manuscrits de la Bibliothèque du Séminaire d'Autun, p. 3-40).
146 LiTTBBft rBAnçAMn niÉoint
Il m'a envoie un de ses Plines, imprimé en très villaia papier.^
Monsieur, je suis tousjours vostre serviteur, et vous baise très humblement les mains, priant Dieu, etc.
Joseph de La Sgalà.
D'Abain, ce 23 mars 1587.
* Scaliger» bibliophile rafQné, ressemblait sans doute à un bien aimable et bien savant collectionneur de notre temps, membre de rinstitut, auquel un spirituel ami disait : Vous, vous avez la faiblesse de tenir au papier fort. Scaliger, malgré le trèsviUam papier f et le jour même où il s'en plaignait à son ami Du Puy, écrivit en ces termes à Dalechamps (p. 314 de Touvrage de M. Bernays) : « Je vous remercie très humblement de vostre beau Pline, lequel je tiens cher et pour l'amour de vous, et aussi d'autant qu'il est meilleur qu'il n'estoit : et ne pense point qu'on puisse faire plus que vous y avés fait. (Cf. l'article Plinius du Secunda Scaligerana où l'on trouve la môme appréciation : optimus-melior vix dari potest.) N'eust esté cette maudite et meschante guerre, j'avoy le moien d'avoir celuy de l'Evesque de Montpellier et de le vous faire tenir seurement. » Scaliger ajoute : « Je recevray cette sepmaine le Senecque de M. Le Fèvre, car il est achevé seulement ces jours passés. »
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Dl JOflBPH 8CALIGIS. 247
A CLADDE DU PUY*«
Monsieur,
J'ai receu vostre lettre en ma fièvre récidive double tierce de laquelle maintenant je suis bien guéri, grâces à Dieu. Despuis, j'ai receu vostre Senecque,' duquel je vous remercie très humblement et l'ai renvoie à Poitiers pour le faire relier, pour puis après le lire h mon aise.' Incontinent Monsieur Dallecliamps a délibéré de mettre le sien sur la presse , et ne tenoit qu'Ji cestui ci. Le bon homme est docte, mais il farcit trop ses annotations de je ne sai quelle fatraille * d'auteurs lesquels je serois marri tenir en mon estude au reng de cens qui méritent tl'estre plustost alléguez. Mais si nous voulions, nous ferions bien une aultre édition de Pline, et
' Ibid., folio 94.
* C'est-à-dire le Sénèque de Nicolas Le Fèvre envoyé par Claude Du Pay.
' Scaliger faisait donc relier ses livres avant de les lire. Nous agissons aujourd'hui bien différemment. Un passage du Secunda Scaligerana 'p. 605) explique l'empressement que mettait Scaliger à faire habiller ses volumes :«Turnebus n'a pas beaucoup de livres et quasi tous en blanc, ils se gastent ainsi ou se perdent. »
* Fatraille pour Fatras, Plusieurs des contemporains de Scaliger (Amyot, Calvin, Montaigne, etc.) ont employé le mot fatras ^ mais je ne trouve fatraille nulle part.
trouverions de quoi faire un juste volume d'annotations, dout cbascune vauldroit bien un locus cofUroversus Rob. Titii. Mais le peu de cas qu'on faict de telles lettres degoustent les gens de bien, et à la vérité ce n*est plus le temps des bonnes lettres. Xes discoureurs, sophistes et anagogiques ■ ont reiQis le siècle en Testât qu il estoit devant que les lettres fussent resuscitées du temps de mes bisayeulx,^ et pour estre estimé savant aujourd'hui il ne fault prendre aultre juge qu'un courtisan ou une femme.
Monsieur, je suis tousjoui's à vostre service, et vous baise très humblement les mains, priant Dieu, etc.
D'Abain, ce 12 mai 1587.
Vostre humble serviteur y
Joseph de La Scala.
* Terme bien peu usité en dehors du domaine théologique. Sca^ liger détourne ici le sens d'anagogique (d*Av«7<uyixoç , qui porte en haut, qui élève; et en. fait le synonyme de pédant.
* C'est-à-dire à cette glorieuse époque qui a été appelée la Renaissance et dont quelqu'un que je ne veux pas nommer ici prépare une histoire qui sera, sans contredit, un des plus beaux livres de notre temps.
KiMw^ m^
A CLAUDE DU PUY
Je m'attendois vous escrire par Monsieur d'Abaio^ lequel doit partir d*ici pour aller à Paris si tost qu'il aura eu res ponsede Monsieur de Langres^ duquel il veuU retirer Pruilli' par droit de ligaager, et Ta faict sommer il y*a longiemps.. Mais le dict sieur d'Abain n'aiant eu aulcune response de lui« il n'est peu partir d*ici si tost qu*il desiroit, et qu*il eust esté expédient pour le procès qu'il a contre le sieur de Lourdoi de La Marche pour la place de I^ Vau de Meane, duquel procès Monsieur le président Du Drac* estrapporteur,comme je pense que vous savès. Or d'autant que la partie est desja à Paris pour soliciter, et poursuivre l'expédition de ce procès et que Monsieur d'Abain n'y peust encores estre, lui et moi
' Ibid., folio 95.
' L*évêque de Langres iiBii alors Charles de Pérusse d'Escars, qui siégea de 1571 à 1614.
' L'abbaye de Preuilly (Pruliacum), de l'ordre de Saint-Benoît, appartenait au diocèse de Tours. Voir sur cette abbaye dite de Saint-Sauveur et Saint-Pierre et fondée en 1001 par Ecfroy, seigneur de Preuilly, le tome XIV du Gallia Christiana, pa^ M. B. Hauréau (de l'Institut), col. 302-306.
'Nous avons déjà rencontré le nom de ce n^agistrat dapM lu lettre. XXXVII.
't50 unriff nifiçAiBif miDiTit
en son nom vous supplions bien humblement de savoir de Monsieur Du Drac s*il y auroit moien de prolonger un peu jusques à ce que mon dit sieur d'Abain y soit, lequel n^attent que rheure de partir, joinct aussi qu'il envoie encores des papiers à Paris, qui lui servent beaucoup pour son faicl, comme desja il en a envoie d'aultres. Je n'ai pas aecousturaé de vous importuner beaucoup, quand je pretens de vous prier de quelque chose, sachant bien et aussi m'asseuranl que vous me faictes cest honneur de ne m*esconduire d'aulcune chose dont je vous aie prié. Et pour Tamitié que vous avès avec le sieur du Drac, il pourra avoir esgard par vostre prière à la venue de Monsieur d*Âbain, el h ce que je vous ait dit ci dessus touchant les papiers qui servent beaucoup pour Monsieur d'Abain. Si j*avoi ce bien d'estre près de vous, nous parlerions de nos estudes. Car ce que j'ai à vous en communiquer ne se peust declairer ârch «ofioXoç. Une bonne paix nous peust faire jouir de ce bien.
Monsieur, je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.
D'Abain, ce 7 juing 1587.
Vostre très humble serviteur,
Joseph de La Scala.
J'avoi prié Monsieur d'Emeri de s'informer de ceux qui hantent l'ambassadeur d'Angleterre,* si on pourroit recou-
* Cet ambassadeur était le comte de Stafford qui avait été envoyé en France au mois de mai 1583 et qui résida auprès du roi Henri III jusqu'à la fin de l'année 1589. Le président de Thou, qui parie beaucoup de ce diplomate (Liv. XC, à la date de 1588), nous apprend qu'il ' demeurait un peu au-dessous de la place Maubert, sur le quai des Bernardins.
PB JOfBPII ffiAUMU. S5I
vrer les mémoires du volage du capitaine Drac, Anglois,' ensemble la carte du dit voiage. Je ne m'en suis déclairé si bien à Monsieur d'Emery,'* que je ne vous en veuille aussi prier, s'il vous plaist de me faire ce plaisir, s'il est en vostre puissance. A Genève on imprime touz les fragmens des anciens jurisconsultes, y compris les Pandectes.*
' Francis Drake, né en 1540, dans le Devonshite, mourut en mer, le 9 janvier 1595. Le voyage dont veut parler Scaliger est celui qui a rendu si célèbre le nom du navigateur, voyage qui dura du mois de décembre 1577 jusqu'au 3 novembre 4580 et qui fut le premier voyage accompli par un Anglais autour du monde, car il ne faut pas prendre au mot la devise qu'adopta l'aventureux capitaine et qu'il plaça sous un globe terrestre : Tu primus circumdedisti me, devise qui supprime la gloire de Magellan, mort en 1521. Drake malheureusement ne retraça pas lui-même l'histoire dé ses explorations. Mais Scaliger put lire, l'année suivante, une relation d'un autre voyage de Drake à Saint-Domingue, Carthagène, la Virginie et la Floride en 1585, relation intitulée : Expeditio Francisa Draki equilis angli in Indias occidentales, etc. (Leyde, 1588, brochure in-4« de 21 pages). La traduction française qui parut (ihid, même année et môme format) a pour titre : Voyage du chevalier Fr, Drake auxindes Occidentales. Quant au récit du grand voyage de 1577-1580, il a été écrit par le capitaine portugais N. de Sylva et a été publié en 1600 (Londres, iri-4»). C'est d'après cette première édition anglaise du famous voyage , que le sieur de Vauch elles donna en français le Voyage de Francis Dracke à Ventour du inonde (Paris, 1613, in-8»).
* J.-A. de Thou s'est beaucoup occupé de Drake dans son Histaire universelle. Voir Livres LXXI, LXXXIV, LXXXVIII, CXV. C'est dans le livre LXXI, à l'année 4580, que le grand historien a raconté le voyage de circumnavigation auquel Scaliger s'intéressait tant.
' La première édition du Corpus juris civilis, donnée par Denis Godefroy, parut à Genève, 1583, in-4o. L'édition si fort augmentée dont parle Scaliger doit être celle de Lyon, 1589, en 6 vol. in-folio.
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A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je vous remercie très humblement de Thistoire de la Chine, laquelle il vous a pieu m* envoler. Elle ne fust pas silost imprimée à Romrae,* qu'elle fust envolée en ces quartiers par Tordinaire, et j*eus loisir de la lire raptim. Mais il la fallust rendre tout incontinent. Je fus si esprrs de la le<> ture de ce livre, que j'avoi délibéré de le tourner.' Mais je n'eus ni la copie du livre, ni le moien de le traduire et despuis sont survenus des empcschemens qui m*ont faict changer d'advis, et affin que ce livre ne demeurast incoguu à nos François j'avoi prié Monsieur de Pressac * de le traduire, ce qu'il n'a partie vouleu partie peu. Ainsi il est
» Ibid., folio 96.
* Scaliger veut parler de l'ouvrage de Fr. J. Gonçalez de Meiidoza : Historia de las eosas mas notables^ ritos y costumbres del gran reyno de la China, etc. (Home, Accolti, 1585, in-8'). L'ouvrage, réimprimé à Madrid et à Barcelone en 1586, fut traduit en français par Luc de la Porte, sous le titre à'HUtoire du grand royaume de la Chine ( Paris , 1588, in-S» ) , et en latin par Marc Hennines , sous le titre de : Nova et succincta historia de amplissimo régna China
^ (Francfort, 1589, in-8 ). Voir Manuel du Libraire, au mot Gonçalez (t. (U. col. 1661-62).
' Tourner, dans le sens de traduire, a été employé par Bossuet et par Regnard. Les auteurs du Trévoux assuraient (1771) que le mot ne se disait plus que dans les collèges. Le Dictionnaire de l'Académie française 'édition de 1878) maintient pourtant encore lè mot Tourner avec la signification do traduire.
* C'est ce même M. de Pressac (Geoffroy de la Chassaigne) dont il a été question dans la lettre LXIV et dans la note 40 de ladite lettre.
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demeuré la. Mais la France n'aura faulte de traductt?urs,' si une fois on s'est advisé de l'utilité de ce livre,lejuel ne peust faillir à servir à noz François, quand il ne feroit aultre chose que remonstrer qu'un si admirable empire, plein de si grandes villes, equippé de toutes choses qui servent à la vie humaine, et sans comparaison plus peuplé que Roiaulme d(i monde, se gouverne de telle façon, que non seulement il se rend admirable de sa bonne police, mais aussi nous condamne nous aultres François,^ qui n'avons qu't.n petit Roi* aulme au pois d'eux, et nous ne pouvons compatir les uns avec les aultres, et nous coupons la gorge à crédit,* là ou eus vivent en toute tranquillité, et une justice si réglée, qu'ils font honte à la chreslienté eus qui sont Ata BoXoXarpoc. Il y a peu d'hommes françois peut estre, qui puissent faire leur proffit d'une si belle histoire. Tant y a que maintenant en aiant une à ma dévotion par vostre libéralité j'en pourrai tirer plus grande utilité que je n'ai faict par ci devant, et jamais ce ne sera sans me souvenir et de l'honneur et du bi.n qu'il vous plaist tousjours4ne faire avec tel remerciement que je puis faire à celui auquel je ne pourrai faire tant de service qu'il m'a faict de bien.
Monseigneur, je vous baise très humblement les mains priant Dieu vous donner, etc.
D'Abain , ce 25 Aoust 1587.
Vostre humble serviteur, Joseph de La Scala.
' La traduction déjà citée de Luc de la Porte eut un grand succès: on la réimprima en 1589, 1600, 1606.
* Toute cette tirade est d*un excellent style et ne fait pas moins honneur au grand sens de Tappréciateur qu'à la verve de Técrivain.
' C'est-à-dire inutilement, gratuitement. Molière a plusieurs fois employé cette expression et La Fontaine aussi.
S54 utrnmê raiHCAim mÉDiTM
A CLAUDE DD PDY.«
Monsieur,
Il ne failli poinct, s'il vous plaist, que je demeure si long t3mpssans savoir de vos nouvelles, lesquelles me contenteront plus, que ce que je voi, et oi touz les jours. Mes estudes ne se portent ni bien ni mal. Je fai tousjours quelque chose plustost pour n'estre point oisif, que pour promettre chose, qui puisse contenter les bons jugemens, et croi que Dieu me faict une gi^ande grâce de mavoir imprimé quelque affection es lettres, pour me servir d'amusement, cependent qu il se passe des choses, qui glisseroient en mon esprit non sans quelque passion, n'estoient ce doux empeschement que je trouve es lettres.^ Je vous supplie que je sache de vos nouvelles, et ce pendent je vous baise très humblement les mains, priant Dieu, Monsieur, vous donner, etc.
D'Abain, ce jour de Noël [1587].
Vostre humble serviteur^
Joscpn DE La Scala.
« Ibid., folio 101.
* Est-il possible, je le demande, de mieux parler du charme de Tétude ? Et n'y a-t-il pas dans ces simples et éloquentes paroles quelque reflet du beau passage de Cicéron? Rappelons que Téloge du culte des lettres fait ici en deux mots par Scaliger a reçu un magnifique développement dans une page à jamais célèbre de M. Prévost-Paradol [Nouveaux Essais de littérature)^ page qui débute ainsi : •« Salut, lettres chéries, douces et puissantes consolatrices 1 Vous avez comblé le monde de vos bienfaits, mais le plus grand de tous, c'est la paix que vous pouvez répandre dans nos âmes. . . »
01 losBpfi fCAuen, S55
Lxxxy,
A PIER^P/PITHOD.*
Monsieur,
Vostre lettre m'a deslourné de mes fascheuses pensées.Car je rai leue comme si vous me Taviès escrite en aultre temps, qu'en cestui-ci, auquel je ne puis rien faire qui vaille. 11 ôe m'a pas toutesfois osté la mémoire de ce que je doi à mes plus chers amis tels comme vous car ce temps n'a puissance sur moi si non en ce qui me touche priveement, et non pas à l'obligation que j'ai à mes amis. Car en cela ils sont maistrès de moi, et non pas le temps. Je suis demeuré ici tout seul, le maistre et la maistresse estant allés en vos quartiers pour leurs affaires. Je ne sai quand je vous verrai. Si vous me pou vies veoir, vous trouvierez grand différence à la barbe que je porte aujourd'hui à celle que je portois n'a pas un an. A tantis tanta est facta anima mea.^ Toutesfois s'il plaisoit à Dieu de nous donner une paix, je dirois que barbe n'est que poil, et me rengerois au dire d'Anacréon.' Mais ce sera quand il plaira à Dieu, lequel
' Ibid.y folio 194.
* Je suppose que Scaliger a voulu écrire : tristis facta est, etc. ' M. R. Dezeimeris, qui est aussi bon helléniste que bon ami, — ce qui est tout dire — répond ainsi à ma consultation sur ce point :
156 LBTTRiir n^AKCAifir mm»n§
Monsieur, je prie vous donner en santé bonne et long^iie vie, et vous baise bien humblement les mains et à Mademoiselle Pithou.
D'Abain, ce 27 février 1588.
Vostre humble ei affectionné serviteur^ v/JosBpa DE La Sgau.
■ Je croirais volontiers que Scaliger fait allusion aux vers 4 et 5 de la 47« ode d'Anacréon (numération de Fischer) :
Ta; Si tff,hrç ycàÇci
U est vieux par les cheveux, mais par le cœur il est jeune. »
DB JOfgPB fCAUGBB. S57
A CLAUDE DD PUY
Monsieur,
Je vous escrirois souvent, mais je n'ai de quoi^ car je ne fais rien qui vaille, ni ne puis ni ne vouldrois qu'on sceut que je feisse rien. Si vous me commandiès faire quelque chose, pour Tamour de vous, je le ferois. Mais de mon propre mouvement pour le jourd'hui je ne puis rien^J'ai entendu que Monsieur Cujas est à Paris, et qu'il a esté pourveu d'un estât de Maistre des Requestes.^ Mais ceste nouvelle ne m'attouclie pas tant (jueles propos que j'enten qu'il tient de moi.* De quoi je suis fort estonné, ne lui aiant donné occasion. Ains au contraire m'estant, l'an passé, assujetti à lui d'une sugestion servile, lorsque sa femme mourust,* je pense que vous pourras avoir entendu une partie de ses rancunes, qui
' Ibid,, folio 103.
- C'était une fausse nouvelle. Cujas ne quitta pas la ville de Bourges.
' On voudrait croire que c'était encore là une fausse nouvelle, malheureusement les détails si précis qui vont suivre ne permettent guère de douter de ce crime de lèse-amitié.
* Voir la lettre du i 1 septembre 1 586, no LXXVI. Voir aussi la note 12 de la lettre XXXUI, oh j'ai rappelé combien Cujas avait béni la consolante affection de Scaliger.
)58 LITTUf PIAMÇAlflS nfiDITU
sont toutes fondées sur son naturel, et non sur moi, car ce qu'il dit de moi en mon absence, il n'oseroit en dire une seule parolle en ma présence. Je lui escris un petit mot, et vous supplie très humblement de lui faire tenir ma lettre à Paris, ou à Bourges. S'il est à Paris, il vous plaira de lui toucher un mot du tort qu'il me faict, et vous me ferès beaucoup d'honneur. Tou2 ceux qui cognoissent son naturel et le mien, sans ouir parties, le blasmeront de cela, car il n'y a homme de sa cognoissance, lequel il ne se soit rendu ennemi par je ne sai quelle bisarrerie qui est en lui. Mais son savoir m'a faict tousjours supporter illa magna cXarTwpara, Je vous supplie, Monsieur, de lui en toucher quelques mots, et si nous estions ensemble, je vous dirois des choses qui vous feroient juger de ma patience.* Mais je reserve cela à meilleur temps, que cestui ci. Cependent,
Monsieur, je vous, etc.
D'Abain, ce 25 Mars 1588.
Vostre humble serviteur ^
Joseph de La Scala.
' Cujas, comme quelques autres grands hommes, aurait donc été mieux doué quant au génie que quant au caractère. Le témoignage de quelqu'un qui Ta aussi longtemps et aussi intimement connu que Scaliger, mérite toute l'attention de ceux qui s'occuperont désormais de lui.
01 JOflPB SGAI46B1. S59