Î.XXXVII
A CLAUDE DU PUY
Je ne vous entretiendrai poinct des nouvelles que ce siècle apporte. Car oultre que vous n'en savès que trop, je nj^asseure que vous vouldriès avoir donné beaucoup, et n'en savoir pas ce que vous en savès.' Je ne vous puis entretenir que de nostre gibier, qui sont les lettres, lesquelles chassées et malmenées par Finjure du temps' se réfugient chès vous, et aultres semblables à vous. J'aime mieux parler de cela, que des affaires d'Estat, qui vouloient jadis servir d'argu-
• Ibid., folio 104.
• Scaliger veut parler de tous les troubles de Paris et surtout de la journée des Barricades (13 mai), de la fuite du roi (13 mai), et peut-être aussi de la toute récente prise de la ville de Troyes par les ligueurs (11 juin). '
• L'expression Vinjure du temps est dans le Périclès d'Amyot. Montaigne, en ses Essais j a parlé des injures de la fortune. Ces meta" phores nous viennent de l'Antiquité. On les trouve notamment dans les écrits de Pline le naturaliste et de Columelle.
S60 LSTTBKS FKASÇAISBi IIIBDITKS
nent de discours es escoles des declamateurs, et maintenaut ce sont des sugetz es cours des Princes, trop véritables. Je vous demande donques qu'y a il de nouveau ? J'ai veu Monsieur d'Elbene * à Champigni,^ qui m'a monstre les foires dernières de Francfort,' et aussi la préface que Lipsius lui a faict pour lui dédier le volume des inscriptions de FEurope.* Je m'asseure que toutes* celles des Gaules ni seront pas. Car j'en ai un tiers de celles de Lyon, qui ne sont imprimées, item toutes celles de Gascogne, de Languedoc, de Provence, de Daulfiné, qui sont très belles. Je vonldrois bien qu'il les tinst. J'en ai aussi quelques unes fort belles de Portugal, qui n'ont poinct esté imprimées avec celles d'Espagne, ni ailleurs.* Le dit sieur d'Elbène m'a parlé de certains poissons escrîz de characteres incognus, qu'on vous a voit envoie.* Je vouldrois bien en voir une copie, ou bien
• Nous avons déjà rencontré ce personnage (Lettre LXXI).
' Champigny-le-Sec, commune du département de la Vienne, arrondissement de Poitiers, canton de Mirebeau, à 21 kilomètres de Poitiers.
'C'est-à-dire le catalogue des livres apportés aux foires de Francfort.
• Inscriptionum antiquarum quœ passim per Europam libeTy etc. (Leyde, 1588, in-foiio).
• Conférez Tarticle Inscriptions du Secunda Scaligerana, On y trouve ceci : « J'avois recueilly un aussi gros livre d'Inscriptions qu'estoit celuy de Smetius : je le voulois dédier à l'Abbé d'Elbene ; Gruter les a eues, je les lui ai envoyées, et il en avoit eu quelques unes d'ailleurs, tellement que celles qu'il cite, il les ayme mieux* citer d'autruy que de moy : je ne sçay pourquoi on me fait ordinairement cela. »
fi Voir sur des poissons de verre trouvés dans les catacombes par Boldetti et revêtus de signes mystérieux l'article Poisson {symbole) du Dictionnaire des Antiquités Chrétiennes ^ par M. l'abbé Martigny (Paris, 1877, grand in-8o). Mais les objets dont il est ici question
DB JOSBPU f CAUGKft. 261 *
roriginal en condition que je vous les rendrai et renvoierai incontinent. De mesmes je ferai de la Britannia d'un nommé Camdenus, si je ne me trompe.* Car je vous la renvoierai après en avoir faict. Monsieur d*Elbene m'en a faict grand cas.* Si vostre ami, qui vous presla une fois un Alcoran, estoit à Paris, je vous supplie de lui demander le dit Alcoran pour trois sepmàines. Car je n'en ai affaire pour plus long temps. Car j'ai bien des Alcorans. Mais je n'ai poinct la Sunna, qui est au bout de ce livre. Celui la mesnie me la voulu prester d'aultres fois à Lion, si je l'eusse voulu, et quand il saura que j'en ai affaire, il ne fera nulle difficulté de le prester, oultre le crédit que vous avès envers lui. Vous me ferès un singulier bien, s'il vous plaist, de recouvrer ce livre. J'ai veu des feuilles du Nouveau Testament Arabie qu'on imprime à Romme, et de TEuclide aussi Arabie avec les Commentaires, qui est un dief d'œuvre. Monsieur Dalle-
avaient été fabriqués par un imposteur, comme on le verra dans la lettre LXXXIX.
* Scaliger ne se trompait pas. Le grand antiquaire GuiUaume Camden (né à Londres en 1551 , mort en 1623) venait de publier la première édition de son premier ouvrage : Britannia, sive florentissimorum regnorum Angliœ, Scoliœ, Hibemiœ, etc. descriptio (Londres, 1586).
L'abbé d'Elbène se montrait un bon juge : l'ouvrage de Camden était vraiment remarquable, surtout pour ce qui concernait l'Angleterre proprement dite. Camden fut surnommé le Varron et le Strabon de la Grande-Bretagne.
S6S UTTtlS mAMÇAIflf ixftolTIf
champ est mort qui est dommage, encores qu'il eust septante un an.»
Monsieur, je prie Dieu vous donner sa grâce.
D'Abain, ce 28 Juing 1588.
Vostr^ très humble serviteur^ Joseph de La Scala.
• Les biographies sont pleines d'incertitudes au sujet de la date de la mort de l'illustre botaniste. M. Lud. Lalanne (Dictionnaire historique de la FrancCf 1877) dit que Dalechamps mourut vers 4588, M. A. Fée, un botaniste qui aurait dû chercher avec zèle des renseignements sur son glorieux confrère, met sa mort en 4587 ou 4588. Si l'on en croyait le Morériy Dalechamps serait mort le 1" mars 1588, à 75 ans. La lettre de Scaliger semble le faire mourir plus tard et lui donne* quatre ans de moins. Oii est la vérité ? — La vérité que je demandais, la voici telle que me la fournit, au dernier moment, une gracieuse communication de M. Aimé Vingtrinier. Le père de ce savant bibliophile, M.Artus Vingtrinier, eut l'intelligente générosité de donner, en 1823, au musée de la ville de Lyon une pierre tombale qui provenait de l'ancienne église des Jacobins et sur laquelle est gr^avée une inscription oh l'on voit que Jacques Dalechamps, natif de Caen, médecin très célèbre, etc.; autrefois vainqueur de la mort et enfin vaincu par elle, etc., mourut âgé de 75 ans le 4 r mars 4588, Les rédacteurs du Moréri étaient donc bien informés, et ceci prouve une fois de plus combien on a eu tort, dans les dictionnaires biographiques de notre temps, de ne pas toujours assez tenir compte des indications du vénérable recueil. C'est par une singulière erreur que M. Comarmond, dans sa Description du Musée lapidaire de la ville de Lyon (1846-54, Lyon, in-4o) a mis 4578 pour 4588, de même que c'est par une singulière inadvertance qu'il a dit du monument funéraire si noblement sauvé de la destruction par M. Artus Vingtrinier: « Nous ignorons comment il est eiîtré au musée. » La môme erreur et la môme lacune se retrouvent dans l'Histoire monumentale de Lyon par M. Monfalcon, trop fidèle copiste de M. Comarmond (Paris, 1866, in-4o, t. II, p. 47).
Dl JOfBPU SCAUGBt. S63
LXXXVIU A J.-A. DE THOO.«
Monsieur,
J*ai receu la vQstre, que Monsieur le thrésorier de S. Marthe m'a faict tenir. Vous m'obliges grandement de vous souvenir de vostre pouvre ancien ami et serviteur qui estime vostre amitié un Ihésor. Car le temps est venu que telz thèsors sont plus de requeste, que ceux que usuriers ammassenU Aussi ai je tousjours faict estât de vostre amitié que plus que de chose du monde. Je suis tousjours disposé à faire quelque chose de bon. Mais recordatio imminentium malorum, et sensus presentium avocant anmum meum ab ea cognitione. Je ne dis pas que si j'avois ce bien de vous voir quelques fois, que cela ne me donnast courage de vous rendre compte de mes estudes. Car je crains que vous, qui avés toute puissance sur moi, n'exigiès de moi quelque attache, laquelle je ne vous pourrois refuser honnestement. Car dernièrement me trouvant avec M. Tabbé d'Elbène à Champigni,2je me senti tout renouvelle sitost que je veis celui que
« Ibid,, folio 159,
- J.-A. de Thou était très lié avec l'abbé d'Elbène et il lui a rendu (Histoire universelle, liv. XCIX, sous l'année 1590) ce gracieux hommage : « C'était un homme d'un génie aisé, d'une érudition profonde, et d'une expérience consommée. Il n'avait alors qu'environ quarante ans , et fut extrêmement regretté du roi et de ses amis. » "
264 LITTK1» P^AKÇâlSIS MENTIS
je n'a vois veu il y a voit si long temps. Car les discours des lettres, que nous tinsmes ensemble me donnèrent je ne sai quel enthousiasme de bonnes lettres, que je pense que si alors vous m'eussiès recherché d^ liberalibus litteris,\ou& ne m'eussiés pris de Gallico.^ Retourné céans je suis devenu plus rustique qu'auparavant. Si doncques avant que oi ÇtjXwrat misceant mare cœlOy^ je pouvois trouver moien de vous voir, peut estre que jeserois plus honneste homme que je ne suis. Car vostre présence seule, Tamour que je vous porte meslée avec un respect de vostre singulière vertu m'inciteroit à valoir plus que je ne vaus. te dit sieur d'Elbene m'eiivoia dernièrement le volume des inscriptions ramassé par un Sinettius Flamman.' et augmenté par Lipsius.* Mais on y a
* Je renonce à expliquer ces mots, surtout après avoir vainement interrogé à ce sujet des amis dont la sagacité égale robligeance.
' Ces jaloux qui vont tout bouleverser, qui vont mêler la mer avec le ciel, suivant la si hardie expression Virgilienne, ne sont autres que les ligueurs également détestés de Scaliger et de J.-A. de Thou.
' Ce Smetius (Martin Smith) naquit près de Bruges, ftit ministre protestant, parcourut pendant six ans l'Italie en voyageur curieux, y fît une ample moissons d'inscription anciennes, les mit en ordre avec le concours de Marc Laurinus, et périt misérablement dans les troubles de Flandre vers 1588, ayant été pendu par des soldats espagnols. Tel est le récit donné par Valère André {Bibliotheca belgica) et résumé dans le Moréri, Il ne faut le confondre ni avec Smetius (Henri Smith), né à Alost en Flandre en 1537, mort le 15 mars 1614, médecin calviniste, ni avec Smetius (Jean Smith), qui naquit à Nimègue, où il fut ministre protestant et professeur, et qui mourut en la même ville (1651 ). Les trois homonymes ont été antiquaires et tous les trois s'occupèrent également d'inscriptions, coïncidences qui rendent les méprises trop faciles.
* Dans le recueil déjà cité de Smetius fLeyde, 1588, in-folio), lô travail fourni par Juste Lipse est intitulé : Accessit auctarium a Justo Lipso.
DB #OtBMi fOAIJSBI, 965
omis beaucoup de ce qui est dens Appianus* lequel je n'ai, eWens Vorthographia Aldi,^ que je n'ai non plus* Mais il me souvient de quelques inscriptions que j'ai veues es dits livres, qui ne sont encestui ci, et qui plus est j'en ai beaucoup qui ne sont imprimées, et à mon premier loisir j'en ferai un troisiesme auctarium qui ne sera guiere moindre que celui de Lipsius. C'est un beau volume et duquel j'espère un jour faire mon proffit à bon escient si modo per %elotas liceat. Je vous baise très humblement les mains.
D'Abain, ce xx Aoust 1588. .
Vostre humble serviteur ^ Joseph de La Sgalà,
' Voir la note 12 de la lettre XC.
- Voir la note 13 de la lettre XG.
166 LBTTtlf nUHÇlIlRl IHÉNTBS
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je vous remercie bien humblement du Gulielmus Cambdenus, en la lecture duquel j'ai receu ufi singulier plaisir et contentement,^ et vous le renvoie. Quant à l'élégie de de Corn.Gallus,' Timposture est si ifnanifeste, qu'oultre ce que vous en jugés très sainement en vostre lettre, j'y ai marqué ce que verres en la marge dont pourrés cognoistre que c'est un tel esprit, et telle érudition que de Robertus Titius, et n'y a rien plus semblable. Le malheur est qu'il se trouvera de ceus qu'on estime doctes en Italie, qui se persuaderont cela estre de Corn. Gallus, et ne se doubleront de l'imposture,
» Ibid,, folio 105.
• Eloge à joindre à tous ceux qui ont été donnés à Camden et à rapprocher surtout des éloges que lui prodigue Peiresc dans sa correspondance.
* On ne possède de Cornélius Gallus aucune pièce authentique. Les auteurs de V Histoire littéraire de la France (t. I, p. 101-108) n*ont rien dit de Télégie dont Scaliger, critique emunctœ naris s'il en fut jamais, flaira si vite la fausseté. Voir dans les Opuscula varia que publia Casaubon (1610, in-4o, p. 335-347) : Asinii Comelii Gain elegia et epigrammata tria, cum animadversionibus Josephi JtisU Scaligeri JuL Ccesar, fil, ad amplissimum virum Claudium Puteanum
J^^nsiliariwm Regium in suprema Curia Parisiensi.
M lotira fCALMn. S67
et toutesfois ce sont ceus qui appellent i tramontani audaci. Jai marqué les faultes en la marge tout ainsi qu'il est contenu en voslre lettre. J'avois desja veu les caractères des poissons m'aians esté communiqués par Monsieur Fabbé d*Elbène. C'est une imposture laquelle encores je croi plus aisément, Fregeville estant auteur de l'interprétation. Mon« sieur Cujasm'a escrit dernièrement qu'il n'a voit veu la lettre que je lui escrivoîs, et avois envolée pour lui faire tenir. Il vous plaira de savoir de celui à qui vous l'aviès baillée ce qu'il en a faict, et s'il ne Ta envolée, je vous prie de me la renvoier. Car il n'est besoing de la faire tenir au dit sieur Cujas. J'ai quelque espérance de voir Monsieur d'Emeri, car puisqu'il va aux Estais,* il sei*a plus proche de nos quartiers.
Je vous baise très humblement les mains.
D'Abain, ce xiii Septembre i588.«
Vostre très humble serviteur^ Joseph de La Scala.
' Les États de Blois. Voir les Mémoires de J.A. de Thou, à Tan 1588, livre m. L'ami de Scaliger rencontra Michel de Montaigne à Blois et eut avec lui une conversation sur le roi de Navarre et le duc de Guise, dont le récit forme une des plus curieuses pages desdits Mémoires.
* Je ne ferai que mentionner (même volume, folio 106) une courte lettre écrite d'Abain à Du Puy, le 27 septembre i588, et où Scaliger lui reparle du u Pseudo-Gallus. »
t68 LITTBU raAMÇAIflI OlàolTIS
XG A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Excusés moi si plustost je n'ai respondu à voire dernière. Ce n'a esté de paresse, ains ça esté que je m'attendois vous escrire par Mons' d'Abain qui avoit délibéré incontinent après la Saint-Martin s'en retourner à Paris poursuivre son procès contre Monsieur de Langres.^ Mais la Reine-mère du Roi lui a escrit pour le faire venir à Blois, et l'accorder avec ledit sieur de Langres, auquel elle veult vendre le conté de Lauraguais.' 11 y est maintenant. Je ne sai comment leur affaire ira. Je suis bien aise du lieu de Cœlius * que m'avès enseigné d'où ce beau Cor. Gallus a forgé son commencement, lequel lieu vault plus que tout le reste pour monstrer l'impudence et ignorance : Deinde Selettciam Arsacidum vocat, Seleucia erat in finibus imperii Ro, [tnanï] neque Parthis parebaL Quant à la lettre de M' Cujas, je
* Ibid., folio 108.
* Nous avons déjà vu (lettre LXXXII) que c'était Charles de Pérusse d'Escars.
' Voir sur le Lauraguais et Catherine de Médicis un bon petit article du Dictionnaire de Moréri (t. VI, p. 198).
* Celius Rhodiginus (Lodovico Ricchieri), néàRovigo IRhodigium) vers 1450, mort en 1525, a laissé des extraits des auteurs anciens, accompagnés de discussions philologiques, qu'il intitula : Antiquarvm lectionum lib. XVI (Venise, 1516, in-folio ; Paris, 1517, infolio, et avec nombreuses additions, Bâle, 1550, in-folio).
DB lOSlPB ICILIAI. 969
pense à la vérité qu'il Ta eue, quoi qu'il die, en laquelle il n'y avoit rien qu'une requeste voire 1res humble que je lui faisois, de me dire Toccasion pour quoi il se plaignoit de moi devant tout le monde, affin que cognoissant la cause de Toffense, je lui en feisse telle satisfaction que son mérite envers moi et ma loiale affection envers lui le requeroit. Et n'y avoit rien plus que cela dont il ne s'en peust non plus plaindre à bon droit que de ce qu'il dit lui avoir donné cause de se plaindre de moi. Sans aulcun doubte la cause de cela est le voiageque je lui feis faire à Massai, le retirant de sa maison pestiférée, en laquelle sa femme, un très honneste jeune homme de Chartres estoient morts de contagion, la garde de sa femme, le laquais, la fille de la garde, et sa belle-sœur furent attainctz de la dite contagion. Il se plainct, dis-je, que je l'ai retiré de la mort. Dieu soit loué, ni lui ni homme du monde ne pourront jamais alléguer que je sois le premier à rompre le lien d'une longue amitié. Quant à mon serviteur je le tansai et appellai sol devant lui, pour l'amour de lui, à cause que lui commandant je ne sai qnoi à mon homme, le coquin lui refusa devant ma présence, et je le tançai comme je devois. Et vous mesme ne trouvères mauvais si j'en usai ainsi. Voila toute la tragédie.
;(vrpa tffaxhç rîjv fiXtav yjpiwv SUXxjct, NOU paS qUO UOUS dCSiS-
tions de nous escrire, pourtant, car je l'honorerai tousjours, quoiqu'il face ou die, mais tant y a qu'il est rnultum mutatus ab illo.^ Comme tout de mesme il s'est porté envers Mons' Roaldès.^ Je n'ay rien veu de ce garçon dont m'escrivès,
* Ici, comme en tant d'autres passages, Scaliger s'est souvenu de Virgile (^n. lib. II, v. 74) :
loi Biki, qulig enti qnantui attUtiu ib illt.
* Savaitron que Roaldès avait eu à se plaindre de Cujas ?
Googi
270 rimcf FBAMÇAIfli VKÈB^nê
nommé Casaubonns,* sauf qu'un jeune homme venant de ce quartier là me dit dernièrement qu'il estoit professeur audit lieu.^ Je suis icy reculé de toute fréquence et n'oi parler que de pillerie, de coupemeus de bois, de venditions dimmeubles, elc. Je vous remercie très humblement du Macrobius, où j'ai veu de bonnes choses. Je vous supplie à vostre première commodité de m'escrire si un Ëugippus^ de Gestis Herulorum que Lazius * dit avoir trouvé, a jamais esté mis
* Ce garçon était rillustre Isaac Casaubon, alors Âgé de 29 ans. On sait qu'il devint et resta jusqu'à la fin un des meilleurs amis de Scaliger, sans Tavoir jamais vu. Il y a bien des particularités sur Casaubon dans le Secunda Scaligerana (p. 258-260). Je n'en citerai que ce bel éloge : « C'est le plus grand homme que nous ayons en grec : je luy cède ; est doctissimus omnium qui hodie vivunt. Il sçait bien d'autres choses que Lipse. » De même que j'ai cité sur Scaliger le livre de M. Ch. Nisard et celui d'un savant étranger, je citerai sur Casaubon le Triumvirat littéraire au xvi^ siècle (p. 309-456) et une monographie publiée par un érudit anglais ( haac Casaubon, 4 599-4 64 A f by Marc Pattison, Rector of Lincoln Collège. Londres, 1875, in-8«). Voir une excellente analyse et une très favorable appréciation de ce dernier travail dans un article de M. Charles Thurot {Revue critique du 5 août 1875, p. 88-93).
' Casaubon était professeur de langue grecque à Genève depuis le 5 juin 1582, époque oi!i il avait succédé à son maître François Portus.
* Scaliger veut-il parler d'Eugipe (Eugipius)y qui vivait au vi« siècle de l'ère chrétienne, qui fut abbé de Lucullano ou San Severino, près de Naples, que l'on a cru longtemps africain, et qui semble plutôt être né dans la Norique?
* Wolfgang Lazius, né à Vienne en Autriche, mourut en 1565, et non en 1555, comme l'a marqué J.-A. deThou (liv. XVI). Il professa les belles-lettres, puis la médecine, et fut le médecin de l'empereur Ferdinand I. On a dit de lui qu'il avait beaucoup, mais mal traVaillé.Le Secunda Scaligerana, qui donne de singuliers détails sur sa vie privée (p. 420), juge ainsi le critique : «C'estoit un grand ratisseur ; il faisoit tout imprimer sans jugement, comme Gruter.»
DB JOSIPH SCALIGII. ^1
en lumière.* A mon advis que non. Aussi de me resouidre de ce que je doute touchant Tédition de Smettius des anciennes inscriptions. C'est que je voy à l'index des feuilles citées avec un'estoile comme P. Martius P.F. Sextianus C L ^jc item: Maria Tertia , GLXVIII. *^ I. Je voi bien que ce sont des fueilles adjoustées et despuis l'impression. Mais je vous demande si vous les avésen vostre livre, car au mien que Mons' TAbbé del Bene m'a donné, il n'y a pas une de ces fueilles. t^i les aultres les ont, mon livre est de beaucoup imparfaict. Le dit S' Abbé m'avoit prié que je lui baillasse ce que j'ai d'inscriptions. J'en ai de recueilli qui monte autant que la moitié du livre de Smettius y compris ce que j'ai ramassé de ce qui est imprimé ca et la. Mais d'autant que je n'ai peu recouvrer Petrus Appianus^ et l'orthographia Aldi' j'ai esté contrainctde surseoir mon labeur jusques à un'aul- Ire fois que je serai plus heureus à rencontrer ces livres. Tant y a que j'en ai beaucoup non imprimées de Lion, Provence, Gascogne, Vienne, Die, Portugal, Espagne, etc. La fin de vostre lettre m'oblige beaucoup. Que vous dirai-je sinon que vous estes le non pareil en amitié, comme en vertu, laquelle vous a faict beaucoup d'amis, et vous les a asservis, entre lesquels je suis le plus esclave de vostre loial et non
' Le correspondant de Scaliger dut lui répondre que le De gestis Herulorum n'avait pas paru et que Lazius s'était abusé ou avait abusé un trop crédule public.
- Pétri Apiani et Barthol Àmantii Inscriptiones sacrosanctœ vêtustatis. Ingolstad, 1534, in-folio. Orelli (inscr. latin, coll. , t. I, p. 30) dit que ce recueil abonde en inscriptions apocryphes, sans mettre en doute la bonne foi du collecteur.
• Aldi ManvMi Paulli filii orthographiœ ratio, Venetiis, 1566. Ce beau volume est loin d'être sûr au point de vue épigraphique. Voyez Orèlli, loc, cit. p. 29; Bouhier, Dissert, sur le grand pontificat, page 37.
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feint naturel et m'asseure que je ne crain poinct encourir envers vous les rancunes que Mons'Cujas a trouvé en nostre amitié. Mais je vous serii tousjours très affectionné, comme celui qui ne sait que c'est que de la bizarrerie et d'inconstance. J'avois oublié de vous prier de vous emploier pour avoir les inscriptions d'Autun et des environs, et je les mettrai avec ce que j'ai, et vous envoierai le tout. Car ce seroit dommage que cela se perdit, veu mesmement le peu d'asseurance qu'il y a en mon faict, veu le temps qui court. Je veulx clorre ma lettre d*un épitaphe Romain, qui est dane Hazochius,' mais desguisé de façon qu'il n'est recognoissable et d'autant que je ne doute qu'il soit d'un comique comm' Afranius ou Titinnius,^ je vous le baille comme un' escbantillon de mon recueil.
Monumentum absolvi sumtu et impensa mea Arnica tellus ut det hospitium ossibus Quod omnes optant, sed felices impétrant Nanque quid egregium quidve cupiendum est magis Quam liber'tatis ubi tu lucem acceperis, Fessas senectœ spiritum ibi deponere ?
Je di que quelque père de famille dit ces parolles en quelque comédie et que jamais rimailleur de Dis Manibus
* Jacohi Maxochii Epigrammataantiqua Urbis, Roms, 1521, in-foL, Voy. Orelli, l. c, p. 57. Ma20chi était imprimeur à Rome, et, dit Tiraboschi (VII, part. I, 1. I, XXVII, note) « par la sua erudizioae degno di andar del paro cogli altri stampatori eruditi di quell' età.»
* Afranius est bien connu par ce qu'ont dit de lui Cicéron,Horace, Quintilien et Suétone, mais j'ai vainement cherché des renseignements sur Titinnius. Je ne trouve en toute l'antiquité que quelques mots de Pline le Jeune sur un historien qui portait ce prènoin, Tintinnius Capiton, dont le temps a dévoré tous les. ouvrages.
Dl JOSKPB 8CAU0SII. t7^
ne feit ces vers. Mais vous en serés juge. J'envoie Cuinmevr tariolum in Caiionem Hippolyti à Pâtisson ; voies le s'il vous plaist et corrigés ce que sera de besoing. Je l'ai reveu à la haste. Je vous baise très humblement les mains.
D'Abain, ce xvi Novembre 1588.
Vostre très humble seimteur, J. DE La Scala.*
* Scaliger, le 5 décembre suivant, écrivait d'Abain à C. Du Puy {Ibid,, folio 110) : «Je vous envoie une lettre que j'escris à Sylburgius, lequel pense que j'aie quelque opulente bibliotèque pleine de livres rares. Je l'oste d'erreur par ma dite lettre. Ceux qui sa» vent mes moiens savent qu'il s'en fault beaucoup que je soie si riche jusques là, et ceux qui me cognoissent de plus près, savent aussi que je n'ai ni le lieu, ni la commodité, ni la tranquillité d'esprit, pour l'aider à illustrer son édition des Auteurs de l'Histoire Romaine. » Et, le 15 décembre, il adressait d'Abain au même ami {Ibid.j folio 111), une lettre de recommandation en faveur de M. Hostager, citoyen de Marseille, lequel avait un procès à Paris. Scaliger, auquel Hostager avait procuré des livres arabes venus du Levant, demande que ce plaideur soit protégé par le conseiller au parlement, ajoutant : « Il le mérite pour son honnesteté et vertu et aussi que je me fie que vous savès que je ne vous vouldrois importuner pour personne qui ne le meritast. Je vous supplie donques. Monsieur, de faire pour lui ce que vostre devoir vous permet et son bon droit le requiert. »
S76 LBTTRKS FR1NÇAI8B1 INioiTES
maison la diformité qu'on a faict aux nostres en Agenois, quoiqu'il n'y ait comparaison des nostres aux vostres. Toutesfois Tanimosité est semblable et c'est un caractère que les gens de bien ont receu des meschans. Or quand Dieu vous aura fait la grâce d'entrer en vostre maison, il vous plaira de nous départir de vos nouvelles et me maintenir tousjours en vos bonnes grâces. Je voudrois aussi qu'il vous pleust de me mander des nouvelles de nostre ami M. l'abbé del Bêne, car il y a long temps que je n'ai eu de ses nouvelles,' qui est la cause que je ne lui puis escrire ne sachant où adresser mes lettres. Le seigneur et dame de céans vous baisent les mains. Dieu vous maintienne en sa grâce.
De Pruilli, ce 17 aoust 1590.
Vostre très humble serviteur^ Joseph de La Sgalâ.
* Était-ce par Teffet de quelque douloureux pressentiment que ces nouvelles étaient demandées par Soaliger avec tant d'insistance ? On verra dans la lettre suivante que l'abbé d'Elbène n'avait plus, à la date où Scaliger s'inquiétait ainsi du silence prolongé de son ami , que quelques jours à vivre.
•I JOSBTH sciuen. 277
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A J.-A. DE THOU
Je receus dernièrement deux de vos lettres, Tune datée du 24 Aoust, Taultre du 13 septembre, lesquelles Monsieur Falaiseau me feict tenir toutes deux ensemble. J'ai grand occasion de remercier Dieu de vostre convalescence,iet dô ce qu'il lui a pieu de vous garantir de ceste épidémie qui nous a privés de beaucoup de gens de bien noz bons amis, et entr'aultres de Monsieur Del Bene lequel je regrette et regretterai toujours, me souvenant que j'ai perdu en lui un singulier ami duquel non seulement j'estois aimé, mais aussi honnoré plus que je ne meritois.'La soudaine nouvelle
* Collection Du Puy, vol. 838, folio 23.
' Nous lisons dans les Mémoires de la vie de J,- A. de Thou (livre V) : « Dans ce temps-là, de Thou fut attaqué d'une fièvre violente au château de Nantouillet, dont le roi lui avait confié la garde avec une bonne garnison. Il y apprit la mort de Tabbé d'Elbène. Il entretenait un commerce journalier de lettres avec ce cher ami. Dans l'abattement que lui causèrent cette perte et sa fièvre, il composa les vers suivants... » On trouvera le texte [In ohitum Pelri Delbenii) parmi les poésies latines réunies à la suite des Mémoires (édition de 1734, p. 294-295, in-4o), et la traduction en vers français dans ces mêmes Mémoires (p. 197-198). Dans l'Histoire de son temps (Liv. XCIX), J.-A. de Thou a mentionné la fièvre violente qui l'avait attaqué durant la canicule de 1590, et qui pendant 21 jours qu'elle dura, mit plusieurs fois sa vie en danger.
• J.-A. de Thou, dans la même page de sgn Histoire où il parle de la maladie qui faillit l'emportef, dit qu'au moment où il commençait à se rétablir, Vabbé d'Elbène mourut de la même maladie à Saint-Denis.
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278 LETTRIS FRlIfÇAISBS lICÉOm-S
que je reçeus de sa mort me contrista beaucoup, mais celle de vostre convalescence me le faict regretter non moins que je dois, mais moins que j'ai faict, tellement que tu es, ut semper olim, u irpwra twv ytXwv. J'ai esté fort aise aiant entendu que vous estiès arrivé à Tours * et vous prie de m'envoier, s'il vous plaist, Threnos^ lesquelz je n'ai ptn jamais recouvrer, y aiant emploie de mes amis, pour m'ac* quiter envers vous en ce que je suis sommé par vos lettres, et n'eust esté que j'esperois tousjours en recouvrer de Tours, plustost je vous en eusse prié, pour m'en faire tenir. Je suis céans depuis le commencement de juing u'aiant apporté aulcun livre avec ques moi, parce que avant partir j'ai mis dans des tonneaux tous mes livres, et escritures, et ne sai quand je les verrai, non plus que cens qui sont dens Agen, les restes de la bibliothèque de mon père qui sera un grand dommage s'ils sont dissipés, comme tout ce peu qui me restoit a couru la mesme fortune que voz facultés de vous aultres Messieurs de Paris. Car nostre petite ville ne cède poinct à la vostre grande en toute espèce de cruaulté.^ Nous
' Voir sur le voyage de M. et de M-»® de Thou, de Senlis à Tours et sur renlèvement de M"»« de Thou ,par un parti de la garnison de Beauvais, le livre V des Mémoires cités ci-dessus. On regrette d'y voir que la conduite de J.-A. de Thou ne fut pas des plus chevaleresques, et qu'abandonnant • une épouse qui lui était si chère, » il se soit sauvé à bride abattue. «
* Voir un remarquable chapitre de l'histoire de la Ligue en Agenais, publié par M. Ad. Magen, sous ce titre : Mémoire sur la ville d'Agen sous le sénéchalat de Pierre de Peyronenc, seigneur de Saint-Chamarand (1866, grand in-8«>). Voir encore la rare plaquette de 1590 (Lyon, Jean Patrasson) si richement et si curieusement annotée que vient de réimprimer let vaillant érudit : Briefve narration de tout ce qui c'est passé en la ville d*Agen en Agenois depuis la déclaration d'icelle au party de la Sainte union (Bordeaux, Ch. Lefebvre, 1879).
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sommes ici en bonne place, et quiconque y vouldra entrer, il faut qu'il parle à nous premièrement.* Vous me ferés un singulier bien, s'il vous plaist, de me mander des nouvelles de Monsieur du Pui, duquel jamais je n'ai peu savoir rien de certain. Je vous escrirai souvent, puisque Dieu vous a rendu sain et en seurté à Tours lequel je prierai, Monsieur,, de vous maintenir en sa garde.
De Pruilli, ce ix novembre 1590.^
Vostre très humble serviteur^ Joseph de La Scala.
' Scaliger, se fiant à l'épaisseur des murailles du château de Preuilly, Arx Prulliaœnsis, comme il l'appelle dans ses lettres latines, met une bien amusante fierté dans cette bravade inoffensive.
- Indiquons seulement une lettre à de Thou (de Preuilly, le 4 janvier 1591) qui est une sorte de dissertation sur le mot Stapida, vol. 838, folio 12). Dans une autre lettre flbid,, folio 25), datée encore de Preuilly, le 15 février suivant, Scaliger demande à J.-A. de Thou des nouvelles de ses Muses, « lesquelles, je m'asseure, » dit-il, « ne sont oisives. Quant à moi,» ajoute-tril, « je ne vaus rien, et ne me puis tant commander que de retourner à mes Heliconiades, lesquelles estans tousjours jeunes, comn^e les poètes disent, ont peur de ma barbe blanche. Et puis elles savent bien que tout ce qui sort de leur boutique ne peut guières plaire en ce temps. Je trouve fort à dire mes maîtres muets , que j'ai laissé à Abain [ses livres en futaille]. Je croi que là où vous estes [la lettre est adressée à M. d'Emery, Conseiller du Roi en son Conseil d'Estat à Tours], il n'y a guières d'aultres qui se meslent de ce mestier, si ce n'est un Alleman, qu'on dict avoir faict des vers sur la bataille d'Yvry. Je n'ai ici non plus nouvelles de toutes ces choses, que si j'estois hors de ce Roiaulme. «
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XCUI A J.-A. DE THOU.«
Monsieur,
rai receu vos deux lettres, qui. estoient de diverse datte. Yous me faicles tousjours beaucoup d'honneur de vous souvenir de moi. Je pensois que l'auteur de Ivrlaca pugna fust grand poète,^ parce que j'ai veu quelque chose de sa prose, qui montre qu'il a quelque stile, combien qu'il face profession de mespriser tous auteurs latins hormis Ciceron. Ce mespris me l'a rendu un peu suspect et pense que c'est quelque jeune homme. Mais il y en a un aultre de Flsle en
• Ihid,, folio 26.
• Cet auteur est le même allemand dont il vient d'être question dans la note 7 de la précédente lettre. Son poème est conservé à la Bibliothèque nationale sous ce titre : Pugna Ibriaca, C'est un petit in-4® de 30 pages auquel, n^alheureusement, le titre manque. Le poème se compose d'un peu moins de six cents vers hexamètres. L'épître dédicatoire à du Plessis-Mornay remplit trois grandes pages ; elle est datée de Tours « XII Calend. Septembr. XDXC » et se termine par deux anagrammes sur le nom du roi et sur celui du pape des huguenots. L'enfant de la Germanie témoigne, en son épître, un mépris assez marqué pour la littérature française et il cherche à réfuter l'opinion de ceux qui prétendent que notre langue est plus éloquente que la langue latine.J'ai vainement cherché dans la correspondance de Ph. de Mornay et dans divers autres ouvrages de la fin du xvi« siècle quel pouvait être le nom de l'auteur du Pugna Ibriaca. Je livre le petit problème aux grands connaisseurs des littératures comparées de l'un et de l'autre côté du Rhin.
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Flandres nommé Baudius,* leq^uel j*ai prié de vous aller voir,^ et monstrer ses poèmes,* entre lesquels il en y a de très bons, et Supra Captura Belgarum. Vous verres Telegie qu'il a adressée à Monseigneur le cardinal de Bourbon,* et YHeroicum à la Reine d'Angleterre. Je m'asseure que vous les admirerés tant pour Feslite des paroles, que pour la majesté de la poésie.* C'est un jeune homme fort bien né, et
' Dominique Baudius était alors âgé de trente ans. Sur le jurisconsulte-poète on peut lire dans lé Dictionnaire critiqiie de Bayle un article excellent et dont la longueur (p. 172-19i du toiîie III, de l'édition Beuchot) n'a jamais effrayé que l'auteur lui-même (p. i74).
* Baudius, qui était alors à Tours, alla si bien voir J.-A. de Thou qu'il devint un de ses meilleurs amis. On trouvera dans le volume intitulé : Daminici Baudi epistolœ (j'ai sous les yeux l'édition de Leyde, 1650, petit in-i2) diverseï lettres très affectueuses adressées à de Thou (p. 17, 18, 34, 57, 64, 66, 67, 68, 69, 73, 74, 75, 76, 86, 125, etc.)
^ Le Manuel du Libraire indique trois éditions des poésies latines de Baudius. (Leyde, 1607, petit in-8»; îhid,, 1616, même format; Amsterdam, 1640, petit in-12.) Il y en a eu une autre, la première de toutes, qui est de 1587, Voir l'article déjà cité de Bayle, remarque 0, p. 177.
* Baudius publia, en 159i, un petit recueil spécial dédié au cardinal de Bourbon. On a reproduit dans ses Epistolœ (1650, p. 23) l'épître dédicatoire i Carolo Borhonio Regia stirpe indole Princim et Cardinali Dom. Baudius [prœfixa lamborum libro Cœsaronini Turonum edito anno 4591],
* Je pense que les critiques les plus favorables au talent poétique de Baudius, sont ici dépassés de beaucoup. Baudius, du reste, ne fut pas ingrat envers la mémoire de son indulgent ami, comme l'atteste son discours sur la mort de Scaliger, le plus grand des hommes (Dom. Baudi oratio in funere Maximi Virorum Josephi Justi Scaligeriy à la suite des lettres, dans le recueil de 1650, p. 632- 646). Ce discours fut prononcé, comme nous l'apprend une bien minutieuse note de l'éditeur, à Leyde, le 26 janvier 4689, à 40 heures du matin, le lendemain du jour où le corps du défunt avait été enseveli.
28S lbtuibs piAHÇAitBS mtoTBS
VOUS raimerés.* Si vostre ^Paris estoit réduit, comm'il lui est inévitable,' et que je feusse auprès de vous, que je ne veisse ny n'ouysse ce que je ne veux, vous avés tant de puissance sur ce pauvre esprit mien, que vous tireriés de Teau de ceste pierre ponce. Et croies, Monsieur, que si je puis faire quelque chose , que ce sera af/latu amoris lui h TraTîcfiav^^ ava -nZ TOI oufjLjScjStivoç. Et Certainement comme ça esté je ne sai quelle fatale nécessité que tous les gens de bien se ressentent de ceste contagion de ligue en leurs biens, leurs espris aussi en font de mesmes, pour le moins le mien. Et pense que la première chose qui m'eschappera de poésie, ce sera contre cèste peste. Car j'en suis en travail d'enfant. M. le Prmier Président de Rouen en sa lettre qu'il vous a pieu m'envoier se plainct que les lettres s'en vont perdues, et qu'en l'université où il est, il n'y a pas une seule trace de lettres. C'est bien un homme qui est bien suffisant pour juger des bonnes lettres, et qui a conjoinct la preud'homie avec le grand savoir,' ce que quelques-uns qui sont restés dans vostre Babylone * n'ont laict. 11 vous plaira. Monsieur, lui faire tenir seurement ma lettre. Je vous baise très humblement les mains.
De Pruilli, ce 9 mars 1591.
Vos Thrennes sont fort bien imprimés et bien corrigés par
vous.
Vostre humble serviteur^
Joseph de La Scala.
' Sur les relations de Scaliger avec Baudius on consultera le recueil de 1650 où les lettres de l'un et de l'autre ont été réunies (p. 21, 38, 40, 42, 46, 47, 53, 54, 56, 58, 61, 64, 65, 70, 71, 77, etc.). La plupart de ces lettres furent échangées entre Tours et Preuilly.
* Ce fut seulement le 22 mars 1594 que le roi Henri IV put entrer dans sa bonne ville de Paris.
^ Eloge de Claude Groulart à rapprocher de celui que Scaliger lui a déjà donné dans la lettre XXI.
* Scaliger est-il le premier qui ait vu dans Paris une nouyeU« Babylone?
•OALlfiM. 913
A J.-A. DETHOU.*
Monsieur,
Je respondrai à vos deux lettres, lesquelles j'ai receues aujourd'hui avec vostre paraphrase d'Amos.* Je l'ai incontinent leue, et conférée avec le texte, et ai pris un singulier plaisir en la lecture d'icelle, et trouve le tout si bien faict, que je pense avoir rien à redire, sauf trois ou quatre passages, lesquels à mon advisse peuvent faire meilleurs. Voila ce que m'a semblé avoir besoing de considéra tiop. Quant au Jonas n'a poinct besoing d'aultre correction. Vos vers seront les biens venus partout. Mais quand tout sera en un volume, il y fault mettre vostre nom. Aussi bien vous pouvés vous tenir seur que les Alemans imprimeront tout avec vostre nom, car ils sont curieusde tels poèmes.. .Vous monstres que vous entendes le mestier en jugeant de Statius, comme vous m'en avés escrit» Car tous hommes de bon jugement en diront autant, et quant à moi je l'estime le premier poète epicus après Virgile,' et (il) ne déclame point
* Collection Du Puy, volume 395, folio 8.
* On trouvera cette paraphrase dans le recueil déjà cité qui porte le millésime de 1588, quoique la plupart des pièces dont il se compose soient postérieures à cette date : Metaphrasis poetica librorum aliquot sacrorwm. C'est dans la 4e partie de ce recueil que sont réunies les traductions libres des œuvres des petits prophètes, Vattcinia Joelis, Àmosi, Abdiœ, JoncBy Habacuci. Rappelons que les trois autres parties du recueil sont consacrées à Job, à TEcclesiaste et à Jérémie.
' Il sera bon de rapprocher ce jugement et les jugements qui vont suivre, de ceux qui ont été formulés avec tant de goût et tant d'autorité par M. D.Nisard (de l'Académie française) dans ses Etudes de fniBurs et de critique sur les poètes latins de la décadence ( 1834 et 1859).
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comme Lucain qui tue le lecteur de ses longues comparaisons, antithèses, déclamations, philosophie, astrologie, et, pour mieux parler, de son immodestie.* Je ne nie point qu'il n'ait de bonnes choses, mais je nie qu'elles soient poétiques. Quant à Silius,'' c'est un naquet de tripot,* et n'eu dirai aultre chose. Mais après Statius, Valierius Fiaccus peust tenir rang. Car il y' a de belles choses et auUres qu'en Lucain.* Or en lisant Statius à M. d'Ahain, j'y avois marqué des choses que peut estre maintenant il me seroit malaisé deviner. Mais un larron m'a dérobé mon exemplaire comme assés d'aultres livrets marqués et corrigés de ma main. Les notes du Nouveau-Testament ne se peuvent faire sans mes livres, car il fault avoir le Talmuld et plusieurs aullres livres. Mais si nous estions ensemble, en discours familiers je vous
* On lit dans le Prima Scaligerana (p. 116) ; « Lucanus violentissimum et terrihilissimum ingenium, 11 en avait trop, et ne se pouvant retenir, il n*a sceu que c*estoit que faire un poème. » Nous avons déjà vu que Soaliger s'était beaucoup occupé de Lucain — et avec une insigne sévérité — dans sa lettre à Pâtisson contre le sieur de risle (1582).
* Il y a dans le Prirna Scaligei'ana (p. 155) cet article cruel pour celui que l'on a surnommé le singe de Virgile : « Silitis Italicus, cuisinier. Diodt quod alii omnes et maie ; non bonus auctor, legendus tamçn Ht vetiis,y> A Vaviicle Ennius {Ibid,, p. 85', Scaliger confond dans le même dédain Lucain, Silius et ceStace pour lequel il vient de se montrer si indulgent : « Ennius poêta antiquu9, magnifico ingenio. Utinam hune haberemus integrum, et amisissemus Lucanum, Statiumy Silium Italicum, et tous ces garçons-là. »
' Vieux mot qui se disait, comme le rappelle le Dictionnaire de Trévoux (vo Nacquet) d'un valet, d'un laquais. M. Littré a cité cette phrase de Ronsard : « Les autres poètes latins ne sont que naquets de ce brave Virgile. »
* Plusieurs critiques, tout en reprochant à l'auteur des Argonautiques son affectation et son obscurité, ont signalé dans son poème d'admirables passages, et Quintilien, par exemple, est presque aussi favorable à Valerius Fiaccus que Scaliger.
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pourrois encores entretenir de beaucoup de choses sur ce, qui vous contenteroient à mon advis. A un aultre je ne le Youldrois ou oserois. Vous estes le seul de ce monde qui habes imperium in animum meum, et parce que vous savés que je hai mortellement le mensonge,^je m'asseure que vous me croies. Quant aux livres de la Bordeziere,* un mien ami et vostre m'advertit qu'il s'en estoit desja vendu beaucoup, et qu'un libraire en avoit vendu à grand prix ce qu'il avoit acheté à fort bon marché. Voila pourquoi je vous en avois adverti. Nous pourrons bien escrîre à Lipsius ces jours prochains. Mais maintenant je n'ai point de loisir.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains. De Pruilli, ce 13 avril 1591. ^^
Vostre très humble serviteur, Joseph de Là Scala.
' Je ne trouve rien sur la bibliothèque de La Bordezière.
* Dans une lettre écrite de Preuillyle27 avril 1591 (vol.395,foL9), Scaliger dit à de Thou : «Vous aurès peu voir la response que j'ai faicte à la vostre dernière, laquelle j'accompagnai de celles que j'ai escrites à Mr le premier président de Rouen et à Justus*Lip-' sius. Despuis j'ai receu la vostre par la voie d'Abain avec celle dudit sieur premier président. Je suis très aise que vous aies veu Baudius, et Taies trouvé tel que je le vous ai descrit, et ses vers aussi.» Scaliger aborde ensuite l'examen de l'authenticité des livres de Baruch, de Tobie, de Judith. J'appelle sur sa discussion —qui ne saurait trouver place ici — l'attention des hébraïsans. La lettre se termine par cette demande : « Je vous prie de me dire que sont devenus Florent Ghrestien, et Beloy, si vous le savès, et Passerat. » Le 28 mai suivant, Scaliger, toujours à Preuilly, donne à de Thou les nouvelles militaires que voici (vol. 838, folio 27) : « Le fort de Bellac est encores assiégé par les Mahométans [c'est-à-dire les ligueurs] de Poitiers, où us y perdront non seulement leur peine et leur pouldre, comme ils ont faict, mais aussi leur crédit, s il plaist à Dieu, la place estant défendue par quatre vingts braves gentilshommes parmi lesquels sont les deux enfants du sieur de céans [de Louis de Chasteigner], leur père n'espargnant rien pour le service de Sa Majesté. Si tous faisoient comme lui, le marranisme seroit tost morfondu en ce roiaulme. . . » Je néglige complètement un billet insignifiant écrit encore de Preuilly à de Thou, le 4 juin 1591 (/^id., folio 28).
986 LBTTII8 FBAliÇAiSBf IRÉDins
A CLAUDE DU PUY.'
Monsieur, '
Quelle nouvelle plus agréable pou vois-je recevoir que celle que Monsieur de la Vau m'a faict entendre par la dernière qu'il m'a escrite, de vostre venue à Tours, et de Mademoiselle vostre compagne. Bref il est advenu ce que non seulement j'avois désiré, mais aussi avois prié Dieu qu'il advint, que tous mes amis fussent hors de la grande Babjione. Il m'en a ottroié une bonne partie, quand il lui a pieu de vous en retirer, si ce n'est que vous estant mstar omnmm, il m'ait octroie tout à plein ce que je lui ai demandé. Qu'il soit loué doncques, que vous estes venu vous rendre à nostre compagnie, utexpleas numerum bonorum. Mais je vouldroie que Monsieur Pithou, Le Fevre, etHouUier y fussent. Car je m'asseure que la où ils sont, ils y sont leur corps défendant. Quaot à moi je suis non pas plus riche que m'avés veu, mais plus content de ce que Dieu m'instruict tousjours par ses verges, et me fait semblable aux gens de bien et leur compagnon en affliction, qui leur suis dissemblable en mérite. Pour le comble de ma joye et contentement, je désire, s'il vous plaist, savoir de vos nouvelles, par vous mesmes et vos lettres, qui est la compagnie que je vous tiendrai tousjours, tandis qu'aultre je ne vous puis tenir. Vostre Appianus^ et Oi'tographia Aldi sont en un grand bahu à Abain entre les livres de M. d'Abain. Je tascherai à les avoir si faire se peust. Mais {sic) livres sont tous dans des pipes au dit lieu et m'a falu emprunter quelque peu de livres que j'ai ici, et les
' Collection Du Puy, vol. 496, folio 142.
' ^k lossra icaugii. S87
mendier de mes amis. Mirebeau repris (comme j'espère qu'il sera bientost) * je pourrai recouvrer vos livres, et vous les envoierai. Monsieur de la Vau me fera tousjours tenir seurement vos lettres. Il est un très, bon homme, et digne de vostre amitié.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, et à Madamoiselle vostre compagne, priant Dieu vous donner à tous deux sa grâce.
De Pruilly, ce ix juillet 1591.
Vostre très humble serviteur^ JosEPfi DE La Scala.*
' Mirebeau ne tarda pas, en effet, k être repris par le prince de Conti. Voir V Histoire de J.-A. de Thou, livre CI; V Histoire de France de Mézeray, tome III, in-folio, 1651, page 891.
^ Cette lettre est adressée à « Monsieur Du Puy, conseiller du Roi nostre Sire en sa Court de Parlement à Tours. »
Trois courtes lettres écrites de ce château dePreuilly, où Scaliger résida presque toujours pendant que durèrent les troubles de la Ligue, sont sans grande importance (23, 24 et 29 juillet 1591). Dans la première (vol. 496, folio 113), Scaliger annonce à Claude Du Puy qu'il est impossible « de colloquer son fils à Preuilly pour rinstruire aux lettres, vu que le précepteur est septuagénaire et en terme de quitter son escole à cause de sa vieillesse. » J'y relève, en outre, ce cri de désespoir : « Comme je voi, les lettres s en vont peu à peu. » Le second billet est adressé à de Thou (vol. 395, folio 19). Scaliger lui dit: «La cavalerie de Monseigneur le Prince se va loger cejourd'hui devant Poitiers, et faict-on tous les appareils pour battre la ville, car tous les réfugiés ont fourni à l'appointement, ut urgent negotium. Le duc d'Espernon a promis toute sa cavallerie légère et ses harquebusiers à cheval, comme appert par la lettre qu'il escrit à mon dit seigneur... W d'Abain est parti dès ce jourdhuy pour aller en son gouvernement. Je n'ai plus alarme du siège. Toutesfois nous ne cessons pourtant de nous munir de tout ce qu'il fault. » Dans le dernier oillet qui n'a que quelques lignes (vol. 496, folio 114), Scaliger donne à Cl. Du Puy des nouvelles du pays : « Le dit sieur d'Abain est allé en son gouvernement des Marches haulte et basse pour emmener des forces à Mgr le Prince devant Poitiers, lequel le dit seigneur Prince est délibéré de batre.»
288 LBTTKBS nARÇàUUM llliDITBS
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A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Aiantrfeceu ces jours un petit bahu, où j'avois mis quelques livres es langues estrangères, j'ai entr'aultres livres trouvé le recueil, que j*avois faict des inscriptions anciens pour adjouster au livre de Smettius,^ lequel appendix n'est moindre que le voulume dudit Smettius, et y a beaucoup de beaus monumens qui jamais n'ont esté imprimés. Mais le plus beau de tous c'est un testament en langage dorique, que le seigneur Pinelli ' donna à Monsieur d'Abain, pour me le bailler, lequel vous pouvès estimer le plus excellent de tout ce qui se trouve en pierre ou cuivre, soit pour la grandeur d'icelui contenant huict grandes pages, que pour la cognoissance des choses singulières y contenues. Vous me pourrés demander pourquoi je vous fais ce discours. C'est que tombant sur ce livre, je ne me suis peu contenir de regretter le malheur, qui est cause, qu'une si grande peine que j'ai prise, s'est trouvée vaine, et laquelle peust estre ne reuseira jamais. Mais et ce hvre et quelques aultres seront mis à part pour Vous les laisser, affin que si Dieu faict sa volunté de
' Ibid.JoL 115.
» Voir la lettre LXXXVIII.
• Nous avons déjà rencontré le nom de Pinelli dans la lettre XXXII.