DB JOSEPH 8C1LI6BB
nous, ils ne se perdent. Mais il y a de la longueur à renger et mettre par ordre le tout. Quant à vostre Orthographia Aldi, et Appian, ils sont à Abain, et la dame du lieu les portera ici si elle peustà son retour, je di si elle peust seurement. Car jamais il ne fist si dangereus sur les chemins, ceux de Poictiers courans et ravageans tout es environs. Je vous suplie que je sache que pourra estre devenu le pouvre Pâtisson. Je pense qu'on l'aura fort maltraicté et en suis en peine .*
Monsieur, je prie Dieu vous maintenir en sa garde.
A Pruilli, ce xxv Septembre 1591.
Vostre 4re8 humble seiviteur^ Joseph de La Scala.
' Scaliger s'inquiétait à tort : on ne voit pas que Pâtisson ait eu à souffrir des excès des Ligueurs. Du moins Pierre de TEstoile, qui enregistre si exactement les plus petits incidents de cette époque, n'en fait aucune mention, et l'on sait que Pâtisson vécut encore plus de dix ans après que son illustre client lui eut donné ce témoignage de sympathie.
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i96 ItTTll^ FBANÇilSIS MBDITBtf
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A J.-A. DE THOU
Monsieur,
fescris la présente à la volée ^ incertain si elle vous trouvera encores à Tours,' Certainement en quelque lieu qu'elle tombe en vos mains, vous vous pouvès asseurer que serai tousjours vostre serviteur, qui avès autant gaigné sur moi qu'homme qui vive. Aussi m'efforce je de le tesmoigner en toutes les façons, dont je me puis adviser. Vous savès comme Dieu a visité ceste pouvre famille, en aiant appelle à soi un bon baston de vieillesse, brave et vertu [eux] jeune homme.
« Vol. 838, folio 30.
' Au hasard, c'est dans ce sens que le mot a été employé par Molière : « Il faut procéder avec circonspection, et ne rien faire, comme on dit, à la volée. » Trévoux nous rappelle qu'à la volée a été aussi avec cette même acception employé par Pascal.
' La lettre de Scaliger dut trouver encore J.-A. de Thou à Tours, car son ami quitta cette ville seulement après que le roi fut arrivé sous les murs de Rouen. Or Henri IV n'arriva devant la capitale de la Normandie que dans les derniers jours de novembre.
regretté jusques à la populace mesmes du pais.* Maïs Dieu ne se contente de cela, et nous veult esprouver d*aultres fléaus. Car le vicomte de la Guerche* aient appelle en Poictou grosses troupes et forces de Perigordins conduis par Bonne gouverneur de Perigord ' a pris de force le chasteau de TouflFou batu d'un canon et deux coulevrines, et a juré en faire autant à toutes les maisons du dit Seigneur et de faict la resolution est faicte au Conseil des Lestrygons de Poitiers* de se saisir de la ville de Pruilli, et sY loger et faire bonne chère et bloquer le chasteau, lequel ils ne peuvent prendre de force, ni baterie, car il y fauld4?oit de plus grosses dens pour y mordre. Nos sumus in procinctu, et prenons bien garde à nostre faict. Cependant Dieu nous aidera auquel seul j'ai tousjours mon recours. Je vous supplie, Monsieur, ne nous oublier poinct, quand vous serés de par delà, et-
' C'était Taîné des enfants du seigneur d'Abain, Henri de Chasteigner, tué, dans sa vingt- troisième année, d'un coup d'arquebuse entre Ghampigny et Milly. Voir sur le jeune guerrier la note 2 de la lettre X et surtout les abondants détails que donne André du Chesne sur sa vie, sur sa mort et sur les éloges funèbres qui \\^i furent prodigués par Scaliger, par le président de Thou, par Scévole de Sainte-Marthe, par Pierre Joyeux « Lodunois, médecin du Roy, » etc. {Histoire généalogique de la maison de? Chasteigners, p. 404-419).
• George de Villequier, vicomte de la Guierche , ancien gouverneur de la Marche, était gouverneur du Poitou pour la Ligue. Voir l'Histoire de J.-A. de Thou, livre CI ; VHistoire de France de Mézeray, t. III, p. 889-890.
• Ce gouverneur du Perigord m'est inconnu. Je pourrais demander si Scaliger ne s'est pas trompé, mais j'aime mieux croire à l'insuffisance de mes recherches qu'à l'erreur de mon héros.
• Nous avons déjà vu (lettre XLVIII) les Périgourdins comparée à ces mêmes Lestrygons.
292 IKTTBE8 rRAKÇAISBS INEDITES
nous cscrire de vos nouvelles, j'adresserai mes lettre à Monsieur Du Pui.
Monsieur, je vous baise bien humblement les mains, et prie Dieu vous donner sa grâce.
De Pruilli, ce 3 novembre 1591.*
Vostre très Innnble seimteui\
' Le même jour, Scaliger écrivit à Claude Du Puy (volume 496, folio li8) pour le féliciter sur sa guérison et pour lui donner des nouvelles delà maladie de M. d'Abain. Il ajoute : « On lui a celé la mort de son pouvre fils, et si de nouveau aultre calamité est survenue à ceste pouvre famille. Car le vicomte de La Guierche a pris Touffou de baterie, et y tient garnison aiant faict venir grosses forces de Périgord, lesquelles nous donneront bien de l'affaire, car ils ne fauldront poinct à se venir loger en ceste ville, comme ils ont arresté en leur conseil cyclopique de Poitiers. Nous les salluerons de ce chasteau, s'il plaist à Dieu, qui n'est pas gibier pour eux, combien qu'ils soient plus de quinze cens. » Le 30 novembre suivant, Scaliger adresse à de Thou (vol. 838, folio 31) une lettre de recommandation en faveur du jeune Gonstans, neveu de M. de La Borderie, et il fait de ce Gonstans un très grand éloge.
DR JOSBPtl SGALItiBR. 293
XGVIII
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Ce présent porteur estoit vemi ici de la part desEstatz de Hollande, du conte Maurice, et de l'Université de Leyden,^ pour quester un homme docte,'* digne de succéder à la place de Lipsius.* Et d'autant qu'il n'a pas eu de moi ce qu'il en esperoit,* je lui ai enseigné que Monsieur Passeratseroit fort
« Volume 496, folio 117.
- La Lettre des Etats de Hollande et West-Frise datée de La Haye, le 7 octobre 1591, a été plusieurs fois publiée, notamment (sous le n« CGCGLXXIX) à la suite des lettres latines de Scaliger (Leyde, 1627, p. 878-879). On trouvera dans le même recueil (noGGGGLXXX) la lettre de Son Excellence le prince Maurice, au Roy de France et de Navarre, du 6 octobre 1591, pour lui demander la cession de Scaliger à la Hollande, et (no GGGGLXXXI) la Lettre des Estast de Hollande et West-Frise, au Roy Très chrestien, du 7 octobre 1591, pour lui demander la même faveur.
^ Le prince Maurice parle ainsi à Henri IV de Scaliger : « qui par sa doctrine et autres bonnes qualités est tant renommé par toute l'Europe. » Les Etats en parlent mieux encore : «lequel s'est aisément acquis entre tous sçavants de ce temps le los du Phœnix de l'Europe, »
* La lettre du prince Maurice débute ainsi : « Le sieur Justus Lipsius, professeur de bonnes lettres en l'Université de Leyden, s'estoit retiré de ces pays vers les baings en Allemaigne, à cause de son indisposition, soubs promesse toutesfoi», qu'il retourneroit en sa vocation et estât accoustumé. Mais d'autant quej'enten qu'il n'y a point d'espoir de son retour, etc. » La Lettre des Etats renferme réloge de Juste Lipse, « ornement fort beau , voire pilier unique » de l'Université de Leyde.
• Ce refus de Scaliger et la date des lettres dont il entretient son ami Cl. Du Puy, montrent l'anachronisme commis par ©eux qui
294 LITTRBS rtàlCÇAtSBS iMBMTBg
propre pour ceste charge, et pour satisfaire aux auditeurs ,* je Tai adressé à vous pour savoir où le dit sieur Passerat est maintenant, et quel moien il y auroit de le tirer d'où il est. Je pense qu'il aimera mieux servir au public avec seurté, que d'estre inutile parmi les bourreaux.* Je vous supplie, Monsieur, de faciliter le moien de le trouver, et vous m'obligerés beaucoup et ce bon et honneste jeune homme.* Madame d'Abain a tousjours à part vos deux livres, lesquels
ont publié, dans le Recueil de 1627, sous le n" CGCCLXXVIII, une lettre du roi Henri IV à Scaiiger, où il le félicite de sa résolution d'aller en Hollande, lettre qui aurait été écrite à Mantes, le 20 avril 4594, La date assignée à cette même lettre dans le Recueil de Jacques de Rêves (1624) est la bonne : 20 avrii 4593. On peut voir en tête du Recueil de Jacques de Rêves et aussi dans le Recueil de M. Berger de Xivrey (t. III, p. 530) la lettre qu'à la prière des Estais de Hollande Henri IV écrivit à Scaiiger, le 3 décembre i59j, pour le presser d'accepter l'invitation que lui adressaient les dits Estats « soigneux de ne laisser esteindre les belles lumières de doctrine et vertu que leur Université de Leyden a produit jusques ici au proffîct du public... »
* On voit avec satisfaction que Scaiiger n'avait pas conservé contre Passerat l'animosité dont nous avons trouvé les traces dans quelques-unes des lettres précédentes.
* Scaiiger donnait avec une légitime énergie le titre de bourreaux à ces ligueurs de Paris qui avaient, le 15 novembre précédent, fait pendre le président Brisson et les conseillers Larcher et Tardif.
* Ce bon et honneste jeune homme était, comme nous l'apprend le Passeport qui lui avait été baillé par le roi très chresUen (passeport imprimé, sous le n' CCCCLXXXIII, dans le Recueil de 1627), le docteur Gérard Tuning « s'en allant en .Tou raine, Poictou et autres lieux de ce Royaume. » On a quelque peu estropié le nom de l'envoyé des EtatSy en l'imprimant ainsi dans les Lettres missives de Henri IV (t. III, p. 530) : « Le sieur Gherard Tunig, docteur et professeur en lois civiles. »
OB JOfBPH fCÀUGBB. 295
elle n'ose hasarder, et suis marri que ne les aies desja receus. Je vous baise très humblement les mains, priant Dieu,
Monsieur, vous maintenir en sa garde.
Du chasteau de Pruilli, ce xvi janvier 1592.*
\ostre serviteur^ Joseph de Là Scala.
' La veille de ce jour, Scaliger avait exprimé au prince Maurice (Recueil de 1627, no CCCCLXXXIV) le regret qu'il éprouvait de ne pouvoir accepter les propositions dont Monsieur Tuning était porteur. Voir encore {Ibid. n« CCCCLXXV et n» CCCCLXXVI) ses lettres latines aux curateurs de l'Académie de Leyde et à Jean Douza. Le 12 mars 1592, Scaliger, toujours à Preuilli, écrit à CL Du Puy (vol. 496, folio 149) : « Mr d'Abain est en son gouvernement, et attendoit de belles forces de Limosin et Bourbonnois, item il a faict venir un canon et trois coleuvrines pour battre la ville de Chénérailles [aujourd'hui chef-lieu de canton de la Creuse, arrondissement d'Aubusson], qui s'est révoltée depuis peu de jours. Si tous les Gouverneurs faisoient leur devoir aussi bien que lui, le Roi en seroit mieus servi, et la Ligue plus affoiblie. Et je m'estonne comment l'imprudence d'un certain Braso a esté si grande, que de s'attribuer l'honneur de la defTaite du Vicomte de La Guerche, et l'avoir ainsi faict imprimer. Là où tout le monde sait, qu'il n'y Youloit poinct aller, et de honte voiant que Mons' d'Abain estoit monté à cheval, il le suivit, et je vous prie, quand vous en orrés parler, d'en dire la vérité. » C'est encore de Preuilli que sont adressées à J.-A. de Thou deux lettres. Tune du 25 mai, l'autredu 25 août 1592, auxquelles je n'emprunterai que quelques lignes : « Monsieur, je ne vous ai voulu escrire durant vostre maladie,, car ce n'eust esté que vous importuner. Je loue Dieu et le remercie qu'il a exaucé les prières de tous ceux à qui vostre vie estoit augsi chère que la leur propre. Aussi Dieu vous réserve à quelque grand bien, quand il aura faict la grâce à nostre bon Roi d'avoir raison de ses ennemis, comme je ne doute nullement qu'il n'advienne plustost que les meschans ne vouldroient. Quant à moi je ne desire sinon me maintenir en vostre amitié, de laquelle je fais estât, comme d'une possession très certaine. En quoi je recognois la
296 LBTI1E8 FAANÇA1SB8 INÈDITBS
grande bonté de Dieu, qui ne m'a voulu priver d'un si grand bien, comme vostre grande maladie nous en menaçoit. Au reste vostre maladie vous a garanti d'une sotte epidemîale {sic) qui court, comme coqueluche et oripeaus.... (Ce dernier mot manque, en ce sens, au Dictionnaire de M. Littré. C'est un synonyme ô! Oreillons, Voir Trévoux), Scaliger, en finissant, prie de Thou d'écrire au chancelier pour avoir de lui des renseignements sur une certaine terre de Pressy, près de la Charité, que voulait acheter MU« de Monteilpedon, l'assurant de l'inaltérable reconnaissance qu'il gardera de ce nouveau service (volume 838, folio 32). L'autre lettre (Ihid.y folio 33) renferme l'éloge d'un travail manuscrit de M. Turquet. [Louis Turquet, sieur de Mayerne, né à Lyon vers 1550, mort en 1618, auteur d'une Histoire générale d'Espagne^ 1586, in-folio, et de la Monarchie aristodémocratique, 1611, in-4*] : «Cet œuvre m'a semblé si savoureux à mon goust, que je pense que tous hommes de bon jugement le goustant comme j'ai faict, en seront aussi friands que moi. Parquoi j'ai exhorté le dit sieur Turquet de faire imprimer son œuvre, pour l'utilité et délectation qu'on en peust recueillir. Mais le dict sieur y faict le rétif, disant que ce soit choses de cabale et non de publication. Toutesfois il s'arrestera volontiers aux sains jugemens, comme au vostre. »
VE J08BPU SCAUOBB. 297
A PIERRE PITHOU
Monsieur, ,
Je vous ai escrit il y a deux jours, et ai donné ma lettre à- Monsieur d'Emery, lequel vous a envoie un rolle de livres qu'il fôult prendre de sa librairie, pour me les faire tenir, ce que je vous prie faire. Aussi je vous prie de m'envoier mon petit commentaire in canonem Hippolyti Episcopi ^ que Pâtisson vous a baillé. Ce que fault faire dens demain au soir, d'autant que mardi nous partirons. Vous fériés aussi beaucoup pour moi s'il vous plaisoit me faire transcrire les inscriptions d'Autun et de toute la Bourgogne notées dans le livre d'un certain Julien, qui a escrit les chroniques de Bourgoigne.^ Par mon aultre lettre, je vou$ escris le regret
' Volume 496, folio 195.
- Voir sur cet ouvrage la note 4 de la lettre suivante.
3 Scaliger veut parler du Recueil intitulé : De Vorigme des Bourguignotis et Antiquités des Etats de Bourgogne, deux livres. Des Antiquités d'Autun, un livre, etc., par Pierre de Saint- Julien, de la maison de Balleure, doyen de Ghâlon (Paris, 1581, in-folio). Sur Touvrage ainsi que sur Fauteur, mort en 1543; voir la Bibliothèque historique de la France, t. III, p. 439, n» 35830.
198 LBTTKBS rSANÇAIflf IHÉDITM
que j'ai de ne VOUS veoir. Je vous dirai à Dieu, et vous supplie très humblement de m'aimer. Je prierai Dieu,
Monsieur, vous maintenir en sa garde.
Ce dimanche 25 du mois que le Roi est allé à la messe 1593.^
Vostre très humble serviteur^ Joseph de La Sgalâ.
' On sait que le 25 juillet 1593 Henri IV entendit la messe à Saint- Denis. La protestation du calviniste contre Tabjuration de son auguste coreligionnaire pouvait-elle être faite avec plus de discrétion et de bon goût? La lettre qui suit celle-ci, dans le manuscrit 496 (folio 196), est datée de Leyde 6 septembre 1593. Scaliger y donne à son docte correspondant diverses nouvelles littéraires ; il lui parle de Vulcanius qui soigne une édition d*Agathias, dont le texte est déjà imprimé et dont la version et les annotations sont en bon train. Il lui annonce que Ton a réimprimé à Francfort le De emeiidatione temporum, mais, assure-t-on, fort incorrectement ; que Gommelin « a imprimé à Heidelberg les inscriptions d'Espagne non pas en plus grand nombre que nous avons, ains quelques fois plus correctes, quelques fois aussi incorrectes. » Il ajoute : « Je suis fort content de l'honneur et bon accueil qu'on m'a fait ici. Si cela se continue, je n'ai poinct de regret à la France. » Il termine par ces multiples recommandations : « Honorés-nous de vos lettres, je vous prie, et cependant je vous baiserai les mains, et à Messieurs Houlier, Passerat, Le Fevre, Pâtisson, et principalement à Madamoiselle vostre femme. » Le même jour, Scaliger écrivait à Cl. Du Puy (Ibid. folio 121) : « Monsieur, je suis arrivé ici il y a quinze jours, où j'ai receu pareil accueil à celui qu'on me promettoit. Et n'ai de quoi jusques aujourd'hui me plaindre ni du pais, ni des hommes. L'Université commence à estre plus fréquentée. Mesmes sur mon advenement il y est arrivé de France plus de vingt escoliers. Vulcanius faict imprimer Agathias grec... On a aussi imprimé à Francfort mon De emendatione, avec beaucoup de faultes ainsi qu'on m'a escrit dudit lieu. Mais j'ai délibéré avec l'aide de Dieu d'en faire une segonde édition... a
OB fOSKPH 8CAU6KB, 299
A PIERRE PITHOU.'
MOMSIBUR,
J'espère que les affaires du Roi contiauans,5Comme elles ont commencé,^ nous aurons plus grande commodité de savoir de vos nouvelles, ce que je désire grandement. Despuis que je suis arrivé en ce pais, je n'ai guières bien emploie mon temps, à cause de mil empechemens, qui me sont survenus, et principallement une langueur qui m'a duré quarante jours, et m'en a fallu autant pour me remettre. De quoi estant délivré par la grâce de Dieu, j'îii donné mon livre à imprimer à Rafelinjius' et le tout sera achevé environ le commencement de juing.* Je receus hier des lettres de
• Jbid, folio 197.
* Allusion à la soumission, dans le mois d'avril, de plusieurs villes importantes parmi lesquelles je citerai seulement le Havre, Abbeville, Troyes, Sens et Riom, soumission qu'allait suivre, en juin, celle de la ville natale de Scaliger.
' François Raphelenge , dit Texcellent annotateur du Choix de lettres françaises inédiles de J.-A. de Thou (p. 45), « originaire de Lanoy, près de Lille, mourut dans cette dernière ville, en 1597, à Tàge de 58 ans. Il était gendre de Christophe Plantin, et imprima lui-même sous la direction de son beau-père. C'était un savant orientaliate : on lui dut un premier dictionnaire de la langue arabe qui ne parut qu'après sa mort. » J'ajouterai seulement que Haphelen^ius est mentionné dans le Secunda Scaligeranu (p. 527) pour son opinion sur le peu durable succès des ouvrages (moins un) de Juste-Lipse.
^ Le livre dont il est question est Vllippolyti episcopi Canon paS' chalis cum Josephi Scaligeri œmmentariOy etc. Ce livre,qui devait être achevé au commencement de juin 1594, ne parut qu'à la fin de 1594 pour les amis de Scaliger et qu'au commencement de 4595 pour le gros public.
300 urmifs nn^çAisBS inboitbs
Casaubori de Genève,* lequel m*advertit, qu'il faict imprimer Stietomus^ où il dit avoir trouvé merveilles.' Hierosme Commelin doit aussi imprimer YAtheneus, corrigé par le dit -Casaubon, infinitis locis.^ C'est un excellent esprit. Il me doit envoler leSlrabon corrigé de sa main, et en aultre équipage, qu'il ne l'a faict imprimer.* On imprime ici Nilns episcopus Grjecus in Pappae romani tyrannidem.^ Vous aurés le tout avec mon li\Te, et quelque auUre chose par dessus le mar-
* l.e Suétone de Casaubon ne parut que douze ans plus tard : Stietonii opéra cum animadversionibus (Paris, 1606, in-4.). L'auteur du Manuel du Libraire n'a pas mentionné cette remarquable édition des Vies des douze Césars, dont le commentaire surtout a eu tant de succès, comme le prouvent assez les nombreuses reproductions qui en ont été données en Allemagne, notamment dans l'édition de Fr. Aug. Wolf (Leipsick, 1802).
* Jérôme Commelin, natif de Douai, était allé s'établir à Genève, d'où il se transporta à Heidelberg, où il mourut en 1597. Voir sur lui le Secunda Scaligerana (p. 274) et VHistoire de J.-A. de Thou (Liv. CXIX, à l'annnée 1597).
* Le texte de V Athénée de Casaubon fut publié par Commelin en 1597 (in-folio). Les notes ne parurent que huit ans plus tard {Animadversiones in Athenaum, Lyon, in-folio 1600).
* Casaubon avait donné son édition de Strabon en 1587 (Genève, in-folio). Il était alors bien jeune encore (n'ayant que 28 ans) et on ne doit pas être étonné que, sept ans plus tard, il ait pu offrir à Scaliger un texte fort amélioré, et comme le dit pittoresquement ce dernier, en aultre équipage,
* Scaliger cite mal le titre de l'ouvrage de Nil, dit Cabasilas, archevêque de Thessalonique. Cet ouvrage, composé au commencement du XIV* siècle, fut publié pour la première fois à Francfort, en 1555, sous le titre que voici : Nili Thessalonicensis libelhis de primatu romani pontificis, grœce , comversione lai. Mat. Fldcci Illyrici. L'édition annoncée par Scaliger fut donnée d'après un manuscrit du Vatican, avec une nouvelle version latine de Bonav, Vulcanius, Leyde, 1595, petit in-8oj.
DB JOSIÎPU SCAUGEB. 301
ché. Je VOUS prie de fnire souveiiirM. cfÉmoryde m'envoier
Ta ro'j Krri-jijStouHpwvo^" xot AÔYjxatou xot twv «XXwv pvixavtxYj.Monsieur
le premier président de Rouen ' m'avoit promis m'envoier le Diophantiis,'^ qui est parmi les livres de feu Gosselin,' que Monsieur Duperron lui avoit preste.* Mais le dit sieur Président a trouvé que les livres de Gosselin estoient i\ Paris. Vous aurés donques moien de me le faire tenir, si vous pouvés
' Claude Groulart.
- Il s'agit là du mathématicien Diophante dont les ApiQpvjTtxa parurent pour la première fois en 1575 (Bâle, in-folio) reparurent avec le commentaire de Bachet de Méziriâc en 4621 (Paris, in-folio) et, de nouveau, avec les notes de cet homme de génie qui s'appelait Pierre de Fermât, en 1670 (Toulouse, in-folio).
' Les mots feu Gosselin, écrits en mai 1594, sembleraient convaincre d'erreur la plupart des* biographes qui ont fait mourir Jean Gosselin « vers la fin de novembre 1604, âgé de près de cent jans. » Mais Scaliger, loin de la France, avait été trompé par quelque faux bruit, et le récit d'un parisien lel que -Pierre de l'Estoile ne permet pas de douter que Gosselin n'ait vécu dix ans après le prétendu décès dont il est ici question. Voir dans le Secunda Scalige^ rana (p. 353) de curieux détails sur ce « gardien de la Bibliothèque du Roy mort tout bruslé, estant tombé dans son feu, et à cause de son aage ne s'estant peu relever, » et qui « ne laissait entrer personne dans la Bibliothèque. » On lira avec intérêt, dans le Cahinet des manuscrits (t. I, p. 197), les savantes notes oiîi M. Léopold Delisle, à l'aide de renseignements tirés des lettres latines de Scaliger, de Casaubon, et de quelques lignes inédites de Gosselin, éclaire l'histoire de l'administration de son devancier. La reconnaissance veut que j'ajoute que, bien différent de Gosselin, l'administrateur actuel de la Bibliothèque nationale met à communiquer tous les trésors confiés à sa garde le plus libéral et le plus aimable empressement.
* Le futur cardinal Du Perron déjà mentionné dans la lettre
âOl tlTTMf flAHÇAISSf inBDITBtf
savoir où sont ces livres. Ce que je vous prie bien fort faire. Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir ei sa garde.
De Leydea en Hollande, ce v mai 1594 ^
yostre très humble serviteur^ Joseph de La Sgala.
A vostre permission je salluerai Mademoiselle vostre femme^ Messieurs Houllier, Le Fevre, Passerat, tous mes aultres bons amis, mesmes Monsieur Loisèl.
* Le même jour (Ibid, folio 122), Scaliger écrivait à Claude Du Puy : Monsieur, si le bruit qui court ici est vrai, je croi que la présente vous trouvera à Paris , de quoi je loue Dieu. Vous aurés bientost mon livre, lequel sera achevé d'imprimer vers le commencement de juing. Ma longue maladie et aultres empechemens qui me sont survenus, ont retardé l'édition de mon livre. Gasaubon faict imprimer le Suétone à Genève, l'Âtheneus à Heidelberg, corrigés et illustrés par lui. Il ne peust rien sortir de lui, qui ne soit excellent, et fault confesser qu'il est le premier du mestier. Gommelin à Heidelberg imprime Etymologicum magnum corrigé par Sylburgius. »
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A CLAUDE DU PUY
Je vous envoie un de mes Cyclometrica.^ Pardonnes moi s'il n'est relié. Il m'en a fallu présenter aux députés des
« Ibid., folio 123.
' Cyclometrica elementa [Leyde, 1594, in-4'). De tous les ouvrage» de Scaliger, c'est celui qui lui fs^it le moins honneur. Voir les appréciations de ce malencontreux essai sur les quadratures du cercle qui ont été empruntées par Chauffepié au Sylloge epistolarum de Burmann, aux œuvres de G.-J. Vossius , au Huétiana. Il serait facile d'allonger la liste de ceux qui ont combattu les puériles théories, ou, pour mieux dire et en prenant le mot au vocabulaire même de Scaliger, les rêveries exposées dans les Cyclometrica elementa. On possède sur ce point force indications dans un travail spécial du futur auteur de V Histoire des mathématiques y J.-E. Montucla (de rinstitut) : Histoire des recherches sur la quadrature du cercle (1754, in-12). M. Bernays n'a presque rien dit des combats qui se livrèrent autour des Cyclometrica elementa (p. 192, 193). M. Ch. Nisard, au contraire, a multiplié les piquants détails sur la polémique engagée, à cette occasion, entre Scaliger et divers savants français et italiens (p. 231, 235). J'y joindrai cette citation d'un passage peu connu d'une lettre de Ph. de Mornay, seigneur du Plessis, à M. de Buzenval, du 28 septembre 1594. (Mém^oires et correspondancCy t. VI, p. 93) : « J'omettois à vous dire que vous avés faict tort à vostre nation de laisser sortir la pretendeue quadrature de M. de La Scala. In magnis vel errare laudabile ; mais non certes avec tant de confiance de soi, tant de mespris des anciens et des modernes. Je crains la prochaine foire de Francfort pour lui ; et aimerois mieulx m'amender qu'attendre les censures. »
304 LKTTIBf raiHÇAUBS OfÉDITU
Estatz six douzaines de reliés. Je vous ai escril par Monsieur Petit, duquel vous pourrés avoir receu maintenant ma lettre. Je recoi en ce pais bon traictement, mais Tair y est un peu rude, qui m'a investi d'un catarrhe, duquel je guérirai, quand il plaira à Dieu. Car les médecins n'y voient goutte,' C'est la cause que je ne vous puis entretenir de longue lettre et ce pendant je vous baise trcs humblement les mains, et à Mademoiselle Du Puy, priant Dieu,
Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden de Hollande, ce 20 juillet 1594.^
Vostre très humble serviteur^ Joseph de La Scala.
' Est-ce une épi gramme contre les médecins en général, ou seulement contre les médecins hollandais de ce temps là ?
* La correspondance de Scaliger avec Claude Du Puy, s'arrête à cette date. Le meilleur ami de Scaliger mourut quelques mois après (ic décembre 1594), et nous trouvons, dans diverses lettres adressées à ses fils, la preuve que le successeur de Juste-Lipse n'oublia jamais les services sans nombre qui lui avaient été rendus par un homme, dont le mérite de cœur et d'esprit n'a jamais autant apparu qu'en ce recueil. — Le 25 juillet 4594 [Ibid.j folio 222), Sèaliger s'adressait en ces termes «A M. de Monantueil, professeur du Roi es mathématiques à Paris » : « Messieurs, Dieu m'a faict la grâce de voir tous mes amis avant mon partement de France, comme s'ils s'estoient donnes rendés-vous pour me dire à Dieu, sauf vous et M. Goulu, combien que je demandasse de vos nouvelles à M. Pithou, et désirasse grandement de vous voir, estant amateur de vostre érudition, et surtout de vostre candeur, qui me faict croire que j'ai encores quelque place en vostre amitié, pour mémoire et tesmoignage de laquelle je vous envoie un exemplaire de mon Cyclometricon, lequel je vous supplie prendre à gré comme de celui qui s'arrestera à vostre jugement en tout ce qu'il vous plaira de m'en escrire librement, ce que je vous supplie faire. Si j'ai failli, que je n'aie non plus le blasme que les anciens, qui en vain ont touché ceste corde. Si j'ai touché au but (et certes c'est
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merveille, si je ne l'ai faict), qu'il vous plaise de me défendre envers une certaine manière d'algebristes, qui ne sachants rien en Euclide, estiment pouvoir tout confuter par Talgèbre. Endurer cela, c'est faire tort à la divine géométrie. J'estime tant vostre suffisance en ce mestier, que je vous croirai du tout, car vous-mesmes pourrés juger qu'en vain s'estudieront d'entendre mon livre ceux qui n'auront leu pour le moins soixante fois l'Euclide d'un bout jusques à l'autre, comme à plus près je pense avoir faict... » Le même jour encore {Ibid., folio 198), Scaliger écrit à Pithou qu'il ne doute point que « beaucoup de maroufles » ne veuillent attaquer son livre « comme sont les Algebristes, qui ne savent rien en géométrie, » et il ajoute: « M. de Monanteuil, qui entend bien le mestier, en sera le juge, s'il luyplaist. J'en croirai toutalement ce qu'il en dira... Vous me ferés ce bien de m'escrire ce que diront de mon labeur qua boni, qua malevolL » Le mois suivant, Scaliger (Ibid., folio 499) annonce à Pithou qu'il envoie un exemplaire à Viete « qui m'a faict tant de mauvais tours qu'il a peu, mais j'ai oublié tout cela. Mon Geometricon faict parler beaucoup d'ignorants, voire des plus ineptes. Mais j'attens le jugement des doctes. Je reffais tout mon livre De emendatione, et espérons avec l'aide de Dieu, que l'édition en sera bonne. » Sur les deux mathématiciens nommés ici, Henri de Monantheuil, né vers 1536 à Reims, mort en 1607 à Paris, et François Viete, né en 1540 à Fontenay-le-Gomte, mort à Paris en février 1603 , on peut voir d'excellentes choses dites par M. Aug. Poirsen ( Histoire du règne de Henri IV. 3*» édition , 1866 , t. IV, p. 217-219).
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A PIERRE PITHOU
MONSIBUR,
J'ai esté très aise de la vostre, que j'ai receu il y a deux jours avec la censure du sieur Herart,* en quoi il a raison, car je confesse m'estre eschappé, en deux propositions, des erreurs qui sont plustost hallwinatio quam inscitia^ et ne fault poinct d'aultre censeur pour les chastier que moimesme. Mais ledit sieur Herart se trompe bien fort, quand il pense que c'est faict de ma quadrature, et qu'il la fault pendre au croc. En quoi oultre l'indiscrétion de laquelle il use, il s'abuse, comme j'ai dit, grandement en ce qu'il pense que ne pouvant prouver ce que je prétends en ces deux propositions, toute mon œuvre est inutile. Mais il est mieux versé es fortifications qu'es livres des anciens mathématiciens. Je
« Ibid., folio 200.
* Je ne trouve rien sur ce censeur des Cyclometrica elementa qui, comme on le voit un peu plus loin, s'était beaucoup occupé de la science des fortifications. Il est probable que ses objections étaient et restèrent toujours manuscrites.
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suis marri qu'en la cinquiesme et sixiesme du premier, j'aie resvé. Mais pour cela tout ce que j'ai voulu faire du cercle, est très bien demonstré, et le demonstrerons encores mieus, s'il plaistà Dieu. Hais j'atten que ce qu'on escrit contre moi soit mis en lumière, tov TCTpay«vi<y/jiôv. Nous ferons, revivre ici les bonnes lettres, moienant la grâce de Dieu, puisque vous aultres les bannisses. Je vous envoie des exemplaires du canon Hippolyti pour vous. Messieurs d'Emeri, Viette, Du Puy, Servin,* Monantueil, Gosselin, garde de la librairie, et vous baise humblement [ce mot est en abrégé] les mains, priant Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde et me permettre que je baise les mains à Mada^** vostre compagne.
De Leyden en Hollande, ce k novembre t594.
' Louis Servin fut avocat-général au parlement de Paris depuis 1589 jusqu^au 19 mars 1626, Jour où il fut frappé de mort subite en adressant de courageuses remontrances à Louis XIII. Le savant magistrat avait d'excellentes relations avec Scaliger, et en a de lui notamment une lettre oiîi il annonce h son ami, le 20 août 1598, qu'il avait entrepris de mettre le Cantique des Cantiques en vers phaleuques. Rappelons que l'on a imprimé à Agen (chez George de la Marinière, 1615, in-12 de 343 pages) un ouvrage de P. Richeome intitulé : Advis et notes données sur quelques plaidoyer de inaistre Lotus Servin, advocat du Royj etc.
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