CONSEILLER EN LA COUR DE PARLEMENT , A PARIS
Monsieur,
J'ai voulu attendre jusques à présent à vous escrire, d'autant que je savois bien, que vous avés esté assés empêché despuis la sainct Martin en ça, sans que vous eussiez besoign d'estre encores plus empesché à lire mes lettres, et me rescrire : A quoi je ne m'attends que ce ne soit à vostre grande commodité. Au reste je suis tousjours plus vostre que mien: et vous asseure qu'il n'y a aujourd'hui homme qui aist plus de puissance sur moi, que vous avés, laquelle vous vous estes acquis par vostre vertu, laquelle j'ai admiré mesmes avant que je vous conneussede face.Jen'ai rien faict despuis nostre département, d'autant^que ma maladie m'a laissé si plein de
* Ibid, /" 4. — Claude du Puy était fils de Clément du Puy, avocat célèbre du Parlement de Paris, et de Philippe Poncet. Il avait étudié les belles-lettres sous Turnèbe, Lambin et Daurat et le droit sous Cujas. 11 fut reçu conseiller au Parlement de Paris le 7 février 1576, et il passa pour un des plus remarquables magistrats de cette compagnie, selon le Moréri de 1759 qui lui donne encore cet éloge ; « Il avoit un grand fonds d'esprit, beaucoup de jugement, une érudition profonde ; ce qui le fit considérer comme l'homme de son temps qui raisonnait le plus juste, et qui était le meilleur critique. » On peut voir encore tout le bien que disent de ce magistrat J.-A. de Thou, Sainte-Marthe, Papyre-Masson, Nicolas Rigault, etc. La voix de Scaliger devra désormais être remarquée dans cet harmonieux concert.
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galle,* que vous auriés pitié de me veoir, qui est la cause, que je ne vous envoyé pas les inscriptions de Narbonne et Gascoigne,^ mais ce sera bien tost Dieu aidant ; car je commence à estre moins ladre qu'au paravant, mesmes j'ai travaillé quelque peu sur quelques poètes, ce que vous verres bien tost. Il vous plaira de nous faire à savoir de vostre santé et de voz affaires, et si vous avés rien veu de nouveau à ceste foire de Francfort, car icy, où je suis, il ne se faict mention que de rendre et non rendre villes. Et sur ce,
Monsieur, je présente mes très liumbles recommandations
* Scaliger écrit le mot gale comme récrivait Ambroise Paré, et comme on devrait l'écrire d'après l'étymologie, si toutefois, comme il le semble bien, le nom de la hideuse affection vient du latin galla, galle des arbres, maladie des végétaux qu'on a transportée aux hommes et aux animaux.
^ Pour Scaliger, la Gascogne, s'assimilant le Languedoc, s'étendait, on le voit, jusqu'à la Méditerranée. Au sujet des inscriptions de Narbonne, citons ce passage du Secunda Scaligerana (p. 395) : « J'avois recueilly un aussi gros livre d'Inscriptions qu'estoit celuy de Smetius : Je le voulois dédier à l'abbé d'Elbcne ; Gruter les a eues, je les lui ay envoyées, et il en avoit eu quelques-unes d'ailleurs, tellement que celles qu'il cite, il les ayme mieux citer d'autruy que de moy ; je ne sçay pourquoi on me fait ordinairement cela. J'ay fait les ving1>quatre indices en dix mois, je ne fis alors autre chose que cela ; il y a bien de l'industrie en ces indices ; c'est un bon Commentaire. J'ay tant deviné de vers qui estoient aux inscriptions, et que personne n'eust deviné que moi. »
à Tostre bonne grace^ priant Dieu de vous donner en santé bonne et longue Tie.
D'Abain,* ce 13 décembre 1575.»
Vostre humble serviteur et meilleur ami , Jo^phdeLaScala.
Je suis après à chercher an commentaire d'Achilles Statius sur Catalle, mais il n*en y a poincten ces paîs. J'escris à Pâtisson,' qu'il m'en envoyé un et le lui reuToierai, car je n'en ai à faire après que je l'aurai veu. Il tous plaira de lui bailler le vostre, s'il n'en pouvoit trouver d'aultre et je ne fauldrai à vous le renvoyer le plus tost qu'il me sera possible. Mais s'il en peust trouver, il ne fault pas que vous lui ' bailliez le vostre.
' Abain était une terre de la famille de Chasteigner, terre située en Mirebalais, c*estrà-dire eu ce petit pays du Poitou dont la capitale était Mirebean, aujourd'hui chef-lieu de canton de Tarrondissement de Poitiers.
* Scaliger devait passer dans les diverses terres de Louis de Chasteigner près d*une vingtaine d'années (1575-1593).
' Mamert Pâtisson, né à Orléans, établit à Paris, en 1568, une imprimerie qui ne tarda pas à devenir célèbre. Il épousa, en 1575, Denyse Barbé, veuve de Robert Estienne II. Nommé en 1578, imprimeur du roi, il mourut en 1600. Il était fort lié avec J. Scaliger. Voir dans le recueil de 1627 (p. 69-86), une lettre fort savante qui lui fut adressée par ce dernier. Pâtisson était digne de la recevoir, car il était lui-même un érudit distingué et Ton a de lui d'excellentes notes sur Pétrone dans l'édition de Lotichius il629i. Voir ce que dit à la fois de Thabile imprimeur et de Thomme fort docte en grec, et en latin et en français La Croix du Maine (Bibliothèque françoise, 1722, t. II, p. 73), et ce qu'ajoute Ménage (chap. 91 du tome I de son Anti'Baillet).
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A M. DU PDY,