‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 3 sur 37 · CONSEILLER EN LA COUR DE PARLEMENT, A PARIS · texte numérisé non relu

CONSEILLER EN LA COUR DE PARLEMENT, A PARIS

Monsieur^

J'ai trouvé à propos le maistre d*hostel de Madame de Schonberg * qui s'en va à Poictiers en poste. S'il s'offroit de telles commodités plus souvent, vous auriés plus souvent de mes nouvelles. Mais noz messagiers de Poictiers sont détroussés le plus souvent par les chemins. Toutesfois je pense que vous aurés receu seurement les lettres que je vous ai escrites de ce mois mesmes. Il y a un chanoine à Poictiers nommé Georgius Bito,^ qui a une belle librairie et quelque

' Ibid., fo 5.

' C'était Jeanne de Chasteigner , sœur de Louis , seigneur d'Abain, laquelle avait épousé Gaspard de Schomberg, comte de Nanteuil, naturalisé français en 1570, pourvu, peu après, du gouvernement de la haute et basse Marche, et qui mourut d'apoplexie le 17 mars 1599.

' Voici tout ce qu'a pu me dire sur ce bibliophile du xvi« siècle, un de mes plus savants confrères de la Société des Antiquaires de l'Ouest, M. Rédet : « A Poitiers, personne ne le connaît, pas même M. le chanoine Auber. Ce Georgius Bito pourrait bien ne pas être un chanoine de la Cathédrale ; ce serait plutôt un chanoine de Saint-Hilaire. J'ai trouvé en effet dans les registres des délibérations capitulaires de cette église, depuis le 25 juin 1566 jusqu'en 1586, un personnage revêtu du titre de chanoine, sous le nom de Georgius Biton, décédé le 8 novembre 1586. On ne peut guère douter

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chose d'exquis. J'ai promesse de lui, que quand j'irai à Poictiers, je jouirai de tout ce qui est en sa bibliotecque. Je n'ai encores rien faict, d'autant que, comme je vous escrivis dernièrement, je suis si mal, à cause de la galle que ma malladie m'a laissée, que je ne puis prendre patience. Mais à ce jourd'hui j'attends mou médecin pour y remédier, et après je ne fauldrai à vous envoier les inscriptions que je vous promis. Ne pensés pas, je vous supplie, que j'aye oublié l'honnesteté de laquelle vous avésusé tousjours envers moi, m'ouvrant vostre librairie,* et tout ce qui est en vostre puissance, et de ma part je vous serai tousjours serviteur, et n'y a homme aujourd'hui, que j'honore plus que vous. Monsieur d'Abain vous baise les mains, et vous désire autant de bien que.vous mérités. Monsieur de La Rochepozay ^ a esté en •

que ce ne soit le bibliophile en question. Une lacune dans les registres (de 1553 à 1564) ne permet pas d'apprendre quand il a été pourvu de son canonicat. Avant lui, en 1550 et en 1553, paraît avec le même titre François Biton, et avant celui-ci, le 13 avril 1506, un autre Georges Biton, chanoine de Saint-Hilaire et curé de Saint- Didier. J'ai vainement feuilleté, pour d'autres renseignements, les Tables de Dom Fonteneau. »

* Digne ami du grand bibliophile italien Vincent Pinelli, Claude du Puy aimait trop les livres pour n'en avoir pas réuni une grande quantité. M. Louis Jarry, parlant de Brisson, de Claude du Puy, de Pithou, de P. Daniel, dans sa notice déjà citée sur ce dernier érudit, s'exprime ainsi (p. 60) i « L'entraînement vers l'étude cimentait l'amitié de ces savants, et aussi l'amour dés livres, car chacun d'eux était possesseur d'une fort belle bibliothèque. »

' Il s'agit là de François de Chasteigner, un des frères du seigneur d'Abain. Voici les titres que lui donne André du Chesne (Histoire généalogique de la maison des Chasteign^rs) : « Seigneur de La Rocheposay, de Touffou et de Talmont, baron de Preuilly en partie, chevalier de l'Ordre, maistre d'hostel et gentilhomme de la chambre des Roys Charles IX et Henri III et capitaine de cinquante

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