GUI
A H. DE MONANTOEIL.'
Monsieur ,
Je suis très marri de m'eslre si haslé en Tédition de mes Cyclometrica, car si j'eusse un peu temporisé, je n'eusse donné de prise sur moi aus querelleurs qui sont plus disposés à reprehendre qu'à apprehendre.^ J*ai trouvé la Quadrature, mais je ne l'ai sceu si bien demonstrer, qu'il n'y eust rien à redire. Je vous envoie un escrit, lequel à mon advis rompra le col aus medisans.' Je vous prie de le lire soigneu-
* Ibid., folio 224.
* Les amateurs de jeux de mots seront flattés de voir que Scalîger n*a pas dédaigné ces bagatelles. Il a même été un récidiviste, car on retrouve la même plaisanterie dans une lettre qu'il adresse, le 16 janvier, à Ph. de Mornay. Voir à V Appendice,
* Cet écrit qui ne devait pas du tout rompre le col aux médisans, mais bien leur fournir l'occasion de nouvelles railleries , était intitulé: Appendix ad Cyclometrica sua : in qua asseritur Quadratio circuli contra oblatrationes qmrundam et castigantur quœdam errata in denmistrationihus Cyclometricis (Leyde, chez Fr. Raphelenge, 1594).
Di jossra fCAUGu. 309
sèment. Vous ne doubterés plus de la vérité. Par cela je metz mon honneur entre vos mains. Il n'y fault qu'une grenouille pour faire crier les aultres. Mais aussi il ne fault qu'une petite pierre pour les faire taire.* Car vous, cognoissant la vérité (comlhe je m'asseure que ferés) la prescherés partout, et monstrerés vivement comment en ce siècle il a esté trouvé ce qu'en dix-huict siècles ou plus on a cherché en vain. Le paralogisme d'Archimedes est manifeste. L'abus qu'il a imprimé en la teste de la postérité est trop descouvert que ctrculus est œqualis triangiilo rectangulo ^ cujus altitude œqualis semidiametro basis peripheris. J'estime tant de vostre savoir, et, qui plus est, de vostre candeur, que vous défendrés la vérité. Tu eris patronus non meus, sed veritafis. Faicies cela, s'il vous plaist, et pour vostre honneur et pour le mien. Car vous l'aiant demonstré le premier, il y aura plus de gloire de vostre costé que du mien. Viète a escrit quelque chose, comme bien mesme ps^r sa lettre m'en donne advis, prétendant que je l'ai picqué.'' Ce n^est pas la
' La colère inspire heureusement Scaliger et toutes ces images sont bien vives et bien spirituelles.
' Scaliger a non moins outragé Viete dans plusieurs de ces lettres latines. S'il faut en croire le président de Thou, qui était leur commun ami, Scaliger regretta d'avoir mis tant d'aigreur dans sa dispute contre ce grand mathématicien et conserva toujours pour Jui une vénération secrète. (Hist. Liv. GXXIX, à l'année 1603). Ne soyons pas dupes de cette vénération : J.-A. de Thou a cliaritablement prêté à Scaliger des sentiments plus honorables que ceux qu'éprouva le vaincu, et à la silencieuse vénération mentionnée par l'illustre historien, il faut substituer, je le crains, cette sourde et impitoyable rancune si bien définie par le poète : ilfan^^ alta mente repostum.
340 UTTIIS PlANÇAIglS UBDITIt
première mensonge qu'il a dict,* ni la première déloyauté qu'il a pratiquée. Je n'ai encore veu son livre.
Je vous baise les mains et prie Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden en Hollande, le 4 mars 1595.'
Vostre très humble seniteur, JosBPH DE La Sgala.
* Mensonge, comme l'a remarqué M. Littré, u féminin dans le début, a commencé à devenir indifféremment masculin et féminin dans le xvi* siècle et même plus tard. » Guez de Balzac (Lettre du 28 octobre 1624) se moque des grammairiens qui — ( ils étalent séduits sans doute par l'exemple de Rabelais et de Montaigne) — lui reprochent de ne point dire une mensonge.
» Le jour de Pasques 4595, c'est-à-dire le 26 mars, Scaliger {Ibid,t folio 225) écrit à Monantheuil : « Je me rapporte du tout à vostre érudition, grand jugement et candeur que j'estime surtout. Je m'asseure que vous les pourrés faire repentir des livres qu'ils escrivent contre moi. La pluspart d'eux n'ont jamais veu Archimedes. Ils n'en parlent que par ouir dire. Tesmoing le glorieux qui a faict VElenchus... Il est si asne qu'il se mocque de ce que les anciens ont dit devant moi. »
Mentionnons diverses petites lettres à P. Pitbou (écrites de Leyde, le 26 mars), le 28 mai et le 13 septembre. (Vol. 496, folio 201, 202, 203.) Je n'en tire que ces lignes: « J'ai bien attizé le feu, comme je voi, mais, s'il plait à Dieu, ils s'y brusleront [ ses adversaires] eux mesmes. » (folio 201.) — « J'ai trouvé de quoi faire enrager ceux qui me courent sus. Nostre livre De emendatione temporum est un homme régénéré. On procède lentement en l'impression, car c'est la coustume du pais. Glavius et plusieurs aultres escrivent contre moi. Fui j'escrirai contre eux et leur enseignerai ce qu'ils ne savent point. » (folio 202.) — « Il fault bien que j'aie bon courage, mesmement courant mon an climacterique. » (folio 203.)
Di 90ʻn scAfJGn. du
« A MONSIEDB DE THOU,
CMieiUir da loi ei SOI craieU priré, PrteUeit ei U oonrt d9 Parleneat à Paris.* i
MONSIBUK,
Je vous remercie très humblement de vostre Tragédie. Je la ti'ouve bien gentile,' et l'argument et Toeconomie- ingénieuse, où vous avez sceu trouver les personnes propres pour vostre argument à rimitation d'^schylus. Ceusqui auront leu diligemment le Promethée' prendront encore plus de plaisir en vostre invenlion, comme il en avient à ceux qui lisent Virgile, et savent les vers d'Homère et de Théocrite tournés par Virgile quelques fois plus heureusement qu'ils ne sont en leur langue. Vous pourries bien faire le mesme en l'argument du sacrifice d'Isaac, là où la petite Tragédie
' Collection Du Puy, vol. 838, folio 34.
* Il semble que Ton se soit bien peu occupé de cette tragédie, malgré sa gentillesse, et il n*en est pas même question dans les Mémoires de la vie du poète-historien.
' M. Patin, qui pourtant avait composé un Discours sur la vie et les ouvrages de J. A. de ThoUy couronné par l'Académie française en 1824, ne connaissait même pas l'existence de cette imitation libre du Prométhée d'Eschyle, car il n'en a pas fait la plus petite mention dans ses belles Etudes sur les tragiques grecs (2e édition revue et augmentée, Paris, 1858).
3f2 LBTTftis rniRÇAisif inÉDmit
fraDQoise de Bèze < vous aideroit beaucoup. Il ne fault que la paraphraser pour faire une très belle Tragédie. Geste tragédie» l'esté passé , fut jouée ici par quelques enfans sans souci de si bonne grâce, et si naifvement, que touz les spectateurs en furent tous ravis , et y en eust qui pleurèrent.^ Quant h Moïse, beaucoup d'anciens chrestiens et Juifis ont pensé qu'il avoit esté ravi en corps aus cieus , comme Elias et Enoch. Hais ce sont opinions qu'on peut tenir et laisser sans préjudice de vérité. Vous pouvés penser combien j'ai pris à cœur la mort de Monsieur Dabain.' Je n'ai aujourdhui chose qui me revienne tant au songe,^ que faict celle la. Je lerai quelque chose pour lui, quand mon esprit sera rassis, qui est maintenant traversé de beaucoup de fantasies. Mon livre de emendatione tempoimm sera au contentement des hommes de bien, s'il plaist à Dieu. Mais ce n'est encore viande preste, tant les humeurs des hommes de ce pais sont lentz. On ne gaigne à les esguilhoner non plus que qui frappe sur la pierre.* Par quoi je m*accommode à leur humeur. Beaucoup de gens oisifz et malins escrivent contre moi. Pa-
* Abraham sacrifiant, tragédie françoise, autheur Théodore de Besxe (sic) natif de Vezeclay en Bourgogne (Genève, Conrad Badius, 1550, petit in*8o). Voir sur les autres éditions le Manuel du Libraire, X. I, col. 842-843.
' Le témoignage de Scaliger quant au succès qu'obtint en Hollande V Abraham, mérite d'être désormais signalé dans Thistoird littéraire de Théodore de Bèze.
' Louis de Ghasteîgner était mort à Moulins le 29 septembre précédent.
* C'est-à-dire à la pensée.
' Le flegme hollandais , ce flegme qui résiste à tout entraînement, qui déûe Taiguillon, a-t-il été jamais mieux caractérisé?
M «O0IPB iCALIMa* 313
tience. inespéré ma revenche avec Taide de Dieu lequel je prierai.
Monsieur, vous maintenir en sa saincte garde.
De Leyden, ce 13 décembre 1595.
Vostre très humble serviteur ^ Joseph de La Sgala.
Le bruil que vous faictes courir que nous envoions quérir Gasaubon est faux. Je le voudrais bien, et en ai cherché les moiens. Mais les hommes de ce pais ne sont pas si préhen* sibles qu'on pense.*
* Voir sur les démarches faites par Scalîger pour que Gasaubon obtint une chaire à TUniversité de Leyde, les Epitres françoises à M. de La Scala (No CL, CLXXXIV, CCXXXVIII), citées déjà par M. Ch. Nisard (p. 334 du Triumvirat littéraire). — Le 17 décembre
1595, Scaliger écrivait à Monantheuil (Vol.496, folio 22Ô) : « En conçois un grand regret [d*avoir publié son livre sur la quadrature du cercle}, pour avoir ouvert la fenestre non seulement aux habi* les, mais aussi aux asnes de parler de moi. Il i a une chose qui me console, la justice de ma cause... Puisque /acte est aléa, si ne fault-il jetter le manche après la cognée. » — Le même jour, Scaliger, après avoir dit à P. Pithou {Ibid., folio 204) : t< Je m'asseure que j'ai de quoi faire teste à mes aboieurs, » appelait Glavius m* civil et menteur et, ce qui était à ses yeux une ii^ure pire encore, ajoutait : « Il a monstre qu'il estoit vrai jésuite. » Scaliger conti* nue ainsi : « Nous lui appresterons quelque jour son desjeuner. »» Il parle ensuite fort modestement du recueil manuscrit des Lois attiques dont Pithou lui avait demandé des nouvelles : « G'est peu de chose. Il n'i a pas pour le desjeuner d'un délicat. » Le !•' juin
1596, Scaliger écrivait à de Thou. (Vol. 838, folio 36) : « Je vous envoie une copie de ce que j'ai faict sur Monsr d'Abaîn. Je pense que je n'aie rien faict qui vaille. Nul n'est bon juge de soi mesmes. Parquoi je vovs en demande vostre advis, afin que je change ce que vous trouvères mauvais. Gar je ne fais plus de vers, et n'i a rien
SI 4 UT1KM rBARÇAIIM IRÉDITIS
qui me succède plus mal. On a voulu que J'aie fiu*ci Tinscription de toutes ses actions. Mais cela estant mal séant & une inscription, j'i ai mis ce que j'en ai tiré de plus plausible. On est ici fort troublé de la prise de Gales [Calais] et Ardres. La Fere couste bon... Mon livre De emendaUone va un peu plus gaillardement que de coustume. » Le 8 juillet 1596, Scaliger reprenait ainsi sa causerie avec de Thou (Ibid.f folio 37) : « Je vous ai envoie Epicedium Lud, Castanei par Gilles, libraire de cette ville. Il vous plaira de m'en escrire librement vostre jugement. Si cela [critique du De emenda" tione] mérite response, nous respondrons en un livret à part. Car nous ne voulons point souiller nostre grand œuvre du nom de telle canaille, non plus que du nom de Glavius lequel a escrit une sotte apologie de son an Lilien, je vous di si inepte que j'ai bonté d'i respondre. Gela se fera à loisir. A la mesme volonté qu'il i eut ici quelque mathématicien [au sujet de la quadrature]. Mais il n'i a que des faquins. Sitost que le jeune Douza sera de retour, on imprimera Phœnùtnena Aratica Cœsaris Germanici augmentés de plusieurs vers, et ornez d'excellentes figures. J'ai manié l'exemplaire un des plus beaux qui soit en nature, escrit en lettres capitales, avec les dictes figures très bien peinctes, lesquelles ont esté cause de la conservation du livre qui aultrement eust servi de couverture à quelques rudimens de grammatique chés un libraire, dont il a esté rachepté. »
»i ioii»H scAuon* 315
A J.-A. DE THOU
Monsieur,
Ces jours j'ai receu la vostre, nonce de la mort de Monsieur Pithou, mon très cher ami, et jaçoit que la dite vostre lettre soit tombée en mes mains deus mois après la date, si est ce que je Testime trop récente pour la perte que j'ai fâicte d'un si rare ami, laquelle ne pourra jamais vieillir en ma mémoire.* Mais un mal n'est pas seul, comme dit le commun proverbe, car je receus la vostre huict jours après le deces du jeune Douza,' qui est un aultre perte si granâe,que
« Ibid., folio 38.
• Pierre Pithou était né & Nogent-sur-Seine, « le 1« novembre, jour auquel il était né en 1539 , » comme le rappelle Grosley [Vie de M. Pithou, t. I, p. 379). Voir dans le tome II de cet ouvrage (p. 13) la lettre qu'écrivit J.-A. de Thou, au sujet de la mort de cet intime ami, au conseiller Gillot (16 novembre 1596, d'Angers), (p. 17) un extrait de la lettre qu'il écrivit à Nicolas Lefebvre sur le môme sujet (4 décembre 1596) et Tp. 26) la lettre qu'il écrivit encore à Isaac Gasaubon (Tours, 25 novembre 1596). On retrouve cette dernière lettre dans les Mémoires de la vie de J.-À. de Thou (édition de 4734, p. 234-236).
' Jean Dousa, fils d'un autre Jean Dousa qui fut surnommé le Varron de la Hollande, était mort le 21 décembre 1596, à 24 ans, selon J.-A. de Thou {Hist. Liv. GXVII), à un peu de moins de 26 ans, selon le Moréri et la plupart des autres recueils biographi* ques.
316 LBTTIM niAlIÇAISKt IRiDITIl
VOUS pouvés penser,* un si grand regret à moi, que je ne vous puis exprimer. Je n'eusse jamais creu qu'une personne, qui ne me touche rien de sang, me soit entrée si avant en mon pensement, qu'il n'est heure du jour, que je ne me le représente, et ce avec une tristesse si grande qu'elle me possède du tout-^ Je desirois faire quelque chose sur ce suget. Mais il n'est possible que je puisse rien arracher de mon pouvre esprit, qui est si espuisé et du regret de la perte de mes amis, et du despit du mespris de la vertu, que je suis du tout inutile à faire chose qui vaille.' C'est la cause, Monsieur, que pour le présent je ne vous puis rien donner de ce que vous demandés pour Monsieur Pithou. Le décès de Monsieur d'Abain a desbauché ce peu d'ordre qui pouvoit eslre en mon entendement. Je me suis essayé de faire quelque chose sur sa mort. Vous aurés peu voir par la copie que je vous en envoîay, combien il meritoit mieus que cela. Car les vers que j'ai faictz sont plustost tesmoignage de la ruine de
* La mort précoce de Dousa attendrit les savants qui ne lui mesurèrent pas les éloges. C'est ainsi que J.-A. de Thou Ta proclamé jeune homme d'un esprit supérieur, d'un savoir extraordinaire et d'une admirable douceur de mœurs, et que Casaubon , dans la 466« de ses lettres, a déclaré qu'il ne connaissait aucun travailleur de son âge qu'il pût lui comparer. . • .
* De ces paroles vraiment paternelles il faut rapprocher ce passage ému du Secunda Scaligeranu (p. 298) : « Jamais je n'ai pleuré de mort que lui, mais je l'ay pleuré à bon escient. Le pauvre Janus estoit si bon et si simple. Je pleuray huict jours durant comme une vieille, lorsqu'il fut mort. »
* A Teissier (Les éloges des hommes savans, t. IV, p. 258) a cité quelques vers de Jos. Scaliger (in Epiced. /. Du%œ), vers d'où il résulterait que le jeune poète et érudit était l'ornement du monde et qu'il était monté, en la fleur de ses ans, à ce degré de science et de sagesse où d'autres atteignent & peine en un âge avancé.
DM lOSBPB iCAUGn. 347
mpn esprit, que du décès d'un tel personnage.^ Toutesfois et pour rhonneur que je vous porte, et le mérite du defunct, je m'essayerai quelque jours de faire quelque chose, si po^ sum eluètari hune mœrorem.^ Et par ainsi ce n'est encores besogne preste. Aussi j'ai quelque chose à transcrire, qui me ruine, et n'y ay aulcun contentement, car c*estune chose fort servile, el fault quoique ce soit, que je l'achève. Quant aux notes sur le Nouveau Testament, je vous ai tant de fois testifié la fortune qu'il me fauldroit courre, si j'entreprenois cela, veu que vous voies qu'on ne tache aujourdhui qu'à effacer le grand bien que j'ai faict au public. Il n'y a hornme qui se puisse vanter d'avoir plus avancé les lettres, que j'ai faict. Je ne crain point de le dire, car il est vrai. On se sert fort bien du proflt que j^ai faict au public, mais c'est en obscurcissant la mémoire de l'auteur, qui est peu de chose,^ si avec cela on n'y adjoustoit de l'envie et de la mesdisance. A la mienne volonté que jamais je n'eusse mis la main à la plume, et qu'il me fust aussi aisé de révoquer le bien que j'ai faict, comme il est aisé à m'en repentir ! Ce sera la cause que je ne m'advancerai plus à faire du bien pour en recevoir du reproche. Je tacherai tant seulement à corriger ce que j'ai mis en lumière, et mesmement de la quadrature, en quoi j'ai, la grâce à Dieu, de quoi faire rougir mes ennemis, qui sont aussi meschans qu'ignorans. Geste foire, je dois recevoir trois ou quatre livres contre moi. Patience. Mon toup viendra. Je monstrerai leur stupidité. Quant au Procope, le sieur Yulcanius ' l'a il y a 18 mois. Hais il y a autant touché.
* Scaliger ne tint pas la demi-promesse qu'il faisait ici à de Thou.
* C'est-à-dire : ce qui est peu de chose, ce qui serait peu de chose.
* Le Secunda Scaligerana donne sur Yulcanius (p. 621) ces piquants détails : « Yulcanius est de la Religion des dez et des cartes ; il
3fS umn pkahçahm iHiDiru
que le premier jour que je lui ai baillé. C'est bien un bon homme, mais il ne peust pas estre oisif et travailler ensemble. Car ce sont deux mestiers contraires. Il ne le sera jamais* J'y donnerai ordre. Il faudra que ce soit vous. Cependent,
Monsieur Je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous maintenir en sa garde.
Ce xn février 1597.
Vostre très humble serviteur^
Joseph db La Sgalâ.
Vous pourrés maintenant estre adverti comment Monsieut^ Casaubon est à Mompelier appointé de 200 v [éciis] avec aut très commodilés.* Monsieur le Président de Rouen m'escrit
ne sçait de quelle Religion il est. Il a une belle Bibliothèque, il a retenu beaucoup de'livres d'autruy ; il me donna dernièrement un Bazcepha tourné du Syriaque. Vulcanius a le Grec de Cyrille qu'il a tourné en latin à Tolède, il a esté censuré pour avoir parlé des Moynes. Il tourne fort heureusement ce qu'il traduit. » Des Maizeaux renvoie à Tarticle Vulcanius du Dictionnaire de Bayle et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer à mon tour.
' Voir sur le séjour de Casaubon à Montpellier, une des Causeries du lundi de M. Sainte-Beuve (à propos du Journal de Casaubon) , t. XIV, p. 385, et, si à côté d'un charmant passage on veut un savant mémoire, je mentionnerai le travail de M. le doyen A. Germain (de l'Institut) : Isaac Casaubon à Montpellier (1871 , in-4*, Montpellier).
DB JOIBPB SCAUCn. 319
du deces de Monsieur Chrestien.* Je désire savoir si cela est vrai , car nul auilre ne me la escrit.'
* La nouvelle n'était que trop vraie : Florent Ghrestien était mort le 3 octobre 1596, âgé de 56 ans seulement.
* Le 25 novembre 1597, Scaliger écrivait de Leyde à M. de La Vau« Quant à moi, je suis tousjours gaillard, la grâce à Dieu, sauf que je perds les meules pour moudre. Et n'i a que huict jours que j'en fis saulter une sans douleur. C'est un apprentissage de mourir, que de perdre les dents. Nous avons fait ici feu de joie de la prise d'Amiens. » Voir ( à l'Appendice ) l'indication d'une autre lettre écrite, neuf ans plus tard, à M. de La Vau, et où Scaliger reparle ainsi de sa santé en général et de ses dents en particulier : « Je n'ai encores par la grâce de Dieu rien que je puisse reprocher à ma vieillesse, qui dans un mois fournirai soixante-six ans. Il n'i a que mes dents, dont de sept qui me restoint, moi mesmes ces jours passés m'en arrachai deux, et en mange mieux à mon aise. Somme que j'ai tousjours bon appétit. >»
ItO fITTKBS FBARÇAIflf IRÉDITIS
A J.-A. DE THOU
Monsieur,
Despuis le temps que je vous envoiai mon livre de emenda'ione temporum avec une lettre, il ne s*est passé chose, de quoi je vous puisse entretenir, sauf que je travaille bien tousjours, mais je ne trouve imprimeur qui fournisse à mes travaux.' Car ils sont si occupés à imprimer des livres de peu d'importance, qu'ils ne peuvent avoir loisir de faire quelque chose pour moi. C'est pourquoi on ne voit, ni ne verra guieres doresnavant chose de ma part ; aussi bien le mespris des lettres croist de jour à aultre, la présomption et ignorance accompagnée d'orgueil intolérable, et aultres telles traverses seront cause que les hommes de bien ne se rompront plus la leste après des choses qui demandent aultre siècle que celui ci. Nostre France en a bien sa part, et en monstre le chemin aux aultres pais. Je ne serai pour cela oisif, awxwv ffiauTw ti xmç fxwjatç.' Et ccrtcs si je u'avoi
• Ibid., folio 39.
* C'était encore la même chose dix ans plus tard, comme on le voit dans une lettre latine deScaliger {EpistolaCXLIII Marco Velscro, 4608) : « Si typographi nostram operam diligentia sua proseq^ererUur, millœ nundinœ Francfardienses sine aliqua nova ingénU nostri fœtwra prœterirent. Parimus quidem quotidie; sed qui par tus nostros toUere velitf habemus neminem, »
' C'était aussi la devise adoptée par Du Cange : Mihi cano si Musis.
ùE losira fciLiofft. 311
que la moitié de mon âge, je ne me soulcierés non plus des mespriseurs des lettres que des lettres mesmes, qui ne servent que de faire des ennemis. Monsieur Vulcanius n'a faict encores rien sur le Procope, ni ne fera. Je lui oslerai, et verrai le plus expédient pour faire imprimer le grec, et corriger quelque peu la version deVolaterran.* L'exemplaire grec est merveilleusement corrompu : et par ce il y fauldra penser un peu. J'enten que vous voulîes faire venir à Paris Monsieur Casaubon.^ Il ne pourroit estre en lieu, où il y a plus de gens litteres,' mais aussi il y a moins d'honneur et bien pour eux. S'il m'en demande mon advis, je lui dirai librement, qu'il ne quitte poinct ce peu d'asseuré qu'il a, pour mourir
* Raphaël Maffei, né en 1451 dans la Toscane à Volterra (d'où son surnom de Volaterranus)^ mourut en 1522. Paul Jove (Elogiaf n» CXVIII) prétend qu'il a traduit Procope (De bello Persico et Vandalico) avec plus de fidélité que d'élégance. Ad. Baillât (Jugemens des Savons, t. III, p. 35) n'admet pas plus la fidélité que l'élégance du traducteur, et assure que P. Jove, en se montrant juge si complaisant, « s'est fait siffler des habiles critiques. »
' Casaubon ne vint à Paris que l'année suivante. Il y fut appelé par une lettre de Henri IV, du 3 janvier 1599, (Recueil des lettres missives^ t. V, 1850, p. 80 et non p. 47, comme on l'indique à la Table générale des matières du tome IX, p. 715. De cette lettre, adressée A Mons^ de Casaubon, professeur es lettres humaines^ il faut rapprocher une autre lettre , du 28 avril 1600 {Ibid., p. 258), où Henri IV convoque le savant bibliothécaire à la conférence de Fontainebleau, et aussi un passage d'une lettre à Sully, du 29 septembre 1598 (t. VIII, p. 722), où le surintendant est invité à «donner au sieur de Casaubon les moyens pour s'entrenir à Paris et y faire amener sa famiUe,» car, ajoute le Roi, «je l'y ai faict venir pour remettre l'Université de Paris et la faire refleurir. » Casaubon arriva, le 28 février 1600, à Paris.
' Pour littéraires. Je ne crois pas qu'il existe un autre exemple de l'emploi du moi littères,
ta
3S2 LBTTRB8 FBANÇAllBS IHÂUITBS
de faim en un si beau Théâtre du monde.' que c'est un grand heur Xaôctv giw gav^a, qui pourroit ainsi fournir son voiage. Ce pelit coing du monde, où il est, est propre pour cela, et auquel je porte envie.^ Geste doulceur ne vient point à la cognoissance de vous autres Messieurs les grands, qui vous moqués autant de ceste vie, comme nous aultres sommes eslognés de la vostre. Au reste je jouis de quelque image de telle vie parmi ces bons Cinctuti Cethegi, qui ne se tourmentent guières la teste des grandeurs de ce monde. Ils ne m'ont encores donné aulcune occasion de mescontentement. Par ainsi je ne puis faillir à estre ensevelli en bourguemestre. Car il est temps de penser à trousser bagage, aiant parfourni lvhi ans. Reliquum reputabimus in lucro^
Monsieur, je prierai Dieu vous maintenir en sa saincte garde.
De Leyden en Hollande, ce ix septembre 1598.*
Vostre très humble et très obéissant serviteur^ Joseph de La Scala.
* Casaubon ne devait pas tarder à se débattre avec Tintraitable Sully, qui ne voulait jamais lui payer les appointements promis. Voir Tarticle déjà cité^ de la Bévue critiqae du 7 août 1875, ot. M. Thurot mentionne les prédictions des lettres latines de Scaliger à Casaubon, les paroles de consolation qui, plus tard, furent adressées par le trop exact prophète à son ami, et les plaintes de Casaubon consignées dans ses Ephemerides,
' Teissier ( Les Eloges des hommes savans, t. I, p. 360 ) traduit ainsi, quelque peu librement, une des lettres latines de Joseph Scaliger à Casaubon (no XLI, p. 156 du recueil de 1627) : Si j'étois en état de vivre dans le lieu qui me seroit le plus agréable, je choisirois la ville de Montpellier, et j'en ferois le nid de ma vieillesse. Il n'y a point d'endroit où l'on puisse passer plus doucement ses jours, soit que l'on ait égard à la bonté de l'air, aux mœurs des habitans du païs, ou aux commoditez de la vie. »
* C'est ce qui pourrait se traduire par notre expression familière : Jouer sur le velours.
* Le 31 janvier 1599, Scaliger écrivait de Leyde à M, de Thou,
Dl lOlBPH SCAUCIR. 323
conseiller du roi en son conseil d'Estat, président en la cour de Parlement à Paris (Ibid. folio 40) : « Je vous remercie très humblement de vos poèmes. J'ai distribué à vos amis ceux que me mandiès leur bailler... Nous espérons que les heures que vous aurès peu desrober à ce chaos de négoce, nous auront enfanté de beaux labeurs, entre lesquels nous attendons avec dévotion votre Histoire, œuvre digne autant de vostre esprit, que du reng que vous tenès. M' de Nordwic faict imprimer dix livres Annalium Hollandiœ stilo Fastorum Ovidianorum^ où il monstre son gentil esprit d'avoir peu renger une si rude matière en si beaus vers. Il s'imprime aussi un essai de l'Histoire des Comtes de Hollande, que son pouvre fu fîlz avoit commencé. Je ne chaume pas de ma part, mais les imprimeurs ne s'acquittent poinct de leur devoir. » — Nouvelle lettre à de Thou, le 27 mars 1599 {Ibid., folio 41) : «... Georgius Douza a faict son profQt de l'excellente élégie in Parricidas [élégie composée par de Thou], par laquelle il combat le demoniacle Coster, Jésuite, comme je croi que vous verres au livre de son Itinerarium Constantinopotitanum, que je pense vous recevras bientost. Car il vous en veult envoier un. M' de Nordwick son père faict imprimer decem libros Annalium Batavicorum, cannine elegiaco, charactère Fastorum OvjÂianorum, Là on pourra veoir son bel esprit, d'avoir peu renger en vers une matière assès fascheuse. Les Hollandois font une flotte de 60 bons vaisseaux pour aller ravager la coste d'Espagne. Jamais les Romains n'eurent raison des Carthaginois, qu'en les allant chercher dans leur fumier >>