‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 22 sur 37 · LITTKBl FRANÇAlSBf ntofTEf · texte numérisé non relu

LITTKBl FRANÇAlSBf ntofTEf

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A J. A. DE THOU.« Monsieur, Je n'ignore poinct les affaires ausquelles vostre charge vous oblige Par ce je crains vous importuner. Je m'y comporterai toutes fois de telle façon, que vous n'aures occasion de vous plaindre de mon importunité, laquelle j'esviterai en faisant court. Je vous dis doncques, Monsieur, que Franciscus Douza, fils du seigneur de Nordwick,^ a recouvré beaucoup d'epistres de feu mon père non imprimées, et je lui en ai -aussi fourni quelques unes, lellement qu'il en peust faire un juste volume, et le donner à Timprimeur.' Il nous manque tant seulement Oratio pro Cicérone advenus dialogum Erasmi Giceronianum, item ejusdem Oratio, qua se prioris auctorem asserit contra calumniam Erasmi. Elles furent imprimées h Paris en Tan 1534.* Mais Erasme par ses amis feist presque brusler tous les exemplaires tellement, que

' Ibid., folio 42.

^ François Douza était un frère du Jean Douza dont nous avons vu Scaliger déplorer si vivement la mort prématurée. C'était le quatrième fils du seigneur de Noordwyck. Disciple de Juste Lipse et de Scaliger, il avait déjà publié, en 45U7, Agé de vingt ans seulement, une excellente édition des fragments de Lucilius {LuciUi Satyrarum quœ sup^sunt reliqtue, Leyde in-4«).

' Ce volume est intitulé : Julii Cœsaris epistolœ et orationes nunquant antehac excusœ , quarum seriem et ordinem pagina sequens indicahit (ex offlcina Plantiniana, apud Christophorum Raphalengium, Leyde, 1600, in-8* de 475 p.). Le recueil est dédié par Fr. Douza à Paul Chouart de Buzanval, ambassadeur du roi de France auprès des Provinces-Unies.

* Scaliger se trompe (cf. l'article Erasmus du Prima Scaligerana, p. 87-88 et l'article Erasme du Secunda Scaligeranay p. 309-310). La première diatribe de son père contre Erasme est de 1531, Paris, in-8 ; la seconde de 1536, Paris, in-8*. Les deux diatribes furent

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peu en restent aujourd'hui.* Toutesfois si Monsieur du Pui les avoit toutes deux et quelques autres de mes amis, si vous les avés, Monsieur, ou les pouvés recouvrer de vos amis, et nous les envoies, nous les transcrirons et renvoierons bona fidCy et donnerons des exemplaires à ceux qui auront usé de telle libéralité envers nous,^ ou plustost envers la mémoire du bon homme à qui les lettres doivent tant. Je ne vous en importunerai davantage, sachant bien que ne tiendra en vous que nostre prière n'ait lieu envers vous,

Monsieur, je prierai Dieu vous maintenir en sa garde. De Leyden, ce xxn avril 1599.

Vostre très humble sei'vUeur, Joseph de La Scala.

réimprimées ensemble, en 1621 , à Toulouse par les soins du savant Jacques-Philippe de Maussac qui avait publié, dans la même ville, trois ans auparavant, le texte grec et la version latine de V Histoire des ammatM? d'Aristote avec les notes de Jules-César Scaliger . Voici le titre de l'édition de 1621 que j'ai sous les yeux : Ivl. Cœs. Scaligeri adversus Desid. Erasmum Orationes duœ, eloqtientiœ roman» vindices, etc. [Tolosœ Tectosagum^ Typis Raym. Colomerii; in-4* (avec épltre dédicatoire à Guillaume du Vair, chancelier de France).

' Avaitron, entendu parler de Vauto^-fé qu'Erasme aurait ordonné? Dans la version du Secunda Spaligerana (p. 309), le mode d'exécution n'est pas indiqué : « Erasme sçachant qu'il la feroit imprimer, attitra de ses amis qui achetèrent tous les exemplaires qu'ils purent, pour les supprimer, tellement qu'aujourd'hui on n'en trouve plus. » Malgré l'extrême rareté des exemplaires de la ir^ édition, le Manuel du Libraire n'a pas mentionné les Gatilinaires de J.-C. Scaliger contre Erasme.

' En vain un aussi pressant appel fut adressé à de Thou et à Du Puy; en vain la piété filiale de Joseph Scaliger fît briller l'attrait de la prime offerte à ceux qui auraient communiqué les Opuscules de 1574 «t de 1576. Les deux satires paternelles ne purent être retrouvées, car le recueil de 1600, que je viens d'examiner page à page, n'en renferme pas une ligne.

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A J.-A. DE THOD.»

MonsKCB,

J'ai toajoors attendu à vous escrire jusques à ce que je peusse accompagner la mienne de la nouvelle édition de mon Manile,' lequel je vous envoie maintenant. Je vous prie de le lire, quand vos affairesvous le permettront, d'autant qu'il mente d'estre manié pjar un qui sait que c'est bonne poésie, et restitution d'ancien auteur, n y a tout ce qui estoit en la première édition, et en oultre deux livres de plus. Je croî que ce sera mon dernier escrit, car je commence desjà à me Êischer de travailler pour un siècle si bisarre, si ingrat, si plein de mesdisance. Aussi me prépare je au voiage perpétuel, quand il plaira au maistre de nous appeler. Nous sommes touts prêts. Cinquante neuf ans me commandent de trousser bagage. Toute la bonne disposition, que par la grâce de Dieu, nous jouissons jusques à présent sans nous

• Ibid., folio 43.

* M. Manili Astronomicon A Josepho Scaligero ex vetusto codiee Gemblacensi infinitis menais repurgatum. Ejusdem Josephi Scaligeri notm, quitus auctoris prisca astrologia expUcatur, castigationum caussce redduntur, etc. [ex offidna plantinianay apud Raphelengium, Leyde, 1599, in-4*).

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resentir d'aucune incommodité d'âge nous est rendue inutile par le regret que nous avons de veoîr le monde si ennemi de la vertu. Dieu nous a faict une grande miséricorde de nous avoir appelles ici , où nous n'avons aulcune occasion de nous fascher. Tontesfois j'estimerois beaucoup si je pouvois finir mes jours en mon petit nid de vieillesse.» Mais d'autant que les Loiolites et les Evesques espagnolisés ^ y commandent à baguette,* je quitte le parti, et atten la grâce de Dieu en ce pais , lequel je prierai, Monsieur, vous maintenir en sa garde. .

De Leyden, ce vm octobre 1599.*

Vostre très humble et très obeissani serviteur, Joseph de La Scala.

' Le mot de Scaliger voulant mourir à Agen me rappeUe le mot de son ami Pierre Pithou (Voir Grosley,»t. I, p. 375), disant, peu de temps avant sa fm, à ses amis de Paris qu'il quittait pour se rendre à Troyes : <c je vais mourrir dans mon terrier. »

* L'évêque du diocèse d'Agen en 1599 était Nicolas de Villars, que les Registres-journaux de P. de L'Estoile et la Satire Menippée rangent parmi les plus ardents ligueurs. Voir sur ce prélat les Documents inédits pour sei*virà l'histoire de Til gênais, 1874, p. 196-197.

' Montaigne a dit : « Elles commandent à baguette. »

* On trouve (vol. 496, fol. 210) une lettre (à l'état de copie) écrite par Scaliger à Rigault, de Leyde le 17 janvier 1600. Je me contente de l'indiquer.

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A J.-A. DE THOU

IfONSIEUR,

rai esté souvent prié de mettre la main au Josephe.' Mais j'ai tousjours renvoie ces Messieurs m'excusantsurles faultes et defautz qu'il y a en cest auteur, lequel il est impossible remetre en son entier sans Taide des livres manuscritz. Car Gelenius, qui Ta le dernier traduict,* ne va qu'à tastons, ne pouvant mieux faire, estant destitué de meilleur texte. Nous n'en avons que cellui gui a esté imprimé à Basle : * et en-

« Jbid., folio 45.

' On trouve dans le Secunda Scaligerana (p. 398-399) cet éloge de l'historien des Juifs : « Josephe est un auteur très véritable en son histoire, et plus véritable que pas un auteur, et très fidelle...» Voir dans les Historiettes de Taliemand des Réaux (t. I, 1854, p. 403) un singulier éloge de la véracité de Josèphe par Tarchevèque de Tours Bertrand d'Echaus.

' Sigismond Ghelen, né à Prague, mort en 1554, traduisit du grec en latin, non seulement Josèphe, mais Appien, Denys d'Halicarnasse, Saint Justin, Philon, etc. Voir VHistoire de J.-A. de Thou (liv. XIII), le Dictionnaire critique de Bayle, et les Eloges des hommes savans (t. I, p. 200-202), où Ton cite en faveur de Ghelen divers jugements très favorables d'Erasme, de Gesner et de Huet, mais aussi (principalement en ce qui concerne le Josèphe) quelques remarques fâcheuses de Vossius et de Galois, un des rédacteurs du Journal des Savans (n* du 10 juin 1667).'

* C'est l'édition de J. Froben, 4544, in-folio. Cette édition princeps fut donnée par Amoldus Peraxilus Arlenius, d'après les manuscrits

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oores a il esté composé de deux divers exemplaires imparfaictz si que le premier finissoit là où Taultre commençoit. C'est merveilles, qu'il y a des faultes si évidentes et aisées à corriger, lesquelles toutesfois l'ancien interprète Buffin a retenues, et les retient, comme n'estant point faultes. De mesmes en faict Eusèbe, qui a les mesmes faultes que l'exemplaire imprimé à Basles. Or, Monsieur, encores que je soie fort importuné de plusieurs de mettre la main à cest excellent auteur, si est ce, que je ne le ferai poinct, si je ne suis secouru d'anciens exemplaires. J'ai veu qu'il y en avoit quattre dans la Bibliothèque du Roi, d'entre lesquels le plus beau avoit esté à fu mon père,* qu'un certain maistre des requestes lui emporta, lequel mon père avoit pensé d'une griefve maladie.^ Il lui rendit ce grand mercis, que de lui emporter son livre, sans lui dire à Dieu. Despuis lui mort à Paris ses beaus livres qu'il laissa fureiit mis en la librairie du Roi. Si

de Diego Hnrtado de Mendoza. La seconde édition des œuvres de Josèphe est de Genève (161 i , in-folio, grec et latin ; le texte de cette édition avait été revu sur les manuscrits d'Heidelberg dont Scaliger ignorait Texistence, puisqu'il ne va parler que de ceux de Paris.

* On ne trouve sur les feuillets de gardes des copies de Josèphe , que posjsède le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, aucune note qui permette de reconnaître l'exemplaire qui aurait appartenu à Jules César Scaliger.

' On voudrait connaître, afin de le maudire, le nom de cet odieux maître des requêtes témoignant sa reconnaissance au médecin qui Tavait soigné en lui dérobant un de ses plus précieux manuscrits. Pour le châtiment de ce vol compliqué de la plus honteuse ingratitude, pour le châtiment de ce double crime, il aurait fallu, tout au moins, une note semblable à celle que Peiresc, victime de Tindélicatesse d'un emprunteur, écrivit d'une main indignée sur un de ses chers manuscrits dépouillé de quelques-uns de ses feuillets. Voir Le Cabinet des ManuscritSf par M. LéopoldDelisle (t. I, p.j^4).

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doncques quelcun avoit conféré un exemplaire de Basic sur ces qualre manuscripts, et nous aideroit d'icellui, nous lui rendrons dans deux mois. Car j'y travaillerai si bien, que je ne ferai aultre chose, que conférer le texte, pour après m'acheminer aux annotations et castigations. Que si personne ne le confère, ou ne nous le veult coaamuniquer, pour le moins, Monsieur, je vous supplie très humblement de faire regarder à quelcun dens les manuscripts, si ce qui deffault secundo in Appionem^ page 942, se trouve dans les dictz manuscripts. Car il manque plus d'une page entière, laquelle se trouve en la version latine de Ruffinus. Je vous supplie très humblement de nous faire caste aumosne, et vous nous obligerès beaucoup, et la postérité avecques. Je ne vous en importunerai poinct d*advantage, ains prierai Dieu vous maintenir en sa garde.

De Leyden en Hollande, ce 2 aoust 1600.*

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Joseph de La Scâla.

' Le 17 novembre 1600, Scaliger reparle à de Thou {Ibid.f fbl. 46) de l'édition du Josephe, disant que ses amis Tont prié « de ,mettre la main au Josephe, qui est si gasté, qu'il n'i a nul, j'oserai bien dire, qui l'entende bien. Je ferois une belle édition, si j'estois aidé des manuscrits, et la langue hébraïque nous y aideroit beaucoup. Sans l'assistance des manuscrits je ne le veux entreprendre, t5ombien qu'en lisant cest auteur par intervalles, j'ai corrigé d'estranges et lourdes faultes. J'ai travaillé sur le Chronicon d'Eusèbe, non pour l'amour du livre, car il n'est pas ce qu'on pense, mais pour les occasions qui s'entremettent de parler de choses, qui méritent d'estre mises en évidence. Mais je ne sai où je le ferai imprimer, car mon bon ami Christofle Rapheling est aus abois de la mort qui m'est un grand desplaisir. Je vieillis fort, mais j'ai encore bon courage. J'ai veu un gros pet qu'a faict Viete sur l'an Grégorien. J'ai bien ma revenche. Je savoi bien qu'il ne sait rien que sa géométrie, mais encores ne pensois-je poinct qu'il fust si ignorant. Il

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a apris d« moi à escrire son nom. Il s'appeloit Vieteus auparavant, et maintenant il se nomme Franciscus Vieta depuis qu'il a entendu que son anagramme faisoit cur asinus faciet. Je monstrerai bien combien il est fat et ignorant, et plus encores ceste pièce d'Alleman Clavius qui n'a feist non plus rien qui vaille en son Apologie. Saches, Monsieur, qu'il n'i a aujourd'hui nul qui entende ceste matière. Et voila pourquoi ils nous veulent mal. Monsieur, Je vous supplierai très humblement de vous souvenir du pouvre Jonathaa Petit Bertigni, prevost de Saintonge, prisonnier au Fort-l'Evesque. Aies, s'il vous plaict, son bon droict pour recommandé, et qu'en aiant briefve expédition il puisse cognoistre que ma recommandation lui a servi envers vous de quelque chose. » On trouve {Ibid., folio 42) une nouvelle lettre de recommandation, du 23 avril 160i, en faveur du « pouvre Bertigni » qui « n'a aultre recours, après Dieu, qu'à vostre intégrité. »

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