A MESSIEURS DD PUY
Messieurs, >
Je vous rends grâces infinies du soing qu'il vous a pieu avoir de chercher les livres que je demandois, dont j'ai receu tant seulement trois tomes de Philoponus,^ et le Phrynicus.* Je vous supplie bie:i humblement de me faire recouvrer ceus, que je vous ai cotté dedens un catalogue que j'ai mis à part. Vous ne sauriés croire la peine, en laquelle je suis pour recouvrer des livres, et la tyrannie dont on use en nostre endroit en nous faisant paier dis fois une chose plus qu'elle ne vault. Et vous puis asseurer qu'un marchant de Paris, qui envoieroit ici des livres, il y feroit bien ses
• Volume 496, folio 125.
■ Claude du Puy laissa quatre fils ; Talné , Christophe, suivit le cardinal de Joyeuse à Rome, et revint, plus tard, habiter cette ville en qualité de procureur général de l'ordre des Chartreux. Le cadet s'appelait Augustin. Les deux autres fils, Pierre , le conseiller au parlement de Paris , et Jacques, le prieur de Saint-Sauveur, qui devinrent l'un et l'autre gardes de la Bibliothèque du Roi , furent les correspondants de Scaliger.
' Ces trois tomes du grammairien et philosophe alexandrin Jean Philoponus devaient être trois in-folio publiés à Venise en 1534-36 et dont on trouvera la description dans le Manuel du Libraire, au mot Joannes Grammaticus (t. 111, col. 544-545).
* Eclogœ nominum et verborum aUicorum (Rome, 1517, in-8*). Dans l'édition du recueil de Phrynichus donnée par Lobeck à Léipsick en 1820, on a publié les notes que J. Scaliger rédigea à l'aide de l'eiemplaire qui lui avait été prêté par les frères Dû Puy, qui étaient alors des jeunes gens, l'un de dix-huit ans, et l'autre de moins de quinze ans.
Dl JOflPB f CALU.n. S3S
affaires. Je paierai loyallement tout ce qui sera dit, et baillerai l'argent à qui sera ordonné par vous, lequel argent je baillerai tout incontinent, qu'on m'aura livré la marchandise. Vous ferés beaucoup pour moi. Messieurs, s'il vous plaist de me secourir en ceci. Car à faulte de livres souventes fois je chaume. Il n'y a homme au monde plus malheureux en livres, que je suis. Car j'en ai perdu de beaux du reste de la librairie de mon père, dans la ville d'Agen,' et en me renvoiant cens que j'avais en Touraine, on m'en a retenu beaucoup. Somme toute il n'y a si petit pedan, qui ne soit mieux garni de beaux livres, que moi. Je m'essaierai de faire quelque chose sur la mort de feu Monsieur du Pui vostre père,' combien que mon âge n'est guiere propre à telles choses. Mais la grande amitié que je lui ai porté en son vivant, et continue en vous aultres. Messieurs, après sa mort, me pourra peust estre rendre plus habile, et faire re • verdir en moi quelque vigueur que l'âge me pourroit avoir ravi.
Messieurs, je prierai Dieu vous maintenir en sa garde. De Leyden en Hollande, ce xxv décembre 1600.
Vostre très humble eLtres obéissant à vous servir^ Joseph de La Sgala.
* On lit dans le Scaligerana Secunda (p. 555} : « Les Cordeliers m'ont desrobé mes meilleurs livres à Agen. Ils y ont remis de vieux volumes en droit, m La maison des Scaliger était située dans la même rue que le couvent des Cordeliers et juste en face.
* Les vers de Scaliger en Thonneur de Claude Du Puy sont réunis avec ceux de Jean Bonnefons, de Nicolas Bourbon, de Baudius, de Gasaubon, de Janus Douza, de Grotius, de Daniel Heinsius, de Meursîus, d'Etienne Pasquier, de Jean Passerat, de Nicolas Rapin, de Scévole de Sainte-Marthe, etc., dans un volume publié par Paul de Reneaulme en 1607 (Paris in-4*), sous le titre de : Àmplissimi viri Claudii Puteani tumuliis.
334 LrTTMt rtAMÇAitn niÉMTBf
Je TOUS supplierai que les libraires mesmes empaquettent les livres, si bien qu'ils ne se gastent point, avec paille, foin et papiers, comme on a accoustumé de faire. Car les trois tomes de Philoponus sont dutout gastés de la pluye et moiteur, à faulte de les avoir bien empaquetés.^
* MM. Du Puy étaient presque encore des enfants quand ces fils d'un grand bibliophile méritèrent d'un autre grand bibliophile ce reproche d'étourderie. Plus tard, ils devinrent, au contraire, des hommes très prudents, même un peu méticuleux, et, quand ils firent voyager leurs livres, ce ne fut jamais sans prendre mille précautions. On peut voir dans le premier volume des Lettres de Chapelain quelles excessives recommandations étaient faites de leur part à J.-L. Guez de Balzac, quand ils lui envoyaient , par l'intermédiaire de leur commun ami , quelque précieux volume. — Le 24 mai 1601, Scaliger écrivit à de 'Thou {Ihid,, folio 48) pour lui recommander « deux jeunes hommes, fils de M^ de Monveron, advocat du roi de Bourges retournans de ceste ville [ c'est-à-dire deLeyde].» — Mentionnons une petite lettre à MM. Du Puy ( vol. 496, folio 127 ) qui commence ainsi : « Le xiiii aoust, dernier jour de mon LXI an 1604. Messieurs , j'ai receu un pacquet de livres, qu'il vous a pieu me faire tenir... » Scaliger demande aux fils de son ami beaucoup d'autres livres ; il réclame surtout les poèmes de Passerat, ajoutant : « Je restitue fidellement ce qu'on me preste. Je paie prontement ce qu'on me vend... Je suis pouvre en tout, mesmement en livres , que le reste des livres de feu mon père m'ont esté pillés dens Agen despuis le temps que je suis ici. Jamais à bon chien ne tomba bon os en gueule. Hoc est meum fatum, n
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DB josBPo EGA ucn. 335
A J.-A. DE THOD.«
Monsieur,
Il y a long temps que mon Eusèbe est tout prest, n'attendant que le secours de Timprimeur, qui faict refondre des lettres.^ J'ai restitué si bien cet aucteur, qu'on peust dire, qu'il est resuscité des morts, car mesmes je lui ai restitué "la plus part du grec. Oii n'en pourroit plus faire, que ce que j'en ai faict.* Mais plus pourrois je faire, s'il vous plaisoit de me prester la main, en un si digne œuvre. Et c'est qu'en la Bibliothèquue de la fu Reine Katerine, il y a un chronologe nomé Georgius Monachus continué par Theophanes,*
* Volume 838, folio 49.
' UEusèbe ne devait paraître que cinq ans jilus tard sous ce titre : Thésaurus temporum, Eusebii Pamphili Cœsareœ Palœstinœ Episcopi Chronicorum canonum omni modœ historiœ libri duo, interprète HieronymOf ex fide vetustissimorum codicum castigati, etc. Opéra ac studio Josephi Justi Scaligeri Julii Cœsaris a Burden filii, Ejusdem Josephi Scaligeri Notœ et castigationes in Latinam Hieronymi interpretationem et Grmca Eusehii. Ejusdem Josephi Scaligeri Isagogicorum Chronologia canonum libri très ad Eusebii Chronica y etc. (Leyde, 1606, in-folio).
' Voir l'article Eusèbe àiM Secnnda Scaligerana (p. 321-323). Scaliger y dit, comme ici : « Mon Eusèbe sera bon : le chappon est bon, mais la saulce sera aussi bonne. » « Les canons de mon Eusèbe, » fait-on dire encore à Scaliger, « c'est ce que j'aime le mieux, c'est Tame de mon Eusèbe. »
* C'est George le Syncelle dont la Chronographie, qui va jusqu'à l'an 284 de J.-C, a été continuée par Théophane l'Isaurien jusqu'en
336 BTTMI FlARÇAIflf DIÉOITU.
duquel faict mentien Cedrenus au commencement de son son œuvre. En ce dit volume, en premier lieu il y a le chronicon Nicephori, puis Georgius, puis Theophanes, enfin le roman d'Alexandre. Or en Georgius tout le Chronicon d'Eusèbe y est presque. Faictes doncques. Monsieur, ce bien à la postérité, que de bailler le dit voulume * à Monsieur Casaubon, qui en tirera tout ce qui y est compris tiré d'Eusèbe. Cela sera despeché en quatre jours. Car le dit sieur Casaubon aiant un chronicon d'Eusébe devant les yeux, pourra veoir ce que le moine Georgius en aura pris. Ce n'est pas chose quî ne se puisse faire aisément. Par quoi je vous supplie très humblement. Monsieur, de nous aider en cela, affin que le livre vous soit dédié, et que la postérité voie si bien que vous vous lui aurés faict, et la révérence et amitié que je vous porte. C'est un livre des temps, qui durera avec le temps,^ et conservera à perpétuité le tesmoignage que je ferai de vostre vertu. Je vous en somme au nom de Dieu, de l'utilité publique, de nostre amitié.* La difficulté, comme j'ai
843. Ces ouvrages ont été imprimés, ainsi que ceux de George Gédrène, dont il va être question plus loin, dans la belle collection du Louvre {Bysantinœ historiœ scriptores varii, 1652 et 1655) et réimprimés dans le Corpus scriptorum historiœ Bysantinœ (Bonn., 1829). Gullaume Dindorf a donné ses doctes soins, en cette dernière collection, à l'ouvrage de George le Syncelle et de son continuateur.
* Ce volume, qui est du xiii« siècle, porte aujourd'hui, dans le fonds grec du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, le n» 1711.
' De ce jeu de mots je rapprocherai cet autre jeu de mots de Casaubon, appelant l'admirable travail de son ami Thesaurum re et nomine,
• N'y a-t-il pas une véritable éloquence dans les adjurations de Scaliger à de Thou? Et l'enthousiasme qu'inspire à son auteur une belle oeuvre, n'éclate-t-il pas ici d'une façon qui nous touche autant encore qu'elle dut toucher le noble ami du merveilleux éditeur?
Di jotiPD fCAUfin. 337
ditt n'est poinct grande. L'homme qui le fera, le fera volontiers. Par quoi il n'y a pas d'excuse. Mais il fauldroit que ce fust bientost. Et s'il vous plaist, que le chronicun de Nicephore y fust adjousté, qui ne demande pas le labeur de deux jours, je vous en prie de rechef très humblement , faisant estât d'en porter grand regret, si j'en suis refusé. Aussi vous voies que ma requeste est très juste.
Monsieur, je prierai Dieu vous maintenir en sa garde.
De Leyden, ce %xi aoust 1601.*
Vostre très humble et très obéissant serviteur, Joseph de La Scala.
* Le 4 septembre 4601, Scaliger parle encore à de Thou (Ibid., folio 50) du Georgius de Catherine de Médicis, demandant le prêt de ccmanuscrit pour un mois, rappelant que «la chronique de ce Georgius est rappetassée des pièces d'Eusèbe mot à mot. » — « Vous pourries, » continue-t-il, « bailler le livre à Madame la Princesse d'Orange, qui s*en vient en ce pais au mois d'octobre, et je vous le renvoierai par M' de Busenval... et vous ose bien dire que jamais labeur ne fust mieux emploie, que sera celui-là. » Scaliger ajoute que si Ton ne veut lui faire tenir le livre, qu'on le donne à Casaubon, « qui me triera tout ce que ce moine a tiré d'Eusèbe, et vous supplie très humblement de m'escrire le plus tost qu'il vous sera possible ce que j'en dois espérer, affîn que soubz vaine espérance jç ne retarde point l'édition, et frustre tant de gens de bien qui attendent après ce mien labeur. Vous pouvès estre cause d'un grand bien...» — Nouvelle lettre {ïbid.^ folio 52), du 19 octobre 1601, sur le même sujet : « Monsieur, je vous ai escrit par trois fois comment mon Eusèbe cesse à faulte de secours, que vous seul lui pouvès donner... Il i a un an que la besogne chaume pour l'attente de ce secours. Ce sera la quatriesme et dernière fois dont je vous en parlerai.! Le 6 novembre 1601, Scaliger (vol. 497, folio 128) écrit aux jeunes Du Puy : « Vous ne sauriès croire la peine que j'ai à recouvrer des livres, et la despense que j'i ai faicte, tellement que j'en suis pouvre après aussi avoir esté desrobéde mes domestiques, ausquels j'avoi faict beaucoup de bien... Advisès, Messieurs, en quoi
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je vous puis servir. Le bon homme est tout vostre » Suivent
(folio 129, 130, etc.) divers petits billets pour demander des livres à Pierre et à Jacques Du Puy) — Le même jour où Scaliger se plaignait aux fils de son grand ami de la difficulté qu'il éprouvait à se procurer les livres qui lui étaient nécessaires, il oubliait la promesse faite à de Thou de ne plus lui parler du manuscrit tant de fois vainement réclamé, et il revenait ainsi à la charge (vol. 838, folio 53) : « Monsieur, ce sera la cinquiesme lettre que je vous escris pour vous suplier de m'envoier Georgius Monachus, qui est en la librairie du Roi, qui a compilé tout le Chronicon d'Eusèbe. Je vous promets que je ne le retiendrai pas deux mois. Nous ferons merveille si nous impetrons cela de vous, et vous ne le pouvès refuser. » Enfin, le 18 décembre 1601, Scaliger écrivait à son ami {Ibid,y 54) : « J'ai receu la lettre par laquelle j'ai cognu que le livre que je demandois, avoit esté desfobé. Je l'ai bien seu despuis et à prepos. Le docteur Boulenger l'a eu, et s'en est servi, et en allègue des passages dans ses Circenses, Peutestre qu'il l'aencores. Je vous advertis que le sieur Président Brisson avoit retiré une bonne partie des livres de la Bibliothèque du Roi, lesquels après sa mort ont esté vendus pour rien presque. J'en ai veu quelques-uns en ce» quartiers. Si je n'ai ce Georgius Monachus, je ne ferai rien. ■
Dl lOflPH fCAUGOI. 339
GXII
A J.-A. DE THOD.«
Monsieur,
Vostre lettre, que j'ai receu ces jours passés, m'a donné advis comment le Geogius Monachus avoit esté trouvé, dont je suis très aise, tant pour le proffil que j'espère apporter au public par le moien de cet auteur, que pour l'occasion, qui se présente de vous dédier mon labeur. Aultrement je ne l'eusse faict, voire je me fusse désisté de l'entreprise, et abandonné tout ce dessin, ne pouvant exécuter ma juste Youlonté. Maintenant j'aurai le moien de testifler à la postérité combien je me sens honoré de vostre amitié, car cest œuvre vivra, et mon tesmoignage avecques, qui sera tousjours conjoinct avec le livre. Il ne fault poinct craindre d'en- Toier ici le livre. Il vous sera rendu fldellement et ne le garderai guieres. J'en attens un aultre, que la Republique d'Augsbourg m'a accordé sans difficulté, mais il est defectueus et semblable à celui de la Vaticane, là où celui que vous m'envoierés est plus parfaicl. Je suis informé de tous ces trois exemplaires, et en ai certain advis. J'ai envoie vos
* Ibid., fol. 55.
340 tITTiBS nUNCAItfBS MÉOirif
lettres à Meursius* et Grottius.^ Heynsius ' vous envolera bientost sa Tragédie.* C*est un gentil esprit,* et duquel vous
* Jean de Meurs n'avait alors que vingt-deux ans. Le philologue hollandais, qui devait être si fécond (ses œuvres complètes remplissent douze volumes in-folio. Florence, 1741-1763), avait déjà publié, en 1599, ses Exercitationes criticœ (Leyde, in-S"). Il y a contre Meursius un article terrible dans le Secunda Scaligerana (p. 453) : « Meursius est un pédant, fils d'un moine ; il en tient encore... Meursius, lorsqu'il estoit jeune, donnoit bonne espérance, mais il est si superbe que les servantes de là où il demeure, se
mocquent de lui à cause de son arrogance. C'est un ignorant
C'est un autre Titius. »
- Hugo Grotius était, à cette époque, plus jeune encore que Meursius : il n'avait que dix-neuf ans et avait déjà publié, à seize ans, une bonne édition de Martius Capella, à dix-sépt ans, une non moins bonne édition d'Aratus. Ses biographes rapportent que J. Scaliger, ayant remarqué ses heureuses dispositions pour l'étude, se plut à l'encourager et le diriger. Les mêmes biographes ont signalé l'actif et intime commerce épistolaire qui s'établit de bonne heure entre Grotius et de Thou et qui dura jusqu'à la mort de ce dernier. Grotius est beaucoup vanté dans le Secunda Scaligerana (p. 359), comme aprudens politicm, optimus grœcus, jurisconstUtus modestas, prœstantissimus in epigrammatihus, »
' Daniel Heinsius était lui aussi un de ces jeunes gens dont il est dit (Secunda Scaligerana^ p. 359, à l'article Grotius) : « Incredibile est quant multi sint docti juvenes in his regionihus. > Il avait, à ce moment, une vingtaine d'années, et était un des plus fervents auditeurs de Scaliger. Il venait de publier (Leyde, 1600, in-16) ses Crepundia Siliana, notœ in Silium Italicum.
* Etait-ce la pièce qui fut seulement publiée trente ans plus tard sous ce titre : Herodes infanticida, tragœdia (Leyde, chez les Elzevier, 1632, petit in-8o), et qui provoqua tant de brochures parmi lesquelles on remarqua celles de Balzac (1636) et de Saumaise(1644)?
* Scaliger a été moins gracieux pour Heinsius dans le Secunda Scaligerana (p. 568).
PB J08KPH fCAUaiR. 341
admirerés les poèmes, qui bientost seront mis sur la presse.* Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde. De Leyden en Hollande, ce xxii janvier 1602.^
Vostre très humble et très obéissant serviteur, Joseph de La Sgala.
* Les Poemata de Daniel Heinsius ne parurent qu'en 1613 (Leyde, in-12) et on y trouve une pièce funéraire en l'honneur de Scaliger (Marias Jos, Scaligeriu Les poèmes furent réimprimés par les Elzevier en 1616, en 1621, en 1640, en 1649 (môme format).
- Le 12 avril 1602, Scaliger demande des livres aux frères Du Puy (vol. 496, fol. 132) et ajoute fièrement : « Il n'est homme vivant, qui paie mieux que je fais.» Le 9 juin 1602, 11 écrit à de Thou (vol. 838, fol. 56) : «Je vous ai donné advis par mes dernières comment j'avoie receu le Georgius, et combien que j'aie esté empesché après une fascheuse besogne l'espace de dix mois, et qu'il n'i a guières que j'en suis dehors, si est-ce que j'ai usé de toute diligence, quej'aipresqu'espluché tout mon moine, dont j'ai amassé de bonnes choses. Sans ce livre, je n'eusse jamais procédé à ceste besogne...» De nouveaux remercîments sont adressés à De Thou, le 3 juillet 1602 (Ihid., folio 47). Le 4 août 1602, Scaliger (Ibid,^ folio 58) donne à de Thou ces nouvelles : « Je travaille après mon Eusèbe, et ne l'abandonnerai que je n'en voie la fin. Vostre moine m'i a servi de beaucoup : en après le Chronicon grec que M' Gasaubon m'a communiqué, dont j'ai bien faict mon profit, combien que l'auteur estoit un homme idiot, et ridicule en beaucoup de façons.» Scaliger se flatte de donner « une telle édition d'Eusebius, qu'on n'attent poinct de moi, qui proffîtera beaucoup aux gens de bien.* Il s'étend sur l'extrême longueur des transcriptions, ajoutant : «Car je n'ai nul qui m'aide. Mais j'en viendrai à bout, s'il plaist à Dieu...» — Le même jour, Scaliger écrit aux frères Du Puy (vol. 496) fol. 137), leur demandant « Rondelet, De Piscihus, Belon, des OiseauXy et se plaignant ainsi d'un vol domestique : « Un pendard de serviteur que j'avoie, lequel j'avoie instruit comme mon propre fiz, me desroba ledit exemplaire [un Plante annoté par Scaliger], et il a esté plus de six mois entre les mains de quelques garnemens, qui m'ont gasté le livre de façon que je ne le puis lire en beaucoup d'endroiz, et si le dit marrault non content de cella m'a desrobé plus de 600 V [ccus] et réduit à pouvreté. »
342 UTTMS I-ftAMÇAISU mÉDlTBf
CXffl
A M. DE BUYENYAL,
8ntilk«uie ordinaire de It ehanbre di loi et bob Anbaasadev résidait tu btats des proTineei iiiM, à la layo.*
Monsieur,
Je vous renvoie vos lettres : il n'y a rien de plus esgaré que la lettre du Président.^ Quant au style, il n'y a rien de latin en la suitte du discours et en la structure. Malaisément trouvera on trois paroiles liées qui sentent son latinisme- Bref il he sçait ce qu'il dit soit en (son) langage, soit en son
* Collection Du Puy, vol. XVI, folio 29, verso» Paul Cboart, seigneur de Grand-Champ, de la Grange-le-Roi, si connu sous le nom de M. de Buzenval, était fils de Robert Choart, seigneur de Buzenval, et de Françoise Grené. Les biographes (de Moréri à M. Lud. Lalanne) n'indiquent ni le lieu, ni la date de sa naissance. Il fut d'abord gentilhomme ordinaire du roi de Navarre et obtint toute sa confiance et toute son amitié. On trouvera sur ses ambassades, avant et après l'avènement de Henri IV, mille renseignements dans les neuf volumes des Lettres missives de ce roi publiées par M. Berger de Xivrey et par M. Guadet.
' Ce président était Philippe Canaye, sieur de Fresne, né à Paris en 155t, mort en 1610. Elevé dans la religion protestante, il fut chargé de diverses missions diplomatiques par Henri IV, avant et après son avènement, et il devint, en 1595, président de la chambre mi-partie de Castres. Sa conversion au catholicisme fut, assure-t-on, due & la célèbre conférence de Fontainebleau entre le cardinal du Perron et Ph. de Mornay, seigneur du Plessis.
»B.JOSII>B ICAU«BB. 343
hypothèse.* Je vous prioi hier de me faire ce bien que de trouver moien de me faire tenir ce que Mons. Casaubon me veult envoier le tenant prest il y a si long-temps, et ne se pouvant envoier à faulle d'adresse. Les Gazettes dernières portent beaucoup de nouvelles, mais je ne scay que croire, q*ie don Carlos est couronné roi de Suède.' Monsieur Goullard ,* m'escrit de Genève que les officiers du roi qu'il a mis à Ges* font beaucoup de griefs et extorsions aux voisins qui ne s'osent plaindre. 11 m'escrit beaucoup d'autre chose que je laisse. Le bon homme Monsieur de Beze est presque réduit en enfantillage se portant bien quant au reste.* Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde. De Leyden, ce xxvn octobre 1602.
Vostre très humble et très obeissannt serviteur j Joseph de La Scala.
* Citons ici le Secunda Scaligerana (p. 252) : «M. de Fresnes Canaye, ambassadeur à Venise. Vidi epistolam quam scrihit ad Casauhonum; nescio quid velit. C'est du latin à* Amphitheatrum, Casaubon luy a bien escrit autrement. »
* Scaligerveut parler du duc Charles, frère de l'ancien roi Jean III, et oncle du prince alors régnant, Sigismond. Comme Sigismond, qui avait été d'abord roi de Pologne, était catholique, il y avait une grande mésintelligence entre lui et le duc Charles, qui était un zélé luthérien. Sigismond ne tarda pas à être déposé (6 février 1604) et il eut pour successeur Charles IX, troisième fils de Gustave Wasa.
* Simon Goulart, né à Senlis en 1543, mourut à Genève en 1628. La fécondité de ce polygraphe a quelque chose d'effrayant. Voir la liste de ses publications dans la France protestante. Le Secunda Scaligerana contient à la fois un éloge et un blâme pour Goulart (p. 354-355. Voici l'éloge: «C'est un gentil personnage qui atout appris de soy-mesme, et a commencé tard en latin, lorsque j'estois à Genève...» Voici maintenant le blâme: « Il a fait chastrer les œuvres de Montagne. QtuB audacia in scripta aliéna, »
* Gex, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de TAin, à quelques kilomètres de Genève.
* Bèze, alors âgé de quatre-vingt-deux ans, allait mourir trois an»
344 UKTTRIf FBVMÇAISBt UfiÉOlTIS
plus tard (13 octobre 1605). Il devait être remplacé, dans ses fonctions de président du Synode, par Simon Goulart, celui-là même dont nous venons de parler, et auquel Scaliger écrivait, « de Leyden ce xv novembre style Julien 1602 » une petite lettre dont je
tirerai ceci (vol. 496, folio 216J : c Quant & M' Chamier, nous
attendions son livre des Albigeois à la dernière foire. Ce sera peut* estre à la prochaine. Je suis après & descouvrir que pourroit estre devenu un excellent traicté de mesme argument escrit en françois qui estoit en la librairie de Pau en Béarn. J'en saurai peut-estre de nouvelles après longue recherche. Nous louons Dieu de ce que M. de Beze se porte bien. La peste nous a emporté deux bons cornbatans Trescat et du Jonc... Il me souvient que M. de Beze avoit deux Targums imprimés en lettres hébraïques l'un en grec vulgaire, l'aultre en espagnol...» Scaliger prie son correspondant de les lui acheter.
M JOtIPB fClLMBI. 345
fiXIV
A. J.-A. DE THOU
Monsieur, J'ai mon texte d'Eusèbe tout prest. Je suis après les notes, qui me donnent beaucoup d'affaire. Je tasclie à m'acquiter de cest œnvre, quand ce ne seroit pour aultre chose que pour l'amour de vostre nom, qui sera leu au frontispice de cest œdifice. Monsieur l'Evesque de Basas ^ aiant eu le vent de mon édition me veult devancer. De quoi je suis très aise, et désire tant que cela advienne, que j'aie peur qu'il n'advienne.' Car j'ai advis pour quoi il a esventé sa première
« Vol. 838, fol. 59.
* C'était Arnauld de Pontac qui avait été nommé évoque de Bazas en 1572 et qui mourut, dans le ch&teau des Jaubertes, non le 4 février 1605, comme Tavancent les rédacteurs du Gallia Chris- Uana (t. I, col. 1211), mais le 27 de ce mois. Le Gallia mentionne les notes sur la chronique d'Eusèbe dont il enrichit la république des lettres {rempublicam litterariam ditavit) et lui donne cet éloge si mérité : Vir œvo suo probitate vto, eruditione, ac sollicitudinis pastoralis laude prœstans. Je ne m'étendrai pas ici sur la biographie du savant prélat, devant bientôt m'en occuper spécialement en réimprimant la remarquable remontrance qu'au nom du clergé de France il adressa, le 3 juillet 1579, au roi Henri IIL
' Les souhaits de Scaliger furent exaucés. Le travail de son docte émule parut avant le sien sous ce titre : Eusebii Pamphili, Episcopi CossariensiSf S, Hieronimi et S. Prosperi Episc. Aquitanici chronicaj ab Abraham ad ann. Christi 449. quorum illud Eusebii latine y tantum ex S. Hieronimi versione prodit, edente cum notis Amaldo Pontaco ( Bordi^aux, 1604^ in-folio). Voici comment Pontac çt 900 bçau travail
346 LITTftBfl nAHÇAIfKt ilÉDITBS
faeille da Tiltre général .Comme il ne me peust advenir chose que je souhaitte le plus, aussi ne puis je recevoir plus grand mescoutentement, si ce n*est qu'une fausse alarme. Car je sai bien qu'ils ne devineront jamais la moindre partie du bien que j'ai faict à cest auteur. Car de bailler deux mille corrections ou variœ lectiones des vieux exemplaires, ce n'est rien de tout ce que je veux dire. Je ne fai nulle mention de cela, ou bien peu. Les petis grimaus en vont à la moustarde.* Je sai bien qu'on a entrepris cela à Tenvi de nous disans qu'il n'appartient à Scaliger de manier l'histoire ecclésiastique. C'est tout de mesmes comme disoient les braguetes* de ces lourdaus mathématiciens, que ce n'estoit mon mestier, que de mettre le nez au Manile. Et nul de ces pièces
sont très diversement jugés dans un article du Secunda Scaligeraua (p. 511 et 512) : «L'Evesque de Bazas a achevé de faire imprimer son Eusebe ; il sera bien imprimé, car c*est à Bordeaux : ses exemplaires seront plustost vendus que le mien, car il ne sortira de quinze mois. 11 a fait de grandes fadaises dans ses Notes ; il n'en a esté envoyé quelque chose par Monsieur Bongars. Il est docte pour un Evesque, mais rien au prix des grands hommes. Il est Evesque et me porte envie ; il a esté mon compagnon d'Ecole ; il ne donnera de l'Eusèbe que ce que nous avions...» Voici maintenant la contre-partie : « Pontac a mis de belles choses en son Eusebe, il ne dit mal de personne, il cite Casaubon, Scaliger avec honneur, et mesme Musculus. »
• M. Littré cite la phrase proverbiale sous cette forme et avec cette explication : Les enfants en vont à la moutarde, se dit de quelque affaire qui est complètement ébruitée. Le savant philologue emprunte deux exemples à des écrivains venus, le second surtout, bien après Scaliger, à Charles Sorel, l'auteur de VHistoire comique de Francion (1622) et à Dancourt, l'auteur du Charivari, lequel Dancourt mourut en 4726.
' L'expression, des plus rabelaisiennes, est aussi des plus méprisantes. M. Littré n'a pas connu l'injurieuse formule, que ne Ton trouve pas, du reste, dans les dictionnaires antérieurs au sien.
DE JOMPD ICALMni. 3&7
de chair* n'y entendent encores note. Je m'atten au livre de anno Persico grec, duquel Monsieur Casaubon m*a donné quelque espérance. Je vous prie, Monsieur, d'y tenir la main. Ce sera pour enrichir noslre labeur, qui desja nous rendroit amoureux de lui, tant il a de belles parties pour attirer les beaux espriz. Cependant,
Monsieur, je prierai Dieu vous maintenir en sa saincte garde.
De Leyden en Hollande, ce jour de Noël 1602.
Vostre très humble et très obéissant serviteur, Joseph de La Scala.
Il manque trois feuilletz au Georgius ab initio imp. Valerianij ad finem pi*obi. J'ai prié le seigneur Marc Velser d'Augsbourg» de me foire transcrire ce défaut.'
* Â ces pièces de chair, à ces êtres matériels et massifs, Scaliger oppose heureusement, à la fin de sa lettre, les beaux espriz dont il recherche les suffrages.
* Marc Velser ou Welser naquit le 20 juin 1558 à Augsbourg et mourut en cette ville le 13 juin 1614. Elève de Muret, il fut un des correspondants de Galilée et de Peiresc. Aussi bon citoyen que bon humaniste, il prit de 1592 jusqu'à sa mort une part importante aux affaires publiques d'abord comme sénateur, puis comme préteur et comme consul. On fait dire à Scaliger dans le Secunda Scaligerana (p. 606) : « Velserus a bien des lettres de moi. Il sera fasché de ce que j'ay escrit contre les Jésuites. Il ne m'escrit plus... »
* Le 26 décembre 1602, Scaliger écrit aux Messieurs Du Puy (vol. 496, folio 139) : « Il me manque beaucoup de livres vulgaires, que je ne puis recouvrer en aulcune façon, et si par adventure quelcun me tombe en main. Dieu sait comment on me le sale. Tellement que ce peu de livres que j'ai amassé me couste tant, que je rougirois s'il me le falloit dire, de peur de n'estre creu. »
3iS tMTïïwu WAwçâiM» némjw»
A J.-A. DE THOD.«
Monsieur,
Ix)rsque je rcceus la vostre avec celles de Monsieur Rascas Bagarris,' j'avoie desja despeché un paquet de lettres pour vous. Je ne puis adjouster aus précédentes aultre chose sinon ce que doibt estre respondu h la vostre. Je vous ai déclaré la crainte que j'ai que FEusèbe de Bourdeaux ne soit poursuivi, et que la première feuille ne soit que popftoXvx^v. Mieux ne pourroit advenir à mon Eusèbe, que de voir courir ce laquais devant moi.' Je respon amplement au sieur Rascas. Le livre par moi publié nouvellement est né en la teste de cellui qui vous en a parlé. Il est grand de mérite, comme de qualité, mais il y a. long temps que je sai, qu'il y a de la
' Ibid., fol. 60.
* Pierre Antoine de Rascas, sieur de Bagarris, était un antiquaire provençal qui avait formé une très belle collection de médailles et de pierres gravées, laquelle se trouve aujourdTiui à la Bibliothèque nationale. Ce fut un des correspondants de Scaliger, comme on peut le voir par une lettre adressée au « maistre des cabinets des antiques du Roy, » et reproduite à la fin des Opuscula varia. Né à Aix en 1562 , Rascas mourut en cette ville le 1 4 avril 1620. (Jassendi {N, CL Fahricii de Peiresc, 4641, in-4», p. 24) Tappelle rei antiquariœ peritissimus.
' Scaliger dut vivement regretter d'avoir si indignement parlé d'Amauld de Pontac, quand il vit en quels termes le savant prélat salua le glorieux nom de celui qu'il devançait. L'insolente métaphore du laquais courant devant [son maître] est, du reste , effa*
DE J09BPH SGALlCn. 349
vanité in quella leggiadra atiima.^ Je le di pour l'avoir expérimenté. Que j'eusse mis en lumière un livre sans vous en faire participant ! En ce qui touche mes escris, nul n'en peust rien savoir, si vous ne le savés. La peste n'a eslé si grande de quantité que de qualité en ceste ville, aiant emporté deux hommes fort nécessaires à ceste Académie, Junius ^ et Trel-
cée par les éloges donnés, dans les lettres latines à l'estimable travail, comme aux courtois procédés, de l'évoque de Bazas (Voir Epistolœ, 1627, n* CIV, CV). Scaliger ne fit pas seulement amende honorable en latin, mais encore en français, et voici ce que nous lisons dans une lettre du 8 avril 1605 à de Thou (imprimée à la suite de l'Histoire, t. XV, p. 308) : « J'ai reçu ensemble avec la vostre le ChronicondeîeM Monsieur de Bazas, où le dit sieur a employé une merveilleuse diligence, et peut estre quelquefois trop grande, à cause qu'il s'amuse par trop à représenter la variété des manuscripts là où il n'est point de besoin. Toutesfois je défère & son édition, en laquelle il s'est porté fort rudement, et ce que je loue le plus, fort modestement, sans se laisser eschapper aulcunmotqui puisse offenser personne; ce qui est fort rare en ce siècle, et mesmement es hommes Ecclésiastiques... •
* Quel était donc ce personnage grand de mérite et de qualité dans Tàme frivole duquel entrait tant de vanité? Je n'ose mettre aucun nom sous ce portrait où les ombres se mêlent aux rayons.
• François Junius ou Du Jon, né à Bourges le 1*' mai 1545, mourut, le 13 octobre 1602, à Leyde, où il professait la théologie depuis l'année 1592. C'était ie beau-père de Gérard Vossius. Voir dans le Secunda Scaligerana (p. 410-443) un long article sur Junius où pétille la verve la plus malicieuse. En voici quelques extraits : « Dujon mesprisoit tout le monde, il pensoit estre le plus grand homme de son siècle, des precedens et des futurs. Junius n'avoit rien seu, et vouloit estre estimé sçavant en plusieurs langues... Les presches de Junius estoient des cercles, il ne faisoit que retourner et redire ce qu'il avoit dit... Dujon meus simius et obtrectator simul m'a voulu imiter en ses Annotations sur le premier chapitre de la Genèse. les grandes badineries qu'il a mises dans sa Bible, la pauvre version! Je n'en sçaurois lire un chapitre...» J.»Â. de Thou a parlé
350 UiTTiai FtAHÇAIfBf INÂDITIS
cat.* Vulcanius et moi, qui estions mortz à Paris, vivons encores à Leyden par la grâce de Dieu. Vostre Procopius s'imprime h Augsbourg au despens du seigneur Marco leV ser. Vulcanius menace de faire imprimer ircpi xO<jm*^«^ ^^ mesme auteur, augmenté de moitié, on plus qu'il n*a esté imprimé; Mais le bon homme est plus hardi de la bouche, que de la main. Touts les doctes attendent vostre histoire.^ Vous faictestres bien d'y mettre les hommes doctes, le lieu de leur nativité, le temps de leur mort.' Et à la mienne voulonté que je vous seusse dire l'an du deces de Caninius ^
bien dédaigneusement de Junius (liv. CXXVII, à Tannée 1602). Voir encore les Additions de Teissier {Eloges des Scavans, t. IV, p. 423-43), le Dictionnaire critique de Bayle (édition Beuchot, t. VIII, p. 481- 492). etc.
* Les rédacteurs des Dictionnaires historiques, du moins en notre ppys, ont oublié Trescat. Dans l'article Junius déjà cité du Secundq Scaligerana, on trouve cette particularité : « Après avoir esté ai^ presche Flamand de Monsieur Trescat fils, je luy disois : Voila un gentil personnage, qui presche si bien en deux langues. Il respondit: Un homme ne sçauroit bien prescher en deux langues. Il portoit envie extrêmement de cela au jeune Trescat.... » Teissier (t. rV, p. 427), après avoir cité des vers composés par Scaliger en rhonneur de Junius, ajoute que : « c'étoit dans une triste conjoncture, la peste en un mois ayant emporté deux grands ornement3 de l'Académie de Leide, Junius et Trecaltius, et faisant de grands ravages en Hollande. »
' Les dix-huit premiers livres de l'Histoire de J.-A. de Thou (Historiarum libriXVIII) parurent chez la veuve deMamert Pâtisson, & Paris, en 1604.
* Scaliger se faisait ici d'avance l'interprète des sentiments de la plupart des lecteurs du grand ouvrage de son ami : ce que l'on y goûte le plus, ce sont les notices sur les hommes célèbre? dans les sciences et dans les lettres.
* Angelo Caninio, natif d'Anghiari en Toscane, fut un des plus savants philologues de la première moitié du xvi* siècle. Selon
DE JOSEPH fciuen. 351
aussi certainement, que je pourrois racompler ses vertus. Postel * m'a dict quelquefois qu'il estoit mort de trop estudier, si qu'on lui trouva exta adhœrentia costis. Le dit Postel lui avoit baillé les commencemens de TArabisme.^ Jamais homme ne m*enseigna tant qu'a faict celui-là. Quelques Jesuistes qui ont escrit naguieres, le font de leur société. Monsieur de Harlai Doulot ' l'avoit cognu,et vous en pourra informer plus asseurement. Maintenant il n'y a presque plus de contagion en ce pais. Nous craignons un rengregement*
J.-A. de Thou (Liv. XIX, sous Tannée 1557), il mourut à peu près en ce temps-là et il possédait parfaitement, non seulement les langues grecque, latine, hébraïque, mais encore la syriaque et toutes les langues orientales. L'historien ajoute que Caninio mourut en Auvergne, dans la maison de Guillaume Duprat, évoque de Clermont.
* Guillaume Postel, né en Normandie à une époque incertaine, mourut à Paris le 6 septembre 1581. Voir ce qui est dit de ce grand érudit, qui fut aussi un grand visionnaire, dans le Prima Scaligerana (p. 140) et dans le Seôunda Scaligerana (p. 515). J'ai donné beaucoup d'indications sur ce singulier personnage dans diverses notes de VEssai sur la vie et les ouvrages de Florimond de Raymond (1867, in-8*, p, 112-116).
- Scaliger passe pour avoir dit de Postel : Invideo illi Arabicam linguam [Prima Scaligerana, p. 444).
* Charies de Hariai, baron de Dolot, était fils de Christophe de Harlai, seigneur de Beaumont, président à mortier au parlement de Paris ; il fut employé en plusieurs négociations en Allemagne, Pologne et Suisse, et mourut en 1617 sans avoir été marié.
* Dans le Dictionnaire de Trévoux, on cite ce vieux mot, synonyme d'augmentation de mal, d'après Molière. M. Littré reproduit la citation prise à V Avare par ses devanciers et y ajoute une citation tirée du Plutarque d'Amyot.
3S9 UTTMU riAHÇAIflS niDITIf
cest esté» qui semble devoir estre humide, ni aiant eu aulcun froid encores jusques à présent.
Monsieur, je prierai Dieu vous maintenir en sa garde.
De Leyden en Hollande, ce 12 janvier 1603.*
Vostre très humble et très obéissant sei^iteur, Joseph de La Sgala.
• Voir à l'Appendice, n* II, divers extraits de quelques lettres suivantes, extraits qui auraient trop surchargé les présentes notes.
DE lOfRPD VCAllGBI. 3S3
A J.-A. DE THOU
Monsieur,
Je ne puis abandonner vostre histoire. Elle est tousjours auprès de moi. J'y apprens avec plaisir. Cela me faict vous ^supplier de nous djnner Tautre partie.^ L'ame de Thistoire, c'est à dire la vérité, qui reluit en icelle, la faict aimer de touts les gens de bien,' et ne se fault soulcier, si quelques loups garoux* s'en faschent, car ils ont baï la vérité avant que vostre histoire fiist publiée. Touts les doctes et gens de bien de par deçà me demandent quand est-ce que Taultre partie sera imprimée. Je suis un des premiers, qui vous im*
* Ibid.y fol. 67.
' Cette seconde partie (jusqu'au livre LXXX inclusivement) commença à paraître trois ans* plus tard (Paris, Drouart, 1607, in-folio). Le troisième volume vit le jour en 1609.
' L'ouvrage de J.-A. de Thou, qui a reçu tant d'éloges, en a-t-il jamais reçu de plus beaux?
* Scaliger devait se déchaîner plus d'une fois contre ces loups garoux, notamment dans une lettre au président de Thou, du 20 juin 1604 :« Laissez parler les ignorans et les malins, ils ne sçavent que japper, et non pas mordr^.Vous avez obligé à vous la postérité d'un si bel œuvre...» (Pièces concernant l'histoire de J.-A, de Thou, à la suite de la traduction française de 1734, t. XV, p. 305). Voir (îhid.)y avec trois autres lettres françaises de Scaliger (p. 303, 307, 324), deux lettres de l'auteur à son ami, l'une du 4 janvier 1604 (p. 303), l'autre du 10 avril 1607.
354 LITTftES rMAKÇAlSiS IHSniTBS
porlime de ceci.* Je sai que plusieurs aultres me suivront, et vous importuneront par mesme prière, que je vous en fai. Je suis marri, que mon Eusébe ne court autant que mes souhaits, et pour beaucoup de raisons, et la principalle, parcequ'il vous estdedié.^ Je verrai si je pourrai tant faire avec Jehan Commelin,' qu'on le puisse imprimer à deux presses. Aultrement la besogne traînera longtemps. Au reste, Monsieur, le présent porteur Monsieur l'Abbé fils de Monsieur Monneron de Bourges, advocat du Roi au presidial, est envoie au barreau par son père. Il a besoing de recommandation. Je sai bien que celle que je ferai en vostre endroit, elle aura lieu.* Je ne me defierois pas aussi de la bonne volonté de Monsieur le premier président. Mais jai mieux aimé vous le recommander, et vous supplier très humblement de le présenter à Monsieur le premier. Le personage le mérite tant pour ses bonnes mœurs, que pour sa doctrine.
* Scaliger ne cessa de réclamer la publication de la suite de l'histoire. Voir les lettres mentionnées dans la note précédente.
* J.-A. de Thou (le 14 janvier 1604) avait écrit à son ami : t Je croy que maintenant vos imprimeurs auront commencé à travailler ^ vostre Eusebe. Leur diligence n'acconsuivra jamais le désir que nous avons de le voir, pour le grand fruict que chascun en espère, et l'honneur que j'en attends, que j'estime plus que tous Iqs honneurs que je peus penser avoir mérité de mes services. »
* Il a été déjà question (Lettre C) de l'imprimeur Jérôme Commelin, mort en 1597 et si regretté par Scaliger (Voir Teissier, t. FV, p. 328). Le Jean Commelin ici nommé est un des fils de Jérôme.
* Scaliger ne se trompait pas ; son protégé fut très bien accueilli par le président de Thou, comme le prouve ce passage d'une lettre déjà citée du 20 juin 1604 (p. 305 9u tome XV de Vflistoire) : « Je vous remercie très humblement de la faveur qu'il vous a pieu prester & Monsieur L'Abbé, qui est un jeune homme, qui vous peut servir à vos estudes. Car iltranscrit fort diligemment et fidellement, soit grec, soit latin : pour ses mœurs aussi il est digne d'être aimé. »
DB JOIBPB SCALMIR. 355
de laquelle il vous fera preuve par le laborieux œuvre qu'il vous veuet dédier. J'en parle assurément d'autant que je lai cognu ici l'espace d'un an. Je vous supplie très humblement de le présenter à Monsieur le premier, auquel si je lui eusse escrit un mot de recommandation, je m^asseure tant de sa bonne volonté envers moi, qu'il eust eu pour aggreable la prière que je lui en ferois. Mais il vault mieux qu'il soit recommandé de vostre parole, que de ma lettre. L'honneur qu'il vous plaist me faire de ne me refuser rien de tout ce dont je vous fait requeste, m'a faict prendre la hardiesse de vous importuner de ceci. Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden, ce xxvii avril 1604.*
Vostre très humble et ires obéissant serviteur^ Joseph de Là Scâla.
* Le 20 juin 1604, Scaliger écrivit (vol. 496, folio 150), à Christophe du Fuy « estant à la suitte de Mgr le cardinal de Joyeuse à Rome, » lui demandant de faire copier pour lui des ouvrages arabes, conservés à Home, ajoutant «dont je vous prie par l'amitié que j'ai porté à Monsieur du Fui vostre père, le plus homme de bien et aimable que je hantai jamais de ma vie. » Le 19 octobre 1604, Scaliger annonçait à de 'Thou (vol. 838, folio 68) les nouvelles que voici : ■ Nous avons perdu le seigneur Douza de Nordwic qui est
mon pouvre cousin le sieur de Montesquiu [sic) de Rocaues, qui commandoit aux neuf compagnies des François en la ville d Ostende. Il a survesqu dix jours après avoir receu une arquebuzade au dessus de la cuisse. Au reste je haste mes imprimeurs qui ont mon Ëusèbe. Mais s'ils estoient aussi diligens à exécuter mes remonstrances crue je suis chauld à esveiller leur paresse, nous pourrions espérer 1 issue de cette édition plustost aue leur feneantise ne permet, mais je ne désisterai jamais à les fourgonner, car ainsi veulent estre traictés et menés les naturels d^s hommes de ce pais. Gaudeo te auctum âliolo. Geste nouvelle m'a tout récréé. » Voir à Y Appendice, no II, divers extraits de lettres écrites par Scaliger en 1605, 1606 et 1607.
Sù6 uTTiis pRABÇAtffts Ddbmi
cxvn
A J.-A. DE TflOD*
Monsieur,
Nous avons perdu nostre bon ami le sieur de Buzenval.' Il esloit sujet à un asthme, duquel je Tay veu se plaindre il y a plus de six ans. Geste maladie empirant tous les jours Ta à la (in emporté estant assis sur la chaire qui lui servoit de lict. Car il ne pouvoit dormir au lict. Sitost qu il s'estoit couché il se sentoit suffoquer de sa ^uairvoéa : Il est mort presque en parlant et lisant.' J'en eus hier la nouvelle fescheuse et aujourd'huy m'a esté confirmée par la lettre de M. le président Janin/qui a perdu un bon collègue en ceste légation, d'autant qu'il estoit très instruict aux affaires
» Vol. 838. folio 83.
' Nous avons déjà trouvé le nom de ce diplomate dans la lettre GXIII.
^ Je n'ai vu nulle autre part des détails aussi précis et aussi étendus sur les derniers moments de Paul Ghoart de Buzenval.
* Pierre Jeannin, né à Autun en 1540, mourut en 1622. Ge fut un des meilleurs de tous nos hommes d'Etat. Un remarquable hommage lui a été rendu par feu M. Avenel, mon vénérable amî, dans un article (qui n'est pas assez connu) de VEncyclopédie des gens du monde.
DM JOSEPH SCALIfiBR. 357
du pais. Il deceda le vendredi septiesme du présent mois.* Ses funérailles seront mercredy prochain. Les estats généraux délibèrent de rendre au mort Thonneur qu'il mérite, car il sera enterré pompa regia.^ Je croi que je m'y trouverai^car je ne lui puis denier extremum hoc officium. Le pouvre gentilhomme avoit délibéré de venir passer six ou sept jours avec moi, et ainsi que son carroce estoit prest, l'asthme le surprist, et fust contrainct de se retirer, n'aiant vescu après que 30 heures. Il a voit tracé quelques lignes de son testament lorsqu'il faillit à mourir sitost qu'il arriva en ce pais. Mais il n'a poinct eu le loisir de parachever ce peu qu'il avoit encommencé. J'ai veu et gardé soigneusement les vers dont il vous a pieu m'honorer. Ils sont tesmoins de vostre amitié, et non de mon mérite. Je les ferai imprimer pour faire despit aux maraux, qui sont noz communs ennemis. Monsieur Heynsius vous envolera bientost l'excellent interprète ou plutost papaphraste grec sur les Nicoma- Ches. Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa saincte garde.
De Leyden, ce,xi septembre 1607.
Vostre très humble et très obéissant seimteur, Joseph db La Scalâ.
* L'exactitude de ce renseignement, emprunté par Scaliger à une lettre du président Jeannin, ne saurait être contestée et nous permet de rectifier Terreur de M. Berger de Xivrey {Lettres missives de Henri /K, t. I, p. 587, nof« i) lequel fait mourir Buzenval le 34 août. '
* On a donc eu raison de dire dans le Moréri de 4759 (t. II, seconde partie, p. 393) « qu'il fut enterré à La Haye avec beaucoup de magnificence, w
35S LBmif PRABÇ
cxvm
A J.-A. DE THOUJ
rai receu la voslre par Monsieur de Buzenval le jeune, lequel je n'ai encores veu. Nous attendons de jour à aultre des informations sur les meschancetés de Schoppius,' que les gens de bien d'Allemagne ont promis nous envoler.' Il yen a desja quelques uns qui ont mis la main à la plume pour escrire contre ce monstre, duquel ils savent la vie et la race. Il a faict tant de larrecins et de meschancetés, que s'il estoit es lieux où il a laissé de si bonnes ensegnes de sa
« Vol. 838, fol. 84.
' Gaspard Scioppius, que Ton a surnommé le plus redoutable de tous les critiques de son temps, naquit dans le Paiatinat en 1576 et mourut à Padoue en novembre 1649. On trouvera le catalogue détaillé des ouvrages de ce littérateur aussi fécond que cynique dans les Mémoires du P. Niceron (t. XXXV). Voir sur la vie et les écrits de Scioppius et tout particulièrement sur ses attaques contre Scaliger trois chapitres bien curieux de M. Ch. Nisard {Le triumvirat littéraire au xvie siècle, p. 265-293). Cf. l'article Scioppius dans le livre de M. Bernays (p. 242-219).
' Les méchancetés de Scioppius parurent au moment même où Scaliger en attendait Tenvoi. Voici le texte de l'énorme libelle : Scaliger hypobolymœusj hoc est, Elenchus epistolœ Joan. Burdonis^ pseudO'Scaligeri, de vetustate et splendore Gentis Scaligerœ (Mayence, 1607, in-4o de 858 pages).
DB JOSBPII SCAMGSm. 359
preud'homie, pieça il eust esté traicté comme il mérite.* Il
est fils d*une p publique, qui ne fust jamais mariée. Sa
sœur etiam hodie est publicarum libidinum victima^ et tient le berlan ^ publiquement. Vous ne sauriès croire le nombre de gens de bien Allemans, qui sont estomaqués ' d'une si furieuse entreprise. Les chappeaux rouges, qui Font poussé à ce faire/ ne le garentiront pas de tant et si énormes et vilains reproches. Puis on parlera peut estre aux chapeaux rouges. Quant à ce que vous estes d'advis de ne le nommer, cela ne se peust faire,* attendu qu'il fault produire toutes ses meschancetés, et la vilenie de sa mère et de sa sœur.
* L*article Scioppius du Secunda Scaligerana est relativement modéré. Le trait le plus aigu qui y atteigne Todieux libelliste est celui-ci (p. 565) : « Il veut monter trop haut, il est ridicule comme le singe qui tant plus monte-t-il haut, tant plus montre-t-il le derrière. » On a souvent répété ce bon mot sans savoir qu'il fut de Scaliger.
' Rabelais nous montre aussi une femme qui « tenoyt le berland. » Le brelan était une mauvaise maison de jeu, un vil tripot.
' On se sert encore familièrement du mot s'estomaquer, pour se tenir offensé (Dictionnaire de l'Académie française, édition de 1878) et nous avons dans le langage populaire le mot estoumacat, qui est sans cesse employé pour : être péniblement surpris, être fortement choqué.
* Voir contre les cardinaux que Scaliger regardait comme les instigateurs du libelliste qui écumait leurs marmites la lettre portant le no CXXII dans le Recueil de 1627 , lettre adressée à Isaac Casaubon, et surtout la page 317 : Alii prœtereagalerati, una noctuma Vaticana yluvia, tanquam fungi nati, famelicum tenebrionem e patinis culinarum suarum ad id incenderunt.
* Scaliger aurait bien dû suivre le sage conseil du président de Thou , conseil que lui donnait aussi le pacifique Gasaubon. Quand on a des ennemis tels que Tignoble Scioppius, on ne doit pas leur faire l'honneur de les combattre : il faut leur opposer le vengeur silence du mépris.
3«)0 urrTMf fkamçaisbs uémtw
Somme toute, il le fault rendre célèbre à la postérité par une telle satire. On lui rabatra bien les Bourdons et Bordch nios. Les jésuites font rage à rencontre de moi.' Le loup garou, et crasse de toute vilenie, Martin del Rio ,' a faict un livre contre moi encores plus infa'me que celui de Schoppius.' Mais jusques à présent les imprimeurs de la ville d'Anvers ont refusé à Timpritoer,* à cause des exécrables sycophanties * y contenus. Toutesfois il ne tiendra pas à imprimeurs, qu'à la fin il ne soit mis en lumière, les jésuites y donneront bon ordre. Il leur faudroit demander pourquoi ils sont si irrités à rencontre de moi. Car ce sont eus qui ont commencé la riotte,* et ne veulent poinct qu'on leur repli-
* Voir, & ce sujet, les plaintes de Scaliger dans ses lettres latines, plaintes vivement traduites ou plutôt résumées dans le livre de M. Ch. Nisard (p. 271-273).
* Martin Delrio, né à Anvers, en 1551, fut reçu docteur à Salamanque en 1574, occupa une haute position dans le conseil souverain de Brabant, puis entra dans la compagnie de Jésus (1580), fut professeur d'Ecriture Sainte à Douai, à Liège, en Styrie, en Espagne, et mourut à Louvain en 1608.
' La peur jetait Scaliger dans Texagération : les Vindiciœ Âreopageticœ adversus Josephum Scaligerum Julii fHium ne peuvent être comparées à l'arsenal de calomnies et d'outrages où Scioppius, dès l'entrée même, dénonçait son ennemi comme un faussaire (Hypobolimœus).
* A ce moment là, l'ouvrage était déjà imprimé {AtUuerpia ex officina Plantiniana, /. Moreti, 1607).
* Ce synonyme de délations n'a peut-être jamais été employé par un autre écrivain. Du moins ne l'ai-je point rencontré dans des lecture^ commencées dès l'enfance et continuées sans interruption, pour ainsi dire, jusqu'à l'heure présente.
* C'est un mot du xiii« siècle que l'on retrouve dans les Essais de Montaigne, dans les vers de La Fontaine, dans les lettres de Bussy et de Guy Patin, dans les Mémoires de Saint-Simon. Le Dictionnaire de V Académie française , comme le Dictionnaire de Trévoux, traduit
Googi
DB josBTu fCAuem. 361
que. Ils ne sauroient respondre, si non que c'est une rage de jalousie^ qui les faict ainsi sortir des gons. Je les despite, et Dieu sera pour nous, lequel je prierai, Monsieur, vous maintenir en sa saincte garde.
De Leyden, ce xin octobre 1607.*
Vostre très humble et très obéissant serviteur ^ Joseph db La Sgala.
riote par petite querelle ^ mais dans la lettre de Scaliger on voit qu'il s'agit d'une grande et violente querelle.
* Le même jour, Scaliger écrivait à M, Castrin^ à Paris : « Avant la réception de la vostre, j'avoi esté adverti de la maladie de nostre bon ami M. de La Vau, voire asseuré de sa mort, veu qu'il avoit esté abandonné des médecins. J'ai faict une perte d'un des plus grands amis que j'eusse. Et pour comble de tout malheur, presque en mesme temps j'ai perdu un aultre moi-mesme, le sieur de Buzenval par ci devant ambassadeur en ces pais pour nostre roi. Encores naguières j'en ai perdu un aultre en ceste ville. Us sont allés préparer le logis pour moi,, au rebours que ce devois-je estre [moi] qui les devois précéder. J'escris à M"»» d'Abain à laquelle je vous supplie bien fort adresser ma lettre seurement. La dernière lettre que j'ai receu de M. de La Vau faisoit mention d'un des enfans de M"»* d'Abain mort de peste dans Paris. Si cela est vrai,*il f Ault que ce soit le sieur Ferdinand, troisiesme des frères qui avoit quitté le monde et avoit pris l'habit de moine. Je no vous compterai pas le grand nombre des chiens qui abaient à rencontre de moi, car cela est trop commun. Il n'i a nulle foire de Francfort en laquelle il ne me faille attendre quelque visite des sodomites, onanites, pedans et tels excremens du genre humain. Mais ils sont bien trompés, d'autant que je ne fais nul cas de leurs calomnies...»
369 urrrftBt riAiiçAifKi uiéoitbs
A J.-A. DE THOU
Monsieur,
Nous avons esté assiégés de glaces tellement, que nous ne vous avons peu faire tenir de nos lettres, et moins en avons nous reccu des vostres. Nous espérions les chemins estants ouverts recevoir les Paralipomena de vostre histoire,^ desquels deux exemplaires tant seulement ont esté apportés ici, et tout incontinent, enlevés pat ceux qui ont esté plus diligens que nous. Nous en attendons d'aultres exemplaires ou par les libraires, ou par vostre libéralité Ils sont bien souhaittés et de moi, et de ceux qui ont diligemment leu ce que desja a esté imprimé. Vous aurès bientost une aussi plaisante Menippée, qu'on sauroil croire, contre ce pendart de Schoppius,' qui a eu le vent de cela, et menace
« Vol. 838, fol. 85.
* C'est-à-dire les premières feuilles de la seconde partie des Historiarum qui venaient d'être imprimées à la fin de l'année 1607.
' C'est là le de nier des ouvrages que publia Joseph Scaliger. Il l'imprima à la suite de deux satires de Daniel Heinsius : Satirœ àtujtj Hercules tuam fidetn sive Munsterus Hypobolimaeus quarto jam edilus ac emendatior, et Virgula divina. Cum hreviorihus annotatiunculis , quihus nonnulla in rudiorum gratiam illustrantur. Accessit his accurata Burdonum fahuke confutatio (Leyde, 4609, in-12). M. Ch. Nisard a très bien analysé la réponse de Scaliger tracée d'une main affaiblie (déficiente manu) et qui parut sous ce pseudonyme : Autore /. R, [le prétendu Jean Rittershusius] Juris studioso. Voir Trium' virât littéraire, (p. 284-289). M. Bernays s'est contenté de donner le titre des satires du disciple et de la réfutation du mattre (p«.295).
DB lesBPH f cALiosm. 363
non seulement Heynsius, mais aussi tous les Hollandois. Il est maintenant à la diète de Ratisbonne, où il se vante, qu'il a rapporté une grande gloire d'avoir osé mXttacquer, et qu'à son exemple plusieurs à Romme sont résolus de faire le mesme. Si je ne sa voie la foiblesse de mon esprit, et le peu de mon mérite, à plus près ils me persuaderoient, que je suis quelcun. Soit ainsi, ou le contraire, tout le monde en veult avoir son loppin.* Et de tant de partisans et de sectaires de religions, ou de lettres,^ ou de quelque aultre profession, il n'y a enfant de bonne mère, qui ne croie avoir part au gasteau.' Je les en saolerai, car ils me donnent courage. Si ne feront ils jamais la moindre partie de ce que nous avons faict, et qu'ils se lèvent si matin qu'ils vouldront. Tous les gens de bien d'entre les doctes Alemans sont fort stomaqués
du livre de ce fils de p et se faschent qu'il ne se trouve
aulcun bon esprit, qui lui lace teste. En cela je cognoi combien ils m'aiment, et combien ils honnorent la mémoire de feu mon père. Mais ce trop grand amour, qu'ils me portent, les aveugle en ce qu'ils pensent, qu'en la mesdisance d'un tel bourreau gist le poinct de nostre honneur. Je reçoi quelques fois des lettres de Vérone, par lesquelles on m'advertist, que j'y ai plus d'amis que je ne pense, et que tous les gens de
* Cela ne fait-il pas penser au vieux lion malade de toutes parts attaqué par ceux qui jadis le redoutaient le plus?
^Sectaire se confondait-il alors avec Sectateur? M.Villemain, selon une malicieuse remarque de M. Littré, et ce qui aggrave sa faute, dans un discours prononcé à TAcadémie française, a employé, en 1842, comme Scaliger en 1608, le mot Sectaire pour le mot SeC' tateur.
' On remarquera combien toutes ces expressions familières, où se môle un accent de mélancolique fierté, donnent de Tagrément à cette prose qui rappelle à la fois — d*un peu loin, si l'on veut, — celle de Michel de Montaigne et celle de Biaise de Monluc.
364 utTTfti» raAiiçiiSBS mioiTif
bien détestent ce maudit livre. Je vous puis bien asseurer que je ne fus jamais si recerché d'amitié de ceux que je n'ai jamais cognu, que despuis le temps, que tant de chiens ont abbaye apn^s moi. Et le nombre croist tous les jours que ceux mesmes, qui ne savent que c'est que de lettres, ou m'escrivent,ou s'ils passent par ici, ne faillent jamais à venir me visiter, tellement que mes abayeurs ne s'advisent poinct du bien qu'ils me font, quand par leurs calomnies je suis en crédit plus qu'auparavant, et eux au contraire. Je ne vous puis celer l'ennui que j'ai eu de la mort de M. le Président de la Court,* qui a lousjours continué son amitié envers moi, et despuis que je suis ici il a faict briève justice aux Hollan* dois traffiquans de par delà estans recommandés par moi. Je suis vieil :^ et tant d'amis qui estoyent plus jeunes que moi, m'ont devancé au dernier voiage qu'il nous fault faire ! Je m'estime très honnoré de Tamitié de M. le président Jeannin, le bon entendement et suffisance duquel vous cognoistrés mieux que moi. Je le tiens pour un homme aussi nécessaire à Testât de France, qu'homme qui fréquente la court du Roi,* Mais il a trouvé ici où emploier son grand esprit, et n'y a encores rien d'avancé.
Je vous baise les mains, priant Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden, ce xv mars 1608.
Vostre très humble et très obéissant serviteur^ Joseph de La Sgala.
* Claude Groulart était mort à Rouen le 3 décembre 1607.
* Scaliger n*avait pas encore 68 ans révolus.
' Excellente appréciation et qui a été adoptée par la postérité. Remarquons, en passant, que le président Jeannin et Scaliger étaient nés en la même année. On peut voir dans le livre de M. Bernays (p. 216) divers témoignages relatif aux démarches faites par renvoyé de Henri IV pour décider Scaliger à revenir en France.
ùM lOf BVB fcAusn. 365
A J.-A. DE THOD.«
Monsieur,
Je vous envoie le Satiricum de nosire Heynsius,'' qui fust hier achevé dMmprimer, et ce jourd'hui exposé au jour qui est cause que je n'ai eu loisir d'en faire relier un pour vous, ne voulant laisser escouUer la commodité qui s'offre du partement de Monsieur de Chastillon.' A la première commodité vous recevrés un appendix d un fueillel ou deux pour rompre le col à Bordonius.* Geste furie irifernalle ne cesse d'escrire contre moi. Carencores a il faict, ou pour le moins aidé à faire un livre, lequel je n'ai veu que le titre.* Tous les
» Ibid., fol. 86.
* C'est-à-dire les deux satires mentionnées dans la note 3 de la précédente lettre.
' Gaspard III de Coligni, seigneur de Ghâtillon-sur-Loing, le futur amiral de Guienne et maréchal de France, était alors un jeune homme de vingt-quatre ans. Ce petit-fîls de l'amiral de Coligny mourut en 1646. Ce fut le vainqueur d'Avein (1635) et le vaincu de laMarfée(1641).
* Cet appendice était Vaccurata Burdonum fabulœ confutatio, laquelle fit plus de mal à Scaliger qu'à Scioppius.
* Je ne saurais dire quel est cet ouvrage dans lequel Scioppius aurait trempé. Peut-être s'agit-il du Pœniculus Foriarum Elenchi Scaligeriani pro societate Jesu, Maldonato et Delrio, etc. ouvrage de ce môme Delrio (Anvers, 1609, in-1
366 LITTIIS rRlRÇAlSBS 11IÉDITB0
désespérés, les demoniacles,* et surtout les ignorans m'en veulent. Ils aiment mieus escrire quelque chose pour si fausse qu elle soit, que de ne rien escrire. Je ne leur ferai pas cet honneur, que de leur respondre. Car ils ne demandent pas mieus. Nous n'avons pas veu vos Paralipomena de rhistqire et ne pouvons deviner à quoi il tient. Je vous baise très humblement les mains, et prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden en Hollande, ce xini avril 1608.
Vostre très humble et très obéissant sewiieur, Joseph de Là Scala.
' Démoniacle pour démoniaque a été trouvé par M. Littré dans Monstrelet, Montaigne et d'Aubigné. Faut-il voir là une allusion au jésuite Martin Delrio, auteur des Disquisitionum Magicarum libriVI (Mayence, 1593), et Scaliger a-t-il fait semblant de prendre pour un homme en proie au malin esprit celui qui avait réuni en trois gros volumes tant de récits de diaboliques apparitions et possessions?
DB josBPU. fCAusn. 367
A J.-A. DE THOD.*
Monsieur,
Je ne vous entretiendrai pas de longs discours, d'autant que je vous ai escrit par deux fois, et envoie le Satiricon de M. Heynsius.^ Vous le recevrés encores plus ample d'un tiers avec un' apologie, par laquelle ceusqui ont esté inventeurs de la fourbe de Bordonii sont convaincus de mensonge et de sottize. Ce n'est qu'un petit traicté, mais qui suffît pour confuter le mensonge, Aultrement si on eust voulu respondre avec apparat, le vilain, qui a faict ce livre si exécrable , le tourneroit à son grand advantage : ce que nous ne voulons. Ce maraut ^ chassé de Romme non de son gré, ains par la
' Ibid., folio 87.
• Scaliger veut parler des lettres classées ici sous les numéros CXIX et CXX ; dans Tune il promettait et dans l'autre il annonçait renvoi des satires de Daniel Heinsius.
' Scaliger donnait souvent du maraut à ses adversaires, et dans les Scaligerana comme en ces présentes lettres,c'est son injure préférée. A la page 189, par exemple, du Scaligerana Secunda, on lit : c< Ce maraut qui a fait Amphitheatrum honoris. » Voir sur ce livre la note 4 de la lettre CXXIII.
368 LITTMf rRAlIÇAIIIl UliDITKf
faim, avoit impétré du pape des indulgences, pensant en faire trafique en Allemagne, où pour toute récompense il n'a gaigné que la moquerie^ qu'il lui a falu boire tout du long en pleine diète de Ratisbonne, tellement que ce maloutru cherche quelque cuisine pour y lécher les plats , comme il faisoit à Romme. Aultrement il lui fault mourir de faim, s'il ne trouve quelque cardinal qui lui jette des os, comme à un chien qu'il est. Au reste nous n'avons veu vos derniers livres ni ne s'en trouve de par deçà. On n'attend que le moine qui a esté despeché vers le Roi d'Espagne pour accorder ou la paix ou la guerre. Car quoiqu'on die, il n'y a rien de certain. Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden, ce xx mai 1608.
Vostre très humble et ires obéissant seiwiteur. Joseph de La Scala.
DB JOf BPB fClLl€n. 369
A J.-A. DE THOUJ
Je vous remercie bien humblement de vostre histoire, de laquelle j'ai receu un exemplaire pour moi, un aultre pour M. Heynsius, qui sera de retour de son voiage de Zeelatide dans huict jours pour le plus, qui est la cause, que vous n'avés aulcune lettre de lui pour vous remercier. Ce sera bien tost. Son Satiricon sera mis soubsla presse la sepmaine prochaine, augmenté d'un bon tiers. On lui donne pour compagnon un livre contre les Bordonistes, car il fault confuter ce trop débordé mensonge. Des injures on n'en faict aulcun compte. Le propre des chiens est d'abaier. 11 suffit de monstrer que ceux qui ont controuvé ceste fable sont convaincus non seulement de malice, mais aussi d'ignorance. J'ai desja leu une bonne partie de vostre histoire, combien que je soie fort occupé. Quelques uns de mes malveillans ont recognu leur faulte, demandé pardon, et dict nollem factum. Le temps, docteur des folz, m 3 fera raison de la canaillo, puisque nulle démonstration ne Ta peu faire. Peu à peu la vérité sera receue, et bien venue au grand desp^aisir des apostres dlnigo.^ Certes je leur fai grand mal aux yeux. Si faict bien
» Ibid., folio 88.
* D'Ignace de Loyola.
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Heynsius et Baudins, qu'ils vouldroient estre de leur parti. Il n'y a rien que leur fasche tant, que de veoir que de tout ce qu'ils font, il n'y a rien de cela qui approche de ce qui sort de ce petit coing du naonde, qui commence à dominer rOcéanJ Les nouvelles de par deçà oultre ce qu'elles sont si froides, qu'elles ne méritent poinct de vous estre départies, si les pouvés vous tousjours savoir d'ailleurs. Somme toute, il n'y a rien pour le présent, le moine qu'on a despeché en Espagne estant encores de là les Pyrénées. Je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden, ce x juin 1608.
Vostre très humble et très obéissant serviteur j Joseph de La Sgau.
* Heureuse image où apparaît tout entière la puissance maritîmQ du noble petit pays auquel le patriotisme et la liberté devaient donner tant de grandeur. Scaliger, par cet éloquent éloge, semble avoir voulu payer à la Hollande sa généreuse hospitalité.
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cxxm
A J.-A. DE THOD.«
MOffSIEUR,
Je vous ai escrit par M. de Rocques Montesquieu mon cousin,^ qui a accompagné M. de Chastillon son colonnel. La satire de M. Heynsius augfmentée d'un bon tiers est réimprimée. On y adjouste une brave confutation de la bourde de Bordonius. Ce mensonge est gaillardement galoppé.* Il n'en
« Ibid., folio 89.
* C'était Jacob ou Jacques de Secondât, fils de Jean de Secondât et d'Eléonore de Brénieu. Il naquit à Agen le 12 décembre 1576 et et mourut en la même ville (1619). Gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, chevalier de Tordre de Saint-Michel, il servit comme lieutenant-colonel du régiment de Chastillon, à la solde des Etats de Hollande, et reçut une grave blessure au siège d'Osiende. Connu dès son entrée dans la carrière militaire sous les noms de Roques et de SérignaCf il prit celui de Montesquieu, à la mort de son fils Jean-Henry de Secondât qui se rendit si célèbre par son héroïque défense d'Ostende et qui fut tué à Middelburg, à l'Age de trente-un ans (1604). Ce fut pour le cousin dont parle ici Scaliger que la terre -de Montesquieu fut érigée en baronnie par Henri IV (février 1606).
' C'est dans le même sens que le mot galoper a été employé par un contemporain de Scaliger, Vincent Carlois : « Tous deux le galopperent de telle façon d'injures et de pouilles, qu'il eust voulu estre mort. ••
312 LBTTtlS FRÂIIÇAI8I9 IKBDITM
reste aux sodomites et aux pontifes de TAmphithéâlre * que la pure honte, s'ils ont quelque sentiment. Pour le moins, s'ils n'en peuvent rougir, si ne pourront ils nier qu'on leur a faict rendre les abois. Vous diriés que Dieu a suscité une telle vermine à rencontre de Julius Scaliger pour le rendre plus illustre. Car certainement d'ores en avant il sera plus recognu pour tel, qu'il ne fust oncques. C'est merveilles de l'impudence dont ceste canaille persécutent la mémoire de mon père, et le tout contre moi, qu'Us n'ont rien allégué, qui ne soit directement contre leur intention, tant ils sont hébétés. Celui qui a daigné mettre en évidence ces tant absurdes calomnies, c'est un Hollandois, qui ne se nomme poinct.' Mais il faict bien sentir des coups de fouet. L'instruction est de nous. Car nul ne pouvoit donner les adresses que moi, et jamais personne n'eust seu desconfire ce monstre de mensonge, si plustost je fusse mort. On m'a fort importuné de le faire, jaçoit que beaucoup de gens d'honneur sfient esté aussi importuns à me dissuader cela, que ceux ci
* Le jésuite Scribani (Charles), né à Bruxelles en 1564, mort à Anvers en 1629, publia sous un pseudonyme, en 4605, in-4", et réimprima, en 1606, avec de considérables additions, le recueil que voici : Clari Bonarscii Amphitheatrum honoriSy in quo Calvinistarum in societatem Jesu criminatioms jugulatœ (Anvers, chez Plan tin, mais sous les fausses désignations de Palœopoli Âduaticorum, apud Alexandrum Verheyden.) J'ai déjà mentionné l'article du Secunda Scaligerana sur V Amphitheatrum honoris. Voir encore la 126* des Epistolœ de Scaliger et l'analyse donnée de V Amphitheatrum par M. Ch. Nisard (p. 259-264).
* Ce prétendu hollandais désigné, nous l'avons déjà dit, par les initiales J. R. [Jean Rittershusius], n'était autre que Scaliger luimême. Mais pourquoi ne disait-il pas toute la vérité à un ami tel que de Thou ? Les trompeuses initiales /. R. n'ont pas été dénoncées dans les Supercheries littéraires dévoilées de Quérard ( édition augmentée par MM. Gustave Brunet et Pierre Jannet).
UB J08KFH S0AII6RII. 373
Tont esté à me le persuader. Ce n'est qu'an petit livret qui ne faschera guières le lecteur. Le tout sera imprimé pour la prochaine fois, s'il plaist à Dieu. Je vous remercie encores de votre dernier tome de l'histoire, et prie Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa saincte garde.
De Leyden en Hollande, ce xxvn juillet 1608.
Vostre très humble et très obéissant 8ei*vitem% Joseph de La Scalâ.
374 LBTTIIS rtANÇAlSKS IRÉDITEf
A J.-A. DE THOU
MoffSIEUR»
Je vous envoie la Satira menippea du sieur Heynsius avec la confutation du mensonge de Bordonius. Vous m'excuserés, s'il vous plais t, si je vous envoie les exemplaires sans estre reliés. Car si tost que je les ai retirés de l'imprimeur, je n'ai voulu faillir à vous les envoler, et prier M. le président Jeannin de vous faire tenir sûrement le pacquet. Il n'y a pas eu grand affaire à confuter un mensonge si absurde, et la chose ne le valloit pas.Ce pendart qui a prostitué sa plume * à une telle meschanceté, ne s'en est pas trouvé guières bon marchant, n'estant cognu larron, fils de p et abominable que de peu de gens, il est maintenant trompette • par l'Europe pour tel qu'il est. Quant à mon père, à la race duquel cest yvrogne s'est attacqué, il ne fust oncques ni ne sera si illustre qu'il appert pas ceste petite confutation. Le larron n'espargne nul qui ait quelque réputation de doctrine. Touts sont ignorans, dict il. Comment il à accoustré Monsieur Juret, homme si vertueus et docte ? * Somme c'est un
« Jbid.y folio 90.
* C'est là un des premiers exemples que Ton trouve de cette vigoureuse expression métaphorique si souvent employée de nos jours et déjà vulgaire à Tépoque où fut rédigé le Dictionnaire de Trévoux.
' Montaigne avait dit en son pittoresque style trompetter pour divulgiLer.
* Le philologue François Juret, né à Dijon en 1553, mourut en décembre 1626. Commentateur de Sénèque, d'Yves de Chartres, etc., il cultiva aussi la poésie latine. U fut chanoine de Langres et refusa
DE JOMPII SCALlcni. 375
vrai monstre. Je m'étonne que les Italiens en facent si grand cas, en quoi ils conflrment la sentence que ce coquin a prononcé d'eux, à sçavoir que touts sont ignorans. Il vous plaira de perdre quelques heures à lire ceste confutation,* et je prierai Dieu, Monsieur, vous maintenir en sa garde.
De Leyden en Hollande, ce xxvm aoust 1608. *
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
JOSBPH DE \jk SCALA.
d'être conseilJer-clerc au parlement de Paris. De Téloge que lui donne ici Scaliger il faut rapprocher ce passage du Secunda Scaligerana (p. 413) : « Juret a bien fait sur Symmachus, c'est un honneste homme, i
' Scaliger disait à Casaubon (F kalend. septembr. 4608, p. 353-354 du Recueil de 1627) : § Oro te ne paucas horas in legenda confuiatione perdere pigeât. » II parlait aussi de Juret et de Scioppius dans cette même lettre, la dernière qu'il écrivit à Casaubon. L'original en est conservé dans le vol. 394 de la collection Du Puy, fol. 141. Je n'ai pas lu sans émotion sur le dos de la lettre ces lignes tracées par Casaubon : Has ultimas à magno Scaligerano accepi, meum infortunium quod tanto amico sum privatus! Deus reipublicaR literarim Scaligeros donet ! Il faut rapprocher de cette note qui fait un égal honneur aux deux amis, l'enthousiaste éloge de Scaliger que Casaubon consigna dans ses Ephemerides, le jour oti il apprit la mort de celui qu'il appelait Vomement de V Europe, Le journal publié par M. Russel (1850, in-8) étant assez rare en France, je renverrai le lecteur à la traduction donnée de cet éloge par M. Oct. Fox (Notice sur Isaac Casaubon, p. 264 du Bulletin (de juillet et août 1867) de la Société de Vhistoire du protestantisme français),
* C'est ici la dernière des lettres françaises de Scaliger qu'il m'ait été donné de trouver. Quelques mois plus tard (21 janvier 1609), s'éteignit une des plus grandes lumières qui aient jamais brillé dans le monde de la science.
376 LBTTRRS ItARÇAIflS IKÉDITEf