‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 4 sur 37 · DB JOSEPH 8CAL1GBR · texte numérisé non relu

DB JOSEPH 8CAL1GBR

voyé par la Reine à Saint-Jehan d'Angeli, pour faire rendre la ville. En quoi il s'est si bien employé, qu'après beaucoup de contestations il a rendu la ville en la puissance de Monseigneur, frère du Roi. Il est envoyé aussi à Cognac pour en faire de mesmes. J'espère qu'il en réuscira à bonne fin, comme de Saint Jehan d'Angeli.* Le dict sieur de La Roche s'en ira après à la court en diligence, comme il avoit desja

hommes d'armes. » Né à Touffou le 21 avril 1522, il mourut à Nanteuil le 9 septembre 1579. » Gomme ce gentilhomme est surtout connu sous le nom de La Roche Pozay, j'emprunterai à Du Chesne(p. 167), les renseignements que voici sur cette seigneurie : « La Roche-Pozay est une ville assise sur la rivière de Creuse au diocèse de Poitiers, accompagnée d'un chasteau qui luy donne le titre de chastellenie. Jean Froissart en parle en divers endroits de ses chroniques, comme d'une place forte et importante, notamment au chapitre CCLX du volume I. Cette seigneurie entra dans la maison des Chasteigners par le mariage de Louise de Preuilly avec Geoffroy Chasteigner, seigneur de Saint-Georges de Rexe. » Aujourd'hui La Roche-Posay est une commune du canton de Pleumartin, arrondissement de Châtellerauit, à 50 kilomètres de Poitiers. On y voit encore le donjon du château qui donna son nom aux ancêtres des protecteurs de Scaliger.

* A. du Chesne (p. 298), nous apprend que les espérances exprimées par Scaliger se réalisèrent : « En l'année 1575 il eut aussi la commission d'aller faire mettre entre les mains de Monsieur François de France, duc d'Alençon, les villes de Saint-Jean d'Angely et de Coignac, ce qu'il exécuta, nonobstant l'empeschement que le seigneur de Ruffec, gouverneur d'Angoumois, essaya d'y apporter. Car à Coignac, il introduisit le sieur de Bateresse, nommé par Monsieur d'Alençon pour gouverneur au lieu de Jacques Chesnel, sieur de la Tibaudière, qui y commandoit lors en l'absence des seigneurs de Ruffec. Et à Saint-Jean d'Angely il établit le sieur de la Nouhe en la place du sieur de la Chapelle-Losière, chevalier de l'ordre du Roy. » Voir encore VHîstoire de France par La Popelinière (La Rochelle, 1581. in-f", t. 11 f^ 296). les Etudes historiques sur la ville de Cognac par Marvaud (1870. in-S-^, 1. 1, p. 321), etc.

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proposé. Je ne fauldrai encores de vous escrire par lui. Il vous plaira de nous escrire de vous (sic) nouvelles , mesmement si vous avés receu rien de nouveau de Frankfort.

Monsieur, je présente mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.

D'Abain, ce 27 décembre 1575.

Votre humble serviteur et meilleur ami, JosBPH DE La Sgala.

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A PIERRE PITHOU

Monsieur,

Voz lettres m'ont appaisé le regret que j'avois eu de ne vous avoir veu à Paris,^ qui estoit une des choses que je désirois le plus de ce monde, comme au contraire ce me fust un grand mescontentement de ne vous y avoir pas trouvé. Je vous remercie des avertissemenz qu'il vous a pieu me donner sur le Catulle. Mais à mon avis nous y avons donné ordre, comme Dieu aidant^ vous verres. Quant à vostre Macrobe et Censorinus, il ne se perdra poinct, et ai délibéré de faire Tédition de Gellius ensemble icellui et Censorinus, moyennant vostre bon secours et de Monsieur du Pui, qui me favorisés tant que de suppléer aux defaulz et de mon entendement et de livres, lesquels je n'ai poinct. Je vous ai tousjours expérimenté pour le meilleur et le plus docte ami que j'aie. Aussi vous recognois-je tousjours pour tel quelque part que je soye, oultre ce que je suis de tel naturel, que je ne puis dissimuler la vérité, ni dire mensonge, tant qu'à moi

• Ibid. folio 177.

" Ce séjour de Scaliger à Paris ne me semble pas avoir été signalé jusqu'à présent. Rappelons ici que pendant un séjour antérieur de plusieurs années à celui-là , Scaliger, encore catholique, avait été instruit dans la Calvinisme. « A Paris , lit-on dans le Secunda Scaligerana{p. 552 \ Monsieur de Chandieu, jeune homme, et Mathieu Viret me catéchisèrent, »

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est possible. Il vous plaira de continuer tousjours vostre bonne voulonté envers moi, et me conserver tousjoui's rheur que j'ai que d'avoir vostre amitié, laquelle avec celle de Monsieur du Pui j'estime plus que de tous les rois du monde. Si M. Daniel me faict tant de faveur que de m'eiivoyer les vers qu'il a trouvés,* je despecherai en brief un aultre livre Ausoniarum lecHonurriy et acoustrerons mieulx nostre édition que Gryphius ne Fa faict.* Avisés à me commander de pardeça quelque chose, où je puisse faire service, et vous supplie de me faire tenir souvent de voz nouvelles.

Cependant,

Monsieur, je présente mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.

D'Abain, ce 8 février 1576.

Vostre très humble seimteur,

Joseph de La Sgala.

Je désire grandement des nouvelles de Monsieur vostre frère.

* Sur ces vers d'Ausone qui auraient été retrouvés par Daniel, je ne vois rien dans la savante brochure de M. L. Jarry, où les relations de Scaliger avec son héros ont été si soigneusement notées.

* La nouvelle édition qu'annonçait ici conditionnellement Scaliger parut à Bordeaux, chez Simon Milianges, en 1590, dans les Ausonii Opéra publiés pour la seconde fois par Elie Vinet (in-4'').

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A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

Je receux hier voz lettres fort lard sellon la datte d'icelles, car elles sont escrites du dernier de Tan passé. Je vous remercie très humblement de ce qu'il vous a pieu m'envoyer vostre commentaire d'Achilles Statius in Catullum. Je vous le garderai très bien, et ne se gastera poinct tant qu'il sera entre mes mains, espérant vous le renvoier bien tost après que je m'en serai servi. Je vous envoyé les inscriptions de Narbone et Gascoigne, lesquelles sont escrites de la main du pédagogue du filz de monsieur d'Abain.^ Car j'ai eu mes mains fort longtemps impotentes de tumeurs et de galle, chose que je n'avois jamais essayé,' et du tout contraire à

' Ibid. folio 8.

s II s'agit probablement ici de l'aîné des enfants de Louis de Chasteigner et de « dame Claude Du Puy, » Henry de Chasteigner, baron de Malval ou de Maleval, qui était né à Abain le 14 janvier 156P et qui devait mourir, âgé de moins de vingt-trois ans, « tué d'une harquebuzade entre Champigny et Milly, » comme nous l'apprend André du Chesne ( p. 906 et 907 de son Histoire généalogique déjà tant de fois citée). Le même érudit atteste (p. 404) que « Joseph de La Scale l'institua aux bonnes lettres. »

• Essayer avait alors le sens d'éprouver. Voir dans le Dictionnaire de M. Littré (t. II, p. 1499), un exemple tiré de VHistoire universelle de d'Aubigné.

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ma disposition, qui suis de nature sache et aride.* Mais, grâces à Dieu , j'en suis bien guéri. Je suis marri que V02 affaires ne se portent si bien que je désire , et Monsieur d'Aba'n aussi , lequel se recommande bien humblement à vostre bonne grâce et a commandement de la Reine de se tenir prest pour faire son voyage à Rome.^ Monsieur Cujas m'escrivit dernièrement ' que Monsieur Muret estoit

* Nous voilà d'un mot bien renseignés sur le tempérament de Scaliger. Ces détails feront plaisir à ceux qui aiment à tout con- . naître d'un grand homme.

' On lit dans une Instruction à M, d'Abain pour faire Vobédience au Pape, signée de la main du roi Henri III, à Paris, le dernier jour de mars 1576 (Collection Du Puy, vol. CXXI, fo 65) : « Le Roy désirant rendre à nostre Sainct Père le Pappe l'honneur et révérence qui lui appartient a advisé d'envoier devers Sa Sainteté luy prester l'obédience deue de la part de Sa Majesté à cause de son advenement à ceste couronne. Et à cet effect a choisy et esleu le sieur d'Abbain de La Rocheposay, chevalier de son ordre, son conseiller et maistre d'hostel ordinaire, entendant aussi que après ladicte prestation d'obédience il demeure son ambassadeur près Sa Sainteté, asseuré pour les vertueuses qualitez desquelles Sa Majesté le cognoist doué, qu'il n'obmectra rien en la dicte charge du seing, devoir et fidélité que requiert l'importance d'icelle, etc.»

' Cujas, avait en 1575, quitté Valence pour Bourges. Il ne tarda pas à quitter, en cette même année, Bourges pour Paris, et, vers la fin de l'année 1576, il revint à Bourges, oti il devait passer le reste de sa vie. C'est peut-être ici le cas de rappeler combien était vive l'affection qui unissait Cujas et Scaliger. On en trouve une preuve touchante dans ce passage d'une lettre écrite à Antoine Loisel par le prince des Jurisconsultes, qui venait de perdre son fils unique, passage qu'a cité M. Rapetti (col. 600 du tome XII de la Nouvelle Biographie générale) : « J'ai céans M. de la Scala, de qui la douce compagnie m'a tiré du sépulchre où j'estois misérablement tombé, et m'a essuyé une partie de mes piteuses larmes. »

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mort,* et qu'on lui avoit escrit d'Italie. Je vouldrois fort en savoir la vérité, et vous supplie très humblement m'en éclaircir, car je serois bien marri, qu'il s'en fust allé plustost, que je lui eusse rendu conte de ses vers d'Attius etTrabea.* Je me mettrai après à transcrire mes petites annotations sur Catulle, Tibulle, Properce, et vous les envolerai incontinent, affln que vous en soyez l'Aristarchus. Je trouve que nostre pouvre Statius est un grand fat, et ne me puis tenir de rire, quand je lis les commentaires in Catullum et Tibiillum. Toustefois il ne dict pas tousjours mal et c'est quando est

' C'était un faux bruit. Marc-Antoine Muret ne devait mourir que près de dix ans plus tard, le 4 juin 1585. Je ne dis rien ici de Muret, devant publier bientôt une notice inédite de Guillaume CoUetet sur cet érudit, notice que j'entourerai d'amples additions et à laquelle je renvoie d'avance mon bienveillant lecteur. On sera heureux d'apprendre qu'un jeune et vaillant érudit, M. Dejob, professeur de rhétorique au collège Stanislas, prépare pour le doctorat ès-lettres une thèse sur Muret, où il nous fera profiter de nombreuses découvertes faites par lui-même dans diverses bibliothèques d'Italie.

' Tout le monds sait que Muret composa des vers qu'il fît passer pour ceux de deux anciens poètes comiques, Attius et Trabea, aux yeux de l'infaillible Scaliger, lequel publia, dans son édition de Varron (in-8o, 1573, chez Henry Estienne, p. 212) la petite pièce attribuée à Trabea. On sait encore que Scaliger tira une cruelle vengeance de cette mystification en décochant à Muret cette spirituelle épigramme, où l'allusion est aussi claire qu'outrageante :

Qui rigidœ flammas évaserai ante Tolosœ Muretus, fumos vendidit ille mihi.

Voir sur « la supercherie qui fut faite par Muret au grand Scaliger» l'article Trabea du Dictionnaire critique de Bayle, où sont réunies d'abondantes citations. Voir encore une lettre de Baluze à Lafaille, ancien capitoul de Toulouse, du 2 septembre 1702, publiée dans la seconde partie du tome II du Bulletin de la Société de VHistoire de France (1836, p. 138).

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dissimilis sui.^ Or je ne dirai pas tant de choses que lui tant s'en fault. Mais il ne fault pas estre si stupide que lui. Cependent, monsieur, je présenterai mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce , priant Dieu qu'il vous donne en santé bonne et longue vie.

D'Abain, ce 8 février 1576.

Vostre très humble seimleur.

Joseph de La Scala.

A l'aultre voyage du messager de Poictiers. je vous envoyerai d'aultres inscriptions.

* On voit que les traits heureux ne manquent pas dans ces lettres écrites sans la moindre prétention et que leur auteur (Secunda Scaligerana, p. 556) ne prenait même pas la peine de relire. Pour quelques-uns des correspondants de Scaliger, il y avait tant d'agrément dans cette causerie familière, aux saillies si vives et si nombreuses, que, s'il fallait en croire le même recueil (p. 557), ils y trouvaient un remède à leurs souffrances : « Messieurs Lingelsheim et Labbé, recevans mes lettres, lorsqu'ils avoient la fièvre, en ont esté guéris. » Mais n'est-ce pas là une gasconnade?

DB JQilPn flCAM6«R. H

A CLAUDE DD PUY

Monsieur,

J'ai receu voz lettres par Monsieur (TAbain, duquel je me suis départi à mon très grand regret, comme vous pouvés penser»^ Je suis icy en la marche de Limosin avecques Madame d'Abain,^ où a peine ai je peu trouver du papier pour

' Ibid, folio 9.

* Scaliger venait de se séparer de Louis de Chasteigner qui était parti pour Rome où il allait se montrer, pendant cinq années, un de nos plus habiles diplomates. Croirait-on que, dans la liste de nos ambassadeurs à la Cour de Rome (Annuaire historique pour l'année 48A8 publié par la Société de l'Histoire de France, 1847, p. 199), on a ainsi trois fois estropié le nom de l'illustre ami de Scaliger : Louis de Chataignière d'Albani de la Chopé? A son retour d'Itahe (1582) , le Seigneur d'Abain fut nommé par Henri III, conseiller d'Etat, de même qu'à son retour de Pologne (1576) il avait été nommé par ce prince, membre du Conseil privé. Je voudrais bien qu'il se trouvât quelqu'un pour imprimer ses importantes lettres inédites que j'ai eu le plaisir de lire à la Bibliothèque nationale, soit dans le fonds Du Puy, soit dans le fonds français, lesquelles sont à rapprocher des lettres qui lui furent adressées par Catherine de Médicis et par Henri III et qui ont été publiées par A. du Chesne. Il faudrait faire précéder la correspondance de Louis de Chasteigner d'une étude complète sur le capitaine, le diplomate et l'écrivain que glorifieront à jamais ces paroles de J.-A. de Thou : Vir nobilitate, eruditione et morum probitate insignis,

' Claude du Puy était fille de Georges du Puy, chevalier, seigneur

4S LBTTBBS rBÀ5ÇAISB8 INÉDITES

VOUS escrire ce petit mot. Je vous donne à penser comment je puis estudier, oultre ce que il y a plus de trois mois que je n'ay veu mes livres, et pour vous dire la vérité, il n'y a homme au monde plus desbauché • que je suis. Mais si tost que je seray retourné en Poictou je mettray mes castigations^ sur les trois poètes au net,^ lesquelles je vous envoyeray en brief, et m'asseure que si nous n'avons faict nostre devoir, pour le moins , nous ne ferons tant le fat qu'a faict Messer Achille Statio, auquel Dieu doint bonne vie et longue, car s'il n'impètre cella par noz bonnes prières, à peine l'obtiendra il par son bon entendement.^ Je suis très aise de ce que

du Couidray, de Dames, de Chantemilan, de la Tour Saint-Austrille et de La Forest, baron de Bellefaye, et de Jeanne Raffîn, de la maison de Pecalvary en Agenais. Le mariage de Claude du Puy avec Louis de Chasteigner avait été célébré en 1565. André du Chesne a donné beaucop de détails sur Madame d'Abain et sur sa farilille, notamment (p. ^11) sur son grand'père maternel, Antoine Raffîn, dit Poton, « sénécfeaJ d'Agenais, capitaine de cent archers de la garde du Roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, gouverneur de Cherbourg en Normandie, de Marmande en Gascogne et de la Sauvetat sur la rivière du Dropt, près Bergerac, lequel eut aussi l'honneur d'être gouverneur du roi François II lorsqu'il estoit dauphin de France.» Paul Colomiès, comme il nous l'apprend dans une note du Secunda Scaligerana (p. 173), possédait quelquesunes des lettres écrites par Madame d'Abain à Scaliger.

' Le mot est pris ici dans son sens primitif, débaucher étant formé de dé, préfixe, et d'un ancien mot bauche, qui signifie lieu de travail, atelier.

' De castigatio , correction. Le mot castigation ne se trouve ni dans le Dictionnaire de Richelet ni dans celui de Trévoux.

' C'est-à-dire sur Catulle, Properce et Tibulle.

* C'est avec une bien belle humeur, on en conviendra, que Scaliger se moque du commentateur, son devancier. Nous allons trouver un peu plus loin des plaisanteries sur les habitudes des gens du Limousin. Se doutait-on de toute cette gaîté avant d'avoir lu les présentes lettres?

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on ne vous a tant barguigné* en vostre réception que j'eusse pensé.^ Car je suis très jaloux de vostre honneur, voire plus que de toutz les biens qui me pourroient avenir. Car je n'ay honneur plus cher, que celluy que vous mesmes me faictes en m'aimant, comme vous m'avés monstre, et comme je croy que vous le faictes sans cérémonie ni dissimulation. Je vous escriray plus amplement quand je seray en Poictou. Car j'ay honte de vous escrire en ce pais , où le papier et l'encre est cher, fors en ce qui concerne le tiltre ad T, Comeliam de falsariis,^ Je vous supplie très humblement de me tenir pour celluy qui vous honore plu^ que tous les hommes'de ce monde. Et sur ce ,

Monsieur, je prieray Dieu, etc.

Vostre humble sewiteurj

Joseph de La Sgala.

De Chantemillan en la Marche de Limosin,* ce nnziesme may 1576.

* M. Littré n'a pas cité un seul écrivain qui, du xrv» au xvii« siècle et de Monstrelet à Molière, ait employé le mot Barguigner, Voilà du moins la lacune comblée pour ce qui regarde le xvi* siècle.

* Nous avons déjà vu (lettre VII) que Claude du Puy fut reçu Conseiller au Parlement de Paris en février 1576.

' Voir ce qui regarde la loi dite Comelia sur les faussaires dans le Corpus Juris civilis de Godefroy, édition de 1595, Paris chez les héritiers d*Eustaehe Vigon, in-folio, col. 785.

* Cette localité, qui était une terre appartenant à Madame d'Abain, n'est pas mentionnée dans nos dictionnaires géographiques les plus étendus. Heureusement que Scaliger lui-même nous en a fait bien connaître la position au bas d'une de ses lettres latines ( p. 91 du recueil de 1627, Epistola VI . Justo Lipsio ) : « Cantamiliœ ad Crossam flumen in agro agedunensi limitis Lemovicani. »

50 f ITTIKS riAKCAistt vdonTtu

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A CLAUDE DD PDT.«

Monsieur,

Je suis après à mettre en ordre noz trois poètes, desquels, comme je vous ai escrit, vous en serés le criticus. Vous ne sauriés croire, que je suis devenu glorieux, despuis que j'ay leu les Commentaires de Messer Achille. Car ce brave Commentateur m'a donné espérance de faire quelque chose de bon, ce que je n'osois affirmer par ci devant.^ Mais vous en aurés la preuve bien tost. Dieu aidant. Car je ne suis qu'un peu desbauché, pour le moins au pris de ce que j'estois par ci devant. Monsieur d'Abain a donné de mes Festus à Sigonius,' et au bon homme P. Victorius,^ lequel luy a

' Ibid. folio 10.

2 Qui se serait attendu à cette bouffée de modestie de celui que Ton a si souvent appelé le plusjorgueilleux de tous les savants?

' Charles Sigonius (en italien Sigonio) fut un des meilleurs antiquaires du xvie siècle. Né à Modène en 1520, suivant les uns, en 1524, suivant les autres ; il mourut dans la même ville, en 1584, du chagrin, dit-on, d'avoir vu un des ses plagiats découvert. Lire l'article qui lui a été consacré dans VHistoire de J.-A. de Thou (Livre LXXXII) et dans ses Mémoires, Lire aussi les additions réunies par Ant. Teissier {Les éloges des hommes savants, t. HI, p. 142-348), additions parmi lesquelles figurent les citations du Secunda Scaligerana, Louis de Chasteigner dut voir Sigonius à Bologne où cet érudit s'était établi, après avoir quitté Padoue(1563).

* Ce bonhomme, c'est-à-dire ce vieillard, était Pierre Victorius

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faict bonne compagnie pendent qu'il a esté à Fleurence.* Dieu veille qu'ils le trouvent bon î Car ils n'estiment guères Gallicana ingénia,^ Et, pour vous dire la vérité, ilz ont partie raison, partie tort. Sed de lus non hic lociis. Je désire estre tousjours en vostre bonne grâce, et vous asseures que vous n'avés amy qui soit plus amoureux de vostre vertu,^ que je suis. S'il avient que Madame d'Abain vous rencontre en quelque bonne compagnie, elle sera très aise de vous veoir, et en a grand désir, parce qu'elle sçait bien, que vous estes des premiers, que Monsieur d'Abain honnore beaucoup. Elle se tiendra ches sa sœur Madame de Schonberg, durant

(en italien Vettori), alors âgé de 77 ans. Il allait vivre encore jusqu'au 19 décembre 1585. Le président de Thou, qui l'a tant loué (Hist., livre LXXXII et Mém, à l'année 1573), se trompe en le faisant mourir nonagénaire. On lit dans le Prima Scaligerana : Victor ius, Italorum doctissimm, et vir optimus ac fidelissimus, cui multum debemus, » L'article qui le concerne dans le Secunda Scaligerana est beaucoup plus long et beaucoup moins flatteur. Voir, de plus, les Eloges de Teissier (t. III, p. 335-341), où l'on trouvera aussi le pour et le contre.

' S'il m'était permis de reproduire une note mise jadis par mo sous une des lettres de J.-L. Guez de Balzac {Mélanges historiques, in-4o, 1873, p. 465), je dirais de nouveau que Vettori «occupa avec éclat, à Florence, pendant près d'un demi-siècle, la chaire d'éloquence grecque et latine, » et que « éditeur, commentateur, orateur, poète, il fut, à tous ces titres, un de ceux qui servirent le plus utilement la cause des lettres en Italie, et dont le nom restera le plus glorieusement attaché à l'histoire de la Renaissance. »

* Les appréciations, à cet égard, sont-elles bien changées aujourd'hui de l'autre côtéjdes Alpes? Je n'oserais pas trop le prétendre.

' Serait-ce là le premier emploi fait de ces expressions dans notre langue? M. Littré, du moins, n'en a pas trouvé d'exemple antérieur à l'exemple fourni par Descartes en cette phrase de la Méthode (1637) : « J'étais amoureux de lajpoésie. »

53 I.BTTRI8 FBARÇAttES mtiUtÈi

qu'elle sera à Paris. Cependent je vous baise très humblement les mains, priant Dieu, Monsieur, etc.

Vostré humble servitem%

Joseph de La Sgala.

De la Rochepozay, ce 89 juing 1576.

Présentez mes très humbles recommandations à Messieurs de Roissy.* et de Pimpons.^

' Henri de Mesmes, chevalier, seigneur de Roissi, fut un des plus savants magistrats du xvi« siècle. Il mourut en 1596. Son éloge se trouve partout, mais particulièrement dans le Moréri (t..VII,p. 495).

* Germain Vaillan de Guellis , abbé de Paimpont, devint évoque d'Orléans, le 21 décembre 1585 et mourut, à Meung-sur-Loire, le 25 septembre 1587. C'était un érudit et un poète. Son travail le plus connu est le Commentaire sur Virgile qu'il dédia à la reine Elisabeth d'Autriche et qui fut imprimé à Anvers ^^1575, in-folio|. Voir l'éloge qu'a fait de lui Sainte-Marthe dans ses Hommes illustres. C'était un des bons amis de Scaliger, et on remarque deux letres'de lui dans les Epitres françoises à M. de la Scala. Il fut un de ceux qui célébrèrent, à la mort de Turnèbe, le mérite de ce grand humaniste (J.-A. de Thou, Hist, Livre XXXVIII). On trouve encore diverses pièces en vers latins de l'abbé de Paimpont (appelé parfois Pinpont et parfois même Climpont, comme dans la traduction de 1734, t. V, p. 100, de l'Histoire que je viens de citer), parmi les œuvres de Philippe Des Portes (édition Alfred Michiels, 1858) et parmi celles de Remy Belleau (édition A. Gouverneur). Notons seulement que l'on a eu le tort de traduire G. Valens Guellius, par G. Vaillant de la Guesle, la famille de Gtiellis n'ayant rien de commun avec la famille parlementaire de la Guesle.

DB JOSKVn SCAU6KB. $3

A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

Je vous envoyé mon texte de Catulle avec ses compagnons^ correct, avec mes castigationes^ que je vous dédie, vous priant le prendre en bonne part, de ce que je vous ose offrir une chose de si peu, que mes çeuvres. Vous le chastierés, corrigerés, et racoustrerés comme il vous plaira. Car vous ne vous ferés ce tort ni à moy aussi, que de vouloir permettre qu'il y eust chose qui fust indigne de vous.' Je vous prie

» Ibid.,îoii.

- C'est-à-dire avec Properce et Tibulie.

^ Ces éloges donnés par un homme qui ne prodiguait pas son estime s'accordent parfaitement'avec ce que le président de Thou a écrit de Claude du Puy : « Il n'a jamais rien publié, et il se servit du jugement exquis qu'il avait reçu du Ciel et des lumières qu'il avait acquises, pour examiner et améliorer les œuvres de ses amis, aimant mieux travailler pour la gloire des autres que pourra sienne propre. » C'est l'occasion de citer diverses affectueuses lettres à Claude du Puy comme à Pierre Pithou, dans le Choix de lettres françaises inédites de J.-A. de Thou, publié par M. P. Paris pour la Société des Bibliophiles français (18T7\ Teissier (t. IV, p. 195), a reproduit un fragment des Éloges de Sainte-Marthe traduits par Guillaume CoUetet qu'il faut rapprocher de tout ceci : « Entre tous les critiques de son temps il n'y en avait pas un de qui le jugement fut plus exact et plus solide que le sien , lorsqu'il étoit question de juger des ouvrages d'autnii pour en découvrir les beautés ou les taches, »

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ne le monstrer à ame vivante, voire aux plus grands de voz amis, s'il vous semble bon, Toutesfois je laisse tout à vostre discrétion. Il vous plaira aussy de le faire despecher le plustost que faire se pourra. Je vous envoyeray vostre Achilles Statius par Taultre messager. Et cependant, après vous avoir très humblement baisé les mains, je prieray Dieu, etc.

Vostre bien humble serviteur et amy,

Joseph de La Scâla.

D'Abain, ce 8 Aoust 1576. Escrit à la haste.

DR JQSBPU 8CAU6BB. 55

A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

Je suis ea ceste ville despuis quinze jours en ça, où je me suis rendu, non pour Thonnesteté des magistratz, c[ui sont de grîuids ennemis de toute verlu,^ mais pour l'amour d'une demi douzaine de mes amis, qui m'ont supplié d'y passer mon hiver. Je ne say si j'y demoureray tant, comme ils vouldroyent. Certes je feray beaucoup si je me puis tant commander, que de faire tant pour eux, que de demeurer en une ville, où je n'y voy qu'une grande solitude de lettres,* et une grande legèrté et promptitude à faire sédition. Toutesfois en quelque part que je seray, je demoureray tousjours vostre humble serviteur. Je vous recommande mon livre/

• Idid., î- 14.

• Espérons, pour l'honneur de la magistrature poitevine d'alors, que le terrible coup de boutoir était immérité.

' L'originale et énergique expression de Scaliger ne saurait être appliquée au Poitiers de nos jours, ville où l'on travaille tant et si bien, ruche d'où nous vient un miel si abondant et si pur.

• Catulli, Tibulli, Properti Nova editio, Josephus Scaliger Jul. Cœsaris F. recen^uit, Eiusdem in eosdem Castigationum liber. Ad. CL Puteanum Consiliarum Regium in suprema caria Parisiensi, (Lutetiœ, apud Mamertum Patissonium in-16, 1577; . Voir ce que dit M. Gh. Nisard ( p. 177-183 ), des notes de Scaliger sur les trois poètes erotiques qui, comme le rappelle le Prima Scaligerana (p. 45) ont été surnommés Triumviri amoris.

56 LBTTMt PftAMÇAUBt ntolTBS

et plustost vostre, lequel je n'eusse faict imprimer, si je n'eusse esté seur, que vous raccepteriés comme venant d'un homme qui vous honnore fort, et non poinct d'un savoir exquis, qui puisse estre en moy. Si j'eusse sceu que Pâtisson eust faict tant le long à l'imprimer, j'y eusse mis plus que je n'ay faict, et ne me feusse tant hasté, comme je fais, pensant qu'il y mettroit la main tout incontinent. Car je ne mis que dix huict, ou vingt jours à le transcrire, et le compozay en le transcrivant.* Monsieur le cardinal Sirlet* le désire fort et m*a faict prier par Monsieur d'Abain, que tout incontinent qu'il seroit imprimé que nous luy en fassions tenir. A quoy je pense que vous tiendrés la main. Je vous renvoyé vostre Achille Statio sur ^Catulle et Tibulle et vous remercie très humblement de ce qu'il vous a pieu me le prester, et vous vouldroys supplier de vous enquérir si vous pourries trouver un Alcoran tourné d'arabic en italien , imprimé à Venize il

» J. George de Chauffepié (article déjà cité) rappelle que Scaliger assure que ses remarques ftirent achevées dans l'espace d*un mois, et il reproduit le jugement qu'ont porté sur ces remarques Isaac Vossius en 1684 et Pierre Bayle {Nouvelles de la République des lettres du mois du juin de la même année, p. 355).

* Guillaume Sirlet, né dans la Calabre, mourut en 1585, âgé de 71 ans. Nommé cardinal en 1565, il fut bibliothécaire du Vatican. Il passait pour avoir une rare connaissance des langues hébraïque, grecque et latine. Le Moréri cite parmi les savants qui ont avantageusement parlé de lui Muret et Sponde. Voir diverses autres indications dans l'article de la Biographie universelle, A toutes ce§ indications je n'ajouterai que celle des pages du président de Thou sur ce grand personnage « recommandable par sa profonde érudition et par l'intégrité de ses mœurs, » qui, en 1566, fut proposé pour être pape (t. V, p. 128), et dont la riche bibliothèque « digne d'être achetée par un roi » fut acquise avec ses œuvres manuscrites (Notes sur les psaumes et Apparatus Biblicus), par le cardinal Ascagno Golonna (t. IX, p. 409).

lis JOfl^B 8CALKSWU 57

y a plus de cinquant' ans.* Vous me fériés un très grand bien et honneur^ s'il vous plaisoit m'en faire tenir un de Paris, s'il y en a, ou d'escrire à Venize pour en chercher, et bien que, la peste y estant, tout commerce et traffique est fermé, il vous plaira de vous employer pour moi en cella, et m'excuser si je vous importune. Car les courtoisies que j'ay receues de vous me donnent hardiesse à vous employer, encores que je sache bien, que je vous seray importun. Mais je ne puis trouver homme à qui je demande de livres rares, que vous tout seul, et ne fauldray à vous renvoyer dens trois mois ledict Alcoran. Je m'asseureque si intenderis nervon facile inventes. Le bon homme Victorius toutz les jours presque mande de ses nouvelles, et escrit à. Monsieur TAm^bassadeur à Romme. Mondict sieur Ambassadeur m'a escrit que sitost qu'il aura receu ses Commentaires in Politica Arisiotelis, il nous en faira part.' J'attends response de ceste lettre par ce présent porteur, et sur ce je vous baiseray très humblement les mains, priant Dieu, etc.

Vostre bien humble serviteur et amy^

Joseph de La Scala.

De Poictiers, ce 25 Septembre 1576.

• Alcorano di Macometto, trad, dalVaraho in lingua italiana. (Venise, chez Andp. Arrivabene, 1547, petit in-4'*).

^ Commentant in VIII lit. Aristotelis de optimo statu civitatis etc. {Florentiœ, in œdibus Juntarum, 1576, in-f).

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A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

J'ai receu deux ou trois quayers de mon Catulle, que le seigneur Pâtisson m'a envoyez. Je me contente fort de l'impression, mais il seroit de besoing, qu'il print garde à la punctuation, comme je luy ai marquée dens le texte. Car il y a des fauites es poinctz de son impression. Despuis que je suis en ceste ville, Monsieur d'Abain m'a escrit plusieurs fois, et en toutes ses lettres il n'a failli de m'avertir que mon livre est fort désiré et attendu de jour à aultre, et s'attend ledict sieur d'Abain que vous lui en fairés tenir quelques exemplaires, ce que je ne doute poinct que vous ferés. Je n'auray encores honte de vous supplier très humblement d'avoir souvenance de l'Alcoran en italien, dont je vous escrivis dernièrement.^ Il n'est possible qu'il n'en y ait quelcun en quelque bibliotecque de Paris, mesmes le seigneur Pâtisson m'escrit d'un, qui est à Sens. Je vous supplie bien fort de trouver le moyen, s'il est possible, de le recouvrer, et s'il le fault rendre, je n'y fauldray pas, quelque brief terme qu'on me baillera, et vous puis asseurer que pour le présent je ne puis recevoir chose, qui soit plus à mon souhait, et que j'aie

* Ihid., fo 12.

* Voir la lettre XIV, du 25 septembre 1576.

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plus en ma fantasie,* que celle la. Je vous en escris parce que je me fie que vous ferés cella pour l'amour de moy : et en récompense de ce, oultre tant de courtoisies que j'ai receues de vous, je mettrai ceste-ci au premier reng, pour m'obliger à tousjours vous faire très humble service, et recognoistre en vous les dons et grâces que Dieu vous a faictes, qui sera l'endroit,, où après vous avoir très humblement baisé les mains, je prierai Dieu etc.

Vostre humble serviteury Joseph de La Sgala.

De Poictiers, ce 18 décembre 1576.

• Scaliger écrit fantasie, conformément à l'étymologie, et comme Vont écrit à peu près tous ses devanciers et tous ses contemporains. On a cité quelques textes anciens oil se trouve la forme fantaisie, mais est-on bien sûr de la fidélité de transcription de ces textes ?

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A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

Ainsi que j'estois tout prest pour vous escrire, on in*a baillé une vostre lettre accompagnée des épistresde Lipsius,^ de quoi je suis fort aise, et vous remercie très humblement de la bonne souvenance que vous avés de moi. J'ai receu TAlcoran en italien. Mais c'a esté ayOpaxcç Oyjdavpljç ^ ^^r il est tourné non pas de l'Arabie, mais du latin tout mot à mot,* et cellui qui Ta tourné en latin, qui fust du temps de S. Bernard au concile de Tolède, ne l'entendoit guieres mieux que moi. Mais je le rendrai bona fide^ comme j'ay promis. Puisque vous me faictes cest honneur, que de m'aider en ce que je vous demande, je n'aurai honte encores

• Ibid. f. 15.

^ Juste Lipse était alors âgé de 30 ans. Sur la vie et les travaux de ce philologue, ainsi que sur ses relations avec Scaliger, je me contenterai de citer les 148 premières pages du livre de M. G. Nisard, Le Triumvirat littéraire au xvic siècle.

' C'est-à-dire des charbons au lieu d'un trésor. Voir sur ce proverbe, cité dans une lettre de J. L. Guez de Balzac, du 27 septembre 1643, une note (n* 4) de la page 416 des Mélanges historiques, de la Collection de documents inédits, 1873.

* L'auteur du Manuel du libraire est d'accord avec Scaliger. car il dit, après avoir cité la traduction italienne de 1547 (t. III, col. 1309) : « Gette traduction ne peut pas être exacte, ayant été faite sur la mauvaise version latine de Robertus Retenensis. »

Dt ;ostpo scAMGtfii. 61

de vous importuner d'une aultre chose. C'est qu'il vous plaise de faire avecques Monsieur Mansoldo que je puisse recouvrer un Pentateuque en Hebrieu, Arabie, Chaldée, et Persic, imprimé à Thessalonik en lettres hébraïques. Monsieur d'Abain en a escrit à Monsieur le président du Ferrier,* qui a mandé à Constantinople pour le faire apporter, car il ne s'en trouve point à Venize. Despuis ledict sieur du Ferrier n'a eu le moyen d'en escrire à Monsieur d'Abain, causant la peste, qui est si grande en ce lieu là, qu'il n'en vient pas un seul homme à Romme. Je suis en grand peine de ce livre. Il fauldra, s'il vous plaist, emploier touz voz bons amis de par delà, qui donneront charge aux Juifz d'en faire venir un. Je vous supplie encores de vous y employer et plus tost d'en escrire à Monsieur du Ferrier. Quand vous envoyerés les Catulles à Monsieur d'Abain, il vous plaira d*adresser le paquet au banquier La Voulpiere à Lyon,* car il a

* Arnaud du Ferrier, alors ambassadeur à Venise, était né à Toulouse vers 1508; il mourut en octobre 1585, étant devenu chancelier de Navarre. Voir sur cet habile diplomate. Documents inédits pour servir à la biographie de Jean de Moulue, évêque de Valence, 1868, p. 77, notes et Vie de Guy du Faur de Pibrac par Guillaume Colletet, 1871, p. 15, note 2. L'auteur d'un intéressant Essai sur les dipUh mates du temps de la ligue, M. Edouard Frémy, va publier un important travail sur Arnaud du Ferrier, d'après les négociations de cet ambassadeur, conservées au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale incomplètement publiées par M. E. Charrière (Négociations de la France dans le Levant , t. III, 1853), et d'après divers autres documents inédits, travail qu'il doit intituler : Un ambassadeur libéral sous Charles IX et Henri ÎIL

* Je crois devoir identifier ce personnage avec Jean de La Voypière qui était conseiller de ville à Lyon en 1582 et en 1588, qui portait : d'azur au lion dragonne d'or et qui est mentionné par A. Péricaud {Notes et documents pour servir à l'histoire de Lyon sous le règne de Henri III 1843, in-8o, p. 72). comme ayant assisté, en sa

61 tCTTlKf FilRCAIi f WftDlTFi

charge de faire tenir à Monsieur F Ambassadeur toat ce qu'on lui vouldra envoyer, ou bien si vous avés plus seure commodité, vous en userés comme il vous plaira : qui sera fin , où je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu, etc.

Vostre humble serviteur,

Joseph deLa Sgala.

De Touffou,* ce 12 février 1577.

qualité d'échevin, à toutes les séances de l'hôtel de ville pendant que la peste sévissait le plus à Lyon (été de 1581).

• Scaliger habita longtemps la terre de Touffou, comme le montreront plusieurs des lettres suivantes et aussi quelques autres déjà publiées, soit dans le recueil latin de 1627, soit dans le volume de M. Bernays. Une lettre donnée par ce dernier savant (j^ 313) est datée « du chasteau de Touffou près Poictiers ce 6 janvier 1587. » Une lettre du Recueil de 1627 est ainsi datée (p. 69) : « Pridie kalend. Augusti MGLXXIX Tuffolio Rupipozœorum ad flumen Viennam in agro Pictaviensi. »

Dt lOfBPH flCilfGCII. C^

A CLAUDE DU PDY.«

Monsieur,

J'ai esté fort aise d'avoir receu de voz nouvelles par vostre lettre mesmes. Car je doutois aulcunement que vous ne fussiés à Paris, d'autant que vous ne m'aviès respondu à deux paires de lettres, que je vous avois escrites. Pour le moins je n'en ai poinct receu. Ma maladie accoustumée m'a reprins, c'est-à-dire cacoethes scribendi.^ Car dernièrement en brouillant mes livres j'ai trouvé mon Manilius corrigé par moi du temps que j'estois inHelvetiis^ Il m'a semblé qu'il y avait de choses, qui sont assés à propos. Je m'estudierai d'y besogner le mieux qu'il me sera possible, et purger un auteur si corrompu comme celluy la,* puis après vous en serés TAris-

' Ibid. f 18.

* ... Tenet insanahile multos Scribendi cacoethes ^ et xgro in corde senescit.

Juvénal, Sat, VII. Vers 51, 52.

^ Nous avons vu (note 13 de la lettre I), que Scaliger était en Suisse en 1572 et (note? delà lettre VI) qu'il s'y trouvait de nouveau, en 1574.

* Le travail ainsi annoncé devait paraître, deux ans plus tard, sous ce titre : M. Manili Astronomicf*)v Ubri quinque. Josephus Scaliger JuL Caes. F, recensuit, ac pristino ordini sua restitua, Ejusdem Jos. Scaligeri Commentarius in eosdem libres, et Castigationumexplica'

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64 LKtTAKi FtARÇAlfBt INBOITKS

tarche, s'il vous plaist, et Monsieur HouUier,» lequel n'ignore poinct quel affaire il i a à corriger un auteur qui ne parle que de nombres et d'œquations d'heures planétaires avec heures œquinoctialles.* Je sais qu'il i a aujourd'hui en France de grands genetbliaques ' et mathématiciens. Mais (car il n*i a personne qui nous escou te, aùTo\ yàp wacv ) ,* je leur baille bon terme à diviner le sens de Manilius en ces lieux difficiles. Vous mesmes en serés le juge avecques lui. Je ne suis pas tout seul en ce chasteau, je dis de compagnie qui peust

Hones (Paris, chez Mamert Pâtisson, 1579, in 8<>). Cette édition n'a pas été mentionnée dans le Manuel du libraire, où Ton chercherait aussi vainement la description des deux autres éditions soignées par Scaliger (Genève, 1590, in-8o, Leyde, 1599, in-4°). Chauffepié donne d'excellents détails sur ces trois éditions. Voir encore sur le Manilius les observations de M. Ch. Nisard (p. 197-204). Ce critique loue tellement (surtout p. 201), l'immense travail de Scaliger qu'il semble donner complètement raison à cette assertion du Seeunda Scaligerana (p. 439) : « Manilium nullus fuit qui posset intelligère sicut ego, »

* C'était un conseiller à la cour des Aides de Paris, fils d'un des plus savants médecins du xvr siècle, Jacques HouUier, lequel était mort en 1562. Le président de Thou, dans son éloge de Jacques Houllier (livre XXXIV, p. 488 du tome IV de la traduction déjà citée), a dit du fils du docteur, qu'il avait « un esprit admirable, orné de belles-lettres, et versé dans toute sorte de science. » L'unique exception faite par Scaliger en faveur d'un pareil érudit était, on le voit, des mieux justifiée.

* Nicolas Oresme, au xv» siècle, avait déjà employé équinocial. La forme adoptée par Scaliger se rapproche bien davantage de l'étymologie (œquinoctialis). Ce fut en 1613 seulement, quatre ans après la mort de Scaliger, que J. Rutgersius publia le Mémoire sur les Equinoxes : De œquinoctiorum anticipatione diatriba nunc primum édita (Paris, chez Jérôme Drouart, 1613, in-4 ).

' M. Littré n'a retrouvé l'expression genetkliaque dans aucun livre antérieur aux Contes de Cholières (1585-1587).

* Nous sommes entre nous.

DB iOSBPB SCALIGEB. 65

contenter un homme de mon humeur, car, entr'autres, Monsieur de La Vau, médecin,* est ici avecques moi, qui a

' François de Saint-Vertunien, sieur de Lavau, par abréviation appelé quelquefois François Vertunien, naquit à Poitiers d'une famille protestante, fut reçu docteur en médecine à la faculté de cette ville, et y mourut en 1607, suivant Des Maizeaux {Histoire des Scaligeraruiy 1740, p. II), en 1608, suivant Dreux du Radier (Bibliothèque historique et critique du Poitou, t. III, p. 150). Les biographes de notre temps tels que Aug. Lièvre (Histoire des protestants et des églises réformées du Poitou, 1850, 3 vol. in-8*). MM. Haag (France protestante), n'ont presque rien ajouté d'important à la notice de Dreux duRadier.M.Rédet veut bien m'apprendre que dans les actes de l'ancienne faculté de médecine de Poitiers, conservés aux archives du département delà Vienne, on trouve une décision, du 2 avril 1587, en vertu de laquelle François de Saint-Vertunien et trois autres docteurs de la même faculté, ayant rempli depuis plusieurs années les fonctions de leur charge et ayant résidé continuellement à Poitiers, jouiront seuls des droits et émoluments attachés à ce titre, à l'exclusion de tous les autres docteurs même plus anciens qu'eux. J. Aug. de Thou (Mémoires, livre V, à l'année 1592), mentionne la visite que lui firent, étant malade à Tours, Charles Falaizeau et François Lavau « médecins célèbres, et tous deux de ses amis. » Des Maizeaux, déjà cité plus haut, rappelle que nous sommes redevables du premier Scaligerana au sieur de Lavau. « Il était, dit-il, médecin de Messieurs Chateigner de la Roche-Posay, et ayant occasion de voir souvent Scaliger, qui demeuroit dans leur maison, il se fit une coutume d'écrire pour son utilité particulière les choses pleines d'érudition qu'il lui entendait dire, et d'y joindre des remarques de sa façon. » Les rédacteurs dnSecunda Scaligerana attestentque « Monsieur de La Vau » possédait « une cinquantaine d'epistres de Michel Servet, » écrites au père dudit La Vau « estant à Vienne en Dauphiné, » épitres vues par Scaliger. Le docte Daillé ajoute que « Monsieur de La Vau estoit beau-père de Monsieur Le Coq, célèbre médecin à Poitiers. » J'aurais préféré qu'il nous donnât quelques détails sur les cinquante lettres écrites par Servet à celui qui fut à Poitiers un des premiers disciples de Calvin.

66 LBTRB9 fhançaisbs inédites

très bien besogne sur Hippocrates wepV TpwpàÇwv xcyaX^ç ' Car ce livre estant nettoie par moi de mille faultes et glossemes ^ qu'on avoit fourré dens le texte de ce grand personage, il Ta tourné en bon latin , illustré d'un fort beau commentaire et reprins beaucoup d'erreurs des modernes. Bref, c'est un labeur fort bien emploie. Il fault savoir si Pâtisson aura loisir de l'imprimer avec mes castigations,' et vous puis asseurer que despuis les lettres resuscitées on n'a veu livre si renouvelle qu'est ce livret d'Hippocrates. Et sellon ce que vous m'en escrirés, s'il vous plaist, Monsieur de La Vau vous l'envoiera ; lequel désire fort d'estre receu en vostre amitié. Car il sait bien qui vous estes et lui c'est un homme insatiable d'apprendre et qui pourchasse l'amitié de telz hommes comme vous. S'il i vient quelque chose de nouveau d'Allemagne ou d'ailleurs, je vous supplie de nous en avertir. Je désire savoir d'un certain livre De quadrupedibus imprimé en Allemagne, qu'on a attribué sottement à feu mon père il i a plus de set ans.* Je vous supplie bien fort de m'en

' Sur les blessures à la tête, des plaies de tête.

' Le mot glossemes est probablement le décalque du vocable glossemata.

' Pâtisson ne tarda pas à l'imprimer et le livret, comme Tappelle Scaliger, parut, l'année suivante, sous ce titre : Hyppocratis Coi de çapitis vulneribus liber, latinitate donatus a Francisco Vertuniano docL med, Piclaviensi, Ejusdem Fr. Vertuniani Commentarius in eundem. Ejusdem Hyppocratis textus Grœcus a Josepho Scaligero Jul. Cœs, F. Castigatus cum ipsius Scaligeri Castigationum suarum explicatione (Paris, 1578, in-8o). Le Manuel du Libraire ne mentionne pas le rare et curieux opuscule de Scaliger et de Vertunien.

* J'ai vainement cherché et on a non moins vainement cherché pour moi quel était ce livre de quadrupedibus attribué, vers 1570, à Jules César Scaliger. S'il m'était permis da remplacer le renseignement bibliographique que l'on attendait ici par un autre renseigne-

DB JOtSPO tCALicn. 67

esclaircir, et si vous Tavés, me Tenvoier. Car je ne veux poinct qu'on face un tel tort à mon père, et que les petitz compagnons se couvrent de son nom. Je m'attens que vous me ferés cest honneur, que de me faire responce le plus tost que vous pourrès. Cependent je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu etc.

Vostre bien humble seimteur et frère,

Joseph de La Scala.

De Touflfou, ce 30 juing 1577.

ment bibliographique que l'on n'attendait pas, je rappellerais, à propos de l'opuscule sur Hippocratede Joseph Scaliger, que son père s'était occupé d'un autre traité du plus grand médecin de l'antiquité, et que son travail fut réimprimé en plein xvii« siècle : JuL C. Scaligeri viri darissimi in librum de Insomniis Hippocratis Comment, auctusnunc et rec. (Amsterdam, 1659, in-18'».)

63 LfiTTRBS FIURCAISB9 iSftDfTlCS

A CLAUDE DD PUY

Je croi que Monsieur de la Vau vous envoie son livre avec mes castigalions. Vous mesmes pourrés estre juge du labeur et diligence qu'il a employée en un si bon auteur comme Hippocrates, etm'asseure qu'il y a long temps qu'en la médecine on n'a point veu un meilleur livre que cellui-là. J'eusse desja despeché mon Manilius, n'estoit que j'ai affaire du texte grec de la quadripartite de Ptolémée, lequel livre je n'ai seu trouver en toutes ces contrées. Il vous plaira de m'y aider» comme vous feistes au commentaire d'Achilles Statius sur Catulle, et je vous prometz de vous le rendre fidellement dens un mois avec mon Manilius mesmes.^ Je m'asseure tant de vous que vous ne m'esconduirés en ceci. Ensemble j'ai affaire des scholies grecques sur le dict livre de Ptolémée imprimées en Allemagne avec la version latine en colonne •

' Ibid. folio 19.

' Scaliger s'avançait un peu trop ; il ne put tenir parole, quant à l'envoi de son Manilius, que sept mois plus tard, en mars 1578. Voip la lettre n» XX.

' Le Manuel du Libraire indique diverses éditions allemandes du xvie siècle des œuvres de Tastronome Claude Ptolémée. L'édition dont Scaliger parle ici est-elle celle de Nuremberg (1535, in-4o), qui, renfermant à la fois le texte grec, la version latine et diverses notes ( annotatiunculœ ) , semble bien répondre au signalement donné par le grand érudit?

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