PB JOSEPH 9CAI.IGBS
et je ne fauldrai de le vous rendre le plus tost qu'il me sera possible. J'escris à Pâtisson qu'il m'en trouve pour argent, et s'il m'en trouve, il ne sera besoing que vous preniés la peine de m'en envoier, ni que je vous donne ceste peine. Je pourrois bien dès maintenant faire • imprimer monManile si je voulois. Mais ce seroit un grand blasme à moi d'avoir leu le Ptoléniée tourné barbarement d'Arabie, et n'avoir veu le grec, et ne sai qui vouldroit entreprendre de m'excuser d'une si grande nonchallance. Je m'attends doncques que vous me fairés cest honneur de m'envoier les dictz livres, au cas que le sieur Pâtisson n'en trouvast pour moi. Je vous suis tenu en beaucoup de choses, et vous le serai encores davantage, s'il vous plaist que par vostre moien Manilius soit eiitendu^d'un chascun, comme avec l'aide de Dieu, nous espérons qu'il le sera, et desja dès à cest heure nous vous le pouvons promettre. Il y a beaucoup de sorte d'hommes, et de ceux qui ressemblent à hommes, et d'aultres qui ne sont hommes du tout,* qui murmurent fort de mon Catulle. Encores que je soie asseuré que je n'ai affaire à forte partie, si est ce que quand la partie serait forte, j'ai un bon patrontis en vous, et vous prie de me deffendre envers je ne sai quels pédantes qui vouldroient que je fusse magister comm' eux.^ Mais je ne suis né tel, ni nourri, ni n'ai vouloir de l'estre. Je pense que vous n'estes pas maintenant à savoir ce que je veux dire. Car riescio qui anseres perstrepunt olorem ; ^ ils
' Le mépris de Scaliger pour ses indignes adversaires pouvait-il se manifester avec une plus heureuse énergie ?
- Le mot magister avait donc déjà l'acception défavorable et quelque peu ridicule que lui donnent malicieusement Molière, La Fontaine, J.-B. Rousseau.
' Allusion au mot proverbial de Virgile (Ecloga IX, vers. 36) : B^d (srguto§ int^r $trepere amer Qlçres,
70 LB1TRBS IBAMÇA1&B8 IKBDllBS
enrageront s'ils veoient mes castigations in libris icep\ rpwfAàÇwv xt^paX^ç, car la plus part de ceux qui murmurent sont médicastres,* comme j'ai seu pour le vrai. Ce pendent ego opta mis bonam mentem, et à vous je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu etc.
Vostre plus affectionné serviteur, Joseph de La Scalâ,
De Touffou, ce dernier juillet 1577.
Vous ne trouvères mauvais si je mes ici mez bien humbles recommandations à Messieurs d'Émeric, de Houllier et Le Fevre.
* Medicastre ne figure ni dans le Dictionnaire de Richelet, ni dans celui de Trévoux, ni dans celui de l'Académie française (1878). M. Littré donne le mot avec cette définition : médecin ignorant ou charlatan, et il ne trouve, en tout le xvi« siècle, qu*un seul emploi du mot medicastrie jRoman d'AlectoVy d'après Lacurne de Sainte- Palayei. Scaliger aimait à user en latin de sa finale péjorative aster. On lit dans ses Epistolœ (1627, p. 71-72) : Poëtastri, poëtaster, poëtastrum. Puisque j'ai cité ces deux pages, j'ajouterai qu'elles appartiennent à une lettre adressée à Mamert Pâtisson, où il est question de Manilius, de Ptolémée, etc. Cette lettre, qui n'a pas moins de dix-huit pages (p. 69-86), ne porte pas l'indication de l'année où elle a été écrite, mais elle est de 1582. Elle avait été publiée à part, en cette année-là, sous le titre d'Epistola adversxis barbarum, ineptum, et indoctum poema Insulani patroniclientis Lucani,
PB JOSEPH SCAfIGER. 71
A CLAUDE DU PUY
Monsieur ,
J*ai receu vostre Ptolémée avecques les scholies et vous remercie très humblement de la courtoisie qu'il vous a pieu user en mon endroict en m'aidant des livres que je ne pouvois trouver en toutes ces contrées, vous suppliant bien humblement de me pardonner, si j'ai usé de vous si familiairement. Je mettrai bientost la main à transcrire mon Manilius : et Pâtisson n'aura si tost achevé d'imprimer le livre de Monsieur de La Vau, que le mien sera tout prest à mettre sur la presse. Je m'en suis voulu acquiter sogneusement , car je sai bien qu'il y a des reprenneurs, qui crient tous les jours, que je gaste les livres, et l'ont persuadé à beaucoup de populace. Mais vous en serés le juge, et me défendrés, s'il vous plaist, à Tendroict de ces Aristarches. Nous aurons bien tost le Piaule de Lipsius, comm' on nous a estcrit d'Envers.2 Je désire aussi que vous mettiés voz Panégyriques en
* Ibid. folio 20.
' La nouvelle venue d'Anvers étaif une ausse nouvelle : le Plante de Juste Lipse ne parut jamais. Les érudits du xvi« siècle durent se contenter des observations publiées par Juste Lipse en 1575 : Antiquarum lectionum lihri V, in quitus varia scriptorum loca, Plauti prœsertim, illustrantur ac emendantur (Anvers, in-8"). Celui qui était encore, il y a quelques mois, le glorieux doyen des philologues de l'Europe, M. Naudet, n'a pas mentionné ( est-ce par oubli ou par
7i I.BTTRB8 FBANÇAL^BS INBOITBS
lumière,* et desrobiés quelques ^heures à vostre charge et office pour servir aussi à la philologie.* Je vous remercie bien humblement de ce que vous m'escrivistes en vostre aultre lettrede Monsieur d'Emeric 'auquel j*ai tousjours désiré faire service et le ferai tousjours. Je lui baise bien humble* ment les mains, et à vous aussi, priant Dieu, etc.
Vostre très humble et très affectionné serviteur. Joseph de Là Scalâ.
De Touffou, ce 26 aoust 1577.
dédain?) le nom de Juste Lipse parmi les principaux commentateurs du meilleur des poètes comiques de Rome (article Plante de la Nouvelle Biographie générale, vol. XXXIX, 1862, col. 460).
* Nous avons déjà rappelé, avec J.-Aug. de Thou et Sainte-Marthe, que Claude Du Puy ne mit jamais rien en lumière. L'édition des Panegyrici veteres préparée par lui ne fut publiée que longtemps après sa mort (Paris, 1643, 2 vol. in-12).
* Au sujet de ce mot, j'ai posé dans le Polybiblion de février 1879 (p. 190) la question suivante : « A quelle époque le mot Philologie a-i^il été introduit dans la langue? M. Littré ne le cite que d'après VHistoire ancienne du bon Rollin. Comme cette histoire a paru de 1730 à 1738, il faudrait en conclure que le mot est de la première moitié du xvm« siècle. Mais je le retrouve dans un document du XVI* siècle, dans une lettre inédite de Joseph Scaliger, datée du 26 août 1577. Scaliger serait-il le créateur du mot? C'est ce que je viens demander aux travailleurs qui ne se contentent pas d'interroger les ouvrages imprimés. Je les prie donc de rechercher si, avant 1577, on trouve quelque emploi du mot philologie dans les manuscrits tracés par une main d'érudit. En tout cas, il reste acquis que le mot philologie est antérieur de plus de cent cinquante ans à l'époque où M. Littré l'a rencontré pour la première fois. »
' C'est le nom que portait alors le futur président J.-Aug. de Thou dont Scaliger a déjà parlé dans le Post-Scriptum de la lettre IV, du 10 septembre 1573.
Dt JOfBPB 8CAU6B9- '^^
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je vous envoie mon texte de Manilius, avec mes castigatiens et commentaires sur icellui. Or j*ai tant différé à vous Tenvoier attendant que le sieur Pâtisson eust imprimé le livre de Monsieur de La Vau, que s'il ne voulloit faire plus grande diligence en mon livre, qu'il a faict en icellui, il me dégousteroit fort à lui envoler plus de mes livres, mais je me fie que vous Tesguillonerés puisqu'il est si lent, et si tardif à faire ce qu'il doit. Je vous prie de ne le monstrer à homme du monde qu'à Monsieur Houllier, s'il le veut voir. Quant à vous je vous l'envoie, affln -qu'il soit chastié, corrigé, et foité de vous en tout ce que verres qu'il en aura besoing, car si vous ne le faisiés, vous vous demetriés du droict que je prétends que vous avés sur moi, et donner ordre, s'il vous plaist, que Pâtisson ne Tait entre ses mains, que lorsqu'il sera résolu de l'imprimer. J'ai receu les Hippocrates que m'aves envoie, je vous en ai faict le récépissé par la lettre que j'ai donnée à Monsieur de S. Marthe,* suivant la
' Ibid. folio 21.
* Il s'agit là de Gaucher, dit Scévole de Sainte-Marthe, président et trésorier de France dans la généralité de Poitiers, né à Loudun, le 2 février 1536, mort en la môme ville, le 29 mars 1623, à l'âgô de quatre-vingirsept ans. C'est l'auteur du Gallorum doctrina illus- (n'ttw,... elogia (Poitiers, 1598, in-^"; rtwi^l602, petit in4°; Ibid*
74 tKTTMIS FRANÇAISUS | BOITKS
teneur que vous Tavés dictée. Le dict sieur de S. Marthe pensoit partir il y a quinze jours, mais il ne tardera guieres. Je ne sai comment nous ferons pour tailler le peu de figures qui sont en mon livre, dautant que cella ne se peust faire sans monstrer le livre, parquoi je vous supplie bien Humblement de donner ordre, que quand on monstrera le livre au tailleur,* qu'aultre que lui ne le voie. Car Pâtisson n'a pas bien faict d'avoir monstre le livre de Monsieur de La Vau a mestre Louis Duret,^ car ceste pouvre beste se vante en pleine chaise ^ que je lui ai dérrobé ses corrections. Et Dieu sait, si je vouloie estre larron, si je ne mettroie pas la main
1606, in-12). Il appartenait à une famiUe où, comme le déclarent les rédacteurs du Moréri, Tesprit et le mérite semblaient- héréditaires. Sainte-Marthe, qui distribua tant d'éloges, en a aussi beaucoup reçu, et à tous ceux qui sont indiqués dans le Grand Dictionnaire historique, et parmi lesquels on remarque ceux de Joseph Scaliger, de Juste Lipse, de Gasaubon, de Balzac, d'Urbain Grandier, il faut ajouter ceux qui sont indiqués dans la curieuse monographie de Léon Feugère : Etude sur Scévole de Sainte-Marthe (1853).
* Tailleur veut dire ici graveur. On trouve dans le Plutarque d'Amyot, l'expression : les tailleurs d'images et sculpteurs, M. Littré, qui fait de tailleur le synonyme de sculpteur, a oublié de noter le sens donné à ce mot par Scaliger.
* Louis Duret, né en 1527, mourut à Paris en 1586. Ûe médecin de Charles IX et de Henri III fut nommé professeur au Collège royal en 1568. Ses biographes affirment qu'il expliquait Hippocrate avec une prodigieuse facilité, et qu'il en savait tous les aphorismes par cœur. Il laissa sur son auteur favori des Commentaires qui furent achevés et publiés par Jean, son fils et son successeur (Paris, 1588, in-folio). Aux injures de Scaliger, que l'on retrouve encore dans le Prima Scaligerana (p. 83) , on peut opposer l'éloge que Sainte-Marthe fait de Duret. Voir Teissier, t. IV, p. 400-401.
* C'est-à-dire dans la chaire du Collège royal. On n'ignore pas que jusqu'en plein xvii" siècle, on a souvent, en pareil cas, employé le mot chaise pour le mot chaire»
I>g J08BPU tCAUCKB. 75
en meilleure bourse, qu'en celle-là.* Aussi je le fai d'autant que Passerai,* et quelques ^ullres pédantes comme lui, qui n'ont aulcune science, que de petitz fatras de corrections, pourroient aussi dire comme Duret. Mais tant que je vivrai je ferai la guerre aux pédantes , et puisqu'ilz ne veullent cognoislre la différence qu'il y a d'un homme bien nourri à celle d'un magister, et que je ne les puis avoir par bonnesteté, je leur abaisserai leur caquet ' par aultre moien. Ce pendant je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu, etc.
Vostix humble serviteur,
JosBPH DE La Scala.
De Touffou, ce 10 mars 1578.
' Cette piquante plaisanterie fait penser à l'épigramme qui se termine ainsi : Que je plains le voleur !
* Jean Passerat, né à Troyes en 1534, mourut en 1602. Comme Duret, il était professeur au Collège royal. On regrette que Scaliger ^ci, comme dans le Secunda Scaliger ana (p. 493), parle avec aussi peu de sympathie d'un homime qui fut un des plus brillants et des plus charmants esprits du xvi* siècle. On verra pourtant un peu plus loin que Scaliger semble, à cet égard, s'être amendé quelque peu. Mon ami, M. Prosper Blanchemain, va nous donner bientôt, en deux volumes coquettement imprimés, les poésies d'un des plus ingénieux rédacteurs de la Satire Ménippée.
• La Fontaine a dit : Rabattit leur caquet, et M"»» de Sévigné : Cela rabaisse le caquet.
76 LBTTKBft FBAlfÇAIfBS 1NÉDITB9
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
J'entends que le sieur Pâtisson a commencé le texte de Hanilius. Si cella est vrai J*en suis bien aisé : si non, il vous plaira Tesguillonner, affln que mon livre ne soit si longtemps détenu entre ses mains , comm* il en a prins au livre de de Monsieur de La Vau. Je serois bien aise que Bfonsieur Groullart,^ duquel vous m'escrivés en vostre dernière lettre, fust pourveu de Testât, dont m'escrivés.' Car il mérite beaucoup et est homme docte, suffisant, et surtout fort homme de bien, et instruict en toute vertu et bonne discipline.* Je
• Ibid. fo 23.
* Claude Groulart, né à Dieppe en 1551, devint en 1585 premier président du Parlement de Rouen et mourut dans cette ville en décembre 1607.
• Il s'agit là probablement de Toffîce de conseiller au grand conseil dont Groulart ne tarda pas à être pourvu.
* Scaliger avait d'autant plus le droit de vanter ainsi la science et la vertu de Groulart, qu'il le connaissait mieux, Tayaut eu pendant quinze mois pour disciple à Genève. Sur le professorat de Scaliger à Genève, lequel dura une année entière, voir le prima Scaligerana^ p. 23. Un ancien premier président de la Cour d'appel d'Agen, M. Sorbier, a écrit [Actes de V Académie de Bordeaux, 1866, p. 495- 519), uïïQ Biographie de Claude Groulart où j'ai trouvé l'heureux développement du certificat que Scaliger délivre ici au magistrat dont J. Aug. de Thou devait vanter l'éloquence (Hist. liv. CIX, 1584) et dont tous les biographes ont vanté la sagesse et le patriotisme.
m'asseure quil ne demeurera guieres la, qu'il ne vous voie. Car il est fort amoureus des hommes de vostre valeur et qualité, et vous serés bien aise d'avoir faict un' si bon rencontre.* Il vous plaira d'avertir le sieur Pâtisson que les figures soient proprement taillées, et surtout celles que je lui envoie, aiant différé de les envoler jusques à présent, pour cause. Il me souvient que vous m'avès escrit d'un Alcoran, qu'un vostre ami a. S'il vous plaisoit me Tenvoier, je vous le renvoierai dans un mois, car je n'en aurai plus à faire d'autant que j'en ai un, mais il est si mal relié, que la lettre oultre qu'elle est escrite d'une très mauvaise main, est toute cachée dans la cousture, et par ce je pourrois suppléer les defaulz par cellui la, s'il vous plaisoit me faire tant de faveur, que de me l'envoier, et en tant je vous baiserai bien humblement les mains, priant Dieu„ etc.
Vostre très affectionné à vous faire humble senice^
Joseph de la Scala.
De Touffou, ce 11 mai 1578.
Il vous plaira que Messieurs Houllier et le Fevre * voient ici mes bien humbles recommandations à leurs bonnes grâces.
^ Rencontre était autrefois masculin aussi bien que féminin, et, pour ne citer qu'un grand écrivain du xvii» siècle, le cardinal de Retz a dit (Mémoires) : ce rencontre m'était très fâcheux.
* Nicolas Lefèvre, né à Paris en juin 1544, y mourut en novembre 1612. Voir sur ce philologue une note au bas d'une des Lettres inédites de Guillaume Du Vair (1873, in 8", p. 15).
78 LBTTIVS FRARÇAISKS IRÉDfTBS
A PIERRE P1TH0U
Monsieur,
Je ne sai si vous avés receu la response que je vous feis touchant le Pervigilium Veneris.^ Je la baillai à maistre Henri Simon, qui a esté receveur des fortifications. Monsieur Pâtisson m'a escrit que vous avies un livre escrit en langue indienne.* J'ai faict beaucoup d'observations sur icelle. Si c'est vostre bon plaisir de me Tenvoier, ce sera pour accroistre nostre livre et les obligations dont je vous suis tenu. Vous n'ignorés poinct en quel rang je vous tiens, non plus que j'ignore ce que vous mérités, et vous prometz de vous le rendre bona fide, avecques vostre Macrobe. Je vous supplie
' Ibid. f» 178.
' Grosley {Vie de M. PithoUy 1. 1. p. 167) mentionne ainsi le travail du correspondant et ami de Scaliger sur ce petit poème : M L'année suivante, il fit présent au public d'un ancien morceau bien différent : je veux parler du Pervigilium Veneris , qui a donné depuis tant d'exercice aux critiques et aux traducteurs. Ce joli poème fut imprimé pour la première fois en 1577 par ses soins, et sur un manuscrit de sa bibliothèque ; il y joignit des notes, où il fit voir que la galanterie, les gentillesses et les grâces les plus légères des anciens, ne lui étaient pas moins familières, que leurs plus solides beautés. »
' C'est-à-dire en sanscrit.
ùn josKfn sciifGBii. 79
ne m'esconduire en ma prière. Cependant je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu, Monsieur,
Vous donner en santé bonne et longue vie.
Vostre bien humble à vous faire service,
J0SE3>H DE La Scâla.
De Poictiers, ce 2 juing 1578.
80 lETTlIRi mANÇAISBS IllénfTCl
A PIERRE PIHTOD.'
Monsieur,
Je vous remercie très humblement des Precatiunculœ Abissines qu'il vous a pieu m'envoier. Je les ai toutes leues, et me pourront servir à ce que j'ai sur cette langue, de laquelle j'ai plus de livres, qu'homme qui soit es parties occidentales, et si ose dire, que nous entendons ausssi bien cette langue que l'hébraïque ou syriaque.'* Je ne vous puis asses remercier de tant d'obligations que je vous ai. Une seulle chose me console, que vous ne me trouvères jamais ingrat envers vous. Et parce que non seullement vous m'avés ottroié tousjours ce que je vous ai demandé, ains de vostre propre mouvement vous estes offert à me faire toutes les courtoisies dont un homme de telle valleur que vous se peust aviser, je ne craindrai encores vous importuner d'une chose qui m'importe beaucoup, ne trouvant à ce jourd'hui homme à qui je me puisse adresser, pour me conseiller, que vous. C'est qu'hier un gentilhomme passant à Poictiers, et parlant à un mien grand ami chanoine de Sainct Pierre de Poictiers, lui demanda s'il cognoissoit poinct un tel, me nommant. Il dict qu'oui. Et après lui avoir demandé ce quMl
' Ibid. fo 179.
* Voir le petit article Abyssinorum du Secunda Scaligerana, où Ton trouve cette affirmation : Nerno Christianus potest de illis ita bene loqui, ut ego, quia illorum computum Ethiopicum dedi.
Me jOSKPn 8CAI.I6IB. 84
pensoit de moi, et Taultre lui avoir respondu ce q^un ami dict d'un sien ami, il dict qu'il feroit bien de se déporter de dire tant de bien de moi : et en ce disant, tira de sa poche une feuille imprimée, comm'un' espreuve d'imprimerie, de laquelle le chanoine ne sceust lire qu'une douzaine de lignes, d'autant que le reste estoit tout rompu. Mais ce qui se pouvoit lire, estoit tout plein d'injures atroces contre moi, et contre ma race, que ce sei^a une grand pitié de moi, si tout le reste du livre est tel que ce peu de lignes qu'il a leu. Or d'autant que ledict chanoine n'a jamais voulu dire le nom du gentilhomme, et toutesfois je sais bien que ceste atroce declamalion s'imprime à Paris, je m'asseure que quand il vous plaira en faire la recherche il n'y a homme en Paris qui descouvre plustost que vous et l'auteur, et l'imprimeur, et la cause d'escrire contre moi un libelle diiîamatoire, qui ne blessai jamais l'honneur de personne vivante en chose quelconques, mesmement en telle façon qui meritast qu'on parlast de moii père et de sa race, en laquelle il n'i a rien à dire* que la grandeur et splendeur ancienne qui a esté aultres fois.^ Or, pour vous dire le vrai, ils ne sanroint rien dire qui me
* // n*ya à dire pour tZ ne manque, expression du xvn« siècle qui a conservé son analogue dans notre Midi. On dit à Agen trouver à dire une chose pour regrettev de ne Vavoir plus,
* Dans cette phrase est le germe de l'opuscule publié, seize ans plus tard, sous le titre de : de vetustate et splendore Gentis Scaligerœ (Leyde, 1594, in»-4*'), et si bien traduit et annoté par M. Ad. Magen en 1873, comme dans le libelle de 1578 contre Scaliger et ses ancêtres, et dont probablement la haute influence de magistrats tels que Claude Du Puy et Pierre Pithou empêcha la publication (car je n'en trouve nulle trace), comme, dis-je, dans le libelle de 1578 était le germe de Tabominable et considérable libelle de Scioppius : Gasparis Scioppii, Scaliger hypobolimœus , hoc est elenchus epistolœ Josephi BurdonisseuPseudo-Scaligeri, de vetustate et splendore Gentis Scaligerœ (Mayence, 1607» in-4 ),
' Si I.STTRES FftAMÇAfâFS iNiDiTfiS
puisse prejudicier, s'ils me prennent là. Car vous mesmes savés qu'il n'i a rien plus aisé à convaincre que toutes les mensonges qu'ils sauroint dire et sur ma vie, et sur ma race, et sur mon père, et sur sa patrie. Mais j'estimerois beaucoup de bien faict à moi s'il vous plaisoit de vous en informer si bien que!nous en seussions la vérité en brief. Il vous plaira iVen faire tant de bruit, que ceux qui me veullent mal , comm' il y a tout plein qui m'en veullent à cause de la Religion, ne s'en aperçoivent. Il vous plaira aussi de monstrer la présente à Monsieur du Pui, et lui faire mes très humbles recommandations, et le prier d'emploier ses plus secrez amis, pour savoir et l'auteur et l'imprimeur de ce livre diffamatoire.* Monsieur Pâtisson aussi le pourra bien découvrir, si lui plaist. Je sai bien qu'il y a tas de je ne sai quelle manière de gens, qui sont fort marris que j'escris trop librement. Combien que je naie escrit que de ceux qui se sentent piquez, ni graté personne, sinon ceux qui se sentent rogneux. Que s'il n'i, a personne qui se sente rogneux, aussi n'ai-je graté personne. Si est ce que je pense que ce libelle est sorti de la boutique des pedans. Ce que toutesfois je n'ose asseurer, d'autant qu'il est escrit en françois, dont je m'esbahis fort et ne puis penser qu(î ce peust estre ; si cela venoit de la Court, je ne douteroie aulcunement que ce ne fust par le moien de l'ambassadeur des Vénitiens, lequel n'a pas encores deux ans^ monstra au Roi l'amitié qu'il me portoit, que si le Roi l'eust voullu croire, je ne serois pas ou en vie,
' Scaliger, moins d'un mois après, s'adressa directement à Cl. Du Puy pour le prier de s'efforcer de découvrir l'auteur du libelle. Voir la lettre suivante.
' L'ambassadeur de la Sérénissime République auprès de Henri III à l'époque indiquée par Scaliger était Morosini (Giovanni Francesco), qui était déjà en France le l^mars 1575.
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OU en France.* Je vous supplie donques de rechef de me faire ce bien le plus tost qu'il vous sera possible. Quant à Yostre Macrobe, il est seur, comm' aussi le Censorin. J'avoie délibéré de faire imprimer le Gellius avec.ces deux auteurs, et le ferai bientost Dieu aidant.^ Si vous enavés tant d'affaire, je le vous envoierai. Car je l'ai trop retenu, combien que jamais je n'ai eu le moien de mettre au net ce que j'ai sur ces trois auteurs. Je ne veux poinct oublier aussi que Passerat a beaucoup médit de moi, qui tousjours ai dit de lui tout bien,' et l'ai respecté, et respecte encores comme je doi. Mais ce qu'il a dict de moi, il ne le peust nier. Car il y avoit trop dépens de bien, tesmoins Monsieur Ronsard* et Monsieur de Saincle-Marthc, de Poicticrs.* Mais puisqu'il se plaist tant à mesdirev si ne peust il faire que je lui en face autant. Car je ne m'en soulcie pas. Je vonldroie estre si parfaict, que
* Il est probable que Scaliger se flattait en se croyant si dangereux pour la diplomatie vénitienne. On retrouve son étrange assertion dans le Secunda Scaligerana (p. 551) : « On a envoyé à Agen des assassins pour tuer mon père, et même à Paris, l'ambassadeur de Venise en avait attitré. Monsieur Du Puy m'en advertit ; je le dis à la noblesse, qui me dit que je ne m'en souciasse, et qu'on y donneroit ordre. »
* Nous avons déjà vu (note 5de la lettre III, du 23 août 1573) que Scaliger ne réalisa jamais ce projet.
^ Scaliger oubliait que dans une précédente lettre à Cl. Du Puy (10 mars 1878, n^ XX), il avait traité Passerat de pédant et d'ignorant.
* L'illustre poète avait alors 54 ans. Rappelons que l'on trouve dans lePnma Scaligerana (p. 144) cet éloge de Ronsard et de son plus brillant émule, Joachim Du Bellay : « Ronsardus inagnus poëta GaUicus ; ut Bellaius utriusque Linguœ Latinœ et Galiicœ, qui ( quod hactenus pauci) facilitatem et dulcedinem Catulli assequutus est. »
* Le trésorier Scévole de Sainte-Marthe, dont il a été déjà question dans la lettre XX.
84 tBTTRBS FBANÇAISES INéDlTBfl
j'eusse la bonne grâce de tout le monde. Mais c'est trop vous importuner. Je vous supplie m'excuser, si j'ai esté plus long que n'ai acoustumé, qui sera l'endroîct où je vous baiserai bien humblement les mains, priant Dieu, Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie.
Vostre bien affeclionné ami et serviteur,
Joseph de La Scâla.
De Touffou, ce 29 juing 1578.
Je vous prie que la présente soit le moins divulguée qu'il vous sera possible. J'entends que vousavés quelques épig^ammes anciens non imprimez. Je vous supplie me les communiquer. J'en ai aussi, je ne sai si ce sont les vostres mesmes.
Je vous envoie ce que j'ai cottésurle Pcrvigilium Veneris^ et ce que m'en semble. Mais ne prenez pas mes avis tanquam xuplaç 5ôÇaç.* Je l'ai faict pour vous obéir. Je pense que je pourrai moi mesmes présenter mon Manile au Roi.^ Et ce sera un moien pour vous veoir, ce que je désire grandement.
• C'est-à-dire des jugements sans appel, des jugements en dernier ressort.
* Scaliger ne présenta pas lui-même son édition de Manilius à Henri III, et il se contenta de la lui faire offrir. Le prince lui accorda une pension, de 2,000 livres, laquelle, comme beaucoup de pensions d'alors, ne fut jamais payée. A-t-on remarqué que, dans le parallèla entre Henri III et son successeur {Secunda Scaligerana, au mot Henri IV), Scaliger ne craint pas de mettre le premier au-dessus du second, disant notamment que Henri III « avait plus d'esprit et plus de vertus royalles » que Henri IV ? C'est surtout quand on trouve dans le Scaligerana des appréciations aussi injustes, que l'on voudrait être persuadé de la non-authenticité des propos recueillis par F. de Saint-Vertunien et par Jean et Nicolas de Vassan. M. Ch. Nisard a eu de sévères paroles (p. 227, 228) pour l'article Henri IV du Scaligerana « explosion parfois brutale » des rancunes du savant dédaigné.
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A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
J'ai receu les Tables étrusques, qu'il vous a pieu m'envoier, lesquelles j'estime beaucoup, et pense pouvoir en tirer quelque sens, quand je serai de loisir.^ Puis je les vous rendrai. Ce pendent je vous remercie très humblement de vostre libéralité, laquelle il vous plaist tousjours continuer en mon
« Ibid. f..24.
* Scaliger, malgré toute son incomparable sagacité, ne put tirer aucun sens des Tables qui lui avaient été communiquées par son ami, et c'est à peine si, trois cents ans plus tard, grâce aux efforts de plusieurs des plus grands érudits de l'Europe, parmi lesquels je suis heureux de citer M. Michel Bréal (du Collège de France et de rinstitut), on peut déchiffrer les inscriptions de ce genre. Je dois à l'amitié dont m'honore celui que la Revue des questions historiques (Livraison du 1" octobre 1878, p. 678), proclame « le maître reconnu de la science philologique », les renseignement que voici sur les Tables mentionnées par Scaliger : « Il est question en ce passage des célèbres Tables Eugubines, qui sont, en effet, écrites en caractères étrusques, quoique la langue ne soit pas étrusque. Du Puy paraît s'en être procuré une copie en Italie. C'est du moins ce que nous devons inférer d'une note de Gruter, qui,, en son Recueil d'inscriptions publié en 1601 {Inscriptiones antique tôt, orb. Rom. in corpus absoL redactœ ingenio ac cura /. Gruter i, ausp. /. Scaliger iac M, Velseri, Heidelberg, in-fol. t. II, p. GXLII», reproduit l'une des Tables Eugubines d'après une copie de Puteant^ eoç Bernbi BiHioth^ca Patavii» »
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endroict. J'escrivis à M. Pithou dernièrement touschant je ne sai quelles invectives qu'on a escrit de moi en François, lesquelles ne sont encore divulguées. Il vous plaira de me faire ce bien de prier quelcun de voz bons amis de descouvrir rimprimeur et l'auteur de ce livre. Toutesfois quelques-uns pensent que ce n'est à Paris, où cella s'imprime. Quant aux baguenauderies * des maistres scholastiques de Paris, qui ne font gueres de leçon sans me piquer, je tourne tout cella à gloire, car je penseroic avoir mal faict, si j'avoie composé chose qui leur pleust.'^ Au reste je vous supplie aussi de ni,e mander vostre avis s'il sera bon de faire tailler les armoiries de France avecques la devise du Roi, pour les mettre à la seconde page, car la préface sera en la troisiesme, laquelle préface estant en vers, et adressée au Roi,' je ne sai s'il seroit bon, qu'elle fust aussi mise en vers françois, après le
* M. Littré n'a trouvé le mot baguenauderies que dans cette phrase des Contes de Cholières : « Me suis trouvé avec des damoiselles qui se lavoient la gorge des baguenauderies que leur avoient ramage leurs courtisans. » Le mot qui manque au Dictionnaire de l'Académie française, n'a pas été admis dans les Dictionnaires de Richelet et de Trévoux.
* Allusion au mot de Phocion s'entendant applaudir par de frivoles auditeurs : « Me serait-il donc échappé quelque sottise ? »
* J'ai sous les yeux l'édition au sujet de laquelle Scaliger demande à Claude du Puy ses bons conseils. Les armoiries de France sans la devise du roi, sont gravées à la seconde page, et les quatre feuillets suivants (non numérotés) sont remplis par une pièce de 66 vers latins intitulée Christianissimo Francorum et Polonorum régi Henrico III, Urania musa. La pièce est signée : Josephus Scaliger JuL Cœsar. F. Majestati tuœ devotissim. On trouve, à la suite, quatre pièces de vers latins, en l'honneur de l'éditeur, par Jean Dorât (/o. Auratus, poeta Regius), Alexis Gaudin [Alexidis Gaudinii, Christianiss, ReginœArchiatri)y F. de Saint- Vertunien [Franc* Vertuniani Pictaviensis D, M.)^ et Jonathas Petit.
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latin, seulleraent au livre que je présenterai au Roi, car aux aultres je ne vouldrois ainsi bigarrer * mes livres. Si vous le trouvés bon, je vous supplie me l'escrire, car j'en attend vostre jugement. Je ne veux clorre la présente sans vous supplier très humblement d'avoir pour recommandé le procès d'un escbevin de Poictiers, nommé Razes,^ duquel vous estes rapporteur, comm' on me faict entendre. Il vous plaira l'avoir autant recommandé, comme si je vous usoie de plus longue harangue, et m'estimerai bien heureus si ledict de Razes se peust resentir de l'honneur que vous me faictes de respecter mes prières, mesmement en chose juste et équitable, comme je pense que celle la est. Ce pendent je vous baiserai très humblement les mains, priant Dieu, etc.
Vostre humble serviteur, De Touffou, ce 19 juillet 1578.
' Les poètes J. Du Bellay et Ronsard avaient déjà, depuis quelques années, fait usage du mot bigarré que l'on ne rencontre guère dans les écrits antérieurs.
* On lit dans le Dictionnaire historique et généalogiqtie des familles de Vancien Poitou,deM, Henri Beauchet-Filleau (t. II, p. 13) : «Derazes l Joseph j, seigneur de la Faugeassière, fut nommé échevin de la commune de Poitiers le 20 mars 1570 et député en cette qualité vers le roi en 1577 au sujet des troubles qui, à cette époque, agitaient la ville.... Cette famille, noble et ancienne, actuellement éteinte, a lourni pendant près de deux siècles, au présidial de Poitiers un grand nombre de magistrats distingués. »
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A CLAUDE DU PUY.'
MONSIEUH,
Il n'y a pas long temps que je suis arrivé en ce lieu icy, d'autant que les eaux m'ont assiégé premièrement en Berry, p:iis en Poictou, tellement que je faillis à me noyer. Je ne fauldrai à vous envoier ce que je vous ai promis par Madame de La Roche,^ laquelle en brief doit partir pour s'en aller à Paris. Je lui baillerai l'Hippocrates de la Reine,' et aultres choses que je vous ai promises et celles que je tiens de vous. Cependant je vous supplie très humblement vouloir prier Monsieur le premier président * pour Rimbault, docteur médecin de Poitiers pour son doyenné en la faculté de
• Ibid, folio 25.
- Il s'agit là de M"» de la Roche-Pozay, femme de François de Chasteigner, et belle-sœur de Louis de Chasteigner, seigneur d'Abain. Elle s'appelait Louise de] Laval. Nous avons trouvé le nom de François de Chasteigner dans la lettre VIII (27 décembre 1575) et nous allons le retrouver dans les lettres XXVII, XXVIII et XXX.
• Par Hippocrates de la Reine, doit-on entendre un exemplaire du traité publié par le sieurdeLavau, avec la collaboration de Scaliger, exemplaire qui aurait été destiné à la reine-mère, laquelle, comme on sait, aimait beaucoup les livres et fut également digne, en cela, d'appartenir, par le sang, à ces Médicis, par Talliance à ces Valois parmi lesquels on trouve d'aussi glorieux protecteurs des lettres que Laurent le Magnifique et François I '.
• Le premier président Christophe de Thou, père de l'historient
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médeciae, auquel il a esté receu par presque tout le cors de la faculté contre Goitart,* lequel n*aiant résidé ni exercé estât de docteur médecin, voire n*aiant demeuré une seule nuict dans Poictiers puis quatorze ans, ou plus en ça, demandé estre préféré audict Rimbault, parce qu'il est le plus ancien docteur. Vous savés trop bien qu'en ces matières il n'y a que la résidence qui donne la prérogative. Davantage, si vous cognoisàiez la probité et preud'homie de l'un et de Taultre, vous vous rengeriés aisément à mon parti. Si vous me demandés pourquoi je prie plustost pour l'un que pour Taultre, je ne vous saurois alléguer aultre chose, sinon que je favorise plustost à la vérité qu'au mensonge. Il vous plaira me faire ce bien que de le persuader à Monsieur le premier Président, ou pour le moins prier Monsieur d'Emeric, lequel en priera son père.
Cependant, Monsieur, je vous baise très humblement les mains^ priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
Vostre serviteur,
Jos'=:PH DE La Sgala.
De Touffou , ce 19 avril 1579.
' Dreux du Radier (Bibliothèque historique et pratique du Poitou, t. II, p. 475) nous apprend que Jean Coyttar, né à Loudun, se fît recevoir médecin à Poitiers, où, après quelques années de séjour dans sa ville natate, il revint en 1577 occuper la place de doyen de la Faculté, vacante par la mort de François Pidoux, qu'il mourut à Poitiers en 1590, et qu'on a de lui un ouvrage assez considérable sous le titre suivant : Joannis Coyttari Pictaviensis medici, de febribus purpuratis epidemicis quœ anno 4557 vulgatœ sunt liber (Poitiers, 1578, in-4''). L'Inventaire des documents concernant l'ancienne Faculté de médecine de Poitiers conservés aux Archives du départenient de la Vienne mentionne un procès en Parlement intenté en
90 r.BTTBB8 FBANÇAISBS INBDITBS
Le parlement de Madame de La Roche a esté fort soudain, tellement qu'il a fallu qu'après heure de souper je soie parti en haste de Poicliers et venir icy. N'eust esté cella, je vous eusse envoie partie de ce qae demandés.
1579, par Jean Coyttar, médecin du roi, à Pierre Rimbault, élu doyen, quoique Coyttar fut le plus ancien docteur. Ce dernier obtint gain de cause et fut investi de la dignité de doyen, à la charge de résider.
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A PIERRE PITHOU
Monsieur,
Je vous renvoie votre Macrobius, duquel je vous remercie bien humblement. Vous l'eussiés pîeça ^ eu, n'eust esté que je m'estois attendu de le mettre dans les coffres de Madame de La Rochepozai. Mais son partement a esté fort long et elle ne doit arriver de long tems à Paris. Je vous envoieraile Censorinus avec les épigrammes anciens, desquelz je vous ai aultres fois tenu propos, et ce sera par le premier messager. Car j'ai retenu le Censorinus parce que maintenant je m'en sers pour l'affaire que j'ai en main. J'ai escrit au sieur Pâtisson touchant un Alcoran imprimé apud Hegendorfium en colonnes. Tune en langue Arabique charactères latins, Taultre est la version latine. Je vous supplie très affectueusement me vouloir faire ce bien que de prendre garde s'il s'en pourra trouver à Paris. J'ai baillé charge au secrétaire de Monsieur de La Rochepozai de le paier. Vous me farai (sic) beaucoup de bien s'il voiis plaist faire tant pour moi.
» Ibid. folio 181.
* C'est-à-dire pièce et a, il y a pièce de temps, il y a longtemps. Ce mot, que protégeait Henri Estienne et que regrette M. Littré, était déjà dans Villehardouin ; il est encore dans La Fontaine,
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Cepèndent je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu,
Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie.
Voslre bien humble et plus affectionné à vous servir.
Joseph de La Sgala.
De Poictiers, ce 27 mai 1579.
A Monsieur Monsieur Pithou, baillif de Tonnerre, Avocat en la Cour de Parlement, à Paris.
DB JOSEPH SCAI.IGS1I. 93
A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
J'ai despeché ce page pour vous apporter les turquettes ^ pour Madamoiselle du Pui,' je ne les al encores veues, mais je désire bien fort qu'elles vous soient agréables. Je sai iien que peust estre elles ne seront trouvées belles d'autant qu'elles ont le nés un peu long.* Mais je vous puis asseurer que non obstant cella elles sont d'aussi belle race de turquetz qui s'en puisse trouver en nostre Guienne. Nous avons ici une turquette mère de celles-là, qui est emplie du chien de Madame d'Assarac,qui est fort beau. J'en garderai un, quand
» Ibid. folio 30.
* Le Dictionnaire de Trévoux donne du mot Turquet cette définition : « espèce de petit chien. » M. Littré ajoute : u qui a le nez camus et le poil ras. »
^ C'est-à-dire la femme de Claude du Puy, laquelle s'appelait Claude Sanguin.
* 11 paraît que plus le nez de ces petits chiens était court, plus était grande leur beauté. Ce raccourcissement du nez était même proverbial, et d'Aubigné a pu dire, dans les Aventures du Baron de Fœneste (livre IV, chapitre XIII) : « Si l'autre d'après avoit quelque grand nez, celle qui la suivoit estoit camuse comme un turquet. » M. Prosper Mérimée, dans son édition du piquant récit de d'Aubigné (Bibliothèque elzévirienne, 1855, p. 292), s'est contenté de dire que le turquet est « du genre des carlins. »
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la chiene sera relevée, pour Mademoiselle du Pui. Car je m'asseure que ceste ventrée sera des plus belles.* J'eusse desja faîct les vers pour Monsieur d'Emeri, mais je n'ai aucun repos auprès de Monsieur de La Roche, qui est griefvement malade. Je ne fauldrai toutesfois bien tost de dérober un peu de temps, si je puis, pour servir à mondict sieur d'Emeri, car je ne suis poinct h moi, et n*ai presque loisir de m'habiller ou faire aultre chose nécessaire.
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner, etc.
Vostre obéissant serviteur^ Joseph de La Scâla.
De Nantueil,^ ce 4 aoust 1579
Vostre Guillandin ' ne demande que commodité pour estre transcrit, et me tarde plus qu'à vous.
^ On sourit en voyant un homme tel que Scaliger s'occuper d'aussi futiles questions, mais n'oublions pas que ce qui relève et ennoblit tout cela, c'est le désir qui s'y montre d'obliger un ami.
^ Nanteuil-en-Vallée est aujourd'hi une commune du département de la Charente, arrondissement et canton de Ruffec, à quarante-cinq kilomètres d'Angouléme.
^ C'était quelque mauscrit de Melchior Guillandin, né à Kœnigsberg, mort le 25 décembre 1589, à Padoue, où depuis vingt-cinq ans, il exerçait la médecine et professait la botanique. Ce fut un des meilleurs naturalistes du xvp siècle, mais il eut le malheur d'avoir pour adversaires des hommes comme Casaubon, André Mathiole et Scaliger. Nous retrouverons le nom du botaniste allemand dans plusieurs des lettres suivantes. Voir sur lui VHistoire de J.-A. de Thou (livre XCVI, à l'année 1589), les Eloges des hommes savans deTeissier (t. IV, p. 24-26,, sans parler des deux Scaligerana,
DB Joseph scaucba. . 95
A CLADDE DD PUY.«
Monsieur,
Je vous envoie une lettre que j'escris à Monsieur d'Emeric, avec les vers que j'ai faict pour son frère tels quels.* Je n'ai grand loisir à faire des épitaphes pour aultrui, guetant d'heure à aultre la mort de Monsieur de La Roche, lequel, à mon avis, ne peust tirer jusquez à jeudi. Car il est bien bas. Je n'attends que l'heure que Madame de Schonberg, sa sœur, arrive de Paris, affln qu'il face son testament. Je suis saisi de
^ Ibid. folio 29.
* C'était le fîls aîné de Christophe] de Thou et de Jacqueline de TuUeu : il s'appelait Jean de Thou, seigneur de Bonnœil, Céii, etc. Conseiller au Parlement de Paris, puis maître des requêtes (1570', il mourut le 5 août 1579. Sur la maladie et la mort de Jean de Thou, voir les Mémoires de la vie de J.-A. de Thou, livre I, à Tan 1&79. n y a là des détails touchants sur les soins infatigables prodigués au malade par sa femme Renée Baillet , fille du maître des Requêtes René Baillet , « qui avait un courage au-dessus de son sexe, » et sur la bénédiction que, malgré sa douleur, donna au mourant son vieux père. Chacun, du reste, en cette famille d'élite, se montra vraiment admirable à cette occasion, et le frère du grand historien proçionça distinctement, avant de rendre le dernier soupir, une prière tirée du psaume L.
d') iBTTflRS PRANCAI8BS IASDITrS
grande fâcherie * de la mort de cepersonage, auquel je suis ' tant obligé. Je vous supplie très humblement de faire tenir le tout à mondict sieur d'Emeric, vous baisant très humblement les mains, et priant Dieu , etc.
Vostre très humble seimteur^ Joseph de La Scala.
Du chasteau de Nantueil, ce 8 septembre 1579.
* Fâcherie, on le voit, avait un sens bien difTérent du sens que nous lui donnons. C'était alors le synonyme de grande douleur et c'est ce qu'il ne faut pas oublier en lisant cette phrase de Montaigne : « J'ai perdu des enfants, mais en nourrice, sinon sans regret, au moins sans fascherie. »