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A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je vous ai escrit par deux fois peu de temps eu ça, et vous priois de me faire venir un livre de Chroniques, lequel je ne pouvois nommer. Despuis M"^ de La Yau m'en a faict tenir un de Scrupulis Chronologorum^^ qui semble bien à la marge de cellui que je voullois dire, mais je suis si hebeté pour le peu de conte que j'en feis pour lors, que je ne me puis asseurer si c'est le mesme, et me semble qu'il faisoit mention epocharum. Si vous en savés quelque chose de plus, je vous supplie très humblement m'en avertir. Quant au livre de Scrupulis Chronologorum que M' de La Vau m'a envoie, je n'y plains que le temps qu'on y peut emploier pour le lire, car ' il n'y a rien de meilleur qu'aulx aultres. Je vouldrois avoir ce bien que d'avoir de voz nouvelles. On nous a dict que Censorinus a esté réimprimé à Venize par Aide Manuce avec un traicté de Senatu.^ Je croi qu'il faict beau voir cella,
* Je n'ai rien trouvé sur ce traité dans les volumes du Cours d'études historiques de Daunou relatifs à l'histoire de la Chronologie, et où sont analysés et appréciés les travaux de tant de chronologues français et étrangers (tomes III, IV, V).
3 Censorini de die natalt liber ah Aldo Mannuccio, Pauli F. Aldi N emendatusetnotisillustr. (Venet, apud Aldum, 1581, in-8 .
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car j'ai cognu par expérience que Censorin est le plus diligent auteur, qui soit aujourd'hui en nature.* Quand il vous plaira me faire cet honneur que de m'escrire, M' d'Abain me fera venir voz lettres, lesquelles attendant je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner en santé bonne et longue vie.
Vostre serviteur,
Joseph de La Scala.
De Chantemille, ce 8 juillet 1581.'
* Daunou, dans le grand ouvrage que je viens de citer, après avoir rappelé que Joseph Scaliger appelle le De Die Natali un petit livre d'or, libellum aureolum, ajoute (t. IV, p. 29) : « Scaliger a eu surtout en vue les neuf derniers chapitres, qui, à la vérité ne se recommandent ni par l'élégance du style ni par la profondeur de la science, mais qui sont extrêmement précieux aux chronologistes, en ce qu'ils se composent de notions positives qui ne sont aussi complètement rassemblées en aucun autre ancien livre. »
* Je néglige (même volume, f^ 206), la copie d'une longue lettre adressée par Scaliger « de Chantemille in Arabia déserta le 4 septembre 1581 » à Florent Ghrestien, l'ancien précepteur du futur Henri IV. Scaliger plaisantant, dès les premières lignes de sa lettre, comme à la fin, au sujet du pays qu'il habitait, se sert de cette expression : depuis que je suis en ces déserts du Limosin. Il parle très affectueusement à son savant coreligionnaire, lui disant, par exemple, qu'il est aussi affamé de voir un ami tel que lui, que pauvre féhrU citant de boire vin. Signalons {Ibid, f^ 207), la copie d'une autre lettre de Scaliger, adressée d'Abain le 40 septembre d'une année non indiquée, à celui qui, dans le Prima Scaligerana, est vanté comme poète (excellentissimus poëta GrœcuSj Latinus, Gallius), mais déprécié comme homme (Vitœ parum probatœ est) y et enfin est appelé un folastre. Conférez Secunda Scaligerana, p. 266-267.
PB J05BPU SCAtIGBB.
A CLAUDE DD PUY
Monsieur,
Je vous remercie très humblement du livre de epochis qu'il vous a pieu m'envoier, lequel est fort bon, et ai esté bien aise de l'avoir leu, le luel je vous renvoierai avec mon livre mesmes. Je vous supplie aussi bien humblement si vous savés rien de semblable matière de me Tenvoier. Je vouldrois aussi qu'il vous pleust à vostre loisir d'escrire au Signer Pineîlide recouvrer un nouveau testament arménien de ceux qui ont esté imprimés à Venise, ce qu'il peust avoir aisément, puisqu'il a un ami juif, comme vous m'escrivés, à Constantinople.2 II seroit bon qu'il lui escrivit de recouvrer des Samaritains leur Compiitns et la manière qu'ils usent en leurs mois lunaires, car ils ne sont pas du tout semblables aux Juifs. J'en ai bien quelque chose et vous assoure que par ce molen on descouvre merveilles. Aussi par le mesme juif on pourroit recouvrer quelque chose des Chrcstiens coptes, qui sont Ghrestiens segyptiens fort anciens, usans de l'an-
» îbid, L 36.
- Vincent Pinelli, comme plus tard son jeune ami Nicolas Claude Fabri de Peiresc, avait un peu partout des correspondants qui lui annonçaient les nouvelles littéraires et scientifiques et qui lui procuraient des livres, des manuscrits, des médailles, etc.
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cienne langue aegyptienne,* et il en y a un' église en Fera de Constantinople.^ J'ai bien leur Computus et kalendrier, mais il est en arabic. Je vouldrais quelque évangile en leur langue, et si le Seigneur Pinelli veult, il ne peust estre qu'il ne le recouvre par ledict médecin juif. Ne vous esbahissés poinct si je coquine ' ainsi les livres, car ceste caimanderie ^ m'a servi beaucoup. Je confesserai lousjours mes bienfacteurs,* et ceux qui m'ont aidé à ma picorée.^ Vous estes le chef et premier de toutz, et pouvés encores m'aider davan-
* Scaliger avait reconnu, dès la seconde moitié du xvie siècle, ce qui n'est devenu incontestable pour tous qu'après les travaux de Tabbé Renaudot, de Jablonski, de l'abbé Barthélémy, et surtout d9 nos grands orientalistes contemporains, S. de Sacy, Ed. Quatremère et Ghampollion, la parfaite identité de la langue copte avec la langue des Pharaon. Les Egyptologues doivent donc saluer en Scaliger un de leurs maîtres les plus illustres, un de leurs plus vénérés initiateurs.
- C'est-à-dire dans le faubourg de Constantinople appelé Péra.
' Coquiner, dans le vieux sens de mendier. Tous les exemples empruntés par M. Littré aux textes du xv«,et du xv!»- siècle font de Coquiner un verbe neutre. La phrase de Scaliger mérite d'autant plus d'être signalée aux philologues.
* Nos Lexiques, qui donnent les mots Caimand, Caimander, CaU mandeur, ne donnent pas le mot caimanderie.
• Du temps de Vaugelas et de Chifflet, comme le rappelle M. Littré, l'usage hésitait encore entre bienfaiteur, bienfaicteur et bienfacteur, et le P. Bouhours déclare qu'il a entendu, toute sa vie, dire bienfacleur à des gens qui parlaient bien. Notons, en passant, que le savant auteur du Dictionnaire de la langue française a tort d'ajouter que bienfaiteur est dans Malherbe, car on lit bienfacteur dans le Lexique de la langue de Malherbe (t. V des Œuvres complètes de l'édition des Grands écrivains de la France, p. 68).
• Le mot Picorée, au sens militaire, est dans les Mémoires de Lanoue. Pris métaphoriquement, comme ici , il n'a été rencontré que dans des écrivains postérieurs.
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tage, quand il vous plaira. Et en ceste bonne voulonté je vous baise très humblement les mains, priant Dieu, Monsieur, vous donner en santé bonne et longue vie.
Vostre très humble serviteur,
Joseph de La Sgàla.
De Chantemille, ce 4 septembre 1581.
M. Portus et M. Du Bois, lieutenant de Limoges, sont décédés. J'ai perdu là deux bons et doctrfs amis.*
• Nous avons déjà rencontré le nom de M. du Bois (lettre XXX>. Quant à M, Portus, on lit dans le Secunda Scaligerana ( p. 505) : « F. Portus. Monsieur de Beze avoit un livre grec en characteres Hébreux, et c'estoit du Grec commun. Portus ne l'entendoit point : C'est grand cas, il avoit oublié son langage, et ne parloit qu'italien.» François Portus, né à Candie, était professeur de Grec à Genève quand il y mourut âgé de 70 ans.
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A PIERRE TITHOU.*
Je ne pouvois rencontrer plus propre messager que madamoiselle Pithou,^ pour vous dire de mes nouvelles, et vous porter la présente, car son arrivée et la mienne a esté en mesme jour. Au reste j'espère vous voir bieiitost avec Monsieur Cujas, pour le moins s*il persévère en la mesme voulonté qu'il est encores.' Quoique ce soit, je me fie vous voir bientost. Je pense qu'aies veu le Festus de Fulvins Ursinus * qui n'est pas fort différent du nostre quant aux corrections. 11 n'y a rien aultre de nouveau qui mérite estre seu. Cependent,
\Ibidî-i^,
* P. Pithou avait épousé, en 1579, Catherine Paluau, fille de Jean Paluau, secrétaire du roi et conseiller en l'hôtel de ville de Paris, laquelle lui donna quatre garçons et trois filles. Voir sur Mademoiselle Pithou GrosieY y Vie de P, Pithou, t. I, p. 180.
' Cujas, comme nous le verrons dans la lettre suivante, devait se rendre de Bourges à Toulouse, en passant par Bordeaux où se trouvait Pithou nommé procureur général en la chambre de justice de Guyenne qui tint à Bordeaux sa première session (26 janvier 1582, 22 août 1582)'.
* Il a été déjà question de Fulvius Ursinus dans la lettre I et du Festus de Scaliger dans la lettre VI. Le Festus de Fulvio Orsini a été mentionné dans la note 4 de cette dernière lettre (Rome, 1585, in-8 ). Scaliger en parle plus amplement dîtns la lettre suivante.
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Monsieur, je vous baise bien humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.
Vostre très affectionné à vous faire service, Joseph de La Scala.
De Poitiers, ce 21 juing 1582.
Monsieur, vous ne trouvères mauvais si je vous prie de salluer Monsieur Loisel * de ma part, Mo sieur de Tumeri,^ et du Drac'
* Antoine Loisel (né à Beauvais en 1536, moH en 1617) avait été nommé avocat général en la chambre de justice de Guyenne en même temps que Pithou, son intime ami, avait été nommé procureur général. Nous acceptâmes ces commissions, dit Loisel, Vun pour l'amour de l'autre; il ajoute avec une touchante modestie que Pithou gouvemoit toute la barque. Voir La Guyenne d'Antoine Loisel, avocat au parlement de Paris, c'est-à-dire huit remontrances faites en la chambre de Guyenne sur le sujet des édits de pacification, etc. (Paris, 1605, in-8'). Voir sur Loisel, sur Pithou, sur les magistrats qui les accompagnaient et sur leur séjour à Bordeaux, l'excellent travail de M. E. Brives-Gazes, aujourd'hui vice-président du tribunal de Bordeaux, travail qui a d'abord paru dans les Actes de l'Académie de cette ville 1865-1866 et qui a été tiré à part à un trop petit nombre d'exemplaires : Le Parlement de Bordeaux et la chambre de justice de Guyenne en 1582, in-8'» 1866.
- Jean de Thumery de Boissise. Il est question de ce conseiller au Parlement de Paris dans les lettres françaises de A, de Thou déjà citées , notamment dans la lettre du 4 octobre 1582 adressée à Pithou.
' Voir sur Adrien du Drac, seigneur de Mareuil-sur-Ay, conseiller au Parlement de Paris depuis 1569, une note tirée par M. P. Paris des Eloges des premiers présidents du Parlement de Paris par Blanchard, et mise, dans le très intéressant recueil que je viens de mentionner, sous une lettre à Pithou du 20 novembre 1582.
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