‹ Lettres françaises inédites de Joseph ScaligerChapitre 8 sur 37 · CONSEILLER DU ROI EN LA COURT DE PARLEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

CONSEILLER DU ROI EN LA COURT DE PARLEMENT DE PARIS

Estant à présent en la chambre de justice de Guienne, à Bourdeaux.*

Monsieur ,

J'ai receu vostre lettre par Monsieur de La Vau et suit marri que le pais de la Marche, recullé de toute conversation d'hommes, où j'ai demeuré jusques à présent, m'aist osté le moien de vous faire entendre de mes nouvelles. L'espérance que Monsieur d'Abain me donnoit tousjours de son rietour de la court, et la prière qu'il me faisoit si souvent de demeurer au dict pais de la Marche, m'a empêché d'exécuter mon voiage de Gascogne, lequel il me convenoit faire pour un affaire de mon frère.^ C'est bien pis, car cella mesmes a re-

» Ibid. folio 41.

- Il s'agit là du frère aîné de Joseph, d'Etienne Sylve César de Lescale, né en 1530, à Agen, élève au collège de Navarre, à Paris, de 1545 à 1550, mort en 1585. Ce fut pour Sylve que Jules César Scaliger composa le traité : De causis lingtiœ latinœ, lih, XIII (Lyon, 1540, in-4), et aussi sa Poétique (Poetices libri septim, ad Sylvium filium (Lyon, 1561, in-folio). Voir Jules-César de Lascale, Etude biographique, par M. Jules de Bourrousse de Laffore, p. 28 et suiv. J.-A. de Thou (Mémoires) a parlé de Sylve «homme fort doux et assez savant» qu'il vit à Agen, en 1581, chez M. de Roques, parent par alliance de Jules-César Scaliger.

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tardé le voiage de Monsieur Cujas à Toulose, pour ses affaires, car il ne Ta voulu faire sans moi. Maintenant j*ai gaigné et faict tant avec Monsieur d'Abain, que cependent qu'il s'en va servir son quartier à la court,* je m'en irai en Gascogne, et non sans vous voir, soit en passant, ou expressément de nostre pais d'Agenois à Bourdeaux.

Je pense que vous n*avés poinct encores veu le Festus de Fulvio Ursino tel qu'il Ta faict imprimer. C'est tousjours le mien, sauf quelque peu de ses devinations, lesquelles il a entremeslé parmi les miennes, pour deg'uiser mon labeur et se l'attribuer. Aux annotations, il y a faict de mesmes. Bref il se fait très bien aider dHtravaigli di Hugnenoti, et Iramontant,^ sans les nommer toutesfois. Je suis bien aise que ce peu que je fais soit si bon, que nos adversaires mesmes s'en servent.' De mesmes en feront-ils de l'œuvre que j'envoie à Pâtisson, qui sont set gros livres de emendatione temporum,^ car en ce pais d'Italie il n'y a pas un seul qui

* Rappelons que Louis de Ghasteigner, qui était gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi avant le voyage de Pologne (1773), était devenu membre du Conseil privé en 1576 et Conseiller d'Etat en 1582.

' Des travaux des Huguenots et des Ultramontains.— " Il faudrait travagli ; mais Scaliger a pu orthographier ce mot à la Française.

' Pouvait-on plus spirituellement se venger des audacieux plagiats du nouvel éditeur de Festus?

* losephi Scaligeri JuL Cœsaris F. Opus novum de emendatione temporum in octo lihros trihutum, etc. (Paris, en 1583, in-folio). La seconde édition est de Leyde {ex ofp,cina Plantiniana Ffancisci Rhaphelengii), in-folio, 1598, et la huitième de Genève [typis Roverianis), in-folio, 1629. Sur l'immense et admirable travail de Scaliger on consultera, outre M. Ch. Nisard (207-213) et M. Bernays (p. 167- 169), le Cours d*étude$ historiques de M. Daunou (t. III, p. 365-392).

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entende cette matière, comme monstrent assés bien les œuvres qui en viennent tous les jours, comme cellui de Josepho Zarlino,* lequel il vous a pieu m'envoier. Certainement ces Messieurs entendent mieulx tout' aultre chose que celle là. J'eusse voulu donner beaucoup et que mes dictz livres fussent desja imprimés pour en apporter moi mesmes à toute la compagnie nostre, laquelle faict si bien son devoir que . la barbarie naturelle de la nation en est chastiée , et celle des juges civilisée.^ Pour le moins ils pourront apprendre que c'est que de faire justice, et rendre le droict à un chascua, lequel ils ont si souvent perverti à leur graud'infamie», et ruine du pouvre peuple '

Monsieur d*Abain jamais ne fust si affame des bonnes lettres ^ qu'il est à présent, et tout le loisir qu'il peust dérober

* Joseph Zarlino, né à Chioggia en 15 9, mourut en 1590. Il fut surtout célèbre pour avoir écrit sur la théorie de la musique de nombreux ouvrages qui ont été réunis en 2 vol. in-folio (Venise, 1602). Voir à ce sujet le Manuel du Libraire, t. V, col. 1528. Le président de Thou a loué le savoir musical du maître de chapelle de Saint-Marc (Livre GXXII), et aussi le P. Mersenne cité par Teissier (t. IV, p. 358). Le chronologue a été moins vanté. L'ouvrage que dédaigne Scaliger était celui-ci : De vera anni forma sive de recta ejus emendatione (Venise, 1580, in-4 J.

* Cet éloge de la Chambre de justice est à rapprocher de celui que Loisel donne à cette compagnie 'La Guyenne, Préface) et de celui que lui donne le président de Thou {Mémoires, 1581-1582).

' Cette sévèpe condamnation de certains magistrats se retrouve dans les Mémoires de J.-A. de Thou (Ibid.). Conférez le Parlement de Bordeaux et la Chambre de justice de Guienne, par M. E. Brives-Cazes (Actes de 1865, p. 366).

* Le mot affamé qui, pris dans le sens métaphorique, a été si

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de ses affaires, il remploie tout à Festude. Toutz les bons livres grecs et latins, que Monsieur Muret lui a leu, sont toutz pleins de belles corrections, comme le Plutarque, Démosthène, Senèque, Thucydide et aultres anciens auteurs. Je vous puis asseurer qu'il est très docte en la langue grecque. J'ai bien à vous conter des choses que je ne vous escrirai pour le présent mpi tou MypYîrou Ce sera entre nous deux.*Sij'aigranddésirdevoirmon frère,pour le long temps qu'il y a que je ne Fai veu, si n'ai je moins de vous voir, et asseurés vous. Monsieur, que je m'en aquiterai bien tost. Cependent je prierai Dieu qu'il lui plaise vous maintenir en sa grâce et vous inspirer tout comm' il a faict jusques à présent pour faire justice h nostre pauvre Guienne désolée, vous baisant, Monsieur, très humblement les mains.

Vostre serviteur à jamais,

JosrPH DE La Scala. De Poitiers, ce 21 juing 1582.

Je vous envoie une petite response que j'ai faicte à la'stu-

heureusement employé par Racine et par M"»* de Sévigné, me semble ici bien énergique et bien expressif, et j'aime à citer, tout auprès, la phrase si frappante qu'allait dire, quelques années plus tard, Henri IV à ceux qui voulaient écarter le peuple qui se pressait sur son passage : Laisse^crles s'approcher; ils sont affamés de voir un roi.

* Quel dommage que nous n'ayons pas eu connaissance des anecdotes sur Muret dont Scaliger voulait régaler son ami Du Puy ! Les articles du Prima et du Secunda Scaligerana (p. 126 et 463) ne nous dédommagent pas de ce que nous a fait perdre la trop scrupuleuse discrétion du confident de M. d'Abain.

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pidité de Tlsle procureur en vostre Cour de Parlement.* Elle ne vault guieres. Aussi le personnage n'en méritoit pas de plus exquise.

* On fait dire à Scaliger sous le mot Insulaniis {Secunda Scaligerana, p. 397) : « Ce meschant homme qui s'appelle de Tlsle a eâcrit contre moy pour du Chastellet qui avoit escrit pour Lucain, » et Tannotateur renvoi aux Poëmata Scaligeri. La petite réponse dont parle l'adversaire de Lucain (Voir Prima et Secunda Scaligerana, p. 116 et 434) est intitulé : Epistola aduersus barbarum, ineptum et indoctum poema Insulani patrocUnientis Lucani (Paris,Patisson, in-S», 1582). Cette lettre a été réimprimée bien souvent, notamment dans les Opuscula varia antehac non édita (édition de Paris, 16t0, in-4*», p. 364-382), dans le même recueil (édition de Francfort, 1612, in-8<», p. 221-240), et, comme nous l'avons déjà remarqué (note 7 de la lettre XVIII), dans les Epistolœ de 1627 (p. 69-86). Voir sur la querelle, de Scaliger avec François de l'Isle, auteur du poème intitulé : Mathematica pro Lucano apologia, autore Insulano Parisino procuratore 1582), les pages 204-206 de l'ouvrage de M. Nisard, pages qui ont été utilisées et citées par M. Bernays (p. 282).

DIS JOSSPU SCAlIfiCB. 427

A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

Je ne sai qui me conduit. Je sai bien que ce n*est moi, ains quœdam vis major. Car estant sur le poinct de partir pour aller en Guienne, j'ai esté contrainct de conduire Monsieur Cujas à Paris.^ La j'ai trouvé Monsieur d'Abain, qui veult que je le suive jusques en Provence en son voiage, où il est député pour ouïr les plaintes du pais. De la je vous asseure bien que je vous irai voir quelque temps qu'il face. J*ai laissé meis chevaux à Jussi chés Monsieur de Gamache,' et suis si bien resollu de mon faict,que je ne sai, ni Monsieur d'Abain, quand il faut que nous partions. Toutesfois dans quatre jours nous en aurons pleine resollution. S'il plaisoit à Dieu que ce voiage ne se feist poinct , vous m'auriés tost de par delà. Monsieur de Montellon vostre collègue * me dict derniè-

* Ibid, îo 45.

' Appelons l'attention des biographes de Cujas et de Scaliger sur ce voyage h Paris des deux amis, voyage qui, du reste, paraît avoir été de très courte durée.

' François de Gamaches, seigneur de Jussy, vicomte de Remond en Berry, était un beau-frère de Louis de Ghasteigner : Il avait épousé Philippe Du Puy, sœur de M«»« de Ghasteigner {Histoire généalogique de la maison des Chasteigners, déjà plusieurs fois citée, page 399).

* Jérôme de Montholon, seigneur de Perronseaux et de Cuterel-

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rement à Chastelherault que vous alliés asseoir vostre Chambre en nostre ville d'Agen.' J'en suis aise pour le bien que vous ferés à ce pouvre pais. D'aultre part je suis marri des incommodités que vous y aurés au prix de Bourdeaux. Car encores que je n'y aye guieres demeuré, si sai je le mérite du peuple et de la terre,^ et les commodités qui y sont, n'estant telles, qui conviennent à nous. La première feuille

les, conseiller au parlement de Paris, était le second fils de François de Montholon, président au parlement de Paris et garde des sceaux de France en 1588. Jérôme devint conseiller d'Etat, intendant de justice à Orléans, et mourut en 1618.

* Deux jours après, les Consuls de la ville d'Agen reçurent une lettre du roi qui leur annonçait la nouvelle de la prochaine arrivée de la chambre de justice. Le premier président Séguier et ses collègues firent leur entrée solennelle à Agen le 15 septembre. La session fut ouverte à l'Hôtel-de-Ville le 11 octobre suivant et elle fut clôturée le 26 mai 1583. Voir à ce sujet le discours prononcé à Taudience de rentrée de la Cour d'appel d'Agen, le 3 novembre 1875, par M. Henri de Groussou, substitut du procureur-général : La Chambre de Justice de Guyenne et sa session d'Agen, 1582-1583 fAgen, 1875, grand in-8« de 54 p.). A côté doucette intéressante étude , je signalerai plusieurs lettres écriteâ d'Agen par Pierre Pithou « à M. de Thou, seigneur d'Emery, conseiller du Roy en sa cour de parlement à Paris, » lettres conservées dans le volume 838 de la collection Du Puy, f«> 108, 117, 119, 121, 127, 131), et oh l'auteur des Remarques sur les Antiquités de la ville d'Agen [Œuvres , Paris, 1609, in-4'», p. 886) donne de curieux renseignements sur ses travaux et sur ceux des autres membres de la Cour de justice, travaux qui ne furent pas seulement judiciaires, mais parfois littéraires.

- Ici Scaliger se montre bien rigoureux pour les habitants et le pays d'Agen, et il ressemble un peu trop en ce passage à son père qui lui aussi dénigra, en un jour de mauvaise humeur, ses nouveaux concitoyens. Voir les piquantes citations empruntées par M. R. Dezeimeris aux Poemata de Jules César Scaliger (Notes à la suite des Lettres grecques de J, C. Scaliger à Imbert, p. 36 du tirage à part).

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de mon livre • fust Urée le jour que je partis de Paris. Pâtisson l'imprime à regret. Je ne sai pour quoi. Si m'eust-il faict grand plaisir de s'en déporter. Je vous annonce de lechef que si je ne fais le voiage de Provence, qu'ego imjn^ovuus ddero? Ccpendent

Monsieur, je vous baise très humblement les mains , etc.

Vo$ire humble serviteur,

D'Abain, ce 9 septembre 1583.

* Le De emendatiofie temporum qui, imprimé parMamert Patisaon, allait être mis en vente, un an plus tard, chez le libraire de la rue Jacob, Sébastien Nivelle, à l'enseigne des Cigognes.

* Allusion au mot de Virgile : Improvisi aderunt{jEneid, II, t82^

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A JACQUES AUGUSTE DE THOU.'

Monsieur,

Encores que vous soies maintenant bien loing de moi, si ai-jeencoresen mon entendement le goustque m'avés laissé de la doulceur de vostre conversation, tellement qu'onques je ne fus si amoureus de vous, que jç suis maintenant, et ne désire sinon ou que j'aie le moien de vous déclairer la puissance que vous avés sur moi, ou de le vous persuader. Tant

' Collection Du Puy, vol. 838, fo 4.

DB J08BPH tCALIGBB.

y a qu'il n'y a aujourd'hui homme qui aist plus acquis de droit sur moi que vous. Si vous puis-je aussi asseurcr que M. d'Abain et moi sommes concurrens * en mesme affection etvoulonté. Je vous supplie ne regarder le iepaxo<j6f lov ^ de la Reine,' er si vous le trouvés digne d'estre leu, le faire transcrire. La dicte dame aussi a un petit traicté d'Aristarchus Samiiis en astrologie. Cella nous serviroit bien quelque jour si vous aviez le moien de le faire transcrire. Cependent il ne sera jamais, que suivant ces Alpes de Daulfiné et de Provence, il ne me souvienne de vous, et vous escrirai nostre

' M. Littré n'a trouvé le mot que dans cette citation empruntée par Lacurne de Sainte-Palaye à une traduction de xvie siècle du Prince de Machiavel : « Tous les occurens qui peuvent advenir. Dans le passage de Scaliger auquel se réfère la présente note, ce mot est pris adjectivement et signifie qui se rencontrent dans la même afTection ou volonté.

* Art de la fauconnerie. Il sera reparlé de ce traité dans les lettres suivantes.

' C'est-à-dire de la collection de Catherine de Médicis. Voir Le Roux de Lincy, f^otice sur la Bibliothèque de Catherine de Médicis, dans le Bulletin du Bibliophile, 13" série, p. 915-941, et M. Léopold Delisle, le Cabinet des Manuscrits (1868, in-fo, t. I, p. 207-212». Au début de l'intéressant chapitre sur les Manuscrite de Catherine de Médicis, le savant administrateur générai de la Bibliothèque nationale rappelle que le président de Thou signala son entrée dans Texercice de la charge de maître de la librairie en proposant à Henri IV d'unir à la bibliothèque de Sa Majesté la belle bibliothèque de Catherine de Médicis composée de près de huit cents manuscrits, la plupart grecs, rares, anciens, et par conséquent de grand prix.

432 ^ LBTTRBS FBANÇÂISBS INEDITES

Itinerarium, quoi attendant, Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.

Vostre serviteur à vous servir^ Joseph de La Scala.

De Lion, ce 9 novembre 1582.

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A JACQUES AUGUSTE DE THOU

Monsieur,

Je vous demande pardon pour deux.raisons. Premièrement pour n'auoir si tost faict ce que me demandies, qui est TEpicedion^ de feu Mons"^ le Président;* secondement, parce que je n'ai rien faict qui vaille, de quoi j*ai un extrême regret, et plustost honte. Car je cognois bien maintenant, que Omnia fert œtas, animum quoque,* Toutesfois tels quels je vous enuoie mes vers indignes de porter le tiltre de cellui, pour lequel ils ont esté faicts,*^ Je ne vous ai peu nier celia.

* Collection du Puy, vol. 838, fo 6.

- Pièce de vers sur des funérailles. Voirie Dictionnaire de Trévoux au mot Epicède, On y renvoie à la Poétique de Jules César Scaliger [lib, I, cap, 50\

^ Christophe de Thou, seigneur de Bonnœil, de Géli, etc., avait été nommé premier président du parlement de Paris en 1562. Il était mort le ir novembre 1582, à l'âge de 74 ans.

* C'est une citation tirée de Virgile, Bucoliqties, Eglogue IX, vers 51.

* Dans le recueil intitulé V, amplissimi Christophori Thuani Tumulus in Jac, Aug, Thuani ^merii pietatem {Lutetiœ apud Mamertum Patissohiumjtypographum regium, inofficina Hob. Stephani, 1583, in-4o\

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Mais je vous proteste deuant Dieu, qu'il n*y a aujourd'hui homme soubz le ciel qui m'eust peu contraindre d'en faire autant. Despuis Grenoble jusques ici, j'ai esté tourmenté de morfondemens ,* pour Fextreme froid qu'il a faict et encores dure dans ce pais, ce qu'homme viuant n'a veu. Oultre cella je n'ai jamais peu avoir un petit coing pour me retirer, et à mon aise, faire quelque chose de mieulx, que ce que je vous envoie. Tellement que j'ai esté contraint de faire ces meschants vers à la cheminée au milieu du caquet des femmes, varlets, laquais et pages. Et ce que je vous dis est vrai. Il vous plaira prendre cella en gré aussi bien que s'il le méritoit. Au reste si vous aues quelque cognoissance avec quelcun, qui aist prattiquéles juifz de Venize, je vous supplie très humblement de recouvrer par son moyen un Bréviaire des Juifs nommé par eux Siddur Zephilloth,^ imprimé à Venize Tan 5331 sellon leur conte.3 Car j'en ai bien tin de plus vielle impression.

on trouvera les vers de Joseph Scaliger {Elegia)^ f*» 22-^5. Ces vers sont précédés de ceux de Dorât, de Muret, de Passerat ; ils sont suivis de ceux de Florent Ghrestien, du Conseiller Gillot, de Henri Estienne, de Pierre Pithou, d'Antoine Loisel (ces derniers ainsi datés : Agenno Nitiobrigum mefise decembri 15S2}, du bordelais Mart. Monier, de Guillaume de Saluste, seigneur du Bartas, de Scévolle de Sainte-Marthe, trésorier-général de France, de Robert Estienne (qui a payé sa dett^ à la mémoire de Christophe de Thou, en stances françaises, en vers grecs et en vers latins^ du Périgourdin Pierre Campagne iPetrus Campanus petrocor.), de Nie. Rapin, de Binet. J'ai publié dans la Revue critique du 22 juin 1872 {Variétés. De quelques sonnets peu connus, p. 398), le sonnet de du Bartas, qui n'avait pas été recueilli dans les Œuvres complètes du grand poète gascon.

* Je ne trouve morfondemens dans aucun de mes vieux dictionnaires.

â Plutôt Sèdér Zephilloth, c'est-à-dire suite de prières, en d'autres termes livre d'heures, Téqui valent de nos paroissiens.

' Cette édition est indiquée par J. Christ. Wolf, l'auteur de la

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Mais ceslui ci est plus ample, et a les explications des mots plus difficiles. Le dict liure est fort aisé à recouvrer. Item un liure nommé Sepher ben hammelec vehannazir,* un aultre nommé Iggereth baale haiim,^ itsm un aultre nommé Misle Suhalim.' Ces trois sont trois petits liures imprimés a Padoue. Vous auez bien le moyen de les recouurer, de Padoue, ou de Venize, de quoi je vous supplie très humblement. Et feres beaucoup pour moi, s'il vous plaist d'en prendre la peine. Il me souuient bien que vous me promistes dernie-

Bihliotheca hehrœa (Hambourg, 1715-1733, 4 vol. in-4o, t. II, p. 456), comme ayant paru l'an 157< de J. C. à Venise apud Jo, de Gara, in-12.

* Sèphér ben hammèlekh vehannâzîr, c'est-à-dire le livre du fils du roi et du Na%aréen. L'auteur Abraham Bar Hasdaï, était grand rabbin de Barcelone, à la fin du xiie siècle. Ce traité de morale, composé de dialogues et plein de paraboles, fut traduit par lui de l'Arabe en Hébreu élégamment versifié ; il avait été primitivement écrit en grec. La première édition est de Ferrare (sans date), et il y en a une de Mantoue (1557, in-8), dont Wolf dit ceci (t. I, p. 58) : « Posterior editio inter impressos Scaligeri Codd* in CataL BibL Lugdunens. Bat. p. 257. »

* Igghereth baalè haiim, c'est-à-dire lettre des animaux. C'est une traduction en vers élégants de l'arabe en hébreu, faite par Kalonymus, juif vénitien ou mantouan du milieu duxvi* siècle. Buxtorf a cru que l'arabe était traduit du grec. On y voit discourir les principales espèces d'animaux de la terre et de l'air, énumérant chacune ses qualité propres et finissant par accorder la prééminence à l'homme. La première édition mentionnée est de Mantoue ( 1542, in-8). Voir Wolf, t. I, p. 1005.

* Mischlè Schùâliniy c'est-à-dire les fables des Renards. Ce sont 180 apologues, la plupart empruntés à Esope par RabbiBerakhia,lequel vivait vers 1400 de Jésus-Christ. Son livre parut en 1557, in-8», à Mantoue, selon les uns, à Padoue, selon les autres. Cette dernière origine est indiquée par le Catalogue de la Bodléienne (p. 80). Une seconde édition est incontestablement de Mantoue (1559, in-8o). Voir Bibliotheca hebrœa, t. I, p. 272.

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rement d'estudier en Hebrieu. Et quant il ne tiendra qu'a vous seruir de moi, et cella et en tout'aultre chose, il ne fauli poinct que vous départies d'une si louable entreprinse ; de laquelle jamais vous ne vous repentires. Et vous promes qu'à mon retour de Gascogne il n'y a rien qui me face aimer Paris que vostre conuersation.

Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous maintenir en sa garde. D'Aix en Prouence,* ce 24 février 1583.

Vostre très affectionnéy à vous faire très humbles seruices^

Joseph de La Sgala.

Je vous supplie de m'auertir si aures receu la présente et les vers. Je serai en peine jusques à ce quand j'en soie

asseuré.

* J. A. de Thou (Choix de lettres françaises inédites, p. 16), écrivait à P. Pithou, le 13 février 1583 : « J'attens ceux (les vers) de Monsieur de la Scala qui m*a dernièrement escrit d'Aix, où il est maintenant. Il a envoie son huictiesme livre dô Emendatione temporum ; je pense que tout sera imprimé à ceste mi-caresme ; ce sera un grand œuvre et dont les doctes ont conceu grande expectation. Et desja par ce qui est imprimé connoissent qu'il surmontera leur espérance. » Voir sur le De emendatione la note (p. 18) du savant éditeur des Lettres françaises de J.-A, de Thou.

DB JOSEPH tCALIGSâ* 437

A CLAUDE DU PUY

Monsieur,

Encores que je »'aie rien de nouueau ni qui mérite vous estre escrit, loutesfois je vous escris ce mot, pour salluer vos bonnes grâces, et vous asseurèr que je ne fauldrai à vous enuoyer le Probus, lequel me doit estre enuoyé bientost com' on m'a promis. Nous partons bien tost pour aller à Goubaz^ et de la à Toulouze. Cependent, Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce.

D'Agen, ce 3 juillet 1583.'

Il vous plaira vous souuenir du procès de Mons' de Roques,*

' Collection Du Puy, vol. 496, folio 48.

' Le château de Gohas était situé non loin de Fleurance, aujourd'hui chef-lieu de canton de Tarrondissement de Lectoure, département du Gers. Voir dans les Documents sur Jules-César Scaliger et sa famille publiés par M. Ad. Magen, le document intitulé : Contrat de mariage de Sitve de Lescale avec Catherine de Biran de Gohas, du 30 mars 1575 (p. 69). Dans ce contrat, comme dans la plupart des documents gascons du xvie siècle, Gohas est écrit Gouhas,

• On connaissait déjà une autre lettre écrite par Scaliger, « d'Agen en haste, ce iO« apvril 1561 » à Monsieur Dalechamps, docteur en médecine à Lyon, lettre publiée par M. J. Bernays à la suite de son étude biographique, p. 308.

* Voir la note 2 de la lettre XXXII.

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et s'il vous plaist enuoyer mon paquet à Pâtisson, ofi il y a des lettres pour Mons' d'Abain. Si vous auies commodité de Tenuoyer à Poitiers, fauldroit tirer la lettre de Pâtisson et de Mons' d^Emeric, et le reste enuoier à Poitiers.

Vostre seruiteui%

Joseph de La Scaia.

DB JOSBPD fCAUflm. 439

A PIERRE PITHOU

Monsieur,

J'ai receu vostre lettre, laquelle vous a pieu m'escrire de Perigueus.2 Je ne serai guieres en ceste ville, espérant bien tost cstre î\ Gouhaz, et de la à Toulouze. Il fauldra tousjours adresser vos lettres à Mada®"« de Roques,' ou à Mons' d'Arasse.* Mons' d'Emeric m'escrit comment il a présenté mon

« Collection Du Puy, vol, 496, folio 183.

* Sur la chambre de justice dans la capitale du Périgord, voir (Actes de l'Académie des Sciences ^ Belles-Lettres et Arts de Bordeaux), l'étude intitulée : La chambre de justice de Guyenne en 1583-1584, par M, E. Brives-Gazes (p. 272-380).

^ Eléonore de Brénieu, fille de Gibaud de Brénieu, écuyer d'honneur de la reine Eléonore d'Autriche, seconde femme de François Ie% et de Marguerite de La Pôle-SufTolck, avait épousé, le 28 juillet 1564, Jean de Secondât, seigneur de Roques. Elle mourut en 1606, à l'âge de 63 ans.

* Probablement noble Jehan de Godailh , fils de Robert de Godailh. Ge personnage fut receveur des tailles dans le pays d'Agenais. Diane de Poitiers lui vendit , ainsi qu'à son frère Loys de Godailh , par acte passé à Paris par devant Pierre Portrain et son collègue Legendre , le 14 décembre 1564, et moyennant la somme de cinq mille livres tournois, la maison noble de Fontirou, la maison noble de Garluset, la métairie du Forez , etc., etc. « a elle donnes par feu de bonne mémoire le Roi Henry dernier. » f Archives de la famille de Sevin.J

tâO LBTTBB0 FRANC AI8B8 IHBDITBS

Epistre à Mons' du Harlai,* de quoi j'ai esté bien ais3, car le précepteur des enfants de Monsieur de Roques escriuant de Paris du dixiesme juing m'a voit donné l'alarme disant (Jue Pâtisson n'auoitencores receu ma préface comm* ainsi sait qu'il l'eust receue dès le commencement du mois. Je ne fauldrai à vous escrire à toutes nos commodités. Cependent, Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous maintenir en sa garde. D'Agen, ce 4 juillet i583.

Je vous supplie vous souuenir du Probus, et du procès de Mons' de Roques, qui est entre les mains de Mons' du Pui.

Vcstre très affectionné seruiteur, Joseph de La Sgala.

A Mons"" de Pithou Procureur du Roi en sa chambre de Justice establie en Guienne, à Perigueux.

' Achille de tfarlay, comte de Beaumont, né le 7 mars 1536, avait été nommé présideat à mortier au Parlement de Paris en 1572, son père, Christophe de Harlay, s'étant démis de cette charge en sa faveur. Il était devenu premier président en novembre 1582, après la mort de Christophe de Thou, dont il avait épousé la fille (Catherine), le 30 mai 1568. Achille de Harlay mourut, non en octobre 1619, comme on Ta si souvent répété, mais bien le 23 ootobre 1616, comme i*a fort bien établi M. C. Defréméry dans une note sur la véritable date de la mort d'Achille I*^ de Harlay {Revue critique du 1»' mars 1879, p. 172-173), note qui complète un article du savant académicien sur les Mélanges de littérature et d'histoire recueillis et publiés par la Société des bibliographiles français (Même Revue ^ n« du -17 août 1878, p. 97-105). Scaliger fut sans doute mécontent d'avoir dédié le plus considérable de ses travaux au beau-frère de JâcquesrAuguste de Thou, car on lit dans le Secunda Scaligerana (p. 365), que tous les membres de cette famille sont avares, omnes avari:

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