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A PIERRE PITHOU
Monsieur,
Je vous remercie très humblement du Rabbi Mose ben Maimon,^ qu'il vous a pieu m'enuoier, lequel j'espère receuoir sur la fin de cette sepmaine.' Car la charrette du Messager n'est encores arriuée. Je croi qu'on me pourra appeler fol, de ce qu'en si malheurenux temps je cherche des liures, la ou il fauldroit plus tost faire prouision de vialicum * pour passer la mer, si ces fureurs de guerre durent.*
^ Collection Du Puy, vol. 496, folio 184.
- Moïse Maïmonide, un des plus célèbres de tous les philosophes juifs, naquit à Gordoue, le 30 mars 1135, et mourut le 13 décembre 1204.Voir,dans \e Moniteur universel du 12 janvier 1857, l'article que lui a consacré M. Ad. Franck (de l'Institut), à propos de la traduction faite par M. S. Munk du Guide des ^^ar^5, article reproduit dans les Etudes orientales du savant critique (1864, in-8o) sous ce titre : Maïmonide, sa vie et sa doctrine.
' On ne peut risquer aucune supposition quant au point de savoir lequel des ouvrages du grand exégète juif avait été envoyé à Scaliger par Pithou. Wolf (Bibliotheca Hebrœa, 1. 1, p. 834-869) n'énumére pas moins d'une trentaine de livres de Maïmonide.
* Viaticum est pris ici dans le sens de argent dont on fait provision pour payer les frais d'un voyage.
* Voir, au sujet de ce dernier membre de phrase et au sujet de de la phrase suivante, la dernière note de la présente lettre.
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Je suis ici attendant quelque faveur du ciel pour réconcilier nos princes, le débat desquels ne se poust passer sans que les pouvres et petitz, du nombre desquels je suis, ne s'en resentent plus qu'eux. Toatcsfois je me console auec celui qui peut tout appaiser.J'atten en bonne dévotion vostre Juvenal * et le Gellius et Macrobius de Carrio.^ Je croi que le Seneca de feu Mons' Muret qui s'imprime à RommC;' el. celui de Schacon Espagnol,* qui s'imprime a Lion,'^ seront publiés
' Le Juvénal de Pithou ne parut qu'en 1586 (In Juvenalis et Persii Saliras variœ sectiones et notœ (Paris, in-8»). Voir ce qu'en dit Grosley dans sa Vie de Pierre Pithou (t. I, p. 220, 221).
* Louis Carrion, né à Bruges vers <547, mort à Louvain, le 23 juin 1595, fit paraître, à Paris (1585, in-8«), Auli Gellii Noctes atticœ. Aucun de ses biographes, pas même le dernier de tous, M. Roulez {Biographie nationale publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, t. III, 1870, col. 523-536), ne
' cite son Macrobe. Scaliger, s'il faut en croire le Secunda Scaligerana (p. 257), reconnaissait qu'il était docte, mais lui attribuait des mœurs infâmes, et le proclamait, en outre, insigne voleur de livres,
Summus fur librorum, ajoutant : « Ce b larron de Garrio m'a
escrit une lettre, par laquelle il me confesse le larcin qu'il avoit fait en deschirant quelques cahiers du Gellius de mon père. Lipsè l'appelle Stellio.yy
' L'Ann. Seneca a M, AnL Mureto correctus et notis illustratus (Rome, 1585, in-folio), édition reproduite à Paris dans le même fprmat en 1587 et en 1598.
* Pierre Giaconius ou Ghacon naquit a Tolède en 1525, Ait chanoine à Séville et mourut à Rome, le 24 octobre 1581 . Là Moréri ui décerne cet éloge : « G'étoit son génie de corriger les anciens auteurs, de rétablir les passages tronqués, d'expliquer les difficiles, et de leur donner enfin un nouveau jour. Il composa des notes sur Arnobe, sur Tertullien, sur Gassien, sur Pompeius-Festus, sur les Commentaires de César, sur Pline, sur Térence, sur Sénèque, sur les origines d'Isidore, etc.» Mais déjà, Giaconius avait obtenu du président de Thou cet éloge bien plus magnifique : « Il fut remarquable par un savoir universel et par la connaissance de l'antiquité
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bien tost.* Mons' Dallecbamps n'attend que ces deux éditions, après lesquelles doit venir la sienne.^ Je lui ai preste
et de la belle littérature, et c'est le seul de tous les savants qui ont fleuri en notre siècle, que l'on puisse comparer à notre Aimar Ranconnet, car il n'a rien mis au jour pendant sa vie, et ses amis ont publié un petit nombre de ses œuvres après sa mort. » yoir d'autres bien flatteurs témoignages sur ce trésor de toute sorte de doctrine, sur ce Varroti de son siècle, dans le recueil d'A. Teissier (t. III, p. 222-226). Je n'y trouve pas cette enthousiaste exagération d'André Schott, rapportée par A. Baillet (Jugemens des savans, t, II, p. 320) : « Son érudition tenait quelque chose du miracle, et il semblait né, ou plutôt tombé du ciel pour corriger et rétablir les auteurs dans leur premier état. » J. Scaliger, qui joué si souvent en ces occasions le rôle de celui qui, à Rome, insultait le vainqueur au milieu des enivrantes joies des fêtes triomphales, l'appelle (Secunda ScaligeranUy p. 268) « honnête espagnol, doctus, » mais remarque avec malice qu'il « a bien failly neantmoins dans son livre de Triclinio. »
* Nous avons déjà vu (lettre XL) que Scaliger était en novembre 1582, à Lyon, où l'on dut l'entretenir de l'édition projetée. M. A. Péricaud (Notes et documents pour servir à l'histoire de Lyon sous le règne de Henri Illy in-8», 4843, p. 89), mentionnant le séjour à Lyon de Jos, Scaliger, en 1582 (sans indication de mois), rappelle que ce fut •alors que Du Verdier communiqua au grand érudit son projet de publication de la Bibliothèque françoise.
* Le Senèque de Chacon ne tarda pas à paraître, comme on s'en assurera en lisant, un peu plus loin,un extrait d'une lettre de Scaliger, du 30 juin 1586 (note 10 de la lettre LXXIII).
* Jacques Dalechamp, célèbre, à la fois, comme médecin, comme botaniste, comme critique, et auquel on doit un traité de chirurgie, l'Histoire générale des plantes, des traductions d'Athénée, de Galien, de Paul d'Egine et surtout la mémorable édition de Pline l'Ancien, ne publia jamais le Sénèque dont il est ici question. On trouvera plus loin quelques renseignements biographiques sur cet érudit. Il est parlé de lui dans le Prima Scaligera (p. 76, 77), où justice est rendue à son mérite ( vir alioqui bene doctus ), mais où on lui reproche une trop grande audace dans les corrections du texte de Pline.
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mon Seneque cscrit à la main non bonœ n(HœJ II est tout entier, mais c'est tout. *
Monsieur, je vous baise très humblement les mains, priant Dieu vous donner sa grâce. D'Abain, ce 23 juillet.*
Vostre
Joseph de La Scala.
• Voir, sur le manuscrit de Sénèque prêté par Scaliger à Dalechamp, les lettres à ce dernier publiées par M. Bernays (p. 309- 313). Dans une de ces lettres, du 6 janvier 1587, il est fait mention du Sénèque de Muret.
* L'année n'étant pas indiquée, je me demande s'il faut rapporter cette lettre à Tannée 1583, ce que semblerait autoriser la place occupée par l'autographe entre un document du 4 juillet de cette année et un document du 31 août de la même année. Mais, d'autre part, la lettre fut écrite à Abain ; or, le 23 juillet 1583, Scaliger ne pouvait être aussi éloigné de la Gascogne, où nous le trouvons le 4 du même mois (lettre XLllI) et le retrouvons à la fin d'août (lettres XLV et XLVI). Quand bien même on admettrait que le nom d* Abain a été mis par inadvertance pour le nom à'Agerij 'il resterait encore à expliquer les phrases relatives aux fureurs de la guerre et à la si désirable réconciliation des princes. En 1583, rien dans la situation politique n'aurait donné raison aux plaintes de Scaliger, et la date la plus probable de la lettre, à en juger par les événements, serait la date de 1585, car, après le manifeste du roi de Navarre ;40 juin), le duc de Montpensier défît les Ligueurs en Poitou et la guerre civile dite des trois Henri ne tarda pas à répandre ses fureurs dans plusieurs autres provinces. En somme, je laisse prudemment la date indécise, tout en conservant à la lettre, en mon recueil, une place qui correspond à celle qui lui est assignée dans le manuscrit.
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A CLAUDE DU PUY
Monsieur,
Je n'eusse différé à vous escrire, n'eust esté que j'ai esté tousjours en Gascogne, hors de tout commerce d'hommes, pour le moins de ceux qui vous peussent faire tenir mes lettres. Car demeurant en ce pais je n'eusse eu faulte de moiens pour vous faire entendre de mes nouuelles, jacoit que partant de ce pais je vous escriuis et adressai un paquet pour faire tenir à Mons'^ d'Abain. J'ai esté ces jours passés à Toulouse, où j'ai receu beaucoup d'honneur, mesmement de Mons' le premier président* et aiiltres de mes bons Seigneurs de la Court de Parlement. Nunquam inverti tantam (idem in Israël.^ Au reste je sai bien, que le vénérable Insulanus * a fait et publié un poème diffamatoire contre moi, de quoi j'estois auerti il y a un an. Mais c'est la coustume que les putains mesdisent des femmes de bien. Je m'asseure qu'il n'a pas mieux dict en ceste dernière badinerie
* Collection Du Puy, vol. 496, fol. 46. -
* Jean-Etienne Duranti, nommé premier président au parlement de Toulouse en 1581, périt à l'âge de 55 ans, massacré par les Ligueurs, le i 1 février 1589. Voir, sur ce grand magistrat et sur sa déplorable fm, YHistoire générale de Languedoc (t. V. p. 430 et suiv. et 645 et suiv).
' Evangile selon saint Luc, chap. VII, verset 9.
* François de l'Isle. Voir le Post-Scriptumàe la lettre XXXVIIL