LETTRE IX
Jetons maintenant les yeux sur la marine marchande anglaise. — Son effectif, au 1"' janvier 4842, d'après un document publié par ordre du parleflient, était, savoir :
En navires à voiles de. 2â,é68 jaugeant 2,859,332 ton. Ennavii'esàvapeurde. 793 id. 96,067
Total. 23,461 2,935,399
Dans ce nombre de navires etvc^t^ w^ ^^^îN»
point compris les bâtiments marchands des In« des et des colonies diverses de la Grande-Bretagne, qui, d'après Gruchleys , sont de 900 et jaugent 100,000 tonneaux.
Au !«' janvier i844, l'effectif était de 23,152 bâtiments, jaugeant 2,937,000 tonneaux , non compris les bâtiments à vapetir.
Cette masse de navires marchands est, sans contredit, la plus considérable qu'une puissance ait jamais possédée sur le globe.
Examinons maintenant Feffectif de la marine marchande de France. Une fois les chiffres posés, les déductions se tireront d'elles-mêmes.
Résumé général de l'effectif au 3i décembre
Navires à voile des i^ l'Océan. 9,7^ijaug. 454,S65
ports de. . . . (la Médit. 5,679 id. 125,197
Navires k vapeur des ( l'Océan. 73 id. 3,405
ports de. . . . ( la Médit. 33 id. 9,759
Total. 15,509 592,924
Sans parler de 5,928 bateaux se livrant à la petite pèche et jaugeant 41 ,40i tonneaux.
Ces chiffres français, comparés aux chiffres anglais qui précèdent, sont, par rapport à ces derniers, d'une infériorité désespérante. Et le temps qui s'est écoulé depuis i842 et 1844 n'a Pu faire qu'accroître cette infériorité. Ce n'est
pas depuis i848, notamment, que nous ayons pu nous occuper beaucoup des accroissements à apporter à cette cause immense de prospérité publique. Nos finances d'une part et ensuite nos agitations politiques offraient un double -et grave obstacle. Nous ne faisons que l'indiquer pour faire comprendre que nos chiffres pris dans des années assez prospères et voisines de nous, n'accusent encore rien de consolant pour l'avenir.
Déjà, en 1859, nos intérêts commerciaux se plaignaient amèrement de cette situation. Nous lisons dans V Industriel de cette même année ce qui suit : « L'Angleterre avait déjà, en 1838, 750 bâtiments à vapeur jaugeant 90,000 tonneaux : la France 82 seulement. Depuis lors l'Angleterre a parfaitement compris tout le parti qu'elle pouvait tirer de cette navigation pour consolider sa puissance politique et commerciale.
« Par un système de spoliation, suivi avec persévérance, elle est parvenue, dans l'espace d'un siècle, à fonder au delà des mers un empire colossal, assemblage immense d'établissements insulaires et de provinces continentales dont la conquête lui assure le commerce exclusif 5 mais tous ces pays divers manquaient d'un lien commun. L'Angleterre, par la vapeur, a établi une sorte de solidarité entre toutes les ^a.iîV.\si.% ^^^^s^
vaste empire : car partout elle a fait des efforts inouïs pour la multiplier ; et non-seulement elle l'emporte de beaucoup sur nous par le ncmibne de ses bateaux à vapeur, mais, ce qui estbite plus important pour elle, par le nombreux personnel d'ouvriers qu'elle a formés et le matériel immense qu'elle possède.
« Pendant que l'Angleterre s'avançait à pas de géant, nous n'avions encore, à la fin de 1859, que 225 bateaux à vapeur d'une force moindre de 11,257 chevaux- vapeur. Il est cependant d'un intérêt urgent pour notre marine et pour la France de marcher aussi dans cette voie, afin de ne pas nous trouver tout à coup bloquéis dà&s nos propres ports. 5»