‹ Lettres franques à Napoléon III, empereur des françaisChapitre 16 sur 26 · LETTRÉ XIII · texte numérisé non relu

LETTRÉ XIII

Prince ,

Vous avez sous les yeux les principauit documents du dëbat. Leur authenticité et leai' caractère historique leur donnent l'impoilance la plus grave. Jamais situation n'a ëtë plus irûiichée ! Jamais des intérêts si grands n'ont ëtë à juger et par vous et par le monde eïitier.

L'Angleterre, vous l'avez vu, se moque de 1»

France en rappelant le mot du grand Richelieu : « La France veut une marine. »

L'Angleterre se moque de la France en rappelant cette pensée d'un diplomate illustre : c( La France est un soldat, » auquel elle répond avec une ironie amère : « L'Angleterre est un matelot, » et ce matelot rit de votre soldat.

L'Angleterre se moque de la France en lui jetant au visage *< le dépérissement de son comu merce, sa langueur incontestable, qui n'a pas « besoin de marins,,, »

L'Angleterre insùFte la France quand, en pai^ lant de nos intrépides marins, elle les appelle des hommes d'embarras dans les m^oments dècisifSy sachant à peine se tenir fermes à la mer dans^ les gros temp^, et autres étrangetës indignes d'un grand peuple.

L'Angleterre insulte la France et l'humanité tout eiitière quand elle répète à satiété et avec une joie féroce : « .... La France ne saurait nous « empêcher, quel que soit l'accroissement de sa « marine , d'incendier ses flottes , ses ports , «c ses arsenaux et de saisir se^ navires marie chands !!...»

L'Angleterre insulte à la dignité et à rindé-pendance de tous les peuples « avec ses corps de tf garde maritimes au moyen desquels les navtu tions étrangères sont placées sous ta police « britannique, »

L'Angleterre insulte àla civilisation du monde quand elle proclame « que le sceptre du monde (( lui appartient... que la domination de la mer « est celle du monde... et que le gouvernement «t anglais n'a rien à craindre pour lui à l'égard u de la domination des àiers. »

L'Angleterre insulte à toutes les lois morales de l'univers quand elle dit par la houche de Pitt et qu'elle traduit par toutes ses actioii^ ce. \sa^tenx sentiment : « Si nous éliotis yv^X.e.'^ xxa^^svi^

« jour, nous n'aurions pas uu an k vivre ! !...»

Qu'est ce donc qu'un peuple qui ne peut pas être juste^ même un seul joun ?. . .

Ce peuple, il faut le dire, existe contre les lois de toute société, contre les lois de Dieu !

Un tel peuple périra tôt ou tard... Votre bras ne se lèverait pas sur lui, qu'un bras plus terrible peut-être, dans un avenir qui ne peut pas être éloigné, écrasera sa brutale insolence et sa perversité...

Qu'il s'en souvienne donc : sans l'assassinat de Paul P*", Londres ne serait peut-être, aujourd'hui, qu'une sous-préfecture française.... — Uno avulso, non,., deficiet alter!

Chez toutes les nations du globe, la politique n'a que deux courants, le principe ou l'intérêt -r- ou ces deux choses simultanément. Le principe s'avoue; l'intérêt aussi. L'un et l'autre, dans l'acception qui leur est universellement donnée, impliquent un sens moral qui n'effarouche ni les idées de droit, ni les idées de justice.

L'Angleterre ne professe ni l'une ni l'autre de ces deux politiques : car soii principe est la négation de tous les principes , comme son intérêt est la négation de tous les intérêts.

L'Angleterre a pour maxime : Maintenir l'anarchie chez autrui pour maintenir la dictature

universelle que cette anarchie rend facile. Sa politique est donc, par ce côte , toute proudhonienne. Elle a donné raison à l'auteur des Con-tradictions sociales.

Vous devez, Prince, donner raison, à votre tour, h la France, en apprenant aux peuples que la civilisation n'est pas plus le brigandage en gants jaunes que la propriété n'est le vol légalisé.

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