‹ Lettres franques à Napoléon III, empereur des françaisChapitre 17 sur 26 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

La France veut une marine! Cela fait rire messieurs les Anglais... Rira bien qui rira le dernier.

Elle la veut, et elle l'aura.

Les temps n'ont pas encore parlé... Des peuples non moins orgueilleux que la Grande-Bretagne ont cessé d'être... Carthagc ^o^%4.^X«cv\.>iJv»s. d'or que Rome, et l'on se deiusiTv^^ «v\Yivvc^>^^^

où gisent même les ruines de Cartbage!.., JEt Rome était soldat et Carthage matelot ! . . .

U y a jnoins de deux siècles, la France avait une marine et la marine la plus puissante du monde. Elle s'e^n servait non point pour dominer, pour subjuguer, pour écraser, mais pour repoussc^r d'injustes agressions. Elle ne disait point, avec un fol orgueil : « Je suis la reine du monde ! » quoiqu'elle eût eu quelque droit. à tenir un tel langage. Elle s'abaissait moins encore à l'ignoble rôle de policière des mers...

La France n'avait point élevé h l'état de piraterie nationale et de brigandage universel un des plus beaux instruments de la fortune et de la civilisation des peuples. Elle ne disait point aux nations : «( Je vous brûlerai vos flottes et «« vos villes, vos arsenaux et vos ports ; je courte rai sus à vos navires marchands ; je ferai sur « mer ce que font sur terre les voleurs et les « assassins !!...» — La France, forte et éclairée, a toujours été généreuse envers ses inférieurs, protectrice .pour les faibles, magnanime pour tous.

La France veut une marine! — c'est un droit, c'est une nécessité de sa position. Elle n'a pas cessé d'avoir 500 lieueis de côtes; elle n'a:pas cessé çl'étre baignée par l'Océan et la Méditerrsaaée ; elle n'a pas cessé d'fi^yoir, elle aussi, 4es

hommes k la poitrine ceinte d'un triple airain. Elle les avait sous Louis XIII et iouis XIV ; elle )es avait sous Louis XV ; elle en était encore illustrëç sous Louis XVI, comme plus tard sous la république. Pourquoi ne les retrouverait-elle pas?...

On a pitié vraiment de ce langage , qui serait déjà une méprisable injure dans la bouche d'un homme quelconque , et qui prend le caractère d'une de ces insolences que nos trente Bretons feraient payer cher aux trente Anglais j dans des champs nouveaux , s'ils venaient à s'ouvrir ; — on a pitié d'entendre ces fanfarons d'outre-mer dire de nos marins que ce sont « des hommes d'embarras dans les moments décisifs... »

Étaient-ce des hommes d'embarras que ceux commandés par les Suffrcn, les Duquesne, les Duguay-Trouin, les Jean Bart et les Tourville ?

Étaient-ce des hommes d'embarras que ceux commandés par le comte d'Estrécs à Solebay, — que ceux qui écrasaient la Hollande et l'Espagne à Stromboli, Agousta et Palerme, -r- que ceux qui, à la journée de la Hogue, osèrent avec 44 vaisseaux en attaquer 88 , abîmés par nous ?

Sont-ce donc des hommes d'embarras ceux qui, dans les luttes corps à corps ^ ne laissent pas à l'Angleterre un seul exemple de succès k ûvn^~ quer, elle qui dans la guerre de& €iç»çadk5içi,^ ^ ^'^^

si souvent épouvantée de notre résolution et de notre audace?...

Sont-ce des hommes d'embarras ceux que ta as vus combattre, à tes côtés, à Navarin?...

Non, non! superbe Angleterre, tu n'es pas invincible! Quand on met la main sur le cœur de la France, on sent k ses battements que, malgré ta puissance, elle te dédaigne encore et qu'elle a dans les veines un sang qui peut faire un jour frissonner le tien...

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