POST-SCRIPTUM
Prince,
Je rouvre cette lettre pour y rappeler encore la plus vive de mes préoccupations :
Méfiez-vous des Anglais du dedans autant et plus peut-être que des Anglais du dehors !
L'ignorance, on peut le dire, de la plupart de nos publicistes et de nos hommes d'État, la
bonne foi de quelques autres, vers la fin du siècle dernier, les ont rendus apôtres fanatiques des doctrines anglaises. Les constituants de 1789 les plus influents, abusés par des formes trompeuses, se sont faits Anglais sans le savoir. Ils croyaient voir la perfection des institutions politiques dans une constitution qui n'en renferme que l'hypocrite semblant. C'est sous l'effet de ce mirage funeste que Necker proposait, on le sait, de faire proclamer comme constitution de la France, à la tribune, par un homme à la voix de Stentor y la constitution anglaise!... — Quel aveuglement ! ! ...
Si ceux-là se trompaient, que Dieu leur pardonne...
Mais il n'est plus permis aujourd'hui de se tromper, sous peine de forfaiture.
Nous n'avons rien en France qui ressemble à l'Angleterre : disons-le sans cesse.
Les Anglais sont protestants , les Français sont catholiques.
Ils sont aristocrates , nous sommes égalitaires.
Ils sont les pères du privilège et du monopole en tout , nous sommes les initiateurs et les propagateurs du droit commun.
Les Anglais sont pour toutes les restrictions , les Français sont pour toutes les \\bexV.è.s.
En Angleterre, la terre forme un domaine privilégié ; en France , elle peut appartenir à tous.
L'Angleterre est la patrie des castes, en France les castes sont à jamais abolies.
L'Anglais ne rêve que le trouble et l'anarchie pour s'enrichir des dépouilles des raincus; le Français ne rêve que la civilisation^ l'émancipation et la grandeur des peuples.
L'Anglais ne communique que le poison ; le Français porte la vie dans toutes les contrées où il pénètre.
Nous ne sommes donc et nous ne pouvons être Anglais par aucun côté.
Être Anglais, en France, aujourd'hui, c'est être plus que traître; c'est être parricide!...
Louis -Philippe était Anglais jusqu'au boul des ongles... cela se comprend. Son gouvernement, ses ministres étaient Anglais ; cela se comprend encore. Tous les enrichis et les cor rompus qui l'entouraient étaient Anglais ; c'est i eux aussi que nous devons le droit de visite l'indemnité Pritchard, l'abaissement continu ei la politique chapeau bas ! !...
Entre Louis-Philippe et la constitution de 89 nous avons eu aussi des Anglais du dedans d< la pire espèce. C'est à ceux-ci que nous devons en grande partie, l'invasion étran^ère^ l'accep-
tation des traités de i8i5, les malheurs de la patrie!... — C'est à eux, sans partage, c'est aux doctrinaires que nous devons la charte de 1814; — c'est à eux que nous devons la révolution en 1830 et toutes ses turpitudes !...
Si l'on a pu dire : « la révolution, c'est l'orléânisme! » c^est parce que Vorléanisme est anglais avant tout, pour tout, par-dessus tout; — c'est parce que l'orléanisme, bavure de 93, est vendu à l'étranger, vendu à l'Anglais ! . . , — c'est parce que rien ne coûte à l'orléanisme (et nous avons eu le temps de le voir pendant dix-huit ans ! .. .) pourvu qu'il trafique misérablement des intérêts, de l'honneur et de la dignité de la France.
Prince,
C'est aux Anglais du dedans que nous devrions encore, en grande partie, une nouvelle invasion de la France par l'Europe continentale, si elle n'était conjurée : car leurs vœux impies, soyez-en sûr, l'appellent et voudraient la voir triompher ! ! . . .
Lorsqu'ils disent ; u Tout par les Anglais! » nous leur répondrons avec mépris : « Tout par « les vrais Français ! tout contre les Anglais î ! »
Anathème donc aux Anglais du à^Ao.w^V .*.
Mort aux Anglais du dehors ! ! ...
Tout pour la France vraie et par la France !
La France ne poussera jamais d'autre cri.
Du nord au midi, du levant au couchant, le sentiment est le même ; tous les Français sont unis dans cette pensée d'honneur et de dignité. Et c'est avec une vérité profonde que le poëte a pu dire :
Et la Vendée aiguiserait son glaive Sur la pierre de Waterloo .' !