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•plnlon de M. le comte de Flcquelmont j sur la pollliqne de l'Angleterre ¥Ui-à-Ti« de l'Europe.
(Extrait de son livre intitulé : Lord Pahnerston , l'Angleterre
et le Continent) (i).
Lord Palmerston, ce fougueux ennemi de la France comme les Pltt, les Melbourne, les Canning et les Gastlercagh, disait, nu mois de juillet 1850, au banquet qui lui fut donne par le club de la réforme au sujet de l'affaire de la Grèce
{{) En vente chez A. Labroue et C^, 36, rue de la Fourche , à Bruxelles.
qui a pris le nom de don Pacifico : «c II n'est u aucune partie du Grand-Océan, qui couvre une «( si vaste partie de la surface du globe, qui ne t( voie flotter nos vaisseaux et nos marchan- (( dises ; il n'y a aucun pays rapproché ou (( éloigné, sauvage ou civilisé, où l'on ne trouve t( des Anglais, etc. » Et autres fatuités de cette espèce.
A quoi M. le comte de Ficquelmont répond, entre autres choses : « .... Le dernier recense- (( ment de la population d'Irlande a montré que, u depuis dix ans, quatre cent cinquante mitte fa- (! milles ont abandonné leur pays eti lui ont été u enlevées!... (T. 1", p. 142.) L'histoire a le ic droit, continue l'ancien président du conseil « des ministres d'Autriche, de constater si, dans u la part que l'Angleterre a prise aux événe- (t ments, il y a eu plus d'ambition que de sa- <c gesse ; si dans la mesure des intérêts la balance «( a toujours été celle de la justice... La prétenn tion proclamée par lord Palmerston, au nom « de l'Angleterre, d'être le Ugislateur du mondey « d'être arbitre souverain entre les peuples et « les gouvernements, cette prétention donne à ic tous ses contemporains le droit de lui déclarer u qu'il n'est aucun homme, sur la terre, qui t( puisse réunir en lui assez de savoir, de sa- «( gesse et de qualités, je ne dis pas pour ac-
« eomplîr , mais pour oser entreprendre et u proclamer une pareille mission! !,.. (Ibid. tt page 145.)
M. le comte de Ficquelmont parle de l'oulrecirîdaiïce britannique avec une modération que sa position explique, mais que nous ne pouvons garder au même degré. M. de Ficquelmoat est Autrichien et nous sommes Français. £t toutes les fois que nous entendrons un Anglais, grand ou petit, dire que l'Angleterre est la législatrice du monde f V arbitre souverain des peuples, notre sang bouillonnera dans nos veines et nous formerons des vœux pour que Dieu arme un bras assez puissant pour abaisser son orgueil... Que dis-je ! ce bras existe; il n'a plus qu'à frapper !
On rencontre, dans le même auteur, ces observations aussi judicieuses que profondes :
«... Gênes et Venise ont été des États conqué- (t rants, marchands et colonisateurs. Leur déca- «( dence politique a suivi la décadence succès- « sive de leur commerce, la perte de leurs » conquêtes et celle des riches échelles qu'elles « avaient fondées dans le Levant.
«t ... La répuUique de Gênes a perdu, comme
u Venise et par la même cause (l'invasion de^ « Turcs), toutes ses possessions dans le Levant...
•( Dès que la Hollande se fut affranchie de la « domination espagnole, la liberté politique « qu'elle venait de conquérir avec son indépen- <{ dance en fit un peuple colonisateur et mar- <( cliand. Aucune histoire ne prouve mieux que <i la liberté politique ne peut trouver la condi- « tion de sa durée que dans la liberlé d'expan- « sion, La perte de ses colonies en fit sur-le- « champ une province de l'Empire français!,.. (( Ce ne fut qu'en lui rendant ses colonies que te l'Angleterre lui rendit aussi sa politique. Tous (( ces exemples nous donnent l'incontestable <( droit d*établir comme axiome, que toute li- « berté politique empêchée de faire usage de la « force d'expansion qui lui est inhérente doit « finir, en se détruisant elle-même, par con- « duire un Etat à des principes diamétralement «< OPPOSÉS à ceux que cette liberté avait pour « objet d'établir. » (Ibid., p. 147, 148 et 149.)
Rien n'est plus vrai par rapport à la France. N'est-ce pas, en effet, depuis que, par suite de l'invasion de nos colonies par les Anglais, nous ne pouvons plus faire usage de notre force d'expansion, que notre commerce éprouve des détresses qui engendrent, les Anglais aidant, des commotions périodiques qui compromettent tou-
jours de plus en plus la fortune publique. Je dis u les Anglais aidant » ; M. de Ficquelmont va • expliquer le sens de ces paroles pour la France comme pour tous les peuples du monde , dans les passages que nous allons rapporter dans l'article suivant.
« La politique que poursuit l'Angleterre est, depuis longtemps, marquée du sceau de la contradiction la plus manifeste. Peut-être n'avaitelle pas encore, dans les temps antérieurs, la conscience du mal qu'elle préparait à l'Europe... (P. U9.)
«( Dans le temps où l'Angleterre se bornait à gêner l'activité commerciale, soit par la guerre, soit par des traités de paix et de commerce, elle n'avait pas encore été conduite par les événements qui datent de la première révolution de France à exercer une action directe sur l'organisation sociale des États. Aujourd'hui, cette action, élevée à la puissance d'un système politique, LES appelle tous a la liberté, tandis que toutes les voies d'expansion sont plus que jamais fermées a cette liberté! !...
u Comme la contradiction que je signale est la plus grave de toutes les causes qui agitent UEu-
rope, je crois devoir renoncer dans les termes les plus précis.
€ Pour être sincère, l'Angleterre doit, si elle veut continuer à s'opposer au développement des forces et des relations maritimes de l'Europe, cesser de Vexciter sans cesse, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, éprendre les formes de gouvernement les plus libres; car alors elle ne lui donne, comme nous avons le malheur d'en être les témoins, que les convulsions de la liberté sans aucun de ses avantages ! . . •
« Si elle veut, au contraire, par un calcul que je ne saurais expliquer, parce qu'il m'est impos-^ sible de le comprendre, ne pas cesser d'appekr tous les peuples à la liberté, elle doit alors> ouvrir toutes les voies au mouvement qui produit nécessairement la liberté. » (Ibid., p. 149-151.)
Voilà bien la politique de l'Angleterre résumée tout entière dans ce peu de mots !
Exciter partout, dans une pensée d'infâme machiavélisme, les convulsions de la liberté, sans aucun de ses avantages!!,,, bouleverser, ruiner, faire le chaos et s'offrir comme réparatrice des désastres affreux qu'elle a causés! î...
Nous ne blâmerons certes pas, en elle, le sentiment d'humanité (si tel est son caractère) qui la porte à recueillir les débris errants de toutes les démagogies européennes... Mais n'est-ce pas
avec ces débris que Canning insultait la France en lui jetant à la face u qu'il tenait dans ses mains la paix et la guerre? » N'est-ce pas avec de tels débris que Palmerston lui-même Gouve de telles pensées?.,. N'est-ce pas pour les plus sinistres desseins que TAngleterre donne l'hospitalité à tous ces enfants perdus des révolutions avortées, à tous ces démolisseurs émérites de toute organisation sociale?
Âh ! M. de Ficquelmont l'a dit, et son langage a stéréotypé l'infamie de la politique anglaise, outrageante pour l'humanité.
Peuples ignorants ou stupides, laissez-vous prendre maintenant aux amorces des Anglais !
Croyez à la liberté qu'ils vous apportent ! Confiez-vous à leurs calculs ténébreux et infernaux î Jetez-vous dans les bras de ce peuple qui vous offre, des lèvres, la liberté pour vous étrcindre, vous égorger et vous dépouiller ensuite !.. .
On vient de vous dire avec l'autorité de la position, de l'expérience et du savoir, — on vient de vous dire avec la révélation du génie, ce que senties Anglais... Y croirez-vous maintenant!!!...
Comment interpréterons-nous , à présent , ce passage d'un jeune publiciste moderne, relatif à l'homme politique que M. de Ficquelmont vient de représenter avec une vérité si saisissante?
4(... Si, de nos jours, lord Palmerston a «u /atre u naitrCy chez nous, des illusions qu'il a ensuite u exploitées à son profit, tant mieux pour son « pays^ tant pis pour le nôtre! » (T. P% p. 135.) Jedirai à mon tour : tant pis pour M. 0. d'Haussonville! — 11 n'est pas permis de jouer avee une telle légèreté sur la bonne foi publique, la morale publique, la dignité humaine. — M. Ficquelmont, Autrichien, est, je regrette de le dire, cent fois plus Français, par l'élévation de la pensée, que le gendre de M. de Broglie...
•plnlon de M. O. d'Haa««on¥llle «ur la poli* tique de i'Augielerre Tls-à-Tls de la France.
(Extrait de son livre intitulé : De l'Histoire de la politique extérieure du gouvernement français, 1830-1848-1852.)
Je viens de citer M. d'Haussonville. J'ai besoin d'en parler encore et de mettre sous les yeux du lecteur les passages où il émet son opinion générale sur le régime de 1830. Ils feront mieux connaître que toute autre chose la portée de l'intelligence politique de cet écrivain et la pensée intime des Anglais de l'intérieur,
« Après la révolution de i850, dit-il , Tal- K liance de l'Angleterre et de la France a été
« mieux qu'une profonde combinaison poli" a Uque; elle a été, pour ainsi dire, le cri m- « stinctifdes deux peuples... Nous n'oublierons « jamais avec quelle confiance, des deux côtés u du détroit , gouvernement et pays oublièrent, tf à cette heureuse époque, leurs yieilles quc- M relies , comme si elles ne devaient jamais re- « naître, et se jetèrent ensemble dans l'avenir « avec une généreuse ardeur. De pareils entraîu Bcments ne sauraient durer, mais Us honO" « rent les nations qui les éprouvent et qui s'y « abandonnent. La révolution de juillet causa « en Angleterre, dans toutes les classes, une imu pression extraordinaire. La masse entière de « la nation anglaise salua avec enthousiasme un M mouvement populaire qui lui rappelait la re- <( volution nationale de 1688, berceau de la dy- M nastic régnante. Chez nous, c'était même « ardeur et une égale sympathie pour ce peuple « qui avait combattu si vaillamment pour le € maintien de ses libertés, dont les annales « étaient comme un livre prophétique où nous « nous flattions alors de lire nos destinées. Les «( multitudes ratifiaient spontanément par leurs «( acclamations l'œuvre calculée des politiques t( habiles.
(( C'est que l'accord de TAfigleterre et de I France porte des fruits que ne produira jama
«t aucune alliance!!!,., 11 amène le maintien de «< la paix, et d'une paix comtaamment favorable «A NOTRE influence!!!... Quand, de concert « avec l'Angleterre, noas pouvons travailler au «c développement régulier des institutions mou demes en Europe, nous avons l'avantage de u remplir notre mission libérale sans prendre la « physionomie révolutionnaire. » (T. i'Sp. Ii7, ii8etli9.)
Tout l'ouvrage de M. d'Haussonville est de cette force-là. C'est, d'un bout à l'autre, la même logomachie adulatrice sur les personnes et sur les dioses.
M. d'Hausscmville, il faut le lui dire, n'a point fait une histoire sérieuse de notre politique extérieure de 4850 à 1848. Son ouvrage n'est qu'une fade réclame en faveur de la politique de Louis- Philippe, autrement jugée par la France et par l'Europe entière.
Que signifient toutes ces bouffissures de style, toute cette lourde obésité de langage, traînant, en queue, un panégyrique plus qu'ébouriffant de notre alliance avec l'Angleterre et des fruits d'icelle, avec un épîthalamc à notre influence gagnant tous les jours de volume en marchant sous le drapeau anglais?... Tout cela fait assez l'effet, pour la France, de Jeannot emboîtant le pas derrière son sergent...
Elle a été belle la part d'influence delà France dans la question belge, dans la question polonaise, dans celle d'Italie !
Elle a été belle la part d'influence de la France dans la question d'Orient !
Oh ! qu'elle a été belle dans ce traité du i 5 juillet 1840 de nos bons amis les Anglais, dont Vaccord a produit des fruits à nuls autres pareils, — dans ce traité conclu sans l'adhésion de la France, à l'insu de la France, contre la France!!...
Oh! quelle a été magnifique la part de la France dans la sanction du droit de visite , dans l'indemnité Pritchard! ! ! Qu'en dites-vous?
Dans la question belge, Louis-Philippe et son gouvernement ont été anglais , — dans la question polonaise, révolutionnaires, — dans la question d'Italie, lâches et stupides..., le tout pour plaire aux Anglais.
Dans la question d'Orient , Louis-Philippe et les siens ont été les porte-queue des Anglais; -^dans le traité du i 5 juillet, ils ont été conspués par les Anglais... qui ne leur devaient que le mépris.
Dans la sanction du droit de visite comme dans rindemnité Pritchard, oh ! ici , les expressions manquent pour rendre notre admirable abaissement devant les Anglais... 11 faut se couvrir le
froot et cacher sa rougeur jusqu'à ce qu'un autre soleil se lève à l'horizon...
M. d'Haussonville insiste, et voici de quelle manière il pose la thèse de la politique générale eu face du gouvernement du 24 février :
. « La nouvelle république française aurait tort « d'être plus dédaigneuse que ses devanciers et « de rejeter en bloc l'héritage qui lui est échu. « Il ne parait pas d'ailleurs qu'elle y songe. « Lors de son avènement, elle a trouvé résolues <c bien des affaires qui avaient eu dans le temps «( leurs difficultés. Les questions de Belgique, « d'Egypte, du Maroc, du droit de visite, de « Taïti et d'Espagne sont aujourd'hui réglées, u Rien n'a jamais indiqué, de la part du gouver- « ncmcnt de février, l'intention de les reprendre « pour son propre compte. Excepté les héros de « RisquonS'Tout, personne n'a tenté, à notre « connaissance, de réunir la Belgique à la France. « Nous n'avons pas entendu dire que M. de «( Lamartine ou M. Ledru-Rollin lui-même aient « eu la velléité de rendre la Syrie au vice-roi <c d'Egypte, ou de conquérir le Maroc. Notre <( ambassadeur à Londres n'a pas, que nous sa- « chions, été chargé jusqu'à présent de dénon-
• crr ks traies qui ont rapbcé le dnft de « r'mit. Le» joornaux ne doqs ont pomt apprô « qn'aoean raisseaa français soit parti (k nos « porté pour aller détrôner la reine Pomaré.
« On n^est point retenu sor Findemnite Prit- « eiiard* La répabliqae n'a pas, av yq de qoi « que ee soit, pris une attitude nomrdle « « Europe, en Orient, an M aroe, sur la eôle ocei- « dentale d'Afrique on dans la mer Pacifique... « La république recueille les fruits de Fandenne « politique extérieure. » (Ibid , t. I , Intred. , p. 6 et 7.)
Voilà un défi cruellement proposé an gouTernement de février... Il me rappelle ce passage du testament de Louis XIV, où il e^ dit :
« Quiconque acquiert de la gloire me vole ma M gloire. » Prenons Fantithèse de cet oi^eilleux sentiment^ el nous aurons justement la pensée des politiques de 1850, qui disent assez explicitement : » Quiconque acquiert de la * honte me vole ma honte ! » En effet , le régime (le 1 850 en a été assez riche pour pouvoir être volé sans être dépouillé...
Si les hommes de février ont été aussi împuis«
sants (|ue les Anglais de 1850, qu'est-ce que
cela prouve? que le sentiment national n'était
pas pour eux, n'était pas avec eux.
M, d'ilaussonville aurait-il osé en dire autant
des Bourbons de la branche aînée? C'est parce que ceux-ci ont conquis l'Algérie malgré l'Angleterrey c'est parce qu'ils allaient briser les traités de 1815, que les Anglais ont fait chez nous 1850 , favorisé et soutenu l'usurpation de Louis-Philippe. — N'est-ce pas un Anglais qui, le 27 juillet, a tiré le premier coup de fusil sur la garde royale?...
Que la France ait un gouvernement vraiment français, et neus verrons la portée des paroles sarcastiques des Anglais du dedans.,.
Savez-vousce qui rendheureux M. d'Haussonville, ce qui fait bondir son cœur de joie, ce qui exalte son patriotisme ébréché?... C'est que l'indemnité Pritchard, proposée par le pouvoir, acceptée par les chambres, napas été payée par le gouvernement de Louis-Philippe !
En d'autres termes, Louis-Philîppe s'est mis à terre pour conserver son influence auprès des Anglais, mais il s'est fièrement relevé en volant Pritchard ! ! !
Eh bien ! puisqu'il le faut, battons des mains avec M. d'Haussonville ! Pritchard a déteint sur Louis-Philippe !!!... Bravo !
De la décadence de l'Ansleterre^ par M. Ledm-
Rolllit (4).
M. Ledru-Rollin a publié, en 1850, un ouvrage qui porte le titre que nous venons de rappeler. Cet auteur croit à la décadence de la Grande-Bretagne, et il cherche à l'établir par deux raisons générales : Tune tirée des pronostics lugubres qui' annoncèrent la fin de Rome et de sa puissance, quoi qu'en ait écrit TertuUien, lorsqu'il disait : u On est sûr de trouver partout n un de nos navires, partout un peuple, un <( État, partout la vie. Nous écrasons le monde (( de notre poids ! Onerosi sumus mundo, »
paroles qu'il appuie de ce passage de Montes- Ci) En vente chez A. Labroue et C«, 36, rue de la Fourche, à Bruxelles.
quicii : h La fortune des empires maritimes ne «c saurait être longue, car ils ne régnent que par » l'oppression des peuples. Et tandis qu'ils s'é- <t tendent au dehors, ils se minent à Fintcrieur; n — l'autre, tirée de la Constitution anglaise ellemême et de l'état économique où se trouvent places les regnicoles du royaume-uni.
Et, ajoute cet auteur, » Tertullien avait à peine achevé sa phrase, que cette grandeur matérielle, minée au cœur, s'affaissait sur ellemême; on entendait dans le lointain les pas des barbares... Les barbares, pour l'Angleterre, ce sont ces tribus d'hommes qui élèvent vers le ciel des bras décharnés, en demandant du pain; c'est tout un peuple dont la vie dépend des chances d'un marché universel qui se fermera demain, soit par la paix, soit par la guerre : car la guerre tue le commerce, et la paix élève des fabriques rivales ; c'est le salaire qui, comme le dit Adam Smith, baisse et baissera sans cesse jusqu'à ce qu'il ne reste plus, d'un côté, que des monceaux d'argent, et, de l'autre, des monceaux de morts. Voilà les plaies béantes , invétérées, inguérissables de l'Angleterre, plaies dont aucune nation n'offre à l'heure qu'il est un plus lamentable tableau. »
Je déteste les Anglais, comme peuple, comme nation, autant et plus que M. Ledru-RoUin^
mais ma haine, toute justifiée qu'elle est, ne me porte pas encore à juger de la situation de l'Angleterre aussi défavorablement qu'il le fait. Je voudrais que M. Ledru-Rollin eût raison, et que la décadence de ce peuple suivit, comme il le dit de Tertullien, l'achèvement de sa phrase; mais les choses n'en sont pas là.
Lesabus de l'aristocratie foncière, commerciale, politique, cléricale, universitaire et judidaire existent depuis longtemps. Ils sont, pour la plupart, plus que regrettables : ils sont odieux. Mais ce ne sera jamais par ces cotés que l'Angleterre donnera des signes mc{^nt8 de décadence. La décadence de l'Angleterre viendra du dehors et non du dedans, parce que, comme le dit magnifiquement Montesquieu, u les empires maritimes ne régnent que par l'oppression des peuples,., »
M. Ledru-Rollin voit des signes plus évidents de décadence : 1* dans la misère, qu'il dépeint avec quelque exagération , des classes agricoles et manufacturières ; 2° dans les révélations contenues dans la lettre adressée, en juin 1849, par l'amiral Napier à lord John Russell ; 5® dans les résultats d'une enquête publiée par VEdinburgh^ Magazine sur la situation des propriétaires et des constructeurs de navires.
Sur le premier chef, je répoudrai que M. Léon Faucher^ dans ses Études sur l'Angleterre, nous
en a plus appris que M. Ledru, et qu'il a jugé la situation de la Grande-Bretagne avec plus de sagacité, plus de savoir et de lumières que M, Ledru. Et M. Faucher n'a pas vu de si près k décadence annoncée; je crois qu'il a raison.
Sur le second, je ne crois pas plus à l'amiral Napier, disant : <c Les Français ont une marine à n vapeur bien plus puissante que la nôtre, » que je ne crois le prince de Joinville , disant : » La « France n'a qu'une marine k voile et à vapeur « qui n'en a que le nom. »» — Exagération des deux côtés. L'Angleterre n'est pas, sous ce rapport, ce que dit l'amiral Napier; la France n'a pas l'infériorité désespérante signalée par Joinville. Il y a des chiffres officiels des deux côtés. L'une et l'autre de ces puissances sont mécontentes d'une position qu'elles dissimulent l'une et l'autre ; voilà ce qui est vrai.
Sur le troisième grief, M. Ledru-Rollin est moinsconcluantqucsur tous les autres. — Ce qu'il y a de certain , c'est que la marine marchande d'Angleterre comptait, au i^ janvier 1848, trente-trois mille six cent soixante et douze navires, manœuvres par deux cent trente-six mille soix€mte'nenf hommes, — Que quelques-uns de ces navires fassent en souffrance de travail ou de réparation, cela ne prouve rien. Ils y sont, donc ils travaillent. — Si nous ouvrloiis wsa
enquête sur le personnel et le matériel de la marine française, qui forme à peu près le quart de ce chiffre, notts y lirions bien autre chose. Nous devrions nous écrier alors, avec M, Raudotf que nous sommes en pleine décadence; mais nos alarmes ne doivent pas aller jusque-là. Notre décadence (si décadence il y a) n'est que relative ; elle n'a aucun des symptômes qui annonçaient la ruine des peuples navigateurs qui ne sont plus. Nous ne sommes que malades, et nous pouvons guérir. Et nous guérirons.
M. Ledru-Rollin est plus vrai lorsque (p. 178 et suiv., t. 1), il trace la politique extérieure de l'Angleterre; il est incisif, émouvant, parce qu'il entre, là seulement , dans les entrailles de la question. Son chapitre Y serait parfait si, cédant à de tristes préoccupations qui devraient avoir lassé son esprit, il ne disait pas, entre autres niaiseries sur lesquelles il y a chose jugée par l'histoire : « ... Sous la monarchie, les mi- « nistrcs de la France la vendaient à l'Angle- « terre... » Je lui pardonnerais de n'avoir attaché cette accusation qu'à Dubois ou à un d'Orléans; mais l'indiquer comme principe de conduite, ce n'est que de la passion, de l'aveuglement. — M. Ledru sait aussi hien que moi que l'Algérie a été conquise malgré les Anglais, — que les traités de 1818 allaient être hrisés
malgré les Anglais. Il sait que la branche ainée n'aurait jamais accepté le droit de visite, qu'elle ne se serait jamais salie par l'indemnité Pritchard... Il sait que les Anglais ont toujours détesté la branche aînée, parce qu'elle n'a jamais consenti à passer sous les Fourches Gaudines de l'Angleterre. £t ce n'est pas une des moindres raisons qui, avec beaucoup d'autres, nous font garder estime, affection et dévouement pour elle.
Oui, nous le répétons, nous sommes fiers de notre affection pour la maison de Bourbon, parce qu'elle est détestjêe des Anglais!...
Je conclus : Pour que le mal disparaisse, il faut l'écraser dans son œuf. Ce ne sont pas les Indes ou tout autre point étranger qu'il faut envahir; on ne nous le permettrait pas, nous ne le pourrions pas. C'est au cœur de la Grande-Bretagne qu'il faut s'avancer, c'est l'esprit anglais qu'il faut détruire chez lui. Alors la décadence de l'Angleterre sera une vérité. Dire et faire autre chose, c'est divaguer. Le temps des déclamations est passé; la parole ne doit plus être qu'à l'action et à l'action la plus grave et la plus décisive.
VréhmhîUiém et «•Bflé^aeiic«« d*WB« deseeMte
(EiLtrait de VEdinburgh Retiew, — Novembre 1852.)
La marine britannique n*a pas seulement à protéger le cœur de l'empire britannique; l'Angleterre possède, dans toutes les parties du monde, des colonies et des établissements dont chacun a besoin d'être surveillé, non-seulement parce qu'un certain nombre de sujets anglais y résident, mais parce que chacune de ces colonies, chacun de ces établissements est uq entrepôt pour le commerce auglais, offre à la marine com merciale anglaise un lieu de refuge et un poir d'approvisionnement. Les relations politiques c l'Angleterre avec les autres États sont d'ailleu
nombreuses et compliquées. Ainsi elle est engagée par des traités à protéger Findépendancc du Portugal, à coopérer avec la France et les États-Unis à la suppression de la traite, à maintenir l'intégrité du petit royaume de Grèce, à jeter son poids dans la balance, dans le cas où quelqu'une des grandes puissances du continent se montrerait disposée à empiéter sur les droits de ses voisines, tels qu'ils ont été généralement reconnus.
Cependant, le commerce anglais expédie ses navires non-seulement dans tous les ports de l'Europe civilisée et de l'Amérique du Nord, mais en Turquie, en Egypte, dans les établissements hollandais et autres de l'archipel Indien, en Chine , dans les fleuves d'Afrique , dans les États de l'Amérique du Sud; il demande, et il en a parfaitement le droit, à être protégé, sur tous ces points, dans ses opérations légitimes. Or donc, parce qu'il parait maintenant qu'il n'y a pas dans la Manche de forces suffisantes pour rendre impossible une descente en Angleterre, faut-il renoncer tout k coup à l'exécution des traités, retirer au commerce anglais, dans les contrées lointaines, la protection qui lui est due, abandonner, à qui voudra les prendre, des établissements qui ont coûté tant de sang et tant d'or? Il n'y a pas, en effet, d'illusion à se faire
k cet égard; ces établissements devront être considérés comme bien et dûment abandonnés, si, après une rupture avec la France, par exemple, ou avec la Russie, ou même avec toutes deux, il ne leur reste d'autre protection que celle des garnisons militaires insuffisantes qui les occupent actuellement. Un tel abandon serait à la fois impolitique et injuste; il n'atteindrait pas d'ailleurs le but qu'on se propose : c'est cette action multiple et incessante, ce service dans toutes les mers et sous tous les climats, qui font de la marine britannique l'admirable instrument que nous voyons. Rappelez vos navires de guerre pour les entasser dans la Manche, où, h la moindre apparence de gros temps , ils chercheront un abri dans les ports d'Angleterre , et les matelots anglais ne tarderont pas à devenir ce que sont les matelots russes et français, des marins de beau temps, et pas autre chose. A part donc les considérations d'honneur national, et cette protection que l'État doit à tous ses citoyens, la position particulière de l'Angleterre, position qui exige qu'elle soit la première puissance maritime du monde, lui inspire l'obligation d'exercer ses vaisseaux et leurs équipages dans toutes les parties du globe. En examinant les grands et nombreux intérêts qui sont en jeu, nous ne saur/ons vraiment indiquer une seule sUUou uavale^
sans en excepter les côtes d'Afrique elles-mêmes, dont on pût dire avec raison qu'elle possède plus de bâtiments de guerre quïl ne lui en faut.
En vain objectera-t-on que la guerre n'éclaterait pas assez soudainement pour que le gouvernement anglais n'eut pas le temps de concentrer dans la Manche des forces suffisantes pour empêcher une descente. On peut être, et il est même probable, qu'on sera assez longtemps sous le coup d'une menace de guerre, avant que les hostilités ne commencent. Mais il est déjà arrivé que la guerre a été imminente, comme dans les affaires de Taïti et de Saint-Jean-d'Acre, sans cependant éclater; et Ton est si disposé, en Angleterre, à révoquer en doute ce qu'on n'aime pas à croire, qu'on ne sera convaincu de la possibilité de la guerre que lorsqu'on entendra le canon de l'ennemi. Quel ministre oserait, avant que les hostilités aient commencé, mettre la main sur les paquebots à vapeur de l'Orient ou des Indes orientales, y embarquer des marins et des canons de l'État, et les envoyer croiser dans la Manche? Les propriétaires de ces beaux bâtiments, les actionnaires de toute autre compagnie de navigation à vapeur, se laisseraientils enlever leurs movens d'existence? et' les négociants anglais soufiTriraient-ils tranquillement cette interruption apportée à leurs opéra-
lions? Et si, après tout, les hostilités n'aruoit pas lieu, coniment le cabinet s'exeuserait-il devant le parlement de s'être rendu ridicule aux yeux de ITurope et d'avoir porté un énorme préjudice au commerce du pays? Ceux donc qui comptent sur la marine marchande a vapeur comme pouvant être appliquée à la défense du pays ne nous paraissent pas avoir bien compris la question. — La marine marchande a vapeur pourrait être fort utile pour arrêter les convois et les approvisionnements de Fennemi, en inter^ ceptant les communications entre les côtes de France et celles d'Angleterre ; mais, quant à être amenée en ligne assez à temps pour empêcher une descente, — si une descente devait être tentée, — c'est impossible.
Mais croyons-nous que Louis-Napoléon, quelques dispositions belliqueuses qu'on puisse lui supposer, soit en mesure de réunir dans les ports de France un nombre de bâtiments à vapeur et de soldats suffisant pour l'autoriser à risquer une descente en Angleterre, sans que ces préparatifs éveillent rattention du gouvernement anglais, au point de provoquer une demande d'explications? Et, dans le cas où ces explications seraient refusées, ou ne seraient pas satisfaisantes, croyons-nous qu'on n'aurait pas tout le temps nécessaire pour armer des bâtiments i voile et à
vapeur en nombre suffisant pour exterminer la flotte ennemie? Nous croyons, et très-fermement, que tout cela est subordonné au basard, — que c'est l'affaire d'un coup de dés. Nous ne croyons pas qu'il soit vraisemblable que ce coup se présente; il y a, selon nous, neuf cbances contre une qu'il ne se présentera pas. Mais enfin la dixième cbance peut l'amener, et les résultats en seraient si désastreux pour l'Angleterre, qu'on ne saurait les envisager sans effroi. Sur quoi se fonde-t-on d'ailleurs pour considérer une pareille cbance comme impossible? Premièrement, sur ce que le cbemin de fer de Paris à Cherbourg n'est pas encore fait; or, sans chemins de fer, il faudrait, dit-on, beaucoup plus de temps pour concentrer cinquante mille hommes sur la côte de France que pour couvrir la Manche de croiseurs anglais. En second lieu, sur ce que, du moment où Louis-Napoléon commencerait à diriger des troupes vers la côte, par chemin de fer ou autrement, le gouvernement anglais serait averti et prendrait ses mesures en conséquence. Enfin, sur ce que, dans la supposition où toutes les sources d'informations, y compris ambassadeurs, consuls et correspondance des journaux, viendraient à manquer à la fois, dans la supposition où Louis-Napoléon, sous prétexte, par exemple, de quelque grande revue
militaire et naTale, parviendrait à mettre en défaut la rigilance des agents anglais et h réunir une armée avec des moyens de trans[M)rt suffisants, dans ce cas, dit-on, il resterait encore à effectuer l'opération lente et difficile de l'embarquement, la traversée, et après tout, un débarquement tout aussi long et infiniment plus dangereux que l'embarquement. Le général Evans n'a-t-il pas affirmé, en plein parlement, que cinquante mille hommes, avec leur artillerie, leurs chevaux, leur matériel, ne pourraient, quelque favorable que fût le temps, être débarqués sur la côte de Kent en moins de dix jours? N'a-t-il pas cité , à l'appui de cette assertion , l'exemple du débarquement de l'armée anglaise dans la baie de Mondego, en 1807, sous sir Arthur Wcllesley? L'exemple, il faut en convenir, était digne, à tous égards, des arguments à l'appui desquels on l'invoquait. Sir Arthur Wellesley arriva dans la baie de Mondego à la suite d'une violente tempête, et lorsque l'état de la nier était tel qu'il était impossible aux embarcations d'approcher du rivage. Il dut attendre que le temps se fut un peu adouci; puis, sans autres moyens de débarquement que les chaloupes de ses bâtijncnts, faire franchir à son armée, par de trèspetits détachements, trois milles d'une mer ncore agitée * •
Si jamais une flotte française de bâtiments à vapeur est lancée sur l'Angleterre avec quarante ou cinquante mille hommes de débarquement, on peut être sur qu'elle sera complètement pourvue de ponts volants , de bateaux plats , en un mot, de tout le matériel nécessaire pour jeter à terre son chargement vivant. A-t-on oublié qu'en 1806, l'armée française, dite d'Angleterre, et forte de cent mille hommes , était si admirablement organisée et exercée, qu'elle put être embarquée, à Boulogne, avec tout son matériel, en une heure, et mise à terre de nouveau en deux heures, après avoir tenu la mer pendant quelque temps? Le général Evans ne nous fera pas croire que les Français ont dégénéré au point de ne pouvoir renouveler, dans ce siècle de navigation à la vapeur et de perfectionnements de tout genre dans les sciences appliquées à l'art de la guerre, une opération exécutée par eux, il y a plus de quarante ans, à une époque où il n'existait pas de bâtiments à vapeur.
Mais, dit-on, tant qu'il n'y aura pas de chemins de fer de Paris à Cherbourg , il ne saurait être question de concentrer sur ce dernier point une armée assez forte pour autoriser le plus ambitieux, le plus hardi des aventuriers politiques à risquer une descente en Angleterre; et en admettant même que cette difficulté put être
vaincue , la nouvelle d'un tel rassemblement de forées arriverait toujours assez tôt au gouvernement anglais pour quMl eût tout le temps de prendre ses mesures. Il est incontestable que l'absence du chemin de fer entre Paris et Cher* bourg rendrait l'établissement, sur ce pmnt, d'une base d'opération , pLus difficile que si ce moyen de communication existait. Mais combioi de temps cet état de choses durera-t-il? La ligne qui doit relier Cherbourg à la capitale de la France est déjà tracée , concédée , probablement commencée, et, dans tous les cas, sera adievée dans un délai très-court. Et dut-il n'en pas être ainsi, ce ne serait pas une raison pour que le gouvernement anglais ne s'occupât pas dès à présent d'organiser un système de défisse; rien ne garantit, en effet, que les chances de guerre ne se présenteront pas dans tout autre temps aussi bien qu'aujourd'hui , et Cherbourg n'est pas le seul port de France d'où puisse partir une flottille. Napoléon !<"' avait choisi Boulogne pour quartier général et son point de rassemblement. Napoléon III peut réunir ses troupes à la fois à Boulogne, k Cherbourg, au Havre et sur plusieurs autres points avec lesquels il existe des communications au moven des chemins de fer.
Et si, comme le reconnaît le secrétaire actuel de l'amirauté, la marine à vapeur dont la France
peut disposer sur les mers étroites est supé* rieure à celle de l'Angleterre^ qui empêcherait cette marine de commander la Manche pendant ]e temps nécessaire au passage d'autant de troupes que l'on pourrait en transporter sur les côtes d'Angleterre? Quarante-huit heures de supériorité maritime suffiraient pour cela, et l'histoire prouve qu'au commencement de nos guerres surtout, la France a, plus d'une fois, été maîtresse de la Manche pendant plus de quarante-huit heures.
Enfin, quant aux informations qu'on prétend devoir faire parvenir à temps au gouvernement anglais, nous ferons simplement observer que c'est là trancher toute la question. La garnison ordinaire de Paris n'^t guère inférieure au chiffre de cinquante mille hommes, et elle est complètement pourvue d'artillerie , de cavalerie et de munitions. Pour la transporter jusqu'à la côte, au moyen d'une de ces violations arbitraires de la propriété privée que le gouvernement français peut se permettre impunément, mais auxquelles le gouvernement anglais n'oserait avoir recours, même dans un C8S aussi grave, -— il ne faudrait pas plus de quarante-hml heures; — six heures de plus, et tout serait embarqué ; — les troupes, à mesure qu'dles descendraient des waggons, passant aussitôt sur
les bâtiments désignés pour les recevoir, — et le soir du troisième jour là nouvelle armada sera en mer. Nous ne prétendons pas que tout cela puisse se faire sans qu'on en sache rien à Londres; mais les informations qui arriveraient dans cette capitale seraient d'une nature vague et, suivant toute probabilité, arriveraient trop tard* On ne saurait douter, en effet, que le premier soin du gouvernement français, en pareil cas, ne fût d'interompre, à Calais, les communications par le télégraphe électrique, et de faire mettre un embargo général sur toute espèce de navires et d'embarcations. Supposons, cependant, que le gouvernement anglais soit informé , vers l'époque où les troupes françaises seront déjà embarquées : quelles mesures, si rien n'est changé dans l'état actuel des choses sur terre et sur mer, quelles mesures pourra-t-il prendre, soit pour arrêter la flotte ennemie dans sa traversée, soit pour empêcher les Français de débarquer et de porter un coup fatal au crédit, à la puissance et à l'honneur de l'Angleterre? Nous ne nous chargeons pas de répondre à cette question. On va vous dire que Plymouth, Portsmouth et la Medway mettraient immédiatement en mer tout ce qui pourrait porter un canon et marcherait soit à la voile, soit k la vapeur; peut-être y aurait-il dans la Manche quelque engagement
avec l'une des escadres chargées de couvrir la marche de l'armée française ; mais quant à arrêter le mouvement et à détruire les bâtiments de transport, ce serait tout à fait impossible. Nous pourrions même aller plus loin. L'application de la vapeur à la navigation a réduit la Manche à peu près à ce qu'était, il y a cinquante ans, le Rhin ou tout autre fleuve large et profond. Une armée résolue à la franchir trouvera l'occasion de le faire en plus ou moins grande force, presqu'à toute époque d'une guerre. Avec les flottes à vapeur il n'y a plus de blocus possible : les navires à vapeur se meuvent d'ailleurs avec une telle vitesse, que l'agresseur, décidé à sacrifier, s'il le faut, un ou deux de ses navires de guerre, pourra toujours occuper l'escadre d'observation de l'ennemi, de manière à permettre à ses bâtiments de transport de passer à la faveur de la nuit et d'atteindre avant le jour la côte opposée. Nous le répétons, les chances contre une tentative de ce genre sont, selon nous, nombreuses; mais ni la tentative ellemême, ni son succès, ne sont impossibles. Et qui peut songer sans effroi à l'état d'abaissement dans lequel tomberait l'Angleterre, si un maréchal de France, à la tétc de cinquante mille hommes, entrait dans Londres, ou si un général français , à la tète de vingt mille hommes , ve-
naît brûler Portsmouth , Sheemess ou Chatham?...
Nous voyons, du reste, avec plaisir qu'on s'occupe d'améliorer l'armement si défectueux des troupes anglaises, et que des ingénieurs sont chargés d'examiner les points du littoral qui sont susceptibles d'être fortifiés. Il serait à désirer qu'on prit une mesure semblable par rapport à la capitale, non pas assurément dans le but d'entourer Londres, comme Paris, d'une enceinte continue, mais afin de fixer à l'avance les points où l'on pourrait, en cas de besoin, élever des retranchements qui aidassent à sa défense.
««i^^SOaS^^rs'
Du Droit de« i^ens obseriré par les puissances dans la guerre de terre 3 et du Droit des i^ens observé par elles dans la guerre de mer. — Des principes du Droit maritime des puissances neutres.
{FeuilUton du Monittw du 18 octobre 1862.)
Le droit des gens, dans les siècles de barbarie, était le même sur terre que sur mer. Les individus des nations ennemies étaient faits prisonniers, soit qu'ils eussent été pris les armes à la main, soit qu'ils fussent de simples habitants, ils ne sortaient d'esclavage qu'en payant une rançon. Les propriétés mobilières, et même foncières, étaient confisquées en tout ou en partie.
La civilisation s'est fait sentir rapidement et a entièrement changé le droit des gens dans la guerre de terre, sans avoir eu le même effet dans celle de mer. De sorte que, comme s'il y avait deux raisons et deux justices, les choses sont réglées par deux droits différents. Le droit des gens, dans la guerre de terre, n'entraîne plus le dépouillement des particuliers, ni un changement dans l'état des personnes. La guerre n'a action que sur le gouvernement. Ainsi les propriétés ne changent pas de mains , les magasins de marchandises restent intacts, les personnes restent libres ; sont seulement considérés comme prisonniers de guerre les individus pris les armes à la main, et faisant partie de corps militaires. Ce changement a beaucoup diminué les maux de la guerre ; il a rendu la conquête d'une nation plus facile , la guerre moins sanglante et moins désastreuse. Une province conquise prêle serment, et, si le vainqueur l'exige, donne des otages, rend les armes; les contributions se perçoivent au profit du vainqueur, qui, s'il le juge nécessaire, établit une contribution extraordinaire, soit pour pourvoir à l'entretien de son armée, soit pour s'indemniser lui-même des dépenses que lui a causées la guerre. Mais cette contribution n'a aucun rapport avec la valeur des marchandises en magasin; c'est seulement
une augmentalioa proportionnelle plus ou moins forte de la contribution ordinaire. Rarement cette contribution équivaut à une année de celles que perçoit le prince, et elle est imposée sur Tuniversalité dcTÉtatjde sorte qu'elle n'enlraînc jamais la ruine d'aucun particulier. Le droit des gens qui régit la guerre maritime est resté dans toute sa barbarie; les propriétés des particuliers sont confisquées, les individus non combattants sont faits prisonniers. Lorsque deux nations sont en guerre, tous les bâtiments de Tune ou de Tautre, naviguant sur les mers ou existant dans les ports, sont susceptibles d'être confisqués, et les individus, à bord de ces bâtiments, sont faits prisonniers de guerre. Ainsi, par une contradiction évidente, un bâtiment anglais (dans l'hypothèse d'une guerre entre la France et l'Anglelerre), qui se trouvera dans le port de Nantes, par exemple, au moment de la déclaration de guerre, sera confisqué; les hommes à bord seront prisonniers de guerre, quoique non combattants et simples citoyens ; tandis qu'un magasin de marchandises anglaises, appartenant à des Anglais existant dans la même ville, ne sera ni séquestré ni confisqué, et que les négociants anglais, voyageant en France, ne seront point prisonniers de guerre, et recevront leur itinéraire et les passe-ports nécessaires pour quitter le
territoire. Un bâtiment anglais, naviguant et saisi par un vaisseau français, sera confisque, quoique sa cargaison appartienne à des particuliers; les individus trouvés h bord de ce bâtiment seront prisonniers de guerre, quoique non combattants; et un convoi de cent charrettes de marchandises, appartenant à des Anglais et traversant la France, au moment de la rupture entre les deux puissances, ne sera pas saisi.
Dans la guerre de terre, les propriétés, même territoriales, que possèdent des sujets étrangers, ne sont point soumises à confiscation : elles le sont tout au plus au séquestre. Les lois qui régissent la guerre de terre sont donc plus conformes à la civilisation et au bien-être des particuliers ; et il est à désirer qu'un temps vienne où les mêmes idées libérales s'étendent sur la guerre de mer, et que les armées navales de deux puissances puissent se battre sans donner lieu à la confiscation des navires marchands, et sans faire constituer prisonniers de guerre les simples matelots du commerce ou les passagers non militaires. Le commerce se ferait alors, sur mer, entre les nations belligérantes , comme il se fait sur terre, au milieu des batailles que se livrent les armées.
La mer est le domaine de toutes les nations; elle s'étend sur les trois quarts du globe, et établit un lien entre les divers peuples. Un bâtiment charge de marchandises, naviguant sur les mers , est soumis aux lois civiles et criminelles de son souverain, comme s'il était dans rinlérieur de ses États. Un bâtiment qui navigue peut être considéré comme une colonie flottante, dans ce sens nue toutes les nations sont également souveraines sur les mers ; si les navires de commerce des puissances en guerre pouvaient naviguer librement, il n'y aurait, à plus forte raison, aucune enquête a exercer sur les neutres.
Mais comme il est passe en principe que les bâtiments de commerce des puissances belligérantes sont susceptibles d'être confisqués, il a du en résulter le droit pour tous les bâtiments de guerre belligérants, de s'assurer du pavillon du bâtiment neutre qu'ils rencontrent; car s'il était ennemi, ils auraient le droit de le confisquer. De là le droit de visite que toutes les puissances ont reconnu par les divers traités; de là, pour les bâtiments belligérants, celui d'envoyer leurs chaloupes à bord des bâtiments neutres de ca^scl-
mercc pour demander h voir leurs papiers et s'assurer ainsi de leur pavillon. Tous les traités ont voulu que ce droit s'exerçât avec tous les égards possibles, que le bâtiment armé se tint hors de la portée de canon, et que deux ou trois hommes seulement pussent débarquer sur le navire visité, afin que rien n'eut l'air de la force et de la violence. 11 a été reconnu qu'un bâtiment appartient h la puissance dont il porte le pavillon, lorsqu'il est muni de passe-ports et d'expéditions en règle, et lorsque le capitaine et la moitié de l'équipage sont des nationaux. Toutes les puissances se sont engagées par les divers traités à défendre à leurs sujets neutres de faire, avec les puissances en guerre, le commerce de contrebande; et elles ont désigné, sous ce nom, le commerce des munitions de guerre, telles que poudre, boulets, bombes, fusils, selles, brides, cuirasses, etc. Tout bâtiment ayant de ces objets à bord, est censé avoir transgressé les ordres de son souverain , puisque ce dernier s'est engagé à défendre ce commerce à ses sujets; et ces objets de contrebande sont confisqués.
La visite faite par les bâtiments croiseurs ne fut donc plus une simple visite pour s'assurer du pavillon, et le croiseur exerça, au nom même du souverain dont le pavillon couvrait le bâtiment visité^ un nouveau drolX de nWvV^^\\ovly s'assurer
si ce bâtiment ne contenait pas des effets de contrebande. Les hommes de la nation ennemie, mais seulement les hommes de guerre, furent assimilés aux objets de contrebande. Ainsi cette inspection ne fut pas une dérogation au principe que le pavillon couvre la marchandise.
Bientôt il s'offrit un troisième cas. Des bâtiments neutres se présentèrent pour entrer dans des places assiégées, et qui étaient bloquées par des escadres ennemies. Ces bâtiments neutres ne portaient pas des munitions de guerre, mais des vivres, des bois, des vins et d'autres marchandises qui pouvaient être utiles h la place assiégée et prolonger sa défense. Après de longues discussions entre les puissances , elles sont convenues, par divers traités, que, dans le cas où une place serait réellement bloquée, de manière qu'il y eût danger évident pour un bâtiment de tenter d'y entrer, le commandant du blocus pourrait interdire au bâtiment neutre l'entrée dans cette place et le confisquer si , malgré cette défense, il employait la force ou la ruse pour s'y introduire.
Ainsi les lois marîlimes sont basées sur ces principes : 4° le pavillon couvre la marchandise ; Î2'* un bâtiment neutre peut être visité par un bâtiment belligérant pour s'assurer de son pavillon et de son chargement dausc^^ s^vs&^xV
n'a pas de contrebande; 3® la contrebande est restreinte aux munitions de guerre; 4" des bâtiments neutres peuvent être empêchés d'entrer dans une place si elle est assiégée , pourvu que le blocus soit réel et qu'il y ait danger évident en y entrant. Ces principes forment le droit maritime des neutres, parce que les différents gouvernements se sont librement, et par des traités, engagés à les observer et à les faire observer par leurs sujets. Les diverses puissances maritimes, la Hollande, le Portugal, l'Espagne, la France, l'Angleterre, le Danemark et la Russie, ont, à plusieurs époques et succcssivernent , contracté l'une avec l'autre ces engagements qui ont été proclamés aux traites généraux de pacification, tels que ceux de Westphalic, en 1646, etc.