INTRODUCTION
« Je ne fais point, ici , d^épitre dé- M dicatoire et je ne demande point de «< protection poai* ce livre : on le lira u s'il est bon ; et , s'il est mauvais , je « ne me soucie pas qu'on le Use. »
(MoTtTESQDiEC— Préface des Lettres Persanes.)
Demander protection, c'est avoir des craintes; — craindre, c'est ne pas avoir Tâme dégagée de tout reproche.
Celui qui, n'obéissant qu'à une conscience calme et droite, dit la vérité, ne doit être saisi d'aucune terreur. Je ne comprends pas autrement le caractère de celui qui accepte, avec dévouement pour son pays, la mission de produire la lumière.
Fais ce que dois , advienne que pourra : telle est la devise du civisme français comme du de-
cipe que ma conscience ne pourra jamais aba«::y. donner, je n'ai point à vous mspirer pour vow/s conduire, mais à manifester (parce que c'est un devoir) le sentiment national sur la question delà paix.
Comme vous aimez la France pour elle-même, comme sa dignité et sa grandeur sont les premiers de vos soins, vous écouterez, avec un religieux intérêt, l'homme obscur qui, autant que vous, aimera sa dignité et sa grandeur.
Revenons ;
Je n'hésite pas à vous le dire, et la France entière avec moi : Les traités de 181^ ont été infâmes, et la paix qui les a suivis a été trois fois honteuse!— Les traités de 1815 ont été imposés par la force, par la haine, par la jalousie, par la brutalité, par la vengeance ! Les traités de 1 81 5 n'ont point été acceptés par les Bourbons aînés, qui les ont subis comme la victime subit la volonté du brigand qui la dépouille. — Les traités de 1815 sont une page de boue; et il n'y a pas assez de sang dans les veines de dix millions d'hommes pour laver cette immense souillure !
En face de ces traités, qui ne sont pas des traitéS; mais un joug, — qui ne sont pas des stipuJatwnSy mais des ordres insolents^ — <\i\v w'out
pas le caractère synallagma tique, mais Tautorité potestativc élevée à la dernière puissance...;
£n face de ces traités qui ne donnent rien , mais qui prennent tout, qui insultent et qui bafouent..., Tâmc est oppressée, le cœur se gonfle d'indignation et de colère ; et un Français digne de ce nom comprend Tinjurc quïl doit venger.
C'est que, dans ces traités, il ne s'agit pas seulement d'un morcellement de territoire, — de compter, par exemple, en 1814, 6,717 lieues carrées de moins qu'en 1788, — il ne s'agit pas seulement d'orgueil passagèrement offensé, de remparts protecteurs détruits comme ceux dlluningue, ou de places fortes cédées comme Landau, Sarrelouis et Philippeville... — 11 s'agit, comme je le démontrerai bientôt, des rapports extérieurs, du commerce extérieur anéantis, de notre prospérité coloniale confisquée, de la liberté des mers interdite;— il s'agit, en un mot, de tout l'avenir de la France.
La question à vider n'est donc point napoléonienne, mais toute nationale et toute française; et c'est à ce titre que je la soutiens et que je la défondrai envers et contre tous.
Aussi, vous le savez, les Bourbons de la braache aînée qu'on a ias\A\A^ ^^ V«s\. ^^ ^^T§t^^^^ \^ aussi injustes qu'îibs\xtâLe& ^ vv«^v ^^^ ^""^^
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provoquer la destruction de ces ignobles traitée Vous savez, après iSoO, ce qu'on a trouvé daa « les cartons du ministère des affaires étrangères Ce qui allait s'opérer n'est plus un mystère . L'histoire a enregistré comment, de concert avec la Russie, nous allions reporter nos limites au Rhin et les avantages que nous allions reconquérir dans le lac français. Si ce n'était pas là l'abolition complète de ces traités, c'était le plus national, le plus grand acheminement à leur destruction. Il est permisdecroire que, sansi850, dé honteuse mémoire , la dignité comme la prospérité de la France n'auraient rien eu à revendiquer d'une race qui a porté si haut sa grandeur, et qui, malgré les résistances et les implacables haines d'un peuple voisin, a arboré le drapeau français sur cette terre d'Afrique et consommé la plus magnifique conquête des temps modernes.
Ce que la Restauration, ce que les Bourbons avaient commencé dans un intérêt de dignité , d'honneur et de prospérité, dans un intérêt tout national enfin, pourriez-vous l'abandonner?...
Je ne le pense pas.
Vous avez une mission : elle est là tout entière.
Vous êtes au pouvoir; vous disposez de la force ^ui fait votre autorité. Vous commandez^
vous ordonnez, vous décrétez. Vous êtes un fait puissant, redoutable... L'inaction ferait de vous une cause sans effet; et une cause sans effet est sans valeur dans le monde physique comme dans l'organisme politique.
Gomme il ne s'agit point, je l'ai dit, d'une guerre de luxe impérial, je ne vous dirai point : La paix insulte, déshonore votre race, outrage les cendres de l'exilé de Sainte-Hélène !
Je ne vous dirai point : La paix approuve le crime de lèse-nation, de lèse-humanité commis par l'Angleterre sur le plus grand de votre race*!
Je ne vous dirai point : La paix vous fait l'esclave des geôliers de votre oncle ! la paix vous agenouille devant Waterloo ! !
Non!
Mais je vous dirai, avec une fierté toute française : La paix vous place au-dessous de ceux qui ont voté l'indemnité Pritchard ! . . .
Je vous dirai : La paix vous place au-dessous de ceux qui ont sanctionné le droit de visite, mendié l'alliance anglaise, — de ceux qui se sont courbés et courbés dans un abaissement continu, et qui ont jeté à la voirie l'honneur et la dignité de la France!...
Je vous dirai i La paix vous fait souscrire à toutes les humiliations de la France \ — la i^^s^v^ est votre appi'owvè aM\)«k& ^^VroXfe^ ^^>S5?c^
— la paix est la ratification du morcellement, du déchirement de notre territoire, racceptation déshonorante de l'œuvre de l'étranger; — la paix est la renonciation enfin a tout sentiment de dignité et d'honneur, à toute pensée de prospérité, d'avenir et de grandeur pour le pays ! î . . . Je dirais à Henri V luî-roéme, s'il occupait le trône de ses pères et qu'il s'inclinât devant ces traités (dont, grâce à Dieu! sa race a, autant qu'il était en elle, lavé la souillure) : « Vous n'êtes pas digne de commander à des Français!... '»