LETTRE III
Prince ,
Je ne serais pas compris si vous supposiez qu'en m'éloignant de la paix, je voudrais voir le feu aux quatre coins dcTEurope...
Mon intelligence et mon patriotisme ne se sont jamais égarés dans une telle folie.
Pour ôter cette idée à ceux qui pourraient la concevoir, je rappellerai que toutes les puissances de l'Europe n'ont pas eu une égale part d'influence et de profit dans les traités de 1815.
Ce que nous savons tous, c'est que, si les puissances continentales ont eu le plus à souffrir de nos guerres révolutionnaires, ce sont elles, et particulièrement la Russie, qui nous ont traités avec le plus de générosité.
La puissance qui a le plus insulté à nos malheurs, — celle qui voulait nous morceler pour nous détruire, pour efiFacer le nom de la France de la carte de l'univers, — celle qui a fait les coalitions, — celle qui a le plus profité des traités de 1815 ; je dis mieux, celle qui a rédigé ces traités, celle qui a presque exclusivement profité de nos dépouilles comme de notre abaissement, c'est rAnglelerrel Les puissances continentales n'ont eu, dans ces traités, que des satisfactions communes h beaucoup d'égards ; et nos rancunes contre elles ne peuvent pas être les mêmes. Je vais plus loin, et je dis que, sous le plus grand nombre de rapports, il y aurait extravagance et vertige à les troubler par une soudaine agression, parce que je suis coavii\v\s>a< qu'entre elles et laYtaiv^i^ v\\ ^\\^^ v^^i^^^^^^s^s^^^s»^
moment pour faire entendre le langage de la raison, de l'intérêt et delà justice.
Paix donc à r£urope continentale, qui ne croit plus depuis longtemps aux traités de 1815, qui en profite peu et qui n'a pas pour elle-même un sérieux intérêt de les soutenir! Je dis plus : rintérêt bien entendu de l'Europe continentale est de les anéantir. En le faisant, c'est un brasier ardent qu'elle éteindra, et ce sont des voies nouvelles qu'elle ouvrira au génie de tous les peuples.
Mais, Prince, dans la famille des nations, il existe un peuple exceptiomael qui, depuis la découverte du nouveau monde et, plus particulièrement, depuis les traités de Westphalie, se donne, sur les autres, une autorité insolente et arrête à lui seul le travail d'émancipation de l'Europe. Ce peuple impose partout ses volontés aveugles et tyranniques ; sa diplomatie corruptrice est en tous lieux ; son or subjugue et putréfie la moralité des peuples. — Ce peuple, dout l'indififérence, Taveuglement ou la lâclieté des chancelleries tolère les spéculations honteuses, a trouvé le moyen d'interdire à ses égaux ce qui serait contraire a ses inléréls. Il peut impunément et où bon lui semble exciter toutes les révoltes, soudoyer toutes les insurrections , troubler tous les États sans émotion pour lui-
même. Il a pu prendre, sur le globe, toutes les positions avancées pour' soumettre^ humilier ou écraser quiconque lui fait ombrage... Il viole audacieuscment et impunément tous les traités... 11 n'accorde à autrui de liberté que celle qui lui plait... 11 tient tout le monde lié^ et il n'est lié à personne... Il arrête à son gré, dans leur élan, tous les progrès nuisibles à son transcendant égoïsme... Le mal, oui, le mal dans sa plus grande et sa plus monstrueuse aooeption, est devenu le levier nécessaire de sa fortune et de sa puissance. 11 en est arrive à ce point — >et je le dis à la honte de l'Europe — de pouvoir dire arrogamment à ses égaux : « Vous ne ferez que ce que je voudrai ; je me moque de vous!... »
Et la France — faut-il le dire? — est Tobjet spécial non-seulement d'une jalousie aveugle , mais d'une rivalité produisant les excès les plus inouïs. . .
Et ce peuple n'exerce pas seulement sa fatale influence sur la France, sur l'Europe ; mais il comprime l'univers et ne permet aux autres peuples de vivre que pour le faire vivre, lui î Ne s'intituie-t-il pas le maître du monde? et laisse-t-il à ses rivaux autre chose que le choix des humiliations ?. . . .
Si, dans ce résumé deYa^oXvMv^^^'^^^^^'^'»^^
menti, qu'on condamne mes impostures et ma personne nu dernier mépris ! . . .
Mais si j'ai dit vrai, l'Angleterre n'est-elie pas ntroce et ne doit-elle pas être mise au bau des nations?...
Si j'ai dit vrai, ne faut-il pas déclarer à celte nation impie non une guerre de réparation, mais une guerre d'extermination ?....
Si j'ai dit vrai, ne faut-il pas que le bronze annonce dans nos 57 mille communes qu'une croisade sans trêve et sans merci doit s'ouvrir contre elle ?
Si j'ai dit vrai , ne faut- il pas que le tocsin sonne partout où il y aura un Français pour Tentendre ? et que le cri « Aux armes ! » soit répété jusqu'à ce que des millions d'bommes , la torcbe et le fer à la main, aient enseveli sous ses ruines ce peuple exécré de l'univers ?. . .
Prince, je n'entends point être cru sur parole dans un aussi grave débat. J'ai hâte de^stiOer mes assertions dans les lettres qui vont suivre. Daignez les lire avec attention avant de prononcer votre arrêt.