‹ Lettres franques à Napoléon III, empereur des françaisChapitre 7 sur 26 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Prince,

Les croisades, en apportant un immense soulagement aux communes de France, avaient, en jetant leur dernier ëclat, procuré au commerce des peuples des débouchés nouveaux du càté de l'Orient.

C'était beaucoup pour rendre florissants la plupart des ports du lac français ; mais c'était moins et beaucoup moins que ce que la fin du quinzième siècle allait offrir à l'activité comme au génie des nations.

L'Amérique est découverte ; et, quelques années après, un Portugais trouve la route des Indes. Ces deux faits immenses devaient absorber plus d'un siècle en terminant, pour un long temps, la lutte des territoires, pour commencer et agrandir celle du commerce et des intérêts extérieurs.

Parmi les peuples de VEwtç^^^ q^\ ^'Bs^^'«s^'

profiter le plus de ces vastes découvertes, comme de celles qui devaient bientôt y être ajoutées par les navigateurs de tous les pays, TAngleterrc dut être au premier rang. Les habitudes de ses regnicoles, ses ports nombreux, le génie de ses associations, l'intelligence parfaite de ses ressources, ses résolutions impérieuses lui firent trouver dans l'Amérique et les Indes., non-seulement des débouchés nombreux, mais des possessions d'une étendue fabuleuse et des avantages qui ne devaient être égalés par aucune puissance, même par l'Espagne au temps de sa grandeur et lorsque le soleil ne se couchait jamais sur ses États.

Le règne d'Elisabeth au seizième siècle, peluî du Protecteur au dix-septième, avaient déjà fait de la marine marchande de l'Angleterre, comme de sa marine militaire, la plus nombreuse comme la plus instruite des marines du monde.

Aussi l'Angleterre acquit-elle une domination rapide et dans les Indes et dans le nouveau monde. La conséquence de ce développement devait être aussi la domination des mers ; mais n'anticipons pas.

A côté de l'Angleterre, mais avec un développement moins rapide et moins intelligent peutêtre, s'élevait le commerce maritime de la France. Elle, aussi, avait fini par conquérir des

possessions en Amériqtie et (fsetqttes points de reUche dans les Indes. Cette position était inférieure et n'était pas de nature à donner de l'ombrage. Â aucune époque de son histoire, la France ne s'est montrée envieuse des progrès de ses voisins. Elle a toujours respecté leur liberté comme elle a été jalouse de la faire dominer dans les conseils de son gouvernement.

La marine française faisait donc des progrès^ toujours retardés par les guerres de Charles VIII, de Louis Xil et de François I^*^ en Italie d'abord, et ensuite par ses guerres civiles religieuses qui ont eu, grâce aussi en partie à l'Angleterre, un caractère si violent et si désastreux. — Ces deux grandes causes d'affaiblissement durent retarder les inquiétudes jalouses de l'Angleterre ; nous nous abîmions nous-mêmes: elle n'avait besoin que d'assister à notre ruine.

En i627, l'Angleterre s'effraye de nos progrés, non dans les Indes ou en Amérique, mais contre le protestantisme, et des mesures prises par Louis XIII contre la Rochelle, ce dernier rempart de la réforme et de la revolte ; — elle dirige sur rile de Rhé une flotte de 90 vaisseaux commandée par Buckingham. Mais sa tentative échoue honteusement: Richelieu était là!

Le grand règne arrive. — La guerre de tretiUL ans est achevée par les VtîiWfe ^^ ^^^?$o^^

(1645), œuvre immortelle de Mazarin. La lutte était terminée entre le protestantisme et le catholicisme, entre la France et l'Autriche. L'Eu-^ rope était reconstituée sur de nouvelles bases. Tous les changements politiques qui s'étaient faits depuis un siècle et demi étaient réglés, écrits, légitimés ; l'existence de nouveaux États, l'extinction de prétentions surannées, la reconnaissance des droits acquis était déclarée et acceptée par toutes les parties contractantes. Les relations des diverses puissances y étaient cora-» binées de telle sorte que toutes se fissent contrepoids et qu'il naquît de cette pondération de forces un équilibre garant de la paix universelle.

Telle fut l'œuvre immense accomplie par le premier congrès que l'Europe eût vu depuis les conciles généraux du moyen âge, le congrès de Westphalie.

Cette paix solennelle durera-t-elle longtemps?

Louis XIV occupe le trône de France, et Colbert est son ministre.

Si le commerce, l'agriculture et l'industrie étalent intelligemment protégés par le grand roi et le grand ministre, la marine devait avoir aussi une part non moins grande dans leur sollicitude.

Des colonies sont fondées à Madagascar, à Caycnne, sur les côtes de Malabar et de Coromandel ; celles des Antilies et du Canada, ranimées, cessent d'être a la charge de l'État.

Un cdit déclare que le commerce maritime ne déroge pas à la noblesse. Tout ceci se passe de i664à 1669.

La marine militaire, que Mazarin avait laissée retomber dans le néant, est rétablie sur un pied formidable ; on demande des constructeurs, on achète des vaisseaux et des objets de gréement à la Hollande et à la Suéde; on classe trente mille hommes pour la marine ; et la France qui, en 1661, n'avait plus que dix-huit mauvais vaisseaux, en avait, en 1667, soixante de 80 à 50 canons, onze frégates, quarante autres petits bâtiments, en tout cent dix navires garnis de 5,715 canons et montés par douze mille hommes.

En 1680, ces nombres étaient plus que doublés : les classes des provinces maritimes s'élevaient à soixante mille; et l'on comptait quarante mille officiers, soldats ou employés de la marine.

On créa les ports de Rochefort et de Cette; on agrandit cenx de Toulon et de Brest ; on établit cinq arsenaux et des chantiers de construction ; on institua l'école des gardes-marines, etc. Le génie de Colbert jetait la nation dans une voie inconnue de progrès.

Ajoutez à cela le traité des Pyréa^s de 1654, qui complétait glorieusement le traité de Westphalie et qui assurait la prépondérance de lu France sur la maison d'Autriche, — et le traité d'Aix-la-Chapelle de 1668, assurant à la France tout ce qu'elle avait conquis sur la Lys, TEscaut et la Sambre : et vous comprendrez tout ce qu'il était permis d'espérer d'un état si florissant.

Je n'entends pa$ établir que Louis XIV ait toujours été juste dans ses guerres; je crois même qu'il aurait pu eo faire trois fois moins sans préjudice pour la grandeur de la France. Mais toutes les fois que, soit sous son règne, soit sous celui de ses successeurs, je signalerai une rupture de la paix du côté de l'Angleterre, c'est que cette rupture ne sera fondée que sur la jalousie systématique qu'elle porte à sa rivale et jamais sur un préjudice réel.

Comment l'Angleterre expliquerait-elle, en effet, sa déclaration de guerre de 1678, excitée par Guillaume et suivie de la paix de Nimëgue, faite malgré elle ?

Et puis cette ligue d'Augsbourg, dont Guillaume m était l'âme, quelle en était la cause ? Était-ce l'envahissement d'une province anglaise ? Non ! mais simplement l'énergie déployée contre Je >piH)lest^tis]|^. il lui faut, à cette nation, un prétexte ; rien de plus. EUe

veut bien abaisser, humilier la France ; elle veut la réduire jusqu'à la détresse ; elle voudrait l'anéantir... — C'iest elle, par cette ligue, qui force à ouvrir Içs campagnes de 1689, 1690, 1691 ; c'est elle qui force h soutenir la lutte de 1692, ou Tourville, avec quarante-quatre vaisseaux, soutient à la Hogue un combat si inégal et si glorieux; c'est elle qui continue en 1695, où le même Tourville et d'Estrées, à la hauteur du cap Saint-Vincent , battent les flottes ennemies ; c'est elle qui force la France à s'imposer d'écrasants sacrifices dont plus tard nous ressentirons tout le poids ; c'est elle qui nous impose le traité de Ryswick, où elle fait rendre à la France toutes les conquêtes faites depuis la paix de Nimègue!...

C'est encore elle qui rend si difficile la solution sur la succession d'Espagne, en excitant contre nos armes toutes les armes et contre nos droits toutes les ambitions aveugles qui nous livrent cent combats et nous imposent, de concert avec elle, le trois fois honteux traité d'Utrccht, de Bade et de Rastadt (1715), où nous ne rendons plus ce que nous avons pris, mais où l'Angleterre exige :

l'» La démolition du port de Duiikerque !

2" La cession de la baie d'Hudsow'.

5' La cession de VX.caà\e\

4** La cession de Terre-Neuve !

5® La cession de Saint-Christophe ! î î

Sans parler de Gibraltar et deMlnorque, eédës par Philippe V, qui est en outre forcé de lui accorder des avantages commerciaux au détriment de la France !

L'Espagne, après avoir réfléchi sur sa politique inintelligente, devient-elle Talliée de la France? Aussitôt r Angleterre l'écrase dans la campagne de 1759 : car ce n'est pas un accommodement que veut la nation anglaise, mais le partage du commerce d'Amérique ; et Walpole est obligé de déclarer la guerre. — Quelle dignité ! quelle justice!!

Quelle fut encore la cause de cette guerre de George II, en 1742, contre la France? La voici telle que la rapporte un historien moderne :

«( La nation anglaise voulait la guerre pour •: avoir l'empire de la mer et arrêter l'Espagne « et la France dans leur prospérité coloniale,,, «( Aussitôt on décide que trois flottes seront cn- « voyées dans la Méditerranée et qu'on chérit chera à reformer les anciennes coalitions conu trc la France! »

Il faut nous arrêter dans notre prospérité coloniale.

Et pour cela il faut détruire nos flottes et celles de nos alliés.

Il faut se rendre maitres de nos colonies.

Il faut exciter des coalitions continentales fondées sur les plus ridicules prétextes.

11 faut soutenir le protestantisme contre le catholicisme, parce que le catholicisme est la religion de la liberté, et que la France est sa patrie adoptive.

Il faut soutenir toutes les prétentions des ambitions rivales.

Il faut nous réduire à la dernière des détresses ; sans quoi cette infâme nation ne peut pas vivre ! ! !

Aussi voyez sa situation et la nôtre, dès 1745; et avec quelle facilité elle achève de nous écraser et pour longtemps :

£lle a 150 vaisseaux de 120 à 150 canons, 100 bâtiments inférieurs, dïnnombrables cor^ saires.

£t contre de telles forces, l'Espagne et la France réunies n'ont pas 50 vaisseaux de tout rang, tant les luttes précédentes les ont amoindries...

Elle attaque Carthagène, s'empare du cap Breton, grande île qui couvre l'entrée du Saint- Laurent et protège les pêcheries de Terre- Neuve ; elle fait même une descente en Bretagne (1745). Tous les convois de la France &<^\sA.Vjr*Sxss* et capturés. Le plus cotiAdifet^i^^^^^^^sv^^^'^^^

voiles et de 46 bâtiments d'escorte, devait prendre le cap Breton; il est défait à la haut^^^ dû cap Finistère (1747, 14 juin). Et les va^^ queurs font un butin de plus de 20 milliom-/^, — A la fin de la guerre, la France n'avait pto que ik£iix VAISSEAUX ! ! ...

Et le commerce français, en une seule annëe^ avait perdu plus de 70 millions ! I !

Et tout cela se termine par le traité d'Aix-la- Chapelle (18 octobre 1748), par lequel Louis XV rend les Pays-Bas, les provinces hollandaises, Nice, la Savoie, pour prix de 500 mille hommes sacrifiés, pour notre marine et celle d'Espagne détruites et pour 1,200 millions ajoutés à la dette nationale !

Les cheveux ne s'en dressent-ils pas sur la tête!!!

Nous jouissons de quelques années de paix ; le commerce redevient florissant, de Pétersbourg à Cadix : «< Les beaux-arts, dit un publiciste, étaient en honneur. L'Europe entière ne vit guère luire de plus beaux jours que depuis la paix d'Aix-la-Chapelle jusqu'en 1755. On voyait entre toutes les nations une correspondance mutuelle : l'Europe ressemblait à une grande famille réunie après ses différends. »

La France avait, en effet, par quelques années de paix, largement réparé les plaies de la dernière guerre ; elle murmurait de la lourdeur de$ impôts, et payait néanmoins plus aisément 500 millions qu'elle n'en avait payé 430 sous Louis XIV; elle était folle de plaisir et de luxe; elle prodiguait l'or dans ses maisons, sur ses meubles, sur ses habits; elle s'agitait par un besoin continuel de progrès en tous genres; elle profitait de l'impulsion donnée aux sciences naturelles et mathématiques jpour améliorer son agriculture, son industrie, son commerce, sa navigation.

Notre marine comoierciale était dans Fétat le plus florissant ; notre marine militaire, inigénAée par un ministre habile, comptait déjà 65 vaisseaux ou frégates, et, d'après les plans de Machault, elle devait, en dix ans, s'élever à 165, sans les bâtiments inférieurs. Nos colonies n'avaient jamais connu une si grande prospérité : Bourbon, Maurice, Saint-Domingue, la Martinique produisaient d'énormes fortunes : la Louisiane et le Canada n'étaient plus à charge h la métropole et allaient.se donner la main par les établissements formés sur le Mississipi et le Saint-Laurent ; quant à nos possessions dans rinde» Dupleix travaillait à en faire le noyau d'un grand empire. Jifi^m^Â^ \^^\«»Rfc x^vis'»^ ««^

une plus belle chance de devenir puissance eo-^ loniale.

L'Angleterre s'épouvanta de la rësurrectiotx merveilleuse d'une marine qu'elle avait cruc^ anéantie, de la prospérité de nos colonies, de nos projets d'établissements dans l'Amérique du Nord et dans llndoustan.

Qu'ungouvernementpius jalouxdela gloire nationale succédât à celui du ministre de Louis XV, et l'Anglais perdait l'empire des mers!... Mais il ne fallait pas laisser la France faire de nouveaux progrès; il fallait profiter delà lâcheté de son gouvernement. Telle était la pensée de l'avide et superbe aristocratie qui gouvernait r^gleterre sous le nom des princes de Hanovre, qui dominait aussi bien la chambre des communes que la royauté par la vénalité ouverte des élections, qui tenait le peuple en laisse, en exaltant, jusqu'à la démence, son orgueil et sa haine aveugle contre la France.

A sa tcte était un homme nouveau, mais qui s'était empreint de toutes les passions de la noblesse, William Pitt, dont le patriotisme, étroit et farouche, semblait puisé dans les mœurs de l'antiquité, — grand orateur et grand homme d'État, mais espèce de Romain moderne qui poussait son pays à étendre sa domination extérieure par une guerre perpétuelle, — qui ne

voulait pas rivaliser avec les autres peuples par les voies pacifiques, mais en foulant aux pieds tous les droits de l'humanité, en les traitant comme les anciens traitaient les Barbares, en regardant la France comme une autre Carthage dont la ruine était la vie de l'Angleterre.

Jamais la France n'avait moins justifié qu'à cette époque les haines passionnées de ses voisins ; jamais elle n'avait été moins conquérante ni plus amie de la paix.

Ce n'était pas la France orgueilleuse de Louis XIV, tenant constamment suspendus sur l'Angleterre les Stuarts, le jj^pisme et le pouvoir absolu : le gouvernement de Louis XV était, on le sait, plutôt disposé à se mettre aux genoux de ses voisins qu'à les dominer; la nation, tout occupée de sa prospérité intérieure, n'agrandissait son commerce que par des voies légitimes et ne demandait que sa part de l'Océan. En ■Amérique et dans l'Inde, les Français avaient, il est vrai, formé des projets d'agrandissement, mais c'était sur les habitants du pays, — agrandissement légitime dans les idées du temps et pour lequel le champ était ouvert à eux comme aux Anglais. — Encore le gouvernement s'efforça-t-il, avec une modération pusillanime, d'apaiser sur ce point la susceptibilité chatouil^leuse de ses voisins.

Quelques mois de plus sont nécessaires notre situation dans Tlnde à cette époque. l§^ seront comme le lugubre avant-eoureur de neutre ruine, dans des régions légitimement conquises par la France, et pressurées aujourd'hui par Tavidité jalouse de notre implacable ennemie...

Duplelx regardait Tempire du Mogol comme un héritage ouvert à toutes les ambitions, et dans lequel les puissances européennes étaient appelées à prendre la meilleure part : il interrint donc dans les guerres que se faisaient les gourerneurs des provinces devenus indépendants sous les noms de soubabs, nababs, rajahs; il obtint du grand Mogol la nababie de Camate, il se fit le protecteur des soubabs d'Arcate et de Decan, qui lui payaient tribut; il acquit de vastes accroissements de territoire à Pondichérv. à Karikal, a Masulipatnam, et quatre provinces qui procuraient deux cents lieues de côtes à notre commerce. Mais il n'obtenait pas de renforts du gouvernement ; il voyait les Anglais donner des secours à ses ennemis; il éprouva des revers dans une guerre où il eut à lutter contre les princes de Tanjaour et de Maïssour, aidés des Mahrattes et des Anglais, commandés par le généra Clive.

En même temps, la compagnie française se

lassa de ce gouverneur, dont elle ne comprenait pas les plans, qui Tentrainait dans des dépenses dont elle ne voyait pas le fruit, » qui voulait conquérir des royaumes à des gens qui ne de^ mandaient que des dividendes. »

£nfin, le ministère anglais se plaignit du génie ambitieux d'un homme qui voulait troubler toute l'Asie.

Alors la cour de France rappela Dupleix (1755); et ce grand homme, qui avait régné trente ans dans l'Inde, quitta en pleurant cette conquête magnifique qu'il laissait aux Anglais, pour aller mourir à Paris dans l'humiliation et dans l'indigence.

£n même temps que l'Angleterre arrêtait les progrès des Français dans l'Inde , elle faisait naître en Amérique des querelles futiles, mais soutenues par elle avec tant d'opiniâtreté, que depuis cinq ans les commissaires des deux nations travaillaient vainement à les apaiser. Ces querelles avaient principalement pour objet la possession de quelques Antilles, et surtout les limites de l'Acadle et de la Nouvelle-Angleterre. Les iles Sainte-Lucie, la Dominique, Saint-Vincent et Tabago étaient, depuis un siècle, com«munes et indivises entre les deux nations :

George II s'en déclara souverain unique. L'Ar cadie, cédée à l'Angleterre ^«t \^% Vx^^Nfes* ^^-

trecht et d'Aix-la-Chapelle, élait une presqu'île dont les limites semblaient fixées par la nature ; les Anglais prétendirent les étendre jusqu'au Saint-Laurent, pour se donner la navigation du fleuve et cerner le Canada. Les Français avaient découvert le Mississipi, déclaré qu'ils prenaient possession de tout son bassin, et établi des forts sur rOhio. Les Anglais prétendirent que cette rivière appartenait à la colonie de la Nouvelle- Angleterre ; ils bâtirent un fort sur ses rives ; et un officier français leur ayant été envoyé en parlementaire, il fut assassiné par la garnison de ce fort que commandait un homme devenu autrement célèbre, Washington (mai 1754).

A cet acte odieux, le ministère français commence des armements à Brest et à Rochefort, et se prépare à faire passer trois mille hommes et neuf vaisseaux dans le Canada. Le ministère anglais regarde ces armements comme hostiles, et il déclare que ses flottilles avaient Tordre de courir sus à tout vaisseau français qui porterait des renforts dans l'Amérique. A cette injonction insolente, la cour de Versailles répond en ordonnant à ses marins de ne pas se défendre, et elle restitue une frégate anglaise qui venait d'être prise par un vaisseau français qu'elle avait attaqué. Elle se plaignit à toutes les puissances des intentions hostiles de l'Angleterre, offrit

— seuil arrangement , et néanmoins fit partir des renforts pour le Canada. Mais pendant que George II assurait le parlement de ses dispositions pacifiques, que Louis XV négociait et continuait à se croire en paix, le ministère anglais envoya ([uatre corps d'armée en Amérique pour y surprendre les colonies françaises; il fit sortir dixhuit vaisseaux à la poursuite de Fescadre du Canada, et lança ses corsaires sur toutes les mers, pour surprendre les marchands français qui naviguaient tranquillement sur la foi des traités (1755, juin). Deux frégates de Tescadre du Canada furent ainsi attaquées et prises par la flotte anglaise; puis, en quelques semaines, trois cents bâtiments de commerce furent capturés par une piraterie si odieuse, que la chambre des communes déclara ces prises illégitimes; mais le ministère se garda bien de les rendre : c'étaient huit mille matelots et cent millions enlevés à la France!...

Nous ne sommes point au bout de cette série de désastres qui accuse dans leurs auteurs le génie d'une destruction égoïste et un brigandage que le droit des gens, la civilisation, les idées morales de tous les peuples flétriront à jamais.

Au moment où le génie de Frédéric changeait la face de la guerre, le plus implacable ennemi de la France, Pitt, entrait a\x ixiwx^vfe^^-* W^^^v-

fcdt il donne douze millions de subsides au toi de Prusse ; il fait doubler les armements maritimes et envoie des flottes incendier les ports français. « Les Français, disait-il, veulent eonquérir l'Amérique en Allemagne; il faut les en chasser. «

En effet, les escadres anglaises couvrent les mers et viennent incendier nos vaisseaux jusque dans nos ports : elles en brûlèrent vingtsept à Cherbourg; elles causèrent (1758) à Saint-Malo une perte de douze millions et firent une tentative inutile sur Rochefort.

Les colonies françaises se trouvant abandonnées à leurs propres forces, les établissements du Sénégal tombent aux mains des Anglais. Le fort Duquesne sur TOhio est pris ; Louisbourg éprouve le même sort. — Chandernagor est détruit et ses immenses richesses sont enlevées... En moins de quatre ans, nous perdons 57 vaisseaux, S6 frégates et 2,500 matelots!...

Un sentiment de sombre désespoir s'empare du pouvoir. Le cabinet français songe h opérer une descente en Angleterre (1759). Les amiraux Lacluc et Gonflans doivent l'opérer, mais ils sont battus... Le moment n'en était pas encore arrivé... Le chemin n'était pas fait...

Après la destruction des escadres de descente, les Anglais envoient tout & Taise des renforts au

Canada ; leurs vaisseaux prennent ou chassent tous ]es i-aisseaux français. Québec est assiégé et capitule. Les forts de Niagara et Ticondérago, qui assuraient les coihnlunications du Canadla et de la Louisiane, tombent... L'année suivante, le reste des Français resserrés dans Montréal capitulent, et le Canada est entièrement perdu !

£t tou^ ces malheurs sont couronnés par le traité de Paris et de Hubertsbourg (1763, 10 février), par lequel Loiiis XV rend les villes qu'il possédait encore dans l'Allemagne. Il restitue à l'Angleterre Minorque; il lui cède TAcadie, le Canada, le cap Breton, le golfe et le fleuve Saint- Laurent, la Grenade, Saint-Vincent, Tabago, Dominique, la rivière de Sénégal avec ses comptoirs ; il consent que le Mississîpl serve dorénavant de limite aux possessions anglaises; il ne recouvre nos colonies de l'Inde qu'à condition de ne pas les fortifier et de les laisser sans garnison ; il s'engage à démolir de nouveau Dunkerque; enfin il cède la Louisiane à l'Espagne pour la dédommager de la Floride qu'elle abandonne aux Anglais. . .

C'est peu à peu qu'il faut lire ensuite les horreurs dont se souillent les Anglais dans leurs possessions indiennes. Qui n'a pas lu les pages déchirantes où sont retracés les actes dft. ^<^^ infâmes, à la tète desqueVs ^^\.twvn«^v\«^^^^^^

nom qu'il faut vouer à Texécration du genre humain? — où l'on voit créer une famine qui fait périr trois millions d'Indiens !.. .

Et ce même lord Clive, traduit devant le par* lement, non-seulement pour ce forfait, le plus épouvantable dont parlent les annales du monde civilisé, mais encore pour d'autres crimes presque fabuleux, est honorablement acquitté! !,., Voilà ce peuple.

Au milieu de nos désastres sans exemple dans l'histoire, l'esprit se repose un instant avec bonheur sur la situation des colonies anglaises en Amérique, que leur métropole voulait écraser comme les Indiens dont nous venons de parler. Mais Washington se lève; Franklin brillait déjà. La France vole au secours des opprimés de lord North et du despote George III, non pour conquérir à son profit, mais pour protéger. Une belle flotte de trente-deux vaisseaux sort de Brest et bat l'amiral Keppel entre les îles d'Ouessant et les Sorlingues; une autre de douze vaisseaux part de Toulon , et la capitulation de York-Town termine cette belle expédition qui enlève pour jamais les États-Unis à l'Angleterre et ne laisse à la France que le souvenir d'avoir servi l'humanité.

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