scène : < Où est mon frère, » disoit cette sœur
accablée, en parcourant le jardin de ses yeux
« il n'est plus il a passé comme une ombre
» Vous, Fleurs, qu'il cultivoit avec tant de plaisir, » vous n'avez déjà plus cette fraîcheur que vous
» deviez à ses soins périssez avec lui
» c(5urbez-vous, séchez jusqu'à la racine Vous,
» Poissons, puisque vous n'avez plus de maître
)) ni d'ami qui veille à votre conservation
» retournez dans les grandes eaux allez courir
» après une vie incertaine et vous, petits
» Oiseaux, si vous survivez à votre tristesse
» que ce ne soit que pour accompagner mes soupirs
» de vos chants lugubres Mer tranquille (i),
» vos flots à présent sont agités seriez-vous,
» aussi, sensible à ma peine ? » Jugez, M., de Teffet que faisoit sur les spectateurs cette touchante apostrophe, faite avec cette tranquilité que la douleur ne permet qu'aux grandes âmes. Cette dame, se tournant ensuite vers ses esclaves : « Pleurez, » mes enfans, » leur dit-elle.... <' vous n'avez plus » de père mon frère n'est plus la mort
(i La Mer est presque toujours tranquile le matin et le soir dans le canal; elle ne commence à être agitée que vers les dix heures jusqu'aux approches du coucher du soleil. C'est le moment qui justifie
cette allégorie.
» cruelle nous Ta enlevé il a disparu
» comme Tombre et nous ne le verrons
» plus ces lieux que sa présence rendoit agréa-
» blés, ne doivent être pour nous qu'un séjour » de tristesse et d'affliction. » Il n'est pas possible, M., de donnera la nature plus d'expression, plus de force, plus de naïveté. J'ai cru que vous verriez avec plaisir ce petit échantillon de l'éloquence Grecque, dans ces momens de délire où une imagination féconde peint si vivement tous les sentimens de Tâme.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Paris, 20 février 1774.
LETTRE
SUR LES