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A UN AMI

4 décembre 191 1.

Donne tous tes soins à ton nouveau travail.

Il faut tâcher de faire le mieux possible toute besogne, agréable ou non. C'est le seul moyen de se faire une existence supportable, et puis, si l'on attache à cet effort une idée chrétienne, il s'ennoblit et se justifie par lui-même. Alors on ne trouve aucune besogne indigne de soi. En langage stoïque, je dirais qu'il faut se plaire à soi-même et que le reste importe peu.

6 décembre 1911.

Cette correction du journal est bien longue

Je ne suis pas couché avant deux heures du matin. Tu devines que les matinées sont courtes ! Et dès le début de l'après-midi je recommence à corriger. Or je reste chargé (je l'étais depuis huit jours) de la rubrique des Libres propos ' ' et de celle des Contes du Dimanche. Pourquoi ne m'enverrais-lu pas de

(l)CeUe rubrique paraissait quotidiennement

temps en temps un Libre propos ? Il suffit d'être court, extrêmement court. On ne l'est jamais trop. On prend le ton qu on veut, plaisant, sérieux, ému, n'importe ! On parle de ce qu'on veut. Tu n'as qu'à m'envoyer des feuillets de ces carnets de notes qui me ravissaient jadis. Ce doit être ton idéal, un Libre propos, a toi qui en fais, pour toi-même, toute la journée. Je ne veux pas que tu t'imposes une fatigue nouvelle, mais tu écriras cela comme une lettre.

A bientôt. Je ne m'épanche pas aujourd'hui, puisque j'ai pris la résolution de mettre mon pessimisme au pain sec. Et quand je m'épanche, c'est toujours amer.

AU MÊME

12 décembre 1911.

Tu as bien tort de me laisser en panne avec mes Libres propos. Je n'ai guère le temps ni le goût d'en écrire. Il y a des moments où je suis bien las, de cœur, de corps et d'esprit.

Allons, adieu, corrige tes copies. Ne te fais pas de scrupules pour Séailles, ton article était parfait. Certaines intransigeances des Lotte et des Péguy me choquent beaucoup. Il y a beaucoup d'orgueil dans ce Péguy. Cet enfant prodigue a un retour bien arrogant. 11 commence par bâtonner ses frères. J ai un peu connu le bon Coppée, dont le zèle de

néophyte s'alliait à la plus touchante humilité. On sent que, pour Péguy, le péché irrémissible c'est de ne pas admirer Péguy.

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