‹ Lettres historiques et édifiantesChapitre 10 sur 30 · A UNE DEMOISELLE DE LA CLASSE BLEUE · texte numérisé non relu

A UNE DEMOISELLE DE LA CLASSE BLEUE

qui étoit malade.

De Saint-Cyr, août 1691.

Je ne crois pas votre mal bien grand, mais M. Fagon juge à propos d'en prévenir les suites. Je suis ravie de ce que vous voulez obéir préférablement à toute autre chose -, c'est le chemin le plus court, le plus facile, le plus sûr, le plus parfait. Laissezvous donc conduire, ma chère enfant, et soyez aussi fidèle à vous conserver et à vous reposer présentement que vous le serez à vous mortifier et vous abandonner quand on le voudra. Ne vous tenez pas trop à genoux , dormez beaucoup, ne mangez rien d'aigre; réjouissez -vous, et soyez souvent avec M"* d'Aubigné, que vous allez avoir ici. J'espère

* lettres édifianteSy t. HI, 1. 55. — Lettres et Avis, p. 466.

que tous ces soins rétabliront votre santé, et qu*â mon retour vous entrerez au noviciat pour vous pré* parer à vous donner à Dieu en la manière qu il lui plaira. Priez-le pour moi, je le prierai pour vous, clest un commerce qui doit être entre nous. Ne vous alarmez point de vos imperfections, combattez-les en paix; occupez-vous de Dieu, demandez-lui son secours, ne l'offensez jamais volontairement, et servez-le avec confiance et dans la paix que donne la bonne conscience.

Mille amitiés aux malades ; je suis bien fâchée de ne pouvoir les voir aujourd'hui , j'espère les voir demain.

i02». — A MADAME DE BRINON.

Ce 20 août t69l.

Je me réjouis du sacrifice que vous avez fait à Dieu-, nous avons ici un saint qui dit qu'à mesure que Dieu nous demande des sacrifices, nous voyons dans l'exécution combien nous tenons à de petites choses, que nous comptions pour rien dans la spéculation. Je crois, madame, qu'il vous demandera beaucoup, parce qu'il vous a beaucoup donné. Je m'acquitterai de votre commission envers M"* de Loubert, et j'entendrai, s'il plaît à Dieu, M. l'abbé Anselme. Nos chères Dames de Saint-Louis se sanctifient tous les jours*, toutes nos bleues veulent être religieuses, tous les couvents en prennent à bon

* Lettres édifiantes^ t. UJ. 99. — lettres agréables ^^, 996.

marché. Votre sainte abbesse ne voudroît-elle pas aussi entrer dans cette bonne œuvre?

i03^ — A MADAME DE MONFORT.

20 septembre 1691.

M. de Brisacier vient de me donner votre lettre qui, par toutes sortes de raisons, méfait grand plaisir. J'en ai autant que vous à vous entretenir et à vous voir dans les sentiments où il a plu à Dieu de vous mettre. Je suis ravie de votre reconnoissancp pour lui : vous savez que c'est un chemin dont je suis touchée-, ces sentiments sont tous bons, ma chère fille, car ils vous mèneront à Dieu. La crainte et rhorreur que vous avez pour le péché est la plus solide de toutes les dispositions^ il ne faudroit pas qu'elle allât jusqu'au scrupule, piaîs puisque Dieu vous laisse en cet état, c'est que vous en ave^r besoin. Mettez-vous en paix par l'obéissance, et aye? confiance dans les ministres de Jésus-Ghrist^ ils ont la lumière et la grâce pour vous conduire, et nul intérêt à vous tromper. Communie? quand on vous le dit. Que craignez-vous des tentations, dès que vous dites : mais je n'y ai pas consenti-, n'est-^ce pas là le tout? Vous avez des confesseurs pour déeider de vq^ péchés, vous n'en faites point de mortels; comnoent une personne qui craint les plus légères fautes Ipmr beroit-elle dans le péché mortel? le trouble ou vous

» lettres édifiantes^ t. III, 1. 69. — lettres pieuses, p. 1423.

A MADAME DE MOVVORT (l69l). 17S

êtes est un artifice de votre enpemi. Lisez, je vous prie, les lettres de saint François de Sales, elles sont dans ma petite bibliothèque *, il y en a plusieurs à des personnes scrupuleus«3S. Vous êtes assez solide à pré** sent pour passer par-dessus le mauvais langage, et pour démêler le bon sens et la droiture de tout ce qu'il écrit. Quelle inquiétude avez-vous qu'on ne vous croie trop bonne ? n'est-ce pas Dieu qu'on loue en vous? Dites franchement ce que vous pensez; ne vous hâtez point sur ce que je vous ai mis dans Tes* prit sur la direction, laissez-vous conduire par 1§ Providence. Ne péchez point, soyez prête à tout ce que l'on voudra; aimez Dieu de plus en plus, édifiez tout le monde, ne vous lassez point de demander et de pratiquer l'humilité-, renoncez à la vanité de l'esprit et à toute curiosité, c'est là votre vraie mortification, Nops étions orgueillebses et curieuses de toutes les choses d'esprit', soyons humbles et simples : vous et moi devons passer notre vie dans cette pratique ; mais surtout, ma chère fille, soyez un exemple d'humilité. C'est sur quoi il faut établir votre maison, qui va prendre une nouvelle forme à cette heure que nous allgns avoir des bulles*.

Elevez vos filles bien humblement; ne songez qu'à les instruire dans la religion ; n'élevez pas levir cœur et leur esprit par des maximes païennes, parlez-leur

^ C'était le tempi où M^^ de Maintenon réformait l'éducation des demoiselles.

* U s*agit de la transformation de la maison de Saint-Louis en monastère régulier. (Voir ï'tiUtoire de la maison royale de Samt-Cyr, ch. ?«.)

de celles de FÉvangile. Ne leur apprenez point les conversations que j^avois demandées '*, laissez tomber toutes ces choses-là sans en rien dire, et que tout soit conduit par la piété. Je désire de tout mon cœur que Dieu vous donne sa paix ] ne la sentez-vous pas dans le fond de Fâme? Malgré vos troubles, il est impossible de servir Dieu sans cela.

Le duc de la Feuillade^ vient de mourir sans confession ; c'est encore un exemple pour les courtisans. Bonsoir*, on m'interrompt à tout moment, et je ne sais pas trop bien ce que je vous dis*, mais je sais que je vous aime tendrement et comme ma vraie

mie.

Fontaineblean, 24 septembre 1691.

J'écris tous les jours à Saint-Cyr, et je vous garde toujours pour le temps que je pourrai vous écrire avec plus de loisir; ce temps ne vient point, et le séjour que la reine d'Angleterre va faire ici m'en ôtera encore. Dieu soit loué, il est sûr qu'il me veut dans cet embarras, puisqu'il m'y met.

* Les Conversations de M"« de Scudéry. (Voir la note 2 de la p. 12.)

^ Le duc de la Feuillade, maréchal de France et gouverneur duDauphiné, mourut à Paris gubitement, le 18 septembre 1691. C'est le courtisan fameui par ses flatteries envers Ix)ui8 XIV, et qui fit élever en son honneur la statue de la place des Victoires. Saint-Simon prétend qu'il était devenu si à charge au roi, que celui-ci ne le put dissimuler à sa mort.

' Lettres agréables, p, 1016.

Nanon a bien fait d'envoyer la brodeuse à Versailles 5 mais qu'elle y ajoute le soin d'envoyer voir si rien ne lui manque. Yoilà un grand fléau dans notre maison ' : je prie Dieu qu'on s'y conduise de sorte à attirer ses grâces.

Le combat que nous avons gagné nous a coûté tant de braves gens^ qu'on ne peut presque s'en réjouir. Prions pour la paix 5 rien n'est si terrible que la guerre. Je me porte à merveille, et si je disposois de moi, je crois que j'irois vous aider à soulager vos malades.

Ce 26 septembre 169i.

Vous ne doutez pas que je ne sente votre absence comme vous sentez la mienne^ il faut vouloir ce qu'il plaît à Dieu : il sait mieux ce qui nous est bon que nous-mêmes, et peut-être que mon absence vous est meilleure que ma présence. Je suis très-persuadée qu'elle vous est souvent nuisible, et que malgré les bonnes intentions que j'ai pour tout ce qui est à Saint-Cyr, mon exemple est plus fort que mes paroles. On y a pris toutes les manières du monde pour éviter celles des couvents*, et je crains que Dieu ne nous bénisse point, à moins que nous ne soyons hum-

* La petite vérole qui faisait souvent de grands ravages à Sairii-Cyr.

* Le combat de Leuze, livré le 18 septembre 1691. Dangean ^nne la liste des tués et blessés (t. III, p. 407 ).

' Lettres édifiantes, t. ni, l. 65. — Lettres pieuses, p. 1492.

* Voir les Lettres sur Véducationj p. 76.

bles et simples ; mais simples et humbles en effet dans le fond du cœur, car pour les discours et les définitions des vertus, nous allons plus loin que personne. Je ne connois point en vous tout Torgueil que vous confessez, mais je vois bien que Dieu a voulu enfermer dans une infirmerie tous les talents qu'il vous a donnés, et que vous n'en sortirez point que vous n'ayez appris à les mépriser, et à ne rien attendre d'eyK qu'autant qu'il lui plaira de les bénir.

i06*. — A UNE DEMOISELLE DE SAINT-CYR qui alloit se Hite religieuse à l'ebbaye de Seint-PaQl de Beeovais.

Ce 7 octobre 1691.

J'ai été bien aise de recevoir de vos nouvelles, et je trouvois qu'il y a bien longtenips que je n eu avoi« eu. Dieu soit loué, ma chère j^nfont, de f)e que Teii est content de vous, et de ce que vous êtes conteste du lieu où la Providence vous s^ mise. Je croi^ que vous voyez que je ne vous ai pas trompée daps tout le bien que je vous ai dit de la maison où vous êtes; je vous ai partagée en epfant bien-raimée et en favorite ^ on m'en rend des témoignées qui yous feroient plaisir et que vous sauriez bien renvoyer à celui qui fstit en vous tout le bien qq'on y voit. J'espère que vous ne vous lasserez jamais de prier pour moietpour Saint-Cyr-, je vous en conjure avec plus d'ardeur dans une conjoncture où nous en avons besoin : les bulles arriveront au premier jour, et nous allons

* Lettres édifiantes, t. m,l. «î.

A UNE DBMOlSfiLLE ÉLEVÉE A SAINTHCTR (1691). 179

travailler à donner a cet établissement toute la solidité qui lui est nécessaire ^ demandez à Notre-Seigneur toutes les lumières pour ceux qui s'en mêleront, et donnez cette iliarqUe de reconnoissance à une communauté qui vous aime particulièrement. M"* de Fontaines ne vous enverra pas cette lettre sans y jbitidre iiné des siennes, et sans vous mander des nouvelles dé vos compagnes qui, grftce à Dieu, se tournent au bien. Je vous embrasse, ma chère fille.

407 «. — A UNE DEMOISELLE ÉLEVÉE A SAINT-CYR et postulante dans aoe autre communauté religieuse.

Ce 9 octobre 1691.

Vous m'avez fait plaisir de m' écrire, et je serai toujours ravie de savoir de vos nouvelles, y prenant un très-vif intérêt. N'oubliez rien, ma chère enfant, pour demeurer où vous êtes, et pour cela donnezvous à Dieu de tout votre cœur. Comptez qu'il n'y a rien sur la terre de si heureux qu'une bonne religieuse, ni rien de si malheureux et de si méprisable qu'une mauvaise ; je crois qu'il n'y en a point de telles où vous êtes. Attachez-vous toujours aux plus ferventes ; soyez régulière depuis les plus grandes choses jusqu'aux plus petites; portez le joug du Seigneur avec gaieté : il en sera plus léger •, enfin, ma chère fille, s'il est vrai que vous me soyez obligée,

* Lettres édifiantes, t. UI, I. 70.

180 LETTRES HISTORIQUES ET ÉOfflÀNTES.

donnez-moi pour marque de votre reconnoissance la joie d'apprendre qu'on est contente de vous.

i08*. — A MADAME .DE BRINON.

A Fontainebleau, 22 octobre 1691.

Il faut vous répondre d'ici, madame, où j'ai moins d'affaires qu'à Versailles, parce que je n'ai pas Saint- Cyr. Il est vrai que je me suis informée de vos nouvelles, et j'ai appris avec plaisir que vous vous portez mieux que jamais. Je ne sais pourquoi M*"' de Gantiers ^ est contente de moi ; je n'ai fait que la gronder de la manière dont elle vit avec son mari, et du mépris qu'elle a de son établissement ^ cette pauvre femme-là se prépare bien des malheurs: son goût pour le monde est toujours aussi vif, et les voyages qu'elle fait de temps en temps à la cour l'empoisonnent tout de nouveau.

Je ne me souviens plus, madame, de ce que vous m'avez mandé sur M°® de Maubuisson, par rapport aux demoiselles de Saint-Cyr 5 il est vrai qu'on m'en demande par toutes les maisons et surtout dans celles oix il y en a déjà; mais je suis charmée du désintéressement des couvents, ils les prennent pour très-peu de chose '. Si madame votre abbesse

* Lettres à M^ de Brinon, p. 462.

• Voir les lettres 62 et 63.

' M*"® de Maintenon était fort embarrassée pour trouver des établissements aux demoiselles de Saint-Cyr, soit dans le monde, soit dans les couvents. Voir {"'Histoire de la maison de Saint- Cyr, cil. xn.

étoit immortelle, je vous presserois pour me procurer d'avoir une de mes filles auprès d'elle; si vous jugez qu'elles y soient propres, mandez-moi dans un petit billet à part pour combien on la preiv droit et les austérités de la règle : nous en avons qui veulent être Capucines et filles de TAve-Maria. J'ai fait mon possible pour détourner Pontbriant d'être Carmélite , mais il n'y a pas eu moyen \ elle me persécute pour partir, et je viens tout nouvellement de l'arrêter pour passer l'hiver avec nous : elle vouloit partir incessamment, ses confesseur et directeur disent que sa vocation est solide, et si elle subsiste jusqu'au mois de mars, je ne puis plus la retenir K Nous en avons placé plus de douze cette année. Priez bien Dieu, et le faites prier pour qu'il bénisse Saint-Cyr et nous fasse prendre un bon parti en lui donnant une forme dès que les bulles qui sont accordées seront arrivées. C'est une affaire trèsdifficile *, il faut des vœux solennels, si on veut de la stabilité : la fondation aura de la peine à se soutenir dans sa singularité, et sa singularité ne permet guère de l'attacher à un ordre. La volonté de Dieu soit faite, et n'importe comment*, travaillons de tout notre cœur et mourons en disant : Lœtaius sum^ conmie votre sainte religieuse. Je fais souvent vos compliments au Roi, il conserve beaucoup d'estime pour vous \ il est en parfaite santé, tl n'y a bien qu'il ne fit, si nous avions la paix. Adieu, ma très-chère.

< Cette deikioiselte se fit en effet Carmélite $ mais elle resta à Saint-Cyr Jusqu'au molsd'aoï^t suivant* (Voir la lettre du 18 août 1692.)

Itt LETTRES HISTORIQUES ET ÉDIFIANTES.

i09<. — A MADEMOISELLE DES MOULINS,

ITOTICI AUX VKtVLIlTIl BB BLOIl *.

Octobre 1691.

Dieu soit béni, ma très-chère fille, de la bonté qu*il a de vous donner tant de goût pour la maison où il vous appelle *, il n*y a en tout qu'à se laisser conduire à la divine Providence avec soumission et confiance. Nous ne savons pas ce qui est bon, et il le sait parfaitement -, soyez donc en paix et en joie où il vous a voulue 5 ne pensez qu'à le bien servir, et soyez un exemple de ferveur et de régularité qui fasse honneur à Saint-Cyr : c'est là toute la reconnoissance que je vous demande pour la maison que vous aimez. Pour moi, je n'en mérite point ; je suis trop heureuse de pouvoir vous aider ; faites ce que vous pourrez pour tirer quelque chose de votre famille : vous savez que je fais tout mon possible pour étendre le bien que je puis donner pour l'établissement de nos filles. Adieu, mademoiselle; ne m'oubliez pas dans vos prières, je vous en conjure. Je suis bien obligée aux filles de Sainte-Marie et aux Véroniques de désirer nos demoiselles ; elles en auront toutes , et nous vous irons voir en arrivant ; nous en avons assez pour en envoyer partout-, priez afin que ce soit pour la gloire de Dieu, et que nous puissions nous joindre toutes dans le ciel. Adieu, ma chère fille.

^ Lettres édifiantes^ t. II, 1. 62.

9 M<"« de MaiDtenon avait contribué à doter cette demoiselle, le roi n'ayant paa encore pourvu à la dotation des demoiselles quand elles sortaient de Saint-Cyr.

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