FRAGMENTS DE LETTRES A MADAME DE
LA MAISONFORT *
(Noos avong dit précddeinmeDt(p^e 186], qaa La Beanmelle avait composé avec quelques phrases de Mn» de Maintenon et te récit do Pabbé Phélipeavx des lettres doot le fonds seul se troave exact. Comme ces fragments méritent d'être conservés, nons mettons ici le récit de Phéii* peaux et la lettre arrangée avec ce récit par I^a Beanmelle. ]
RÉaT DE l'abbé PHÉLIPBAUX.
« L'abbé de Fénelon exhorta la Mûsonfort^ pendant toute Taimée 1691^ dans ses visites et dans ses lettres^ à prendre le parti de s'attacher à Saint-^yr^ à se donner tout entière à Dieu et à se rendre souple à ses volontés : ce sont les termes de ses lettres. M*** de Maintenon , de son côté , exhortoit la Maisonfort à prendre une entière confiance en cet abbé; aussi bien qu'en M. de Chartres^ et^ pour l'y engager davantage^ elle lui marque^ dans une lettre du 25 janvier 1691 ; « qu'elle sera toujours elle-même soumise à l'opinion de ces deux saints. y> Et quelques jours après , dans une autre lettre, elle lui écrivit : «Voyez l'abbé de Fénelon; accoutumez-vous à vivre avec lui... » Gomme la Maisonfort étoit naturellement indiscrète, elle ne put s'empêcher, sur la fm de la même année 1691 , de communiquer à ses amis de Saint-Cyr les maximes de lA'^^ Guyon et quelques écrits de l'abbé de Fénelon. M'"^ de Maintenon, avertie que plusieurs filles les trouvoient extraordinaires et en étoient scandalisées, lui écrivit une longue lettre pleine de tendresse et d'avis salutaires :
«Vous répandez, lui dit-elle, les maximes de M. Tabbé de Fénelon devant des gens qui ne les goûtent point, et vous parlez de Tétat le plus parfait. ».
' Relation du quiétisme, par l'abbé Phélipeaux, p. 49.
« Quoiqu'elle trouvât alors tous ces écrits excellents pour la Maisonfort^ elle croyoit^ suivant le conseil de Tabbé, qu'une communauté naissante n'étoit pas capable d'une si baute perfection. Elle ajouta sur la fin de la lettre :
« Quant à M"^ Guyon, vous l'avez trop prônée, et il faut se contenter de la garder pour vous. Il ne lui convient pas, non plus qu'à nous, qu'elle dirige nos Dames 5 ce seroit lui attirer une nouvelle persécution; elle a été suspecte, c'est assez pour qu'on ne la laisse jamais en repos, si on voyoit qu'elle se mêlât de quelque chose. Elle m'a paru d'une discrétion ad^ mirable et ne vouloir de commerce qu'avec vous. Tout ce que j'ai vu d'elle m'a édifiée, et je la verrai toujours avec plaisir; mais il faut conduire notre maison par les règles ordinaires et tout simplement. »
(Voici U lettre composée avec ce récit par La Beaamelle) :
« Donnez-vous tout entière à Dieu *. Rendez-vous simple à l'abbé de Fénelon et à M. de Chartres. Je serai toujours moi-même soumise à l'opinion de ces deui saints. Accoutumez-vous à vivre avec eux. Mais ne répandez point les maximes de l'abbé devant des gens qui ne les goûtent point. Vous parlez sans cesse de l'état le plus parfait , et vous êtes encore remplie d'imperfections. Quant à M"» Guyon^ vous l'avez trop prônée; il faut vous contenter de la garder pour vous. Une lui convient pas^ non plus qu'à moi, qu'elle dirige nos dames. Ce serait lui attirer une nouvelle persécution. Elle a été suspecte ; c'en est asssez pour qu'on ne la laisse jamais en repos. Elle m'a paru d'une discrétion admirable; elle ne veut avoir de commerce qu'avec vous;
^ Cette phrase est de Fénelon.
A MAOAIIB DU PÉROU (1691). 187
tout ce que j*ai vu d'elle m'a édifiée^ et je la verrai toiyours avec plaisir; mais il faut conduire notre maison par les règles ordinaires et tout simplement. Ce sera une perfection en vous de n'aspirer point à être parfaite ^ v
Marly, 1691.
Il n'y a de raison pour m' envoyer ici ce que vous aurez écrit que d'y avoir un peu plus de temps qu'à Versailles. Ne vous en contraignez pourtant pas, car j'en trouve toujours pour ce qui regarde Saint-€yr. 11 est vrai que je n'ai pas cru N.... en état d'aller aux Carmélites. C'est à nous à souffrir leurs défauts et à ne les envoyer dans des maisons religieuses que lorsque nous pouvons espérer qu'elles y demeureront^ ne lui épargnez ni remontrances douces ni punitions sévères; humiliez son esprit et éprouvez la force de son corps ; elle en sera plus propre à être Carmélite. Vos postulantes n'ont-elles pas bien tra* vaille dans ces temps de maladies ? Vous ne pouvez trop les accoutumer au travail, comme de balayer, écurer, etc. *, mais il faut autant qu'il se peut que vous soyez présente à ce travail, afin qu'il se fasse en silence et recueillement, et qu'il ne devienne pas libertinage ^. On peut tourner tout à mal quand on
1 Cette dernière phrase est tout à fait de Tinvention de La BeaomeUe.
* Avis aux religieuses de Sa'ml-Louis, p. 15?.
' Nous avons déjà fait observer ailleurs que dans la langue du dix-septième siècle, ce mot signifie excès de liberté , dissipa* tioDy etc.
est mal disposé; c'est pourquoi il faut toujours veiller la jeunesse. Votre personnage est triste, car il faut tourmenter vos filles pour les éprouver. Grâce à Dieu, vous avez bon courage et êtes capable de tout pour lui. Je le prie de vous donner toutes les lumières dont vous avez besoin.