DE LA VISITATION
à ChâlIIot.
A Saint-Cyr» octobre 1692.
Mes très-révérendes mères, si le dessein que l'on a pour Saint-Cyr ne regardoit que ma propre satisfaction, Dieu m'est témoin que je la sacrifierois à la vôtre et à celle de cette chère supérieure, qui n'a pas moins de peine à vous quitter, que vous en avez à la laisser partir -, mais si vous voulez bien vous détacher un moment de vos intérêts pour regarder le bien qui se prépare à Saint-Cyr, je m'assure que vous voudrez toutes y contribuer-, et que vous serez ravies de faire à Dieu et à sa gloire le sacrifice de vous passer quelque temps du secours que vous trou-
^ Lettres édifiantes, t. III > 1. 152« — Mémoires des Dames de Saint-Cyr, c\x. zxu.
vez dans la personne que nous vous demandons. Si elle avoit une maladie un peu longue, ou que par un plus grand malheur vous la perdissiez tout à fait, votre maison ne périroit pas; à plus forte raison se soutiendra-t-elle par des assistantes et les conseils de la mère Priolo, qui sera à quatre lieues de vous. Croyez que je n'oublierai rien pour son soulagement et pour sa conservation; elle retournera, s'il plaît à Dieu, en bonne santé chez vous, et vous ne serez point fâchées alors qu'elle ait formé des QUes pour conduire un des plus grands établissements qui soient dans TEglise, et pour lequel j'espère que vous aurez à l'avenir une affection particulière. Les filles de la Visitation sont sorties pour des sujets moins importants; nous vous désirons par l'estime particulière que nous avons pour vous ; l'esprit de votre sain t fondateur * est goûté chez nous; seroit-il possible que vous vous opposiez à lui donner un aussi grand nombre de filles, et que votre tendresse ne cédât pas à un si grand bien ? Je n'ose vous en aller conjurer, n'ayant pas assez de courage pour voir la peine que je vous fais , quelque envie que j'eusse d'ailleurs de vous assurer que je sens déjà la reconnoissance que nous aurons pour vous, et que je serai toute ma vie attachée à votre communauté comme à la source de tout le bien qui se fera dans la nôtre. Je suis, mes très-révérendes mères, votre très-humble, etc.
* Saint François de Sales.
NoTembre 1692.
Il y auroit bien de la dureté et de Tinjustice à blâmer votre sensibilité ; elle part d'un bon naturel, et est la matière d'un grand sacrifice. Souvenez-vous toujours de ce que vous me mandez aujourd'hui^ qu'on ne blâme point votre sensibilité pourvu qu'elle ne vous arrête pas. Appliquez cette maxime à tout ce qui vous arrivera le reste de vos jours -, vos répugnances, vos dégoûts, vos irrégularités, vos lâchetés, vos sécheresses, vos repentirs, vos doutes, rien de tout cela ne vous fera du mal si vous ne vous rrrêtez pas 5 et ce seront les moyens de votre sanctification dont Dieu vous fera sortir avec plaisir et profit, pourvu que nous soyons fidèles à y renoncer, et à marcher malgré toutes ces peines dont notre chemin se trouve rempli. Ne craignez pas que les filles de la Visitation doutent de votre vocation par l'état où elles vous verront dans les commencements 5 elles sont trop expérimentées et trop charitables pour juger ainsi ce que vous souffrez, et ce que vous prenez sur vous est une marque bien assurée de votre vocation. J'ai souvent cru que vous n'en aviez point pour cette maison -, vous n'en aviez point en effet-. Dieu vous a laissé des répugnances, parce
* Lettres édifiantes^ t. UI, 1. 147. — Lettres pieuses, p. 141 7.
* Cette dame, à Tépoque du nouveau noviciat, se décida à quitter Saint-Cyr pour aller au couvent de la Visitation de Melun. H'°«de Maintenon resta en correspondance avec elle^ et Taliait voir pendant les séjours de la cour à Fontainebleau.
262 LETTRES HlStOmOUBS ET ÉDittÀNTES.
qu'il vous Youloit ailleurs : qu'il soit béni de tout ce qu'il fait. Ne croyez pas, ma chère enfant, que quand on a le plus, on fasse le moins avec facilité ^ nous demeurons souvent court sur des bagatelles après avoir fait de grands efiorts ] ne vous fiez point à vous, ni à la raison, elle est courte, foible et trompeuse , à moins qu'elle ne soit fondée sur la foi et l'humilité -, ne cessez de demander et pratiquer ces deux vertus.
Comment vous portez -vous? J'attends M. de Chartres pour régler votre départ; ôtes-vous prête? voulez-vous le savoir? voulez-vous qu'on vous surprenne? Évitez tout ce qui peut vous accabler, allez de bonne foi où Dieu vous appelle, et laissez-vous conduire. Je lis des choses de M*"^ de Chantai qui sont merveilleuses.
NoTembre 1692.
Oti né peut douter que vous ne soyez mal saine, mais votre esprit vous fait encore plus de mal que votre corps ; vous ne pouvez vous empêcher de raisonner sur tout, vous voulez n'avoir point de torts, et qu'on en soit persuadée •, vous eh avouez quelquefois par vertu, et il y en auroit plus pour vous à vous taire et à vous contenir. Je crois que vous seriez plus vertueuse si vous vouliez l'être moins; vous avez l'esprit délicat, et vous Voulez contenter toutes
^ Lettres fiêîiSêê, p. 1484.
ses 4élîp^te$ses. Vous seriez plus saipe et plus forte, si vous ne mangiez que des viandes unies, quelque fades qu'elles vous parussent. Ne cessez poipt de demander à Pieu la siiiiplicitB ; faites à chaque occa-r sion du mieux que vous pourrez, et n'y pensez plus. Qu'importe que vous ayez pleuré ipal à propos pu non? quiinparte du jugement que j'en puis faire? pourquoi croire qi4p j*en fais? Occupez-vous de Dieu, et point du tout de vpus: combien y a-hil qu'on yous exl^ort^ à cette pratique ! vous vous en porteriez mieu:^ pour l'ame ^t pour )e corps, ^e suia persuadée que vous vous tuez en voulant vous forcer pour le noviciat ^ : çroyez^-vous le faire dans votre lit? ne feriez-ypus pa$ mieux de vous reposer et de tâcher à vous apr^us^r dans des emplois que nous pourrions yous donner ? Qi^e q^ que je vous dis ne vous afflige ppiut, ma chère fille, il n'en sera que ce que vous voudrez.
467». — A MADAME DE RADOUAY.
2 décembre 1692.
Je trouve assurément très-bon, madame, que vous m'écriviez, et je le trouverois encore meilleur si c'étoit avec moins de cérémonie et d'excuses; nous les retrancherons entièrement quand nous de-
*■ Les Dames qui avaient fait les vœqx simples entraient aii noviciat pour faire les vœux sotepnels* M"*® de Vancy était de ce nombre ; mais sa santé Vempéclia d'aller jusqu'au bout, et dès TaDnée suivante elle quitta la maison de Saint-Louis. Voir p. 78.
* Lettres édifiantes, t. U, 1. 77. — Lettres pieuses , p. 1&94.
viendrons plus simples ^ il n'y aura plus ni tours ni compliments dans nos lettres, nous y nommerons les choses par leur nom, nous les finirons quand nous n'aurons plus rien à dire, nous entrerons d'abord en matière, sans avant-propos, et nous bannirons tout art et toutes manières du monde. Ce n'est pas qu'il ne soit bon que vous ayez une politesse nécessaire à inspirer à vos demoiselles qui auront à vivre dans le monde, mais vous n'en aurez point pour moi, et vous serez persuadée que je ne puis me trouver importunée des marques de votre confiance.
Quant aux avis que vous me demandez, je vous les donnerai toujours très-simplement et avec toute sorte de soumission à ceux qui vous conduisent.
Je crois bien que vous n'avancez pas autant que vous voudriez dans ce renoncement à vous-même auquel vous aspirez 5 c'est un ouvrage pour toute notre vie, et qu'il ne faut pas vouloir mener trop vite. Vous avez des écrits de M. l'abbé de Fénelon sur cette matière, qui peuvent, ce me semble, donner toute la lumière et toute la tranquillité qu'on peut attendre du secours humain^ mais il faut que Dieu donne l'accroissement.
Je ne crois point que l'humilité doive vous empêcher de voir le changement qui est arrivé en vous. C'est un témoignage que vous rend votre conscience qui ne fera qu'exciter votre reconnoissance pour celui qui a commencé l'ouvrage de votre conversion , et qui sans doute l'achèvera -, gardez- vous bien seulement de votre impatience, et travaillez en paix.
A MADAME DE RADOtJAY (1692). 265
Je De me souviens point des pratiques que je vous avois conseillées, mais vous ne faites point de fautes si vous n'en faites pas volontairement.
Quant à ce que vous me proposez de laisser un discours commencé quand vous vous apercevez qu'il seroit bon à supprimer, c'est une consultation à faire à M. Tiberge ; car, outre qu'il en sait plus que moi, il sait le degré de grâce où Dieu vous appelle et les obligations de votre état. J'ai consulté depuis peu une chose pareille, à laquelle on m'a répondu qu'il ne faut rien dire par vanité, ni pour contenter son amour-propre, mais qu'il ne faut pas aussi l'interrompre quoique la vanité et Tamour-propre s'y mêlent, et qu'il n'y a qu'à les repousser en disant avec saint François de Sales : 7ion ! Il est vrai que ce n'étoit que ces retours de vanité que je consultois, car pour les discours mauvais en eux-mêmes par rapport à soi ou au prochain, qui croiroit qu'il ne faudroit les finir dès que Dieu nous fait voir que nous l'offensons? Cette fidélité seroit récompensée par bien des grâces, et ce que vous feriez là-dessus seroit d'une grande édification. La présence de Dieu, le silence et l'occupation seront d'un grand secours pour éviter ces sortes de conversations si dangereuses aux personnes vives et naturelles.
Vous me demandez de la patience et de ne me pas rebuter de vos imperfections 5 ce n'est en vérité pas à moi à être impatiente, et je serois en cela plus injuste que personne \ mais je vous en demande pour vous, et de ne point vous inquiéter de vos chutes. Si vous travaillez en paix, vous avancerez beaucoup
366 LETTBBS HISTOaiQUES ET ÉDIFIANTES.
davantage ^ ne comptons ni sur nous, ni sur les lu^ mières, ni sur les instructions des hommes^ attendons tout de Dieu qui ne nous manqqera pas s'il voit en nous une volonté sincère d'aller partout où il voudra nous conduire, et de souffrir tout c.ç qu'il lui plaira sans nulle réserve. Laissons-noiis conduire par notre guide-, expliquons-lui no^ peines, nos vues sans orgueil et sans attachement à notre sens, et faisons ou ne faisons rien selon qu'il le voudra-, car il y a autant de vertu à demeurer qu'à travailler quand c'est par obéissance : cette indifférencelà nous avance plus que notre inquiétude. Je ne puis vous quitter, madame ] cependant c'en est trop pour mqi qui suis peu capable de parler sur de telles matières.
168». -r- A MADAME DE LA MAISONFORT*.
Décembre 1691*
Dieu veuille bénir, ma chère fille, le dessein que vous avez de devenir une parfaite religieuse de Saiot- Louis, comme il le bénira sans doute si ce dessein est sincère et constant. Le premier moyen dont vous devez vous servir est l'humilité -, il faut devenir petite à vos yeux ; il ne faut pas tant vous renfermer
* Lettres édifiantes, t. HI, 1. 150 bis.
' Ainsi que nous l'avons vu, M^* de Maintenon avait eu beaucoup 4e peine à décider M°>« de la Maisonfort à faire profession des vœux simples ; quand il s'agit d'entrer dans un nouveau noviciat pour les vœux solennels, elle ne craignit pas, malgré la grande amitié qu'elle avait pour cette dame, de lui mettre devant les yeux ce ta)>leau de n^s défauts. Voir p. 130 et suiv.
A MADAME DE LA JllAtSONFOftT (1692). 267
dans vous-tîiôme •, il faut reconnoître avoit besoin de secourt, il faut y recourir simplement, il faut se soumett^ë avec docilité. Vous ne pourrez jamais changer si vous n'êtes convaincue que vous avez besoin d'être changée ; vous demeurerez telle que vous êtes, tatït que vous croirez que vous n'avei point tort, et que l'on est prévenu contre vous. Quant à moi, ma chère fille, je vous proteste que je vous aimé tendrement, que je suis persuadée que VOUS m'aimez -, et vous êtes une de celles de là com^ munaiité dont je goûte le plus k conversation ; maiâ Meu ne m'a pas chargée de Saint-Cyf pour que j'y cherche mon plaisir, et qiîe je dontie la préférence à ce qui touche mon goût naturel. Il est donc vrai, ma chère fille, que dans le temps que vous me plaisez, vous me faites peur pour la maison par ce manquefnent de simplicité que je vous ai souvent reproché , par cette présomption qui voils fait décider trop librement, par cet attachement à vos piropres lumières qui ne se soumet jamais à celles des autres. Croye2-moi , ma chèfe fille ^ prenez un confesseur arrêté, làissei-vous conduire par lui et ne vdiiléz pas éti tout vous suffire à voUs-même ] cela est bien loin de cette petitesse que je vous désire. La confiatice datis vos supérieurs est bien superficielle. Vous savez dire a chacun ce qu'il lui faut^ mais c'est pàf esprit^ et non par i^implieité : vous prenez de moi ce qui a Rapport à vos inclinations, mais vous n'avez pas là même déférence pour tous. Vous êtes naturellement généreuse et désintéressée ^ vous êtes charmée par là des conditions de voire fondation ;
mais accompagnez-vous le désintéressement de l'esprit de pauvreté que vous avez voué et que je vous recommande si souvent? Je serois trop longue si j'entrois dans le détail de tout ce que vous prenez ou laissez selon votre sentiment -, vous érigeant toujours en juge de tout ce que Von vous dit, vous ne vous contentez point, par exemple, de dire en opinant : Cette fille ne me paroît avoir les qualités qui nous sont nécessaires ^ mais vous entrez dans ses intentions, dans leurs causes, dans leurs effets, et tout cela avec une décision qu'on voit même encore plus absolue au dedans de vous que dans vos paroles -, car vous avez une politesse qui vous les fait choisir. Dans les affaires, vous êtes difficultueuse, et donnant d'un ton solide les plus grandes bagatelles du monde et qui n'arrêteroient pas un moment un esprit bien fait. Vous êtes jalouse de l'autorité et vous donnez souvent des avis des sentiments de la communauté qui sont vos propres sentiments 5 vous avez de l'art en tout , et toujours un dessein. Vous voulez persuader, vous voulez plaire, et vous n'avez point cette unité d'intention qui est la vraie simplicité. Vous avez trop d'envie d'être aimée : je suis très-persuadée que vos intentions sont bonnes, et que vous voulez par ces voies-là porter au bien celles qui dépendent de vous; mais si vous vouliez repasser sur le passé, vous verriez que ces moyens ne vous ont point réussi ; encore une fois, vous n'avancerez jamais dans la vertu que par votre humilité, par votre attachement à vos règles, par sacrifier vos lumières à celles de vos supérieurs, par aimer la dépendance, par la persuasion que vous
en avez besoin , et par renoncer à cette force et sagesse toute mondaine dans laquelle vous mettez votre confiance. 0 ma chère fille, que la force qui vient de la présomption est faible, et qu'elle attire de profondes humiliations ! Vous aimez le commandement et vous n'y serez jamais propre que vous n'ayez bien obéi. Vous ne faites dans les charges que les fonctions d'autorité-, vous raillez sur ce que vous ne savez qu'employer les autres, et il est vrai que vous ne travaillez guère vous-mêmes. Quand vous êtes en état de subalterne , vous embarrassez par vos compliments, par vos éloignements affectés 5 enfin on ne voit jamais cette simplicité qui fait souvent conseiller et décider avec plus d'humilité qu'il y en a dans toutes ces manières de s'humilier extérieurement. Mettez-vous bien dans l'esprit qu'on n'en fait pas longtemps accroire aux autres, que la vérité seule se soutient, et qu'on ne vous croira jamais que ce que vous serez en effet. Ne vous découragez point, ma chère fille, à la vue d'un si grand ouvrage : Dieu peut tout, et veut tout pour nous quand nous le voulons bien; mettez votre force à entreprendre de changer, et à faire valoir les talents qu'il vous a donnés et dont vous lui rendrez compte. N'ayez nulle confiance en votre courage; devenez petite, croyez que nous avons raison dsg[is tout ce que nous vous reprochons -, prenez un guide, mais ne veuillez pas le conduire ; profitez du temps où nous sommes et employez tout celui de votre noviciat à détruire tous ces défauts. Priez beaucoup, n'ayez qu'un seul désir qui est de plaire à Dieu ; n'ayez ni desseins ni vues;
270 LETTRBS HI9rORlQUBS BT ÉDIFIANTES.
dites simplement et succinctement ce que vous pensez, et tï'y retouriiéz plus ; renoncez à cette enyie d'être aimée; soyez régulière, gardez le silence^ renfermez-Tous dans vos deroirs, ne veuillez point tout savoir, refusez les confidences et lés discours inutiléâ. Que votre z61e soit pour vous présentement, sans penser aux autres, et pardonnez-mcfi ce qui pourroit vous fâcher dans cette lettre que je vous écris devant Dieu et par l'intérêt de sa gloire, du bien de votre maison et de la véritable aiiiitié que j'ai pour vous.
169».— A MADAME DE BUTERY.
Janvier 1693.
Au nom de Dieu, ma chère fille, priez vos proches de ne vous point charger de leurs affaires-, il est plus aisé à un mousquetaire et à un page de venir droit à moi que de passer par vous. Toutes les commissions que votre bon cœur vous fait prendre avec affection, vous dissipent et vous tirent hors de cette maison dans laquelle vous devez vôiis retifermer tout entière. Vous êtes d'un caractère si vif, si actif et si empressé que leâ seules occupations de votre emploi vous seront dangereuses-, que sera-ce si vous y joignez les affaires de vos proches et de vos amis?
^ Lettres édifiantes, t. I, 1. 103. — Lettres pieuses, p, 1465. — Les deux recueils donnent à cette lettre la date de 1688; mais la note 1 de la page suivante et qui appartient aux Lettrés pieuses indique que c'est une erreur, et qu*il faiit mettfe 16^3.
Totis VOS défauts viennent d'une bonne cause ; mais les effets en sdiit contraires à votre vocation qui demande un sacrifice de tout ce qui est du monde pour vous donner toute à Dieu. Vous ne serez ni contente ni parfaite qu'autant que vous marcherez dans ce cbemin-là; vous n'accorderez jamais Tune avec Tautre, et toutes vos prières seront inutiles tant que vous vous répandrez dans le dehors. Faites de sérieuses réflexions devant Dieu là-dessus, je vous prie ^ parlez-en à votre mère * qui vous dira mieux que moi les obhgations de Tétat que vous voulez embrasser ^; portez-lui cette lettre tout simplement etpriez-la devons donner ses avis, car j'ai grand désir de vous voir formée pour cette mai^n 5 je le demande souvent à Notre-Seigneur.
Ce 2 février 1693.
id vais presque tous les jours à Saint-Cyr avant le jour -, le Roi est dans ma chambre quand j'en reviens, et j'ai grand besoin de repos quand il est .parti -, ce sont les seules raisons, madame, qui m'enpèchent de vous écrire autant que je le voudrois •,
* t La mère Priolo, supérieure temporaire de la maison de Saint-LoniB. »
' Les Dames de Saint-Louis étaient alors au noviciat pour fairô les ?œux solennels.
* Lettres éditantes, t. IV, 1. 61. — Lettres offréabUs, p. 1032. — Lettres à MT^ de Brinm, p. 472.
VOS lettres me font toujours plaisir, et, malgré mes embarras, sont lues avec attention d'un bout à l'autre.
Ce 3 février 1693.
Je reprends ma lettre pour vous dire que Je partage vos peines, mais il y en a partout, et elles nous sont bonnes. J'ai parlé de mon mieux sur le mariage de M"* de Guedani *, et quoique je n'aie pu vous répondre, je n'ai pas oublié votre vivacité là-dessus 5 si le mariage proposé réussit, elle sera bien mariée. Ce n'est pas grand malheur que la petite de Garges serve, pourvu qu'elle tombe en bonnes mains; un des malheurs de notre siècle est que tout le monde veut s'élever au-dessus de son état-, vous me direz que j'en parle bien à mon aise-, mais Dieu sait si j'ai voulu m'élever. Je ne puis vous dire à quel point je suis contente de M. et de M"" de Blaire ^. Quant à la misère des provinces, nous ne l'ignorons pas ici, et on voudroit de tout son cœur la soulager, mais on est pressé de tous côtés ; priez, et faites prier incessamment pour la paix ^ après cela il n'y a point de biens qu'on ne puisse espérer.
Nous avons pensé perdre M"' de Monchevreuil, elle est hors d'affaire -, elle se disposoit à la mort avec une paix et une joie admirables. La petite vérole est à
^ «t Cette demoiselle de Guedani, dont le nom retourné est d*Anguiei, étoit fille naturelle de M. le Prince. » Note ùes Lettres agréables. — « Elle étoit jolie et pleine d'esprit, » dit Saint-Simon. On rappelait aussi M"*' de Chateaubriand, et elle avait été élevée à Maubuisson. Nous verrons qu'elle épousa le marquis de Lassay.
* La dame était nièce de M°>« de Brinon, et U^^ de Maintenon l'avait mariée à un fermier général.
Saint-Cyr, et toutes nos Dames enfermées dans leur noviciat. Nanon et moi gouvernons la maison. Bonsoir, madame; on me fait finir plus tôt que je ne le voudrois *.
i71«. — A LA MÈRE MARIE-CONSTANCE,
religieuse de la Visitation, maîtresse des novices de Saint-Louis.
Février l693.
Je ne puis vous exprimer la joie que j'ai eue aujourd'hui, ma chère fille , en voyant nos filles faire l'office ; la manière dont elles l'ont prononcé, les cérémonies qu'elles font, de sorte qu'il ne paroît qu'un même mouvement, m'ont donné l'idée des premiers chrétiens qui n'étoient qu'un cœur et qu'une âme -, je prie Notre-Seigneur de rendre leur intérieur conforme à cet extérieur. J'aime mes chères filles si tendrement et si solidement, que je ne puis leur voir faire le moindre pas vers la perfection sans en être ravie -, j'en ai versé des larmes de joie aujourd'hui ; et si elles continuent comme je l'espère, je serai trop bien payée des petites peines que je prends pour elles.
'LaBeaumelle ajoute cette phrase de son invention: « Et c'est ce roi que vous aimez tant ; il vous fait souvent de ces malices-là.» (T. II, p. 230 de Tédition de 1756). Il n'y a pas un mot de cela dans les trois manuscrits que j'ai sous les yeux.
' Lettres édifiantes, t. Ul, l. 163. — Mémoires des Dames de Saint'Cyr,
374 LÊTTÀÊS HlSTORiOtJES Et ÉDIFIANTES.
27 février 1693.
Votre lettre est du H de ce mois, et voici le premier moment que Je trouve pour vous répondre 5 je vais le faire article par article. Je trouve trèsr bien que vous preniez les oraisons de M. Tabbé de Fénelon \ vous savez si j'estime ce qui vieiit de lui ; ses écrits et ses discours ne peuvent faire du mal qu'à ceux qui sont mal disposés et qui prennent une partie de ce qu'il dit sans prendre le tout^ cependant, comme je vous souhaite obéissance en tout, je voudrois que vous montrassiez à nos mères ^ tout ce que vous lisez, et que vous fussiez contente de tout ce qu'elles vous donneroient ou refuseroient.
Je vous appellerai comme vous le voudrez, ma chère fille, et quoique très-indigne mère, je ne vous résisterai point là-dessus -, il y a longtemps que je suis persuadée que c'est cette digne mère qui vous manque, et que je me prends à ce besoin-là de la plupart des fautes que font mes (ilies. Je ne me souviens plus de ce que je vous ai dit dans notre dernière conversation, mais comme je pensé toujours les mêmes choses, il me sera aisé de vous les redire, puisque vous ne vous lassez point de les entendre. Je vous ai peut-être dit qu'il ne suffit pas, pour une religieuse de Saint-Louis, de ne penser qu'à soij de se
* Lettres édifiantes, t. Hl, l. 156. — Mém, de Langtiet de Gergy,i, I.
« Les reUgieuses de la Visitation qui avaient alors le gouvernement de la maison et du noviciat.
4 MADAME Dp PÉROU (1693). 8?5
e(mtan.ter de sa sanctification particulière, sans se croire chargée des antres; il vpus faut un grand ?èle, étendu et infatigable, un courage à Vépreuve de toutes les difficultés qu'on trouve dans soi et dans ceux que Tpn conduit, car votre maison est si grande qn il n'y aura guère d'eniplois où Top n'ait quelqu'un à conduire; il vous f^ut une régularité qui ne se démente jamais, et poussée jusqu'aux plus petites choses, et que yous ne receviez point de su* jets qui les méprirent, quelque mérite qu'il puissent avoir d'ailleurs; ils sont pernicieux dans les communautés, où il faut de la simplicité, de Tuniformité et 4e' l'obéissance en tout et partout. Je conviens avec M. l'abbé de Fénelpn que ce n'est là que l'écprce de la religion, et une hypocrisie si k dedans n'est à Dieu, et si cet intérieur n'est un effet de l'intérieur j mais les supérieurs ne peuvent que régler le dehors et attendre qu'il plaise à Dieu ^e toucher le cœur* Seroit-il meilleur, quand on connoît une fille irrégu-r lière, étourdie, dissipée , de |a convier à ne se pas contraindre extérieurement, de peur d'être hypocrite et de la rendre parla le scandale d'une maison, et l'exemple d'une tolérance qui mettroit les supérieurs hors d'état de reprendre aucunes fautes? Soyez ferme dans ces principes, sans qu'on puisse les ébranler par les subtilités de certains caractères qui font consister l'esprit à trouver des difficultés à tout; allez dans les voies communes et établies; profitez de ce que vous voyez présenten^ent dans le secours que Dieu vous a donné et dont nous avions si grand besoin. Voyez ce que nous avons fait en
prenant un autre chemin : nous voulions une piété solide éloignée de toutes les petitesses des couvents -, nous voulions de l'esprit, de l'élévation, un grand choix dans nos maximes, une grande éloquence dans nos instructions, une liberté entière dans nos conversations, un tour de raillerie agréable dans la société, de l'élévation dans notre piété , un grand mépris pour les pratiques des autres maisons* ; vous savez où nous avons été et d'où il faut revenir; vous l'avez vu, revenons donc de bonne foi et avec une grande humilité ; prenons tout ce que l'on nous propose pour nous y tenir inviolablement, pour l'observer et pour le faire observer, tant que nous vivrons, sans nous relâcher sous quelque prétexte que ce soit. Je suis très- édifiée de là manière dont on fait les pénitences au réfectoire-, et je suis très -persuadée que ces humiliations sont très -solides et très-nécessaires dans les communautés. M°*" de Mon-' fort ^ m'écrivoit , il y a quelques jours , qu'elles étoient bien propres à faire mourir l'orgueil ; je lui répondis que c'étoit leur panégyrique. En effet, qu'y a-t-il de meilleur que ce qui détruit la cause de nos maux? Ne regardez point ces pratiques comme passagères -, il faut qu'elles demeurent dans notre maison. Observez tout ce que font nos saintes mères; formez-vous sur ces exemples, voyez leur fermeté et leur douceur : avec quelle liberté elles
^ Voilà le plan primitif de Tédiication de la maison de Saiat- Louis , plan qui ne réussit pas , et que M<"<^ de Maintenon avait déjà en partie réformé.
' » Nous avons déjà dit qu'elle était dans un couvent de Melun.
VOUS entretiennent , avec quelle gravite elles vous reprennent, en peu de paroles, sans émotion et toujours se possédant elles-mêmes 5 je n'ai encore rien vu dans tout ce qu'elles ont établi et proposé qui ne soit à mon sens très-utile et très-solide pour le gouvernement de votre maison^ prenez-en le plus que vous pourrez -, surtout apprenez à obéir, à soumettre votre jugement sans lui laisser la liberté de se révolter au dedans^ croyez qu'elles voient plus clair que vous et que vous avez souvent tort. Employez bien ce temps de retraite que Dieu vous donne présentement: livrez-vous à lui tout entière, sans conditions, sans réserve, et dans cet esprit de sacrifice dont M. l'abbé de Fénelon vous parla si bien; humiliez-vous avec vos sœurs, gagnez-les toutes par votre charité. Adieu, ma chère ; ma lettre est trop longue, mais elle Tauroit été encore davantage si on ne m'avoit pas obligée de la finir.
Je reprends ma lettre pour vous dire encore un mot sur cette contrainte qu'on prétend qui est dans les communautés régulières et qui est inutile. Le silence et la séparation est la pratique la plus sainte et la plus habile qu'on y puisse établir *, et c'est ce qui fait que ces maisons subsistent dans l'esprit de leur institut, et édifient le monde entier. Quand vous serez dans les charges et que vous ne serez pas
* M<°<' du Pérou était la Dame de Saint-Louis qui, dèsTorigine, avait le mieux compris le but de rinstitution : aussi était-ce la confidente ordinaire de M™^ de Maintenon pour toutes ies choses de bon sens et de pratique. On voit qu'elle ne craignait pas de lui toner les raisons secrètes et pour ainsi dire humaines de certaines observances religieuses.
978 LETTRBS HISTOHIQUES ET ÉDIFIANTES.
fidèle à y garder le silepce qui vous sera marqué par vos règlements, vous ne sere^ pas trois mois sans vous lier ou vous brouiller, et Tun et Tautre sera également nuisible à votre emploi et à votre perfection. 0 Dieu ! qu'il faut de préservatifs contre notre foiblesse! et que c'en est un bon que celui d'une contrainte qui nous fait passer }a vie avec des personnes que nous ne pourrions souffrir un mois de suite, si nous étions exposées à tous les défauts que nous verrions en elles, et qu'elles verroiept en nous ! C'est cette malheureuse liberté qui perd tant de couvents où, en se communiquant ses peines, ses dégoûts, ses murmures, ses tentations, ses inventions pour secouer le joug, on tombe dan$ les plus grapds scandales... M. le Dauphin entrer adieu, ma chère fille. Je rouvre ma lettre poqr vous dire qu'on m'en^ voya, il y a quelques jours, à la lingerie pour voir ce qui s'y faisoit et pour y tenir la place d'aide de M"^ de Monchi qui y étoit en chef ^ noustravaillàm^es deux heures en silence, car je ne compte point Tar voir interrompu de lui avoir demandé de l'ouvrage, et quelque temps après quelques autres questions nécessaires. On aura grand tort de dire que les empbis dissipent; car on pourra plus véritablement dire le soir qu'on aura prié sans cesse. Quand on veut s'agiter en servante plutôt que de s'occuper en religieuse, et que l'on y ajoute la liberté de parler, l'ouvrage extérieur n'avance point, et l'ouvrage intérieur recule beaucoup. J'allois aussi à une classe régler la journée; je vous assure qu'il étoit quatre heures après midi quand je n'avois pas dit vingt
A MADAME DB fiRiNÛN (1698). 279
paroles, et j'y étois depuis dix heures et demie. C'est l'erreur de Saint-Cyr de dire que la fatigue des classes est grande^ parce qu'il faut toujours parler ; vous ferez beaucoup mieu:& partout quand vous parlerez moins ; c'est un défaut que je crois tous aVoir coraftnuniqué, car je l'ai en effet, et cela vient de trop de confiance en ce que nous disons, qui nous fait croire qu'à force de raisons nous persuadons ; c'est une conduite que Dieu ne bénit pas : il faut dire peu et lui laisser le soin du reste. Adieu ; tous voyez que je ne puis finir sur des matières qui me tiennent tant au cœur.
173!. — A MADAME DE BRlNON.
28 février 1693.
Il faut, madame, s'attendre à toutes sortes d'injustices de la part du monde, il veut juger de tout et juge toujours en mal : M. Pellisson vivoit d'une manière exemplaire, et parce qu'il ne s'est pas confessé, il étoit huguenot^. On n'a ici nulle attention à
* Lettres èdiftdniès, U IHi l. 165. — Lettrée de MV** de Brinon, p. 4.S3.
• Pellisson mourut le 7 février 1693. « Il étoit logé depuis grand nombre d^années dans uH appartement de l'hôtel abbatial de Saint-^vermain-dès-Prés, y étoit assidu aut offices, les fêtes et dimanches, et y faisoit souvent ses dévotions. La promptitude de sa mort Ht courir le bruit qu'il aurolt eu bien le temps de se eonfesser sMl avoit Voulu, mais qile sa première religion ou n'avoit pas été changée de bonne foi ou avoit pris le dessus dans ses derniers moments. Les protestants le publièrent tant qu'ils purent; mais le tissu de la longue vie de Pellisson depuis sa conversion, son savoir, son esprit et sa probité généralement reconnus avatfl
la vie, et on compte pour tout de recevoir les sacrements à la mort. Le pauvre homme ne se croyoit pas si mal, et remit le curé au lendemain; mais, madame, il faut laisser dire ; votre ami est jugé présentement par notre unique juge, je suis persuadée qu'il est bien heureux.
Le Roi se porte parfaitement bien, il travaille beaucoup à ses affaires; je me porte mieux que jamais, je travaille beaucoup, de mon côté, sans espérance de voir la fin de mon ouvrage -, Dieu fera tout ce qu^îl lui plaira.
J'ai parlé à M. le Prince à Marly, je Fai prévenu, je l'ai loué et excité sur l'établissement de M"® de Guedàni-, mais je n'ai pas lieu d'espérer que cela réussisse à la manière dont il me répondit.
Mademoiselle de Radouay ^ sera bien heureuse si elle demeure aux Ursulines de Pontoise; j'ai tant de filles partout, que je ne puis fournir aux honnêtetés que je voudrois faire dans les maisons qui les reçoivent.
i74«. — A MADAME DE BRINON.
A Chantilly, 8 mars 1693.
Les affaires de M"® de Brunswick, madame, sont devenues affaires d'État , desquelles par consé-
et depuis son changement de religion, répondirent suffisamment au scandale qu'on essaya de répandre sur sa fin. » (Addlt au Journal de Dangeau, t. IV, p..256.)
* C'était une nièce de ia Dame de Saint-Louis.
* Lettres édifiantes^ t. ni, 1. 167. — Lettres à Af"' de Brinon,p, 474.
queDt ni vous ni moi nous ne devons plus nous luéler; il faut qu'elles se traitent par les ministres et que nous nous contentions de faire des vœux pour sa satisfaction ; je m'y intéresse autant que j'ai jamais fait, et suis fâchée d'y être inutile.
Madame la Princesse est bien vive sur le mariage de M^^ de Guedani, et j'espère en venir à bout-, on ne peut assez admirer, en toute occasion, la vertu de cette princesse. Adieu, madame*, je suis ici dans un grand repos, le Roi s'y plaît tout à fait; mais le temps est effroyable.
i75>. — A MADAME DE BRINON.
10 mars 1693.
C'est par l'envie que j'avois de répondre moimême à M. de Gantiers ^ que je lui ai fait attendre si longtemps une réponse-, je n'en ai pu trouver le moment, et enfin j'ai chargé une personne de la lui faire.
Je n'ai su votre mal, madame, que lorsqu'il a été passé. Gomptez que je ne suis pas à moi et que tous mes amis me doivent regarder comme morte pour eux. Je ne puis garder ni mesures ni bienséances, je ne puis montrer que ce que je suis-, mais il me semble que je n'ai point tort et que c'est le temps qui me manque. Vous avez bien répondu à la pauvre femme, madame. Le Roi voudroit, aux dépens de
* lettres agréables, p. 994. — Lettres édifiantes, 1. 1, p. 12T.
* Voir la note de la p. 88.
282 LETTRES HlStOlilQUEd ET ÉDIFIANTES.
tout, voir son peuple plus heureux; j'espère que Dieu s apaisera et que nous verrons la paix. Deinandez-la incessamment et ne doutez jamais de mon amitié, malgré toutes mes irrégularités.
ilQK —A MADAME DU PÉROU.
A Chantilly, ce 12 mars 1693.
Ma sœur de Loubert est la seule à qui je n'ai point fait réponse : je n'avais pas gardé sa lettre, et c'est ce qui me l'a fait oublier. Ni vous nielle ne l'en croyez pas plus mal avec moi , et vous avez raison , car je l'aime plus que jamais je n'ai fait.
Je suis bien fâchée de n'avoir pas entendu le père Bourdaloue : j'espère qu'il voudra bien venir un soir pour moi.
Vous ne sauriez manquer à tout disposer pour la prise d'habit de mes filles -, mais comment pouvezvous êtes incertaine là-dessus ? Le jour n'est-il pas arrêté avec celui qui prêche et avec celui qui fait la cérémonie? Pour moi, je serai également prête jeudi et vendredi. M. Racine, qui veut pleurer ma sœur de Lastic ^, aimeroit mieux vendredi; ce n'est
* Lettres agréables, p. 1161.
^ Cette demoiselle avait fait le personnage d'Assuérus dans toutes les représentations d'Esther qui s'étaient faites devant le Roi et toute sa cour. Racine, même après que ces représentations eurent cessé, Testa en relations de piété et d'amitié avec les Dames de Saint-Louis, et il ne manqua d*assister à ancune prise d*habit de ses anciennes actrices. Ainsi que ledit ici M*"*^ de Maintenon, il pleurait pendant toute la cérémonie; (Voir Y Histoire de la maison de Saint-Cyr^ p. 99).
AUX RELIGIEUSES DE SÂlî^T-LOUlS (1693). 283
pas une râisoti pôUr rien changer *. Avertissez-moi seulement le plus tôt qiie vous pourrez.
Je suis entièrement de Tavis de notre mère (PHôlo) sur la cloche du tour, et tatvîe en înêmë temps de la modiistie qui vous a fait hésiter. Il faut que voliâ soyez humbles et plus raisonnées que les autres réligifeuâes pour expier votre premier éclat.
177«. — AUX RELIGIEtJSES DE SAINT-LOUIS».
Har« 1693.
Je ne crois pas avoir besoin de vous assurer, mes chères filles, que mes intentions poui* le bien de votre maison sont droites : vous n'en doutez point, et vous ne devez pas douter aussi que ceux qui sont chargés de votre conduite ne soient capables de juger de ce qui vous est le plus avantageux. J'espère tout de la botité de Dieu sur vous, et des movens dont il se sert pouf vous sanctifier -, mais, quelque profit que vous en fassiez, vous serez jeunes pendant longtemps, et c'est ce qui toe fait désirer de vous donner
^ Aucune des novices qui firent profession à ceUe époque ne resta à Saint-Cyr. Elles étaient toutes destinées à d'autres couvents. W^*^ de Lasiic entra aux Carmélites de la rue de Grenelle.
' Lettres édifiantes, t. III, 1. 157.
* « Cette lettre fut écrite à Toccasion de quelques ûlles âgées et expérimentées, que l'on jugea être nécessaire de recevoir pour être religteoses de Saint-Louis , sans avoir égard ni à la naissance, ni à ce qu'elles n'avoient pas été éfevées dans la maison; le Roi n'ayant pas encore permis alors comme il a fait depuis par de nouvelles lettres patentes d'en pouvoir recevoir d'autres en cas de nécessité. » (Note des lettres édifiantes)»
quelques filles qui le soient un peu moins ; après cela, vous attendrez vos demoiselles et demeurerez dans les termes de votre fondation. Le Roi a si bien compris qu'il falloit déroger en faveur d'une communauté naissante qui ne pouvoit se passer de quelques sujets avancés en âge, qu'il a permis, par prévoyance, que Ton en prit sans égard à la naissance ni à la jeunesse K Ce n'est donc pas agir contre ses intentions mais les suivre, de vous donner présentement quelques secours qui joignent à votrç zèle un peu d'expérience ^ vous ne seriez pas religieuses de la règle de Saint- Augustin, si le défaut de noblesse leur attirait votre mépris , et on pourroit même dire que vous ne seriez pas chrétiennes , puisque Dieu n'a point fait de ces différences : il a voulu différents états parmi les hommes, mais il n'exclut personne de son royaume. Vous êtes à lui, vous voulez y être de plus en plus-, jugez comme lui, recevez les filles que nous mettons au noviciat, traitez-les cordialement, désirez et demandez que ce soit de bons sujets -, et, malgré toutes ces raisons, s'il s'élève en vous quelque répugnance, sacrifiez-la, je vous eri conjure, à la déférence que vous avez pour mes sentiments. Il est aisé de se soumettre quand on ne nous demande rien qui choque nos inclinations, mais la vertu et même la seule amitié que vous avez pour moi vous en demandent davantage ; ma précaution est peut-être inutile : vous savez que je voudr ois toujours vous persuader et jamais vous contraindre.
* Ces religieuses étaient au nombre de quatre : la principale était Marie-Anne Halle qui devint supérieure en 1703.
A MADAME DE BUTERY (1693). 285
J78^ — A MADAME DE BUTERY.
Avril 1693.
En commençant cette lettre, ma chère fille, je me préparois à vous donner des avis comme vous le désirez^ mais j'ai vu, en finissant de lire la vôtre, que vous vous connoissiez, quand vous dites que vous allez vous attacher à vos règles et aux pratiques religieuses. C'est tout ce que vous avez à faire-, il n'y a que Dieu qui puisse vous en donner la force \ je ne suis ni rebutée de vous, ni mal contente-, je ne sais rien des avis que vous donnez à vos supérieurs, et je ne connois personne dans la communauté qui ne vous aime et ne soit persuadé de votre cœur, de votre piété, de votre charité, et de l'envie que vous avez d'être utile à votre maison.
Redoublez votre attention à modérer votre vivacité qui se montre à tout ce que vous faites -, vous ne vous donnez pas le temps de mettre votre voile, vous oubliez les heures, et faites quantités de distractions ; tout cela, ma chère fille, ne sont pas des péchés, mais ce sont des défauts fort contraires à la modestie et à la régularité religieuse, surtout dans une maison comme celle-ci, où il faut être extrêmement exacte aux règles, aux heures, et aux bienséances. Tâchez, avant de vous engager dans les vœux solennels, de bien comprendre qu'il faut vous accommoder aux supérieurs et non pas accommoder les supérieurs à vous. Je désire ardemment que vous entriez
* Lettres édifiantes, t. Hf, l. 158. — lettres pieuses, p. 1 4C5.
dans notre œuvre, et que vous la serviez aussi bien que vous en êtes capable -, car, sans vous vouloir flatter, ma chère fille , je n*en crois aucune dans la communauté qui ait de meilleures intentions que vous, qui soit plus attachée à ses supérieurs, qui soit plus véritablement chrétienne, qui parle mieux aux demoiselles, et qui leur soit plus propre en mille choses. Je vous donne le bonsoir.
Ce lundi, .28 avril 1693.
Que voulez-vous faire d'extraordinaire, ma chère fille ? n'avez-vous pas à vous exercer dans la pratique de toutes les vertus de votre état? n avez-vous pas à garder vos constitutions le plus parfaitement qu'il vous sera possible? n'avez-vous pas à établir et à garder vos règlements dans toute leur exactitude sans y trouver aucune difficulté que vous ne vouliez surmonter? n'avez-vous pas à garder un silence exact afin qu'au dedans et au dehors on n'entefide rien que d'édifiant? n'avez-vous pas à prendre patience dans les continuels embarras où l'obéissance vous a mise? n'avez-vous pas à la pratiquer cette obéissance dans le continuel rapport que vous devéÉ avoir avec votre supérieure? Aimons les vertus de notre étal, et gardons-nous delà subtile tentation de négliger ce que Dieu demande de nous pour faire
* tel 1res pieuses^ p. H 47,
A If. {.'PYÊÛHE OE CHARTRES (16QS). 287
ce qB'il ne nous demande point ! Lea feipmes mariées aiment mieux servir les pauvres malades à l'hôpital que de servir leurs maris malades et leurs enfants ] les religieuses cherchent des pratiquas extraordinaires plutôt que Vaccomplissement de leura vœux et Texercice de toutes les vertus de la religion, fe Yous dis toujours la même chose : soy^z humble, patiente , silencieuse , régulière ^ marchez daps la présence de Dieu, réponde? à ses desseins en pratiquant tout ce que vo$ supérieur^ veulpnt qui soit observé dans votre maison -, rappelez les obligations àe ces premières colonnes de tout cet édifice ; songez si ce n'est pas Isi sur quoi vous serez interrogée fit jugée \ ne laissez pas encore qne fois ce que Dieu vous demande pour ce qu'il ne vous demande pas, La Capucine doit immoler son corps en sacrifice *, la Dame de Saint-Louis doit se sacrifier par le zèle et la fidélité pour l'établissement de la nouvelle fondation de la maison de Saint-Louis.