OAMB DB SAINT-LOUISE
Août 1694.
Pourquoi ne m'auriez-vous pas écrit aussi bien que les autres, ma chère fille? Est-ce que vous avez moins d'amitié pour moi , et doutez-vous de celle que j'ai pour vous ? car il n'y a pas moyen de recevoir la raison de dire que vous n'écrivez pas assez bien : je ne sais ce qui l'emporte dans votre lettre, du style, du caractère ou de l'orthographe, tout y est parfait, et le sujet que vous y traitez ne l'est pas moins. Je donne mon consentement de tout mon cœur au dessein que Dieu vous inspire, et je lui demanderai de tout mon mieux que vous en profitiez. Vous avez de grands avantages pour être une bonne religieuse 5 il ne , vous manque que l'ouverture du cœur pour vos supérieurs, sous prétexte d'une timidité qui ne doit pas vous éloigner d'eux. J'espère que nous jouirons de ce que vous allez apprendre,
* Lettres édifiantes, t. IV, 1. 33. — Lettres pieuses, p. t722.
' Suzanne-Madeleine d'Antony de Rocquemont, née en 1G67^ morte en 1730. Ce fut la dixième Dai^e de Saint-Louis. Elle fit profession des vœux solennels, le 1®' janvier 1G94, et demanda par ferveur à recommencer son noviciat.
et que Nohre-Seigneur ne vous récompensera que lorsque vous aurez servi notre cher Institut. Adieu, ma chère fille \ je suis ravie de ce que vous faites, et j'aime assurément votre âme. Que votre noviciat ne nuise pas à Tinfirmerie,
nàK-^X MADAME DE DUTERY.
Août 1694.
Vous avez grand tort de sentir tant de peine à me parler en liberté, car il me semble que j'ai pour vous tout ce qui peut vous obliger à avoir de la confiance en moi. Vos sollicitations pour messieurs vos frères ne sont point nécessaires : je ne cesserai point de parler pour eux, et si je ne fais rien, c'est que je ne pourrai rien, car la bonne volonté est tout entière; la tendresse que j'ai pour vous, l'estime que mérite l'aîné, la pitié de voir des gens de condition si misérables, la déférence que j'ai pour tout ce qui vient de M*' de Chartres, l'envie de vous délivrer de toutes inquiétudes pour vous donner à Dieuj tout cela, dis-je, est assez fort pour ne me laisser rien oublier. Le temps est dur, la misère est grande, on ne fait point de promotions, et en dernier lieu, M. de Ponchartrain m'a dit de mander à monsieur votre frère de proposer lui-môme ce qu'il voudroit, parce qu'il fera tout ce qu'il dépendra de lui. Laissez-nous donc faire, puisque vous n'avez point de
* Lettres édifiantes, t. IV, 1. 35. — Lettres jAeuses, p. 1476.
A MADAME DE BUTERY (1694). 371
meilleure ressource, et mourez à tout ce qui est hors de Saint-Cyr. Vous avez fait tout ce qui vous est possible en recommandant messieurs vos frères à vos bons amis -, n'y pensez plus, souvenez- vous que vous êtes morte. Vous connoissez l'obligation de ces vœux qui doivent vous mener à la plus haute perfection : faites-vous voir une vraie religieuse; on se joue souvent de se mettre sous un drap mortuaire et de faire chanter un De Profuniiis^ et puis on se relève aussi vive pour tout ce qui nous touche dans le monde. Vous êtes comblée de grâce, soyez-y fidèle. Ne vous affligez point de ce que je vous dis, mon dessein n'est pas de vous troubler, mais de vous remettre en repos par rapport à tout ce que vous avez bien voulu quitter. Je prie Dieu de vous détacher de tout ce qui n'est pas lui, et de ne pas permettre que sous de spécieux prétextes de charité, d'intérêt pour la maison, de bon naturel, d'envie de faire plaisir, vous sortiez du tombeau que vous avez choisi dans lequel sont renfermés vos obligations. Je vous parle comme à. une âme forte et à laquelle je crois que Dieu demandera beaucoup; je vous demande en son nom de grands exemples pour Saint- Cyr, à qui je désire plus de détachement qu'à aucun autre couvent, pourvu que ce détachement ne vous enorgueillisse pas, car encore vaudroit-il mieux être attachée et humble.