‹ Lettres historiques et édifiantesChapitre 25 sur 30 · A M. L*ABBÉ DE BRISACIER · texte numérisé non relu

A M. L*ABBÉ DE BRISACIER

peut-être sauvé la vie de cette pauvre créature. Dieu en a disposé ainsi. Je vous attends pour annoncer cette triste nouvelle à ses deux filles. On m'a chargée de consulter le Roi sur leur renvoi, et puisqu'il faut que j'en rende compte, ce n^est pas à revenir sur une décision. Il nç comprend pas plus que moi que le crime doive passer aux enfants, et je vous conjure de vouloir bien encore y faire quelques réflexions avec M. Tévéque de Qiartres et M. Tabbé Tiberge. On dit que les jésuites ne recevroient pas un homme en pareil cas, et que les filles de la Visitation en useroient de même. Si cet esprit vient de saint Ignace et de saint François de Sales, je m'y soumets sans répugnance; mais si ce n'est que l'effet de la sagesse humaine ou de la dureté des communautés, je désirerois de tout mon cœur qu'on s'en sauvât dans celle-ci. Le père de M. de Luxembourg ' a eu le col coupé : on lui confie la personne du Roi et de ses armées*, nous avons vu mourir M. de Rohan ^ sur un échafaud, il y a environ vingt ans,

le n^ 225. « Touchée du malheur de cette famille, dit une note des Lettres utUes, elle combla d'amitié leà deux filles , s'oiTrit à en receToîr encore d'autres ici s'il s^en trouvoit en âge d'être reçues. Elle leur promit de leur tenir lieu de mère, empêcha que le bien ne fût confisqué et le fit adjuger aux enfants ; dans la suite de cette guerre, elle obtint une sauvegarde pour la conservation du bien de leur père, et leur a rendu à tous quantité de services importants »

< Le maréchal de Luxembourg était le fils du comte de Montmorency-Boutteville, qui fut décapité pour avoir violé Tédit de Louis Xlll contre les duels.

' Louis, prince de Rohan, plus connu sous le nom de chevalier de Rohan, fut 1c tourment et le déshonneur de sa famille par ses

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et toute sa famille étoit en charge auprès du Roi et de la Reine, recevant tous les compliments sur cette douleur sans qu*il entrât dans la tête d^un seul courtisan de lui en faire des reproches. Quoi ! Thonnèteté mondaine ira plus loin que la charité, et nous ne donnerons pas à nos filles les vraies idées qu'il faut avoir sur chaque chose ! On dit que dans les classes elles en seroient moins respectées et exposées i des reproches : je mettrois ces fautes au nomhre des plus punissables-, celles qui auront le cœur bien fait en seront incapables, et il faut redresser les autres. Je n'ai confié cette affaire qu'à notre supérieure*, elle m'en a paru plus attendrie pour ces filles, et il me semble que c'est là l'effet d'un tel malheur. Il peut arriveir aux Damés de Saint^Louis; seroient - elles inhabiles pour leurs emplois? ne voyonS'-nous pas tous les jours des aventures aussi tristes et plus honteuses aux prêtres dahs la personne de leurs plus proches parents? en sont-ils moins respectables pour nous? Je dis tout ceci pour la justice et pour l'envie que j'ai que nos filles aient l'esprit et le cœur bien fait 5 car il pourra très-bien arriver que celles dont il est question ne nous seront pas propres ^ Il n'est pas besoin, monsieur, de les

yiices, des débauches, ses crimes. Etiflb ayant fait une conspiration contre TÉtat; il fut mis à la Bastille, condamné et exécuté le 27 novembre 1674.

1 L'ainée des deux demoiselles devint Tune des plus distinguées des Dames de Saint-Louis ; elle fit profession le 4 août 1696 et mourut en 1737, âgée de 61 ans. La plusjeune rentra dans le monde, ne s'y maria point et resta en relation avec M™^ de Maintenon qui lui fit beaucoup de bien.

recommander à votre charité \ je prie Dieu de le« consoler et de les bénir.

FonlamebleaUi 6 octobre 1694<

Je suis ravie du bon cœur de mes chères filles ^, il aidera beaucoup à établir parmi vous un esprit de charité et de droiture. Si les classes viennent à savoir le malheur des demoiselles de..., il faut leur inspirer les mêmes sentiments; si on pouvoit les pressentir chacune en particulier, ce seroit une bonne épreuve pour connoltre le caractère de leur cœur et de leur esprit.

J'approuve très-fort tout 9e que vous avez fait et vous ne pouvez être trop régulière pour votre clôture qui ne peut, par bien des raisons, être aussi exacte que nous le désirions. Soyons des saintes, et tout le reste nous sera donné. J'ai passé ma journée à Moret ^, la piété y est si fort augmentée depuis que Dieu a pourvu à leur subsistance, que jeunes et vieilles ne pensent plus qu'à le servir ; elles ont solennisé ma fête le mieux qu'elles ont pu.

J'ai connu une dame qiii s'est ruinée à acheter tout ce qu'elle trouvoit à bon marché 5 je suis de

1 Lettres agréables, p. 1041. -^ lettres édifiantes^ t. IV, 1. 45.

* L^avis àe M"** de Maintenon relativement aux ctemoiselle» d'Anglebelmer avait été suivi avec empressement par lea Damea de SaiQt-Louis.

' Couvent auquel elle faisait beaucoup de .bien.

même sur les aumônes et je ne puis résister aux petites. Donnez donc, ma chère fille, cinq louis à votre philosophe ', et soyez hardie pour de pareilles propositions quand la Providence vous les présentera.

Fontainebleau, 12 octobre 1694.

Je viens de recevoir deux de vos lettres, Tune du 9, Fautre du 10. Ma sœur Provost va se sanctifier de plus en plus ' \ mais nous faisons une grande perte ; rien n'est mieux que le soin que vous prenez de la consoler, et il est aussi fort bon de ne pas prodiguer les visites de Tinfirmerie pour les raisons que vous dites.

Je stiis ravie que les demoiselles aient le cœur aussi bon et Vesprit aussi bien fait que nos chères sœurs de la communauté *. Le Roi va de mieux en mieux, et le duc du Maine est en parfaite santé.

Vous êtes trop heureuse, ma chère fille, d'être mal contente de ce que vous dites ^ priez le Saint- Esprit de parler pour vous, et abandonnez-vous en lui. Je ferai votre consultation sur le chapitre dès

1 J'ignore quel est le personnage qui recevait des aumônes de W°^ de Maintenon par les mains des Dames de Saint-Louis.

* Lettres édifiantes, t. IV, 1. 4 6. — Lettres agréables, p. 1 04 i .

' Sœur converse qui s'était cassé un bras. U en sera question plus loin.

^ Au sujet du malheur arrivé aux deux demoiselles d'Ânglebelmer.

que je serai chez vous, et la manière dont vous recevez les avis me donnera la force dont j'ai besoin pour ne vous rien laisser passer. Adieu, ma chère sœur, fille et mère; mille amitiés à nos chères filles; je serois bien fâchée qu'elles s'ennuyassent autant que moi de notre séparation.

13 octobre 1694.

En relisant ma lettre et la vôtre, j'ai trouvé qu'il y a des articles où je n'ai pas répondu, l'un sur la confession et l'autre sur le Nouveau Testament. Je suis bien aise de ce que vous ne vous confessez que tous les huit jours ; je crains souvent qu'il n'y ait beaucoup d'abus et de perte de temps dans les confessions des Dames et des demoiselles-, c'est un endroit si délicat que je n'ose en rien dire , car il y auroit à craindre qu'on ne passât dans une extrémité encore plus dangereuse en communiant avec des péchés considérables ; j'espère que votre exemple fera encore du bien là-dessus.

La lecture da Nouveau Testament est une nourriture solide et délicieuse -, Dieu veuille vous en conserver le goût, et vous ôter, c'est-à-dire à Saint-Cyr, Tavidité qu'on a pour les. livres-, je voudrois de tout mon cœur qu'on se renfermât dans cinq ou six qui y sont fort connus. Les lectures font du mal plus souvent qu'on ne pense, surtout à notre sexe qui est

* Lettres édifiantes, t. IV, I. 47.

curieux et léger \ c'est ce qui me fait tant désirer qu'on travaille beaucoup chez nous, et que le temps manque pour tout le reste \ s'occuper dans la présence de Dieu, c'est la piété que je désire à nos chères SUes.

Ce 14 octobre 1694.

. Vous ferez grand progrès dans la piété si vous joignez la droiture et la simplicité à la disposition où Dieu vous met d'être toute à lui ^ sa miséricorde est si grande qu'il s'accommode de tout ce qui est sincère, et je crois qu'il sauve bien des esprits de travers^ mais, ma chère fille, quand nous avons à contribuer au salut des autres, nous avons un grand besoin de cette droiture que je désire tant à Saint- Cyr. Renoncez donc à votre propre jugement et à vos premières idées -, mettez-vous entre les mains de votre maîtresse, pour être polie et taillée comme elle le voudra; soyez prête a tout, pourvu qu'on ne vous propose rien de mal. Veuillez être à Dieu, que ce soit votre fin, mais prenez les moyens qu'on vous conseillera; tournez votre piété selon votre Institut, sans désirer y rien changer ', respectez et aimez vos supérieurs et tout ce qu'ils vous ont imposé; croyez que ce ne sera jamais l'esprit de Dieu qui vous éloignera d'eux sous quelque prétexte que ce soit. Lais-

^ Lettres pieuses^ p. 1 7 1 1 .

* Marthe-Thérèse de Sailly. Elle était au noviciat et ût profession le 9 décembre 1694.

 MADEMOISELLE DE GLAPION (l694). 379

sez-YOus mener, priez tant et si peu qu'on voudra : Fûbéissance ne vous fera rien perdre qui ne vous soit rendu avec usure \ appliquez-vous à vos emplois, persuadée que c'est le moyen de votre sancti-' fication, évitez toute singularité , réjouissez-vous, aimez-moi toujours et soyez persuadée que je vous aime.

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