‹ Lettres historiques et édifiantesChapitre 27 sur 30 · FRAGMENT D'UNE LETTRE A MADAME DE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UNE LETTRE A MADAME DE

LA MAISONFORT «

Le 9 mars 1696.

Je trouve très -bien que vous me donniez vos questions bien cachetées et que vous demandiez que

* Relation du quUtisme, p. i8i. — Languet de Gergy, t. H, p. 597. — La Beaumelle a fabriqué un coaunencement à cette lettre avec le récit de Pbélipeaux. — Voir les lettres 112 et 119.

* Malgré la condamnation de W^^ Guyon, le quiétisme faisant de nouveaux progrès à Saint-Cyr, « M"* de Maintenon, raconte Languet de Gergy (T. H, p. 696), de concert avec M. de Giiartre«y travailla à ramener doucement les esprits sans les aigrir. Pour y réussir, elle engagea M. i'évéque de Heaui (Bossuet) à venir faire à Saint-Cyr des conférences sur la piété, propres à détruire les fausses idées d'une perfection prétendue dont les disciples de ]ll|m« Guyon et les pénitentes de Tabbé de Fénelon s'étoient laissé prévenir. Ce prélat fit la première le 5 février 1696. Il attaqua le dogme affreux de Tindifférence pour le salut. C'étoit un des points de la nouvelle spiritualité. Sous prétexte d'abandon parfait et de soumission à la volonté de Dieu« les âmes élevées à la façon du nouvel Évangile dévoient tellement être absorbées dans l'amour pur qu'elles dévoient être indifférentes pour le sialut éternel , et s'en remettre à Dieu. M. Bossuet tonna contre un principe si faux en lui-même et fil dangereux dans ses suites.

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les réponses me soient adressées de même. Je n'ai pas dit un mot pour prévenir M. de Meaux : j'en conçois trop Tinutilité, et combien il pense comme ceux qui vous gouvernent.

18 mars 1696.

Je voulois avoir vu M"** la marquise de Lassay ^, madame, avant de vous faire mes compliments, et i jjime Fagon sur ce mariage tant désiré , tant promis, tant remis, et enfin conclu à la grande satisfaction des deux amants. L'élève de M"** Fagon m'a paru fort aimable ] l'esprit brille sur son visage; elle est timide, et je l'en estime davantage; madame la Princesse la présenta au Roi dans ma chambre *, le cœur lui battoit; vous entendez bien que c'est de M°^ de Lassay dont je parle. Mais revenons à vous , ma-

Après la conférence, chacune eut la liberté de proposer an prélat ses difficultés, et il les résoWoit avec douceur et avec ce style noble, familier et persuasif dont il savoit assaisonner tout ce qu'il disoit. La Dame de la Maisonfort fut ébranlée. Elle demanda une entrevue particulière avec le prélat et elle l'obtint, et la conversation avança beaucoup ce que le discours avoit commencé. M. Bossuet fit une seconde conférence le 7 mars, où il traita de Toraison passive. La Maisonfort fut encore plus émue; elle désira consulter encore H. Bossuet; elle vouloit, je pense, lui proposer par écrit ses doutes, et que M. Bossuet les accolât de ses réponses sur une autre colonne. Elle consulta M*"^ de Maintenon qui, par son billet du 9 mars, lui manda : » (Lettre 265).

* Lettres édifiantes, t. IV, l. 89. — Lettres agréables, p» lOiO.

' M^^'^de Guédani, mariée le 6 mars 1696 à M. le marquis de Lassay. — Voir les notes des puges 272 et 442.

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dame ; je suis ravie de ce que vous êtes mieux ; j'ai dit i madame la Princesse mes raisons pour que vous ne sortiez point de Haubuisson si vous pouvez vous en passer ; je voulois lui proposer rentrée de M** de Canteleu, qui seroit plus propre à réformer un couvent qu*â le gâter ^ mais M. le Prince vint se mettre en tiers, et se rendit maître de la conversation. Voilà W^ de Guise ^ morte en quatre jours et nous vivons encore! nous ne devrions penser qu a la mort Madame la Princesse ne parle que de Taugmentation de votre piété; si cela est, vous n'êtes pas mal avec Dieu, car il y a longtemps que vous le servez.

M"" de Montchevreuil est souvent malade *, je me porte bien, et j'en suis toujours étonnée. Vous sou« venez-vous de Baudart , de Veillane et de Lastic ^? elles veulent être carmélites ; sainte Thérèse prend toutes nos filles; il n'importe pas du chemin, pourvu que nous les menions à Dieu. Je vous embrasse, ma très-chère, et je serois ravie de causer avec vous ; il faut s'en passer, et ne rien désirer sur la terre.

Juin 1696.

Le Roi trouve très-bien, madame, qu'on imprime

> Fille de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIU, née en 164G, morte le 1 7 mars 1 696.

' Demoiselles de Salnt-Gyr; les deux dernières avaient juué dans Esther,

» Lettres utiles, p. \d01. — Lettres à 3P^deBrinon, p. 477.

Toraison funèbre de M. Tabbé du Jarry ; vous savez qu'il ne sera pas le seul dans ce cas-là ; il faut la faire examiner par M. de la Reynie * et avoir le privilège de M. le chancelier ; tout cela ne reçoit aucune difficulté. Je vous accorde bien volontiers le sermon de Saint-Louis pour Tannée qui vient , si on n'est point engfi^è à Saint-Cyr, car vous savez que je n'ai encore jamais donné de prédicateur. Je m'en informerai, madame, et je vous en rendrai compte. Monsieur^ m^a fait grand plaisir en me disant que vous êtes rajeunie de dix ans; il est charmé de votre logement^. Adieu, je suis plus accablée que je ne l'ai jamais été ; la tète me tourneroit si Dieu ne m'assistoit; priez -le pour moi, je vous en prie-, jamais personne , du reste , n'a dû être si pénétré de reconnoissance pour lui ; il me semble que je l'aime de tout mon cœur. Voilà une suite du plaisir que je prenois à vous parler en confidence ; je lé ferois encore si j'avois un moment à donner à mon plaisir, et vous auriez eu aussi une réponse à la peinture de M™' de Gantiers*; elle me fut une grande récréation, et à notre dévote marquise * pareillement.

^ Lieutenant de police à Paris.

* Frère du Roi; il allait quelquefois à Maubuisson visiter Tabbesse, qui était tante de la princesse palatine, sa femme.

' W^ de Brinon n*était pas religieuse à Maubuisson, mais pensionnaire : elle y avait un bel appartement.

♦ Voir les lettres 62 et 63. M"»® de Gantiers était devenue, par 868 extravagances, un sujet de raillerie pour sa tante.

» M«» de Montebevreuil.

■AITBRMB BU MBVKf COUTBKSU.

Mariy, 3 août i696.

J'espère que les usages sont finis, et encore plus les règlements^. Vous êtes dans une charge où il ne faut plus écrire^ vous conduisez des personnes qui n'excitent point le goût que vous avez pour Tesprit 5 votre emploi vous oblige à un exercice qui est bon pour votre santé 5 vous pouvez ôtre assidue aux récréations, et vous en avez besoin. Profitez, ma chère fille, de tous ces avantages; calmez votre esprit, rentrez en vous-même, reprenez les pratiques religieuses *, elles sont absolument nécessaires dans votre maison, et à vous plus qu*à nulle autre. Cest à vous à qui il faut dire incessamment : On demandera beaucoup à celles qui auront beaucoup reçu. Croyez-vous que ce bon esprit, cette intelligence, cette droiture vous soient donnés pour causer mieux qu'une autre? 11 faudra, ma chère fille, en montrer des fruits plus solides. Il faut servir Dieu tout de bon, il faut servir votre maison, et le plus grand service est d'y établir la piété droite, la régularité exacte, et la fidélité à votre Institut ; vous le pouvez si vous le voulez, et vous seriez bien à plaindre si vous ne le vouliez pas. Entrez donc intérieurement dans les vues que vous devez avoir; soyez l'exemple des vertus que je vous demande; ne soyez point honteuse des pratiques

1 Lettres édifiantes y t. IV, 1. U6. — Lettres pieuses, p. 1668. ' C'était elle qui avait été chargée de les écrire.

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religieuses, il faut vous y dévouer sérieusement, et vous offrir à votre supérieure; reprenez le silence exact, ne dites que le nécessaire , sanctifiez vos paroles, et puisque Dieu permet que vous soyez écoutée, n'en dites pas une qui n'ait rapport au bien qu'il demande de vous. N'ayez point de liaisons dangereuses, fuyez-les, bien loin de les chercher-, soyez en garde contre votre inclination naturelle et contre votre foiblesse -, encore une fois, mettez à profit la lumière et la droiture que vous avez reçues. Nos filles ont reculé depuis quelque temps; j'ai vu des désobéissances, de la dissipation et de la transgression aux règles. Examinez, ma chère fille, la part que vous avez à toutes ces fautes qui ne sont point légères, et après en avoir demandé pardon à Dieu, oubliez le passé et entrez pour l'avenir dans une conduite qui édifie toute la maison. Il est temps de marcher sérieusement : vous n'êtes plus un enfant. Ne craignez point la tristesse et la contrainte de la piété : le fond de paix que vous y trouverez est audessus de toutes les autres joies ; vous avez, grâce à Dieu, la conscience trop délicate pour n'avoir pas de la peine quand vous manquez ; essayez donc de la joie qu'il y a dans l'accomplissement de tous ses devoirs, et dans le témoignage qu'on peut se rendre d'avoir tout fait pour Dieu. Je vous aime tendrement» vous le voyez fort bien ; je crois que vous m'aimez aussi ; n'en demeurons pas l'une et l'autre à une inclination naturelle ; portons-nous à celui qui nous a donné ce que nous avons, et que notre intelligence soit pour le bien de l'œuvre qu'il nous a

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confiée, et dont nous rendrons compte chacun selon la mesure de nos obligations.

Le 7 Mptembre 1696.

Le nom que vous donnez aux noires répond parfaitement aux témoignages que M'"® de Glapion leur rend, et vous expérimentez, ma chère fille, que vous avez bien des secours chez vous quand vous saurez vous en servir. La bonne foi dont on les loue est Teffet de leur éducation ; mais ce ne sont pas les seules instructions qui la leur ont donnée, et si elles n'avoient vu dans toute votre conduite cette même bonne foi, elles ne Tauroient jamais eue*, c'est donc votre panégyrique qu^on fait en faisant le leur -, et je prie ma sœur de Radouay de me le pardonner, car la joie me transporte quand je vois la bonne foi et la droiture s'établir dans notre chère maison. Vous avez très-bien répondu à ma sœur de Gruel^ il faut sortir de la règle dans la nécessité, et Ton ne s'en trouvera jamais mal quand on sera fidèle à la reprendre.

Je crains fort que le mal ne gagne les Dames et les sœurs : nous serions plus embarrassées de leur service, n'en pouvant tirer de grands des enfants; il faut espérer que Dieu ne nous tentera pas au-dessus de nos forces.

Opposez-vous le plus que vous pourrez aux écri-

^ Lettres et avis, t. II, p. 302.

tures -, le goût viendra des lettres pleines d'esprit, et je crains cette tentation pour Saint -Cyr, où Ton écrit très-bien* ^ il faut que ce soit tout simplement et se borner aux cboses nécessaires : on n'en doit pas trouver le temps dans votre maison.

' A Fontainebleau, septembre 1696.

Je vous l'ai mandé plusieurs fois, si vous me voyiez de près, vous ne voudriez pas que je vous écrivisse : Dieu, le Roi, Saint-Cyr, et ce que la cour m'arrache malgré moi ne me laissant pas de temps. Vous n'avez nul besoin de moi, nos commerces n'ont aucune utilité 5 ils ne seroient que pour notre plaisir, il ne faut plus y penser, vous nous l'avez appris mille fois. Vous ne pouvez douter de mon amitié 5 je connois votre cœur, et que je le retrouverois au bout de cent ans comme je l'ai quitté; demandez, après cela, à M"*® Fagon s'il faut perdre du temps à faire des protestations, et si les personnes solides ne doivent pas être au-dessus des formalités. Il ne faut pas finir ma lettre sans vous parler du Roi ^ il a la goutte dont il est bien fâché, parce qu'il est obligé de garder la chambre^ il veut la paix, il pense sur tout, comme on peut le désirer 5 vous en seriez bien con-

^ Le beau langage, le beau style que W^^ de Maintenon avait introduits à Saint-Cyr, s'y sont eonservés jusqu'à la destruction de la maison de Saint-Louis.

• Lettres édifiantes, t. IV, 1. 113. — Lettres agréables, p. 1004. — Lettres à M^ de Brinorif p. 489.

tente. Adieu, madame, ne grondez plus*, je vous aime toujours; priez pour moi, et faites prier que je me sauve malgré le mauvais air que je respire. M""* de Montchevreuil ne vous écrit-elle pas? elle se sanctifie de plus en plus. Nous avons peu gardé le roi et la reine d'Angleterre ; Dieu n'a pas voulu leur laisser ce petit soulagement, il les traite en âmes fortes. Adieu, je ne puis vous quitter quand j u commencé.

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