PRÉFACE. XV
rouYait encore dang quelques familles de la province dont les mères avaient été élevées à Saint-Gyr.
Il y aurait bien d'autres observations à faire sur ces lettres de U^ de Ifaintenon ; on en trouvera quelques*unes dans les notes nombreuses dont j'ai cru devoir les aocompagner. Je ne puis d'ailleurs qu'indiquer ici le charme profond qu'on éprouve à pénétrer dans ce monde si différent du nôtre, 06 la recherche de la perfection morale semblait la tâche unique de la vie ; à écouter ces personnages qui se passieaaaient avec tant de bonne foi pour des idéalités^ ou^ comme l'on dira peut^^tre^pour des pu^ilités et des rêveries; 4 voir ces existences si s»*eines, si pures^ si simples; à CÊh tendre œs maiimes sur la destinée sociale des femmes, si eontraires aux théories subversives qui, de nos jours, ont taut de succès et produisent tant de maux^
Les LeiÉreg hàstariques et ééiJUmtes peuvent être regardées comme inédites. La collection de La Beaumelle renferme pourtant cinquante lettres environ de Mn« de Maintenon aux Dames de Saint-Cyr, mais je vais montrer quelle en est la valeur.
* • Dieu a soumis noire sexe au moment qu'il l'a créé : la foiblesse de notre esprit et de notre corps a besoin d'être conduite, soutenue et protégée ; notre ignorance nous rend incapables de décision, et nous ne pouvons, dans Tordre de Dieu, gouverner que dépendamment des hommes. » T. I, p. 392.
XYi LETTRES HISTORIQUES ET ÉDIFIANTES.
J'aidit^ dans la Préface des lettres sur Vëdueation, qu'on ne savait par quelle voie La Beaumelle avait eu les copies de ses Lettres de M^ de Maintenon et les matériaux de ses Mémoires pour servir à VMstoire de M^ de Maintenon^ que cette publication avait été faite sans le concours des Dames de Saint-Louis, qu'elles en avaient été mécontentes^ etc. Je me suis trompé. M. de Monnierqué a eu la bonté de me communiquer des papiers de La Beaumelle qui démontrent que les Lettres et les Mémoires ont été publiés avec le concours et l'assentiment des Dames de Saint-Louis. Ces pa*piers avaient été saisis chez La Beaumelle, en 1756, à Tépoque où cet écrivain fut mis à la Bastille, et ils y sont restés jusqu'à la destruction de cette prison. Ce ne sont que des fragments de liasses probablement trè&*grosses, mais ils sont tous signés de La Beaumelle et du lieutenant de police Berryer, depuis garde des sceaux. Ils consistent: i<* en copies de lettres de M"« de M^tintenon faites par La Beaumelle, et parfaitement conformes à celles qu'on trouve dans les manuscrits des Dames de Saint-Louis; ^^ en copies des dernières lettres de M'^Me Maintenon faites par une Dame de Saint-Louis^, et en fragments de la correspondance de cette Dame avec La Beaumelle. Cette correspondance, ainsi que je viens de le dire> témoigne sans réplique que La Beaumelle a fait sa publication avec le consentement des Dames de Saint-Louis, qui lui ont fourni une grande partie de ses matériaux. Nous sommes donc maintenant
' En comparant les écritures qui se trouTent aux Archives de la préfecture de Versailles, je pense que cette Dame doit être 1A^^ de Bosredon, maitresse générale des classes en 1750 et années suiyantes.
PRÉFACE. XVll
rensÊignés sur Torigine du <r<{sor (c'est le mot de Voltaire) où La Beaumelle a puisé : voyons l'usage qu'il en fait.
Je Tiens de dire que j'avais entre les mains les dernières lettres de M"^^ de Maintenon copiées par une Dame de Saint- Louis et données par cette Dame à La Beaumelle^ avec les copies de ces mêmes lettres faites à son tour par cet écrivain. Les unes et les autres sont tout à fait conformes aux recueils manuscrits des Dames de Saint-Louis provenant de leur bibliothèque particulière^ et qui sont a^jourd'hnî à ma disposition. Il est donc certain que des documents parfaitement exacts ont été remis entre les mains de La Beaumelle. Or si on les compare avec les Lettres imprimées et publiées par lui, en ;i742, 4756, 1757, etc., on est tout surpris de ne trouver dans ces Lettres qu'un texte altéré, tronqué, méconnaissable. Quelle est la cause de ce changement ? Probablement le mauvais goût de La Beaumelle qui d'ailleurs n'aura vu dans cette publication qu'un moyen de faire du bruit, mauvais goût qui était peut-être partagé par quelques Dames de Saint-Louis. Ces Dames avaient eu, même du vivant de M"« de Maintenon, l'intention de répondre aux calomnies répandues contre leur fondatrice par la publication de ses Lettres; elles en avaient préparé des recueils pour l'impression <; l'archevêque de Sens,Languetde Gergy, avait composé lui-même un de ce.s recueils et dont je me suis beaucoup servi; puis elles se sont maladroitement avisées de confier ces précieux matériaux à un écrivain trèsspirituel sans doute, et qui ne mérite pas les injures dont Vol-
* En t£te d'un Tolume manuBcrit des Dames de Saint-Louis on trooTe cette note : '• On a tiré de ce volume ce qui conyient à l'impression y quand on la voudra faire. »
taire l'a accablé^ mais de vie aventureuse et de religion protestante^quit regardant toutes ces lettres comme des bavardages et des puérilités de couvent, s'est contenté d'en prendre et d'en arranger ce qu'il a cru propre à piquer la curiosité du public, et a laissé tout le reste. Ainsi, les recueils manuscrits des Dames de Saint-Louis contiennent plus de deux mille cinq cents lettres^ avis, instructions de M"»* de Maintenon. J'en donne dans les volumes que j'ai déjà publiés, dans ceux qu'on va lire et dans ceux qui les suivront, isnvtron la moitié, en élaguant l'autre moitié comme contenant des redites^ des inutilités, des cboses vulgaires de ménage ou d'intérieur. La Beaumelle s'est contenté d'en donner environ quatre-vingts, y compris les lettres à U^ de BtinoBi dix-buit ou vingt seulement sont à peu près exactes ; toutes les autres ne sont composées que de pbrases, de lignes, de mots qu'il a pris à toutes les lettres, et quelquefois sans souci des sujets, des dates et des personnes. Tout son soin consiste à en extraire les passages qui ont un intérêt bisto* rique ou renferment quelque trait saillant, et il les unit par des pbrases de son invention. Ainsi presque toutes les lettres si remarquables de M"*« de Maintenon à M"*' de Glapion ont été retranchées ou sont dénaturées : il en reste à peine le sens général, on n'en trouvé que la poussière. J'aurais voulu donner une idée des procédés d'altération ou de fabrication de cet étrange éditeur; mais cela est impossible; bien que la matière me soit très-connue, je me perds moi-même dans le texte de La Beaumelle. Voici néanmoins ce que j'ai fait.
1<» La Beaumelle a cherché des lettres de M™« de Maintenon à un personnage fort intéressant dans l'histoire de
PRÊPAGE. Xa
Siut-Cyr, M*« de la MaisoDfort^ et il n'en a pas trouvé. Qtt'a-t-il fait? il s'en est allé chercher des fragments de e«6 lettres dans un livre imprimé ea 4732; il a pris ces frag* ments^ il a pris le récit de Thistorien qui les donne, même des phrases de Fénelon, et de tout cela il a fabriqué des lettres de M°»« de Maintenon à M™« de la Maisonfort. C'est ce qu'on verra démontré, tome I, pages 136, 185, 194, etc., où j'ai mis en regard le teita de La Beaumelle et la source où il l'a puisé.
2» J'ai mis de même en regard le texte des dernières lettres de U"^ de Maintenon fournies à La Beaumelle par la Dame de Saint-Louis dont j'ai parlé précédemment, et le texte qu'il a publié. On le prend ainsi en flagrant délit de mutilation ou de transformation.
Il ne me reste plus qu'à indiquer les manuscrits qui m'ont servi à composer les deux volumes des Lettres historigttes et
1' Àvi$ aux religieuses de Saint-Louis sur les devoirs dé kur état. 2 volumes in-folio ayant ensemble 4020 pages. Ce titre est celui du premier volume seulement, qui se trouve partagé ainsi : première partie : Avis aux religieuses de Saint- Louis sur les devoirs de leur état; deuxième partie : Avis aux religieuses de Saint-Louis sur leurs devoirs à l'égard des demoiselles. Le deuxième volume a pour titre : troisième par* tie : Lettres utiles et agréables; quatrième partie : Lettres fkuses. Je me suis servi de ces divers titres, et on les retrouvera au bas des pages. Il est déjà question dans la préface des Lettres sur l'éducation (p. xv ) de ce précieux recueil, dont je n'avais alors que le deuxième volume. Le premier m'a été communiqué par M. le duc de Noailles.
2<» Mtres édifiantes, 7 Yolumes m-8<^. C'est un recueil fait par Tarchevêque de Sens^ Languet de Gergy (probablement en 1740)^ et qu'il avait l'intention 'de faire imprimer en même temps que ses Mémoires pour servir à rfûstoire de la fondation de la maison de Saint-Louis, etc. Nous en avons déjà parlé ailleurs ^
' Voici des extraits de la préface, qui compléteront ce que j*ai dit moimême des Lettres édifiantes de Jf"^ de Mainlenon.
« C*e8t pour confirmer ce que j*ai raconté de la TÎe de H^^ de Maintenoa et de rétablissement de la maison de Saint-Louis de Saint-Cyr, que j*ai désiré que ce qu*on a pu montrer de ses lettres fût joint à cette histoire, afin que le tout parût ensemble y quand la ProYÎdence permettra 'que les vertus de cette Dame illustre paraissent au grand jour et soient tirées de ^obscurité où sa modestie, et ensuite la discrétion des religieuses de Saint-Louis, les ont retenues cachées.
t Les lettres serTent infiniment à faire connaître le yrai caractère de celui qui les a écrites, quand ce sont les lettres de tous les temps, de tous les i^ts, de toutes les situations différentes où une personne s^est trouvée dans le cours d'une longue yie, et qu*on y retrouve une uniformité suivie de sentiments et de conduite. Dans les lettres on parle plus naturellement, plus simplement; on s*y représente tel qu^on est dans son propre caractère, et le cœur y parle de son abondance, surtout quand ces lettres sont écrites dans la plus intime confidence, à des personnes à qui on demande des conseils, à qui on croit devoir se faire connaître par esprit de religion et par motif de confiance.
I Telles sont les lettres de Sfo^ de Maiotenon qu^on a renfermées dans oe recueil.
I Ces lettres, en effet, remontent jusqtt*aa temps de son yeuvage, et Ton y voit que dans le temps de sa pauvre mais brillante jeunesse, elle jetoit déjà les premiers fondements de cette haute et sublime piété qu*elle a soutenue toute sa vie^ sans qu*on puisse apercevoir un temps où elle se soit démentie. La dévotion, l'bumilité, la crainte du péché, la vigilance sur elle-même, la do^ cilité pour ses directeurs se montra également dans tous les âges, et dans toutes les différentes situations de sa vie ; celles-là même qu*elle écrivoit dans les approches de sa faveur et dans les jours qu^elle fut portée à son comble, présentent le même caractère, la même ferveur, la même attention