PREMIÈRE LETTRE DE CHARLES SECOND
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Contenant les sentiments de ce peines sur la Yéritable religion^.
Je me flatle qu'après la dispute que nous avons eue ensemble touchant l'unité de TÉglise, vous êtes satisfait, devant
* « Seigneur qui êtes mon père et l'auteur de ma vie, ne m'abandonnez pas à mes mauvaises pensées, ne me donnez pas un œil hautain, et ne me livrez pas aux mouvements d*un esprit superbe et dédaigneux. »
* Ainsi qu'on a pu le voir par toutes les lettres précédentes, M^ de Maintenon n'avait pu parvenir complètement à dissiper les doutes de M°>*' de Monfort et les préventions qu'elle tenait de son ancienne croyance; elle avait vainement employé l'éloquence et la théologie des abbés de Fénelon, Tiberge et Des Mareta; elle lui avait écrit un monceau de lettres où elle lui montrait son propre exemple, celui de M<"« de Longueville et de plusieurs autres ; à la fin , dans l'espoir qu'un auteur de bonne maison aurait quelque influence sur son esprit, elle lui envoya les deux lettres de Charles II, roi d'Angleterre, qui sont à la suite de celle-ci,
* Les deux lettres qu'on va lire pourront servir à résoudre un problème historique longtemps discuté : quels ont été les vrais
reconnoître qu'il n'y a qu'une seule Église fondée par Jésus- Christ sur la terre^ et je crois qu'il est aussi facile de prou-
senUments du roi d* Angleterre Charles II relativement à la religion? « Si l'on en croit, dit Lingard, deux nobles écrivains qui le fréquentaient souvent, le marquis HaUfax et leducdeBuckingham, il était déiste de fait ; tandis que d'autres Font représenté comme un hypocrite consommé qui avait embrassé le catholicisme avant la restauration, et pourtant joua devant ses sujets le rôle de protestant orthodoxe. > Il est certain que Charles II avait été élevé dans la religion anglicane ; que, dans son exil, d'une part les presbytériens , d'autre part les catholiques , lui ayant offert de l'aider à reprendre la couronne à la condition d'embrasser leur parti, il répondit « qu'il était déterminé à vivre et à mourir membre de l'Église anglicane pour laquelle son père avait péri ; » qoe, remonté sur le trône, il pratiqua extérieurement l'anglicanisme et n'essaya même pas de modérer la rigueur des lois de persécution portées contre les dissidents. Malgré cela, 1° en 1670, Charles II signa avec Louis XIV un traité secret contre les Provinces-Unies , où l'on lisait : « Le roi de la Grande-Bretagne étant convaincu de la vérité de la religion catholique, et résolu d'en faire sa déclaration , et de se réconcilier avec l'Église romaine, aussitôt que le bien des affaires de son royaume le lui pourra permettre, etc.; » et il acceptait les secours d'hommes et d'argent du roi de France, dans le cas où cette déclaration amènerait une révolte de ses sujets; 2^ qu'à son lit de mort, il flt appeler secrètenftent un prêtre catholique et mourut réconcilié avec l'Église romaine.
Les deux lettres que nous publions sembleraient démontrer que, malgré son aspect extérieur de protestant orthodoxe, malgré sa vie débauchée et ses mœurs licencieuses, Charles II était sérieusement convaincu de la vérité da catholicisme, qu'il en discutait, qu'il en écrivait non pas en prince, mais en théologien. Ces deux lettres, qui n'ont d'ailleurs d'intérêt qu'à cause de l'aspect inattendu sous lequel elles présentent Charles II, avaient été trouvées par Jacques 11 dans la cassette de son frère ; il les apporta en France, quand son attachement à la foi catholique le flt tomber du trône, et il en donna une copie à M'"^ de Maintenon, certifiée de sa main. C'est cette copie que celle-ci envoya à M"« de Monfort, et que les Dames de Saint-Louis avalent conservée dans leurs archives.
IfiO LEirUBS HlSTOilQUVS BT ÊDiriAlITES.
f «r éfideouneat que eette Église 6$t f Église romaiiie, eonme de montrer qqe le sainte Écriture a été inspiiée de Dieu, et nous a été donnée de main en main jusqu'à présent. (1 est inutile de s'embarrasser dans un nombre infini de disputes et d'eiaroiner toutes les controverses, puisque la principale et l'unique question consiste à rechercher l'endroit où se trouve cette Église en laquelle uous faisons profession de croire par les deux symboles de la foi., savoir : le symbole des apôtres et celui de Nicée , qui nous apprennent qu'il faut croire en une seule Église catholique et apostolique. 11 n'est pas ici permis à un chacun de croire ce qull voudra, mais il faut se soumettre aux décisions de cette Égliseï à laquelle Jésus-Christ a donné le pouvoir de nous gouverner dans tout ce qui regarde la foi. C'est pourquoi cette Église a publié ces symboles comme la règle de ce qu'on doit croire. Ce seroit une chose déraisonnable d'établir des lois pour quelques villes, et de laisser les citoyens les interprètes de ces lois, car chaque citoyen seroit son propre juge, et ainsi on pourroit dire qu'il n'y auroit rien de juste ou d'injuste. Quoi I est-i] permis de croire que Dieu nous ait abandonnés à une telle perplexité? et qu'«^prèsnous avoir donné la règle certaine que nous devons suivre dans la foi, il nous ait laissé la liberté d'interpréter cette règle? Dites-moi, je vous prie, quelle différence y a-t-il entre ceux qui sont conduits par leur propre esprit et ceux qui, selon leur propre esprit, interprètent la sainte Écriture? Y a-t-il quelqu'un qui puisse me montrer en quel endroit on a accordé le pouvoir à chaque particulier de décider séparément de controverses de la foi? Jésus-Christ a laissé à sou Eglise le pouvoir de remettre les péchés, et il lui a laissé son esprit pour juger les dogmes de la foi ; cette Eglise a exercé premièrement son pouvoir par les apôtres, qui étant remplis de l'esprit de Dieu, ont composé leur symbole ^ ensuite elle a exercé son pouvoir dans le concile de Nicée, où a été composé le symbole qui porte le nom de ce concile.
L'Église, longtemps après les apôtres, a joui de ce pouvoir qu'elle avoit reçu de Jésus-Christ, par lequel pouvoir
oolarecQi}ppis9<)itjugede lafiainteÉcriture^ lorsqu'elle dé* cidoit queU étoiepl les livres qu'on devoit recevoir comme caopBJques et cmx qu'on devoit rejeter; or> si TËglise a eii autrefois le pouvoir, je voudrois bien qu'oo me monlrât 4e quelle manière elle a per4u ce pouvoir et par quelle autorité diaçun s'en ^pare ? M seul sujet que les hérétiques allé* guent de leur séparation de TÉglise, est parce que l'Église 4 manqué en ipti^rprétant mal les paroles de la sainte Écriturei et leujT 4i)imant un sens opposé à la vérité, et en ce qu'elle a formé plusieurs dogmes de la foi qui sont contraires à 1^ parple de Dieu; mais quel juge doit décider cette pontro^ ytç^l Ce drqit appartient-il à TÉglise universelle qui, par lioe lucce^sion non interrompue, persévère continuellement ju8(|u'à ce jpMr? pu bien donnera-t-on ce pouvoir à de sim* pies particuliers qui pnt fait leur profit de leur pchisme?
«Voilà la véritable copie de la lettre que j'ai trouvée dans la cassette du feu roi mon frère, cachetée et écrite de sa propre main. »
« Signé Jacques second, roi d'Angleterre. »