‹ Lettres historiques et édifiantesChapitre 8 sur 30 · SECONDE LETTRE DU MÊME PRINCE · texte numérisé non relu

SECONDE LETTRE DU MÊME PRINCE

C'e^t sans doute un spectacle déplorable de voir quel déluge de différentes sortes d'hérésies a inondé cette nation : cliaouQ s'attribue également avec les apôtres le droit d'interpréter les saintes Écritures, et il n'est pas surprenant qu'on en soit venu dans ces pays jusqu'à ce point de licence, puisque cette partie de la nation qui conserve plus de ressemblance avec l'Église n'ose pas, pour réprimer cette licence dans les autres sectes, se servir de véritables ai^unoents, de peur qu'on ne s'en serve contre elle-même, et qu'elle ne soit percée de ses propres flèches; l'Eglise anglicane, car telle est le nom dont plie se flatte, voudroit se persuader qu'il est en son pouvoir de juger touchant les aCbires spiritueilesi et cependant elle n'a pas assez de hardifssse pour oser avancer qu'on ne puisse appeler de ses jugements; car, ou il faut dire que l'Église anglicane ne se

peut tromper en aucune manière , ce qu'elle ne s'atti*ibue pas^ ou il faut qu'elle avoue que ce qu'elle décide dans les matières de conscience ne doit être considéré qu'autant qu'il convient au jugement de chaque particulier. Si Jésus- Christ a laissé sur la terre une Église et que nous nous soyons servi autrefois de la communion de sa foi^ comment et par quelle autorité enfin nous en sommes-nous séparés? Si chacun a le pouvoir d'interpréter les saintes Écritures, qu'est-il besoin d'Église ou d'hommes ecclésiastiques ? pour, quelle fin donc Jésus-Christ , après avoir donné à ses apôtres le pouvoir de délier et d'absoudre dans le ciel et sur la terre , a-t-il ajouté ces mots : qu'il seroit avec eux jusqu'à la consommation des siècles? Ces paroles n'ont pas été prononcées en figure; Jésus-Christ étoit prêt d'entrer dans sa gloire lorsqu'il a communiqué à son Église son pouvoir jusqu'à la fin des siècles. Depuis plus de cent ans nous avons ressenti les maux qui se suivent de ce principe; savoir, de ce qu'on refuse à l'Église le pouvoir de juger sans appel touchant les affaires spirituelles. Quelle nation pourra demeurer en paix d'abord qu'on ne lui donne pas un juge souverain de qui il ne soit pas permis d'appeler? La justice pourra-t-elle être exercée avec équité lorsque les coupables sont leurs juges, et que, par un pareil droit, ils se font les interprètes des lois avec ceux auxquels le soin de rendre la justice a été confié? Or, voilà le véritable état de TAngleterre touchant les affaires spirituelles; car les protestants ne s'attachent! pas à l'Église anglicane parce qu'elle est la véritable Église de qui on ne puisse appeler, mais parce que la discipline de cette Église est conforme pour le temps présent à leur génie; que si cette Eglise anglicane étoit opposée à leur esprit, ils sont disposés continuellement à embrasser une religion qui seroit conforme à leur discipline , à leur culte et à leur génie. Ainsi, selon cette liberté de religion, il n'y aura point d'Eglise, il n'y aura aucune interprétation de la sainte Écriture, sinon celle que chacun se formera selon son imagination. Quiconque examinera donc ces choses sérieusement,

A MADAME DE MONFORT (l69l). 153

je le prie de me dire s'il juge qu'il convienne à une personne prudente d'établir le grand ouvrage du salut étemel sur un fondement si foible et si trompeur? Jésus-Christ a-t-il jamais dit à un magistrat civil, et encore moins au peuple, qu'il sera avec eux jusqu'à la fin des siècles? ou leur a-t-ii jamais donné le pouvoir de remettre les péchés? Saint Paul^ écrivant aux Corinthiens^ dit : Vous êtes le champ de Dieu et ï édifice du Seigneur; mais lorsqu'il parle de lui-même et de ses semblables , il dit : Nous sommes les coadjuteurs de Dieu; il est évident par cçs paroles qui sont ceux qu'on doit regarder comme les ministres et les coadjuteurs de Jésus-Christ^ et qui sont ceux qu'on doit regarder comme le champ et Tédifice de Dieu; enfin saint Paul, dans tout ce chapitre et dans le précédent, s'applique beaucoup à se prouver à lui-même et à tout le clergé que l'esprit de Dieu leur a été donné, sans lequel personne n'approfondit les secrets de Dieu; enfin il conclut tout ce chapitre par ce verset : Qui est-ce qui a connu l'esprit du Seigneur pour Vapprendref Nous autres, nous avons l'esprit de Jésus-Christ. Que si , par la seule raison humaine, nous examinons le pouvoir que Jésus-Christ a laissé dans son Évangile à son Église, et que saint Paul explique plus distinctement dans ses Épitres, pouvons-nous croire qu'il soit vraisemblable que Jésus- Christ ait dit toutes choses inutilement? D'un autre côté, considérez, je vous prie, que ceux qui résistent à la vérité et qui refusent de se soumettre à l'Église tirent leurs arguments de je ne sais quelles interprétations embarrassées et éloignées du bon sens, lorsqu'ils refusent d'ajouter foi à des paroles claires et évidentes. Cette manière d'agir est si éloignée de la sincérité qu'à peine peut-on croire qu'euxmêmes ajoutent foi à leurs idées. L'Église des protestants est-elle assez bien établie et assez bien affermie pour qu'un magistrat civil ne puisse retirer du clergé ceux qui lui sont le plus opposés, et les faire entrer dans l'Église des presbytériens, des indépendants et tels autres qu'ils jugera à propos? C'est de cette manière que s'est faite en Angleterre la prétendue réforme, et, par cette règle et par cette auto-

154 LETTRBS HlSTOftiQUfiS £T fi0|F|À|IT6S.

ritéi elle peut encore varier derechef et être changée ea autant de formes différentes qu'il y a de fictÎQnç dans les esprits des hommes.

« Voilà la véritable copie de la lettre du feu roi mon frère^ écrite de sa propre main et que j'ai trouvée dans sa petite cassette. »

« Signé Jacques deuxième^ roi d'Angleterre. »

93». —A MADAMB DE BRÎNON.

À VçrHiUtf, 18 janvier l<i9i.

Je verrai M*^ de Ganteleu avec joie, quand elle voudra 5 vous savez, madame, Testime et le goût que j'ai pour elle , et je ferojs qiielque chpse de plus difiicile pour vqus. Ne vient*elle plus çl^ez 14. le chancelier? j'y vais toujours de temps en temps, et puisque le monde enivré de la faveur ne veut compter que ce qui en vient, je voudrois de tout mon coeur que toutes mes actions et toutes mes parole^ pussent être utiles à quelqu'un. Mwdes donc à M** de Ganteleu qu'elle fasse une partie pour Ver* sailles; M"*^ de Lancosme pourrait l'y amener, et savoir le jour que j'y serois -, je ne puis donner beaucoup de temps, aussi n'est-il pa^ nécessaire, il ne faut que des apparence^ \ Dieu veuille qu'elles jjvo^ duisent quelque chose de solide ! M. et M""* de Pontchar train sont des gens de mérite '.

Notre nouvelle novice ' est aussi tranquille que vous

1 Lettres édi/kmtes, 1. 1, 1. 85. — Lettres agréables, p. 981. 9 Voir reloge que fait d'eux Salnt-SimoD, t. 20. t ifme ^g ig Maiftonlort. Il faut croire, d'après cela, que le réoit 49 V^bhé Hi«Upeaux, que noq» airens clonné page 1 37» 9«t «ugëré.

A MADAME HB VEtLHAIt (1691). ISS

Tâve* vue inquiète -, sa vivacité se modère el sa vortti est tellement augmetitée que je ne doute point qùë Dieu ne la comble de ses grâces poui* notre maison : c'est la plus aimable sainte qui soit au monde. M. de Chartres Ta bien conduite.

Adieu, liia très-chère-, ma lettré est courte pour Cfc que je voùdrois vous dire, mais vous en seriet contente si vous voyiez où je vous l'écris. Priez et faîtes prier pour moi, jfe vous en prie, et pour les t)ftmeS de Sàint-Louîâ.

94». — A MADAME DE VEILHAN.

«8 fêtriér i6«i.

Quand vous avez été en état de mourir *, je vous ai laissée en paix, comptant qlie vous feriez tout ce qui étoit possible, acceptant de bon cœur les grandes douleurs quUl a plu à Dieu de vous faire souffrir^ mais à présent qu'il est question de vivre, trouvez bon que je prenne le même soin que j'avois de vous quand vous êtes tombée malade. Qu'est-ce que j'apprends? on dit que vous êtes aussi farouche qu'à l'ordinaire, que tout vous importune, que les visites de nos sœurs vous sont insupportables, et que vous ne respirez qu'après la solitude ? A quoi vous sert

* Lettres édifiantes, t. III, I. 8. — Lettres pieuses, p, 1547.

* «On aYoit été obUgéde faire de grandes incisions à ceUe personne, dont l'os de la mâchoire inférieure s'étoit carié^ laquelle sooffrit avec nn courage héroïque, sans donner le plus peUt iignede douleur d (Note des Lettres pieuses).

votre esprit? à quoi vous servent vos continuelles lectures? ne vous en faites-vous jamais une application? Quand saint Paul dit : qu'il ne sert de rien de livrer son corps aux flammes^ si on na la c/iariié , ne rentrez-vous point en vous-même pour dire :I1 ne servira de rien d'avoir souffert le ciseau et le feu si je n'aime mon prochain, si je ne suis douce, si je ne préviens par toutes sortes d'honnêtetés ? Quelle illusion est la vôtre I vous prenez un état où il faut être livrée aux autres, et vous voulez être seule! Dieu vous avoitmise dans la solitude par la maladie; il falloit pendant ce temps-là faire une provision de patience, de douceur, de support du prochain. Quelle idée avez-vous de la vertu de la faire consister dans la rudesse et dans Téloignement de ceux à qui Dieu vous a unie pour toujours ! Faites vos réflexions devant lui, je vous en conjure, et prenez des résolutions, moyennant sa grâce, de vous conduire selon les vœux que vous avez faits. Vous feriez beaucoup de bien si vous étiez docile : vous avez un mépris pour votre corps, une opposition à la délicatesse et un courage pour prendre sur vous qui feroit des merveilles, si vous ne vous jetiez pas dans les extrémités qui font des défauts de toutes ces bonnes qualités. Nous sommes bien misérables de garder tout ce que nous avons reçu de bon ^ j'espère que vous soumettrez votre jugement et votre conduite.

A MADAME DE BUTERY (1691). 157

9S«. — A MADAME DE BUTERY.

ATril 1691.

Tâchez, madame, de vous détacher de vos proches et de vous contenter de prier Dieu pour euxj ils sont cause d'une infinité de commerces que vous avez -, quoiqu'il n'en paroisse qu'avec des gens de bien, ils ne laissent pas de déplaire dans votre maison. Si vous avez à vivre , vous devez y donner de bons exemples sur le renoncement entier du dehors; si vous avez à mourir, détachez-vous de tout ce qui est sur la terre. Je sais les raisonnables tendresses qu'on a pour ses proches, mais je sais bien aussi qu'à mesure que le cœur se remplit de Keu, il se vide des créatures, et que ce que l'on aime, par rapport à lui, ne trouble jamais ni notre tranquillité ni notre devoir. Soyez simple pour ne vouloir rien, et prudente pour retrancher tout ce qui pourroit blesser les personnes avec qui vous avez à vivre; on s'est plaint à moi mille fois de tant de lettres, de tant de visites et de tant de confesseurs. Vous avez été à l'extrémité -, vous avez paru attendre la mort sans trouble; ne revenez plus à ce qui pourroit changer un état si glorieux ; prenez le conseil de M. de Chartres, et ne me sachez pas mauvais gré de ceux que je vous donne. Je sais encore une fois que vos commerces sont saints et avec des saints; mais vous savez mieux que moi que nous devons avoir la sainteté de noire état, et qu'il ne

^ Uttres édifiantes, t. UI, 1. .'iO.

168 LETtftM HI9TOHIQUB8 ET ÉDIFIANTES.

VOUS convient plus de prêcher, d'instruire et d'édifier que la commutiauté de Saint-Louis. Bonsoir, ma très-chère^ ne vous blessez point de ce que je vous dis, ce n*est point mon intention.

96*. — A MADAME DB YËlLHAN.

8 mai lé9l.

Il n'importé pas que vous vous coniioissiez, si vous voulez bieii vous laisser conduire par ceux qui vous connaissent et qui sont vos supérieurs^ vous avez beaucoup à vous garder de vos propres vues : tout est fort en vous, vos seritiinents délicats, vos idées extrêmes, vos expressions vives, le désir de savoir insatiable, la curiosité sans bornes, le goût de l'esprit, les répugnances, rehviè de tourner les chôèés à votive gré, enfin je ne vois tien ëii vous qiji n'ait besoin d'être modéré, jusqu'aux vertus dont Dieii Vous a prévenue. La disposition aUx austérités, au mépris de votre corps, à une vie frugale, au désihtéressétnent dans lés grandes occasions, aux actions généreuses et magnanimes, tout cela qui est bon en soi-même, et très-bon, doit être écrasé eu Vous, pour mettre à sa place des vertus plus propres à votre sexe, à votre état, et aux occasions que Dieu vous présente à tout moment. Demandez donc la douceur, la patience, la condescendance, la simplicité, l'esprit de communauté, le support du prochain et par dessus tout l'humilité; pratiquez ces

i Lettres pieuses, p. 1567. — Lettres édifiantes, t. III, I. 40.

A MADAME DE VBILHAN (1691). lëO

vertus eontiDuelIement *, défiez-vous encore une fois de tout ce qui est en vous de bon ; vous vous oorrigefez de ce que vous vous connoissez de mal; mais il est à craindre que vous ne vous fiez trop à certaines vues de perfection imagiqaire , et que vous ne dédoipiez trop la pratique des petites vertus. Vous savez assez, pratiquez ( c'est tout ce que je trouve à vous dire; pratiquez Toubli de vous-même, le sup* port des autres, la soumission pour vos supérieurs, le renoncement à votre goût et à votre dégoût \ at* taquez cette pente aux singularités^ pratiquez, ma chèro fille, selon les occasions, et ne dédaignez rien ' de ce qii'il y a de plus petit. Voilà l'examen que vous $vez désiré; je ne garde avec vous aucune mesure.

97 1. — A MADAMf: DE VEILHAN».

▲ Harly, ce 7 juin Kfil.

Je ne saurois vous laisser en repos ; les espérances que j'ai pour vous sont trop grandes et me donnent le eourage de vous tourmenter sur ce que je crois qui s'oppose fL votre avancement. Dieu vous a donné de Tesprit et de la raison poqr que vous vous en serviez jusqu'à un certain point, c'est~àr<dire sans s'y trop confier, sans s'y trop arrêter, et toujours avec soumission et dépendanci^ pour ceux qu'il a

* Lettre^ édifiante», I. III, l. M . ^ let(r$9 pmuegp p. t^M,

* Pour riat^iUgence de cette l^elle lettre» il faut se reporter | eeque nous atons dit (p. 98) du caractère de M""' de Vei'lhan.

chargés de notre conduite ; avec ces conditions il veut bien que nous raisonnions.

Vous aimez l'Écriture sainte : c'est un goût qui vient de Dieu ^ mais demandez-lui encore de la bien entendre; ne la suivez pas à la lettre, prenez-en Tesprit. Qu'est-ce qu'il y a de plus marqué et de plus répété que la colère et l'indignation de notre Seigneur contre les Juifs et les Pharisiens? Il ne les peut souffrir, tandis qu'il traite les plus grands pécheurs avec douceur. Que dit-il aux Juifs quand ils se scandalisent de ce qu'il guérit un malade le jour du sabbat? Ce silence que vous gardez si opiniâtrement, n'est-il pas un judaïsme? est-ce une pratique littérale d'une vertu que Dieu aime, ou l'esprit et l'amour de la vertu ? Vous aimez le silence, et j'en suis ravie ; on ne peut croire tous les biens qui en résultent et tous les maux que l'on évite; mais auriez-vous manqué au silence si vous aviez parlé avant midi pour quelque chose de nécessaire, où pour répondre au prochain? Et cette exactitude servile ne vient-elle pas du désir de vous témoigner à vousmême que vous êtes restée tantde temps sans parler? Ce n'est pas là servir Dieu en esprit et en vérité ; c'est la disposition du cœur qu'il compte, et il voit un amour plus pur pour le silence dans telle personne que la charité fait parler depuis le matin jusqu'au soir, que dans telle autre qui se complaît tout le jour de n'avoir point parlé. N'allez point, madame, par des chemins si opposés à la simplicité, et à l'humilité du christianisme; le silence est bon et je l'estime, Thumilité est beaucoup meilleure^ une

A MADAME DE YKILHAN (1691). 161

petite violence que vous vous feriez pour supporter le prochain, pour le juger charitablement, pour déférer à son opinion, pour le consoler dans sa peine, pour le divertir aux heures destinées pour cela, seroit plus agréable à Dieu qu'un an de silence. Voyez votre illusion : nous nous attachons à une pra« tique de surérogation dans le temps que nous manquons aux plus pressantes obligations. Cet amour du prochain qui est le second commandement , cette charité sans laquelle le martyre serait inutile (vous savez ce que saint Paul a dit) , cette humilité tant recommandée partout, nous en négligeons les pratiques et nous nous jetons scrupuleusement dans mille autres qui ne nous sont point ordonnées et qui n'auront point de récompenses, parce qu'elles sont un effet de notre propre jugement et de notre amourpropre, qui n'est pas assez flatté quand il va par des routes ordinaires. Quand vous avez parlé à une de vos demoiselles ou à une dame par charité, qui est-ce qui vous en louera? il n'y aura que Dieu qui aura cette intention. Mais quand vous passez tout le jour sans parler, tout le monde sait que vous êtes silencieuse, c'est quelque chose de marqué qui vous satisfait, et qui par là devient du poison. On rit avec vous de vos singularités, parce que vous les montrez avec esprit, parce que vous avez mille bonnes qualités qui font espérer que vous vous redresserez ; mais je vous aime trop, encore une fois, j'espère trop de vous, pour ne vous pas conjurer de ne vous pas enfoncer dans une conduite qui deviendroit de jour en jour plus dangereuse, et dont il est à craindre

f0S LETTUBS HISTORIQUES BT ÉDIFIANTES.

que Dieu ne punisse la présomption et l'indépen^ danoe. La superbe fit en un moment d'un ange parafait le plus grand des démons : y a t-il une plus grande superbe que de ne vouloir suivre aucun conseil, et de croire voir plus clair toute seule que tous les autres ensemble? Vous me dites souvent que c'est à moi à vous instruire, que j'ai grftce pour vous, et que vous goûtez plus ce que je vous dis que tout oe qui vieqt des autres : Dieu en soit loué, mais je n'ai point d'in*struction à vous donner qui soit plus solide et plus pressée que celle de vous soumettre à quelqu'un qui vous règle vos pratiques de piété, lesquelles vous mèneront bien vite quand elles auront le mérite de rhumilité et de l'obéissance. Dieu a touché votre cœur, vous êtes à lui, vous voulez le servir le reste de vos jours, vous voulez aller à la plus haute per-* fection *, tout est prôt pour votre voyage, vous ne tenez plus à rien ; mais il vous faut un guide parce que vous ne savez pas le chemin, et qu'ayant fait tous les frais, vous courriez pourtant fortune de vous égarer; or, quand on s'égare, ou l'oa n'arrive point, ou l'on arrive beaucoup plus tard ; c'est ce que je crains pour vous, car j'espère de la miséricorde de Dieu que vous arriverez. Quand je ne serois pas convaincue de la nécessité d'un conducteur par la parole de Dieu qui la établie en tant d'endroits, et par la pratique de tous les saints, vous me seriez un exemple de ce besoin-là , car je suis assurée de votre bonne volonté, je oonnois voJre esprit, et avec ^ela je vous vois prendre à gauche, je vous vois prendre Tombre pour le corps, la lettre pour Tes*

A UNE DEMOiSBLLE ÉLRVËB A SAINT-CVE (l69l). 163

prit, et tomber dans des ténèbres que Dieu répand sar ceux qui présument d'eux-pièmes, et ne veulent pas devenir petits et simples pour entrer au royaume des cieui. Faites de sérieuses réflexions sur ce que je vous dis*, vous savez si j'ai d'autre intérêt que le vôtre, et celui d'une mwson pour laquelle vous pourriez être un instrument fort utile, si vous de* yenieï souple dans la main de Dieu comme on laisse mener la sienne au maître qui vous apprend à écrire. Je m'en vais prier Dieu pour vous. Pardonnez-moi mes importunités : je devois attendre plps pfttiem^ sient le moment de Dieu, mais la confiance que vous avez en moi, et Vamitié que j'ai pour vous, me font désirer peutrètre avpe trop d'ardeur de vous vpir dans I0 bon chemin.

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