‹ Lettres historiques sur la médecine chez les IndousChapitre 6 sur 12 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

Easeigncinent et exercice de la médecine chez les Indous.

Remontons un instant, par la pensée, à trente ou trentecinq siècles en arrière, et transportons-nous sur les bords d'une des rivières tributaires de l'indus, aux confins de la Bactriane, au milieu d’une de ces .petites communautés patriarcales qui couvrent le pays. I^a nuit fait place au jour; les premiers rayons du soleil dorent les toits des chaumières et des étables, dans l'intérieur desquelles les troupeaux de bœufs et de moutons attendent avec impatience l’heure où la liberté va leur être rendue. Près de ces habitations, s'élève un petit tertre surmonté d'une sorte d’autel formé d’une grande pierre plate, dont la surface noircie est divisée en trois foyers séparés. Le père de famille achève les préparatifs du sacrifice ; un vase contenant du miel, un autre rempli de beurre fondu destiné à alimenter la flamme, et que cet usage a rendu sacré, se trouvent près de lui. 11 vient de déposer près de l’autel un mortier de bois qui a servi à la préparation du soma, liqueur enivrante extraite par trituration de l’/tsctepias ac'do, et jugée digne d’être offerte aux divinités; sa fille, empressée à l’aider.

apporte le filtre de peau à travers lequel va se clarifier la précieuse boisson.

Cependant la flamme commence à s'élever au-dessus du triple foyer; tous les membres de la famille se rangent en silence autour de l’autel. Le rishi, après avoir, avec une longue cuiller de bois, versé du beurre fondu sur la flamme, prend dans sa main un vase plein de soma ; puis, se tournant vers le côté où l’horizon brille d’un doux éclat, il récite un de ces hymnes qui, conservés dans sa mémoire et destinés à- être transmis à son fils, sont un des apanages les plus précieux de sa famille, parce qu’ils attirent sur elle les divines faveurs.

« Aurore, dit-il, forte, sage et opulente, reçois nos offrandes » et les chants du poète ; déesse antique et toujoui-s jeune, » prévoyante et ornée de tous les biens, tu aimes à suivre nos » sacrifices.

» Aurore, déesse immortelle, brille sur ton char magnifique » et provoque la prière ! Tu as la couleur de l’or. Que tes » coursiers, robustes et soumis, t’amènent vers nous.

» Aurore, tu te dresses au-dessus de tous les mondes, et tu » annonces l’astre immortel. Sans cesse nouvelle, viens d’une » marche uniforme, faisant pour ainsi dire rouler ta roue dans » la même ornière.

» La riche épouse du soleil, l’aurore s’en va, telle qu’une » femme qui déploie son voile. Elle produit la clarté; bonne » et fortunée dans ses œuvres, elle s’étend de l’extrémité du » ciel à l’extrémité de la terre.

» A vos yeux brille la divine am’ore ; portez-lui vos offrandes » et vos hymnes. Honorée avec le miel de nos libations, elle » élève dans le ciel ses heureuses lumières et charme nos re- » gards par ses brillantes clartés.

» Les rayons de la pieuse déesse se font sentir du haut des » airs. De ses riches splendeurs elle colore le ciel et la terre. » O Agni (dieu du feu, latin ig'nis), tu reçois les dons de l’ho-

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