Archives Fér»y-Bugeaud d'Isly
La ville de Saint-Étienne m'invite pour dimanche à une grande fête. Il y aura grande revue de la garde nationale, banquet, bal, réception, etc. Il est bien difficile qu'au milieu de tout cela, je garde le mutisme.
Je reconnais bien vos articles dans/' L nion de UiDordogne.
Mille choses affectueuses pour vous et les vôtres.
Maréchal B. d'Isly.
A M. Noël Festugiere.
Ltjon, '21 février 1849.
Mon cher Noël,
Je réponds à votre lettre du 18.
Je vais prendre des informations sur la situation du capitaine d'artillerie Devais ^ ; il est même à peu près certain que je le verrai un peu plus tôt ou un peu plus tard. Je ferai volontiers une démarche en sa faveur, s'il y a lieu, mais je dois vous dire que cela n'aura que peu ou point d'influence sur son avancement. Hors les cas de guerre, c'est le comité d'artillerie qui règle ou à peu près l'avancement dans l'arme.
Vous me demandez si je pourrai faire une tournée dans vos contrées avant les élections. Je le voudrais bien; mais je pense, et mes amis pensent avec moi, qu'il est bien plus utile que je reste à l'armée jusqu'après l'élection de l'Assemblée législative. On croit assez généralement que les factions tenteront quelque chose avant cette époque fatale pour elles.
J'ai promis formellement au départe ment delà Charente- Inférieure d'aller le visiter. J'aurais en même temps passé par Bordeaux et je serais rentré par la Dordogne. Ce voyage me séduisait infiniment; mais avant tout il faut faire ce qui est utile à la cause sacrée que nous défendons.
1. Devais (Jean), né à Gastillon (Gironde) le l" mai 1804. Élève de l'École polytechnique en 1824, capitaine au 6" d'artillerie en 1835, au 13* en 1849, chef descadrons en 1851. Retraité en 1862.
On ne pourra me savoir mauvais gré d'avoir cédé à ce sentiment. Toutefois je verrais avec plaisir que les journaux de Bordeaux, dans un petit article bien motivé, me fissent une obligation de rester à mou poste jusqu'à la réunion de l'Assemblée législative. Cela contribuerait à apaiser les mécontentements de la Saintonge, s'il en existait. Dites cela 'ans le tuyau de l'oreille de MM. Campan et Gugy.
Pensé-t-on toujours, à Bordeaux, à me porter comme
andidat? On croira bien, j'espère, que si je désire être porté dans plusieurs départements, je ne suis pas dirigé par un sentiment de vanité puérile, mais bien par le désir d être plus fort pour mieux servir les grands intérêts du pays. Voyez, je vous prie, à cet égard, Eugène Maccarthy '.
Ajoutez que j'ai écrit il n'y a pas longtemps au minisire de la Guerre pour lui proposer une combinaison par laquelle Daumas serait fait général de brigade ; il ne m'a pas encore répondu. Je regrette que vous perdiez le colonel Pessart.
Je suis bien aise que Philippe se marie, pourvu qu'il se marie bien. Je compte que ^I"" Adrien ne lui fait faire qu'un bon mariage. Félicitez pour moi notre bon docteur. Dites-lui que je n'ai pas le temps de lui écrire, que je le prie de m'excuser, mais que personne ne fait des vœiix plus ardents que moi pour son bonheur.
Vous m'avez encore gâté ce coquin de Charles en le faiant sortir pour le carnaval. Il aurait tant besoin de travailler pour rattraper le temps perdu.
Ici la confiance renaît, et par suite le commerce et 1 industrie. Cependant il y a encore beaucoup de mauvaises passions dans la classe ouvrière, et pas mal de misère.
On continue à m'entourer de beaucoup d'honneurs. Je
•çois de partout des lettres d'adhésion, des adresses de la garde nationale, des offres de marcher avec moi, si besoin f^st.
La ville de Saint-Étienne m'a invité à une fête pour
■1. Cousin uu iiii. ki.,ii i,'.'L:t.-.-tud.
dimanche prochain. Il y aura grande revue de la garde nalionale, visites des autorités et corporations, banquet, bal, etc.
Mille amitiés à vos frères et à vos dames.
Adieu, mon cher Noël, tout à vous de cœur.
Maréchal B. d'Isly.
MM. Trochu et Fabar adressent à M. Noël Festugiere leurs compliments empressés.
Lyon, 23 février 1849.
Mon cher Genty,
Je réponds à votre lettre du 20. Je vous prie de renvoyer la demande de Cubas à son auteur. Je vous remercie de toute la peine que vous prenez pour conserver au gendarme Monnerie le bureau de Lanouaille. Je crois qu'il sera mis en retraite dans deux mois ou trois au plus. En tous cas, je supplie qu'on atermoie en sa faveur, en faisant gérer le bureau par quelqu'un que l'on peut trouver à Lanouaille même. Je vais charger le greffier du juge de paix de vous désigner un gérant pour le cas où l'affaire ne serait pas déjà arrangée.
Quant à M. de Lamartinière, je l'abandonne, puisque c'est un maniaque.
Je trouve qu'en effet Ledru-Rollin a été très audacieux et qu'on ne lui a pas répondu par les grandes raisons : Tintérôt de la France, qui ne peut pas laisser la Papauté émigrer ailleurs que chez elle et qui, ne pouvant l'y posséder, doit la maintenir à Rome.
Vous ferez bien de rester à Paris dans votre situation, jusqu'à ce qu'il s'en présente une autre. M. Barbier, qui se dit votre ami, aune femme fort agréable.
Demain, cérémonie pour la révolution de Février. Nous pleurerons et nous nous réjouirons officiellement.
Après-demain, à Saint-Étienne, revue, banquet, présentations, bal.
Je vois et j'étudie mes troupes. C'est en général très bon. Excessivement peu d'individus donnent lieu de penser qu'ils sont imprégnés des idées démagogiques ou socialistes. La masse est pleine de dévouement.
Mille amitiés. Maréchal B. d'Isly.