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El l'expédition de Rome? Y persisle-t-on malgré la reprise de la guerre? C'est bien plus épineux aujourd'hui visà-vis des partis en France. Voilà ce qu'ongagne à ne savoir pas prendre un parti à propos, à attendre, à laisser faire. Les démagogues n'attendent pas, eux. Il y a deux mois que le Pape devrait être rétabli et la révolution de Toscane n'aurait pas eu lieu.
Quelle faute aussi d'avoir laissé à Turin cet esprit faux de Boislecomte ! il est démagogue de naissance. Je parierais qu'en secret il a poussé à la guerre. Il ne dissimulait même pas ses opinions. Dites donc, je vous prie, à rAssemhlî-e nationale que je trouve et que l'on trouve que dans ses articles sur la politique étrangère, elle ne se montre pas assez française. Elle nous ravale au-dessous de tout le monde. Nous sommes à peine, selon elle, une puissance de troisième ordre. Cela choque nos amis. C'est malhabile. Les lettres de Londres, bien faites d'ailleurs, ont aussi ce défaut.
Je pars demain pour Grenoble, de là j'irai en Savoie visiter le théâtre de nos combats de 1815 ; puis je me rendrai à Valence.
On voulait me donner dans cette ville un grand banquet où auraient concouru les populations de la ville et des campagnes. Je le refuse pour ne pas contribuer à perpétuer ce mauvais exemple.
N'ayant pas l'adresse de M™'' Edmond Blanc, je vous prie de lui faire parvenir cette lettre. Je reçois votre lettre du 6, je n'ai rien à y répondre. Mes amitiés à Lheureux et à l'avocat Jouhaud.
Lyon, 27 mars 1849.
Mon cher Genty,
Vous ' gardez le silence depuis quelques jours, et moi je n'ai pas répondu à votre lettre du 21 mars, parce que, d'un
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lundi à l'autre, j'ai toujours été en courses et en ovations.
J'ai visité l'Isère et la Drôme. Partout j'ai été accueilli comme on n'accueille plus les princes. A Grenoble, je nai pas été seulement entouré par les autorités et les corporations, douze à quinze cents ouvriers sont venus me visiter à la préfecture. Le nouveau maire, qui était en tête, m'a adressé un très bon discours auquel j'ai répondu de manière à me faire approuver plusieurs fois par mon auditoire. Vous pourrez lire tout cela dans le Courrier de Lyon du 25. Gomme c'est un peu long, je crains que les journaux de Paris ne le répètent pas. La scène est pourtant d'un haut intérêt politique.
A Valence, il y a eu encore plus d'expansion qu'à Grenoble. De nombreuses députations des gardes nationales et même des municipalités de l'Ardèche se sont rendues auprès de moi. Toute la journée du dimanche a été employée jusqu'à dix heures du soir en revue et en réceptions. J'ai eu à subir douze ou quinze discours écrits et autant d'allocutions improvisées. J'étais sur les dents, mais j'.allais toujours, tant j'étais heureux de ces excellentes manifestations. Toutes les harangues se terminaient à peu près ainsi : « Nous voulons l'ordre, M. le Maréchal, et nous « sommes prêts à sacrifier, s'il le faut, notre vie pour dé- « fendre la famille et la propriété, pour repousser l'anar- « chie. Si de nouveaux dangers se présentent, faites-nous « appel et nous marcherons tous avec ardeur sous votre « bannière. »
On me préparait la même réception à Tain, Tournon, Saint- Vallier, Vienne, etc. Mais, ayant appris qu'il y avait des inquiétudes à Paris, je n'ai fait que traverser ces divers lieux, en prenant seulement le temps de donner mes instructions aux chefs des corps qui s'y trouvaient.
A peine arrrivé à Lyon, j'ai trouvé une dépêche télégraphique qui m'ordonne de concentrer une division entre Grenoble et le fort Barraux, en même temps que quelques régiments de cavalerie s'approcheront de Grenoble.
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A mon avis, ces démonstrations ne signifient pas grand- « hose. Il faut beaucoup plus ou rien. Les menaces impuisuites nous rapetissent au lieu de nous grandir.
On doit bien regretter aujourd'hui de n'avoir pas agi plus tôt pour rétablir le Pape et de n'avoir pas suivi la politique que vous dites avoir été approuvée par M. Decazes.
Quand vous lirez ces lignes, vous saurez déjà que Charles-Albert, très battu devant Novare, a abdiqué en faveur du duc de Savoie et qu'il est parti, dit-on, pour Genève avec quelques serviteurs seulement. Radetzky, le 25, n'était qu'à 5 lieues de Turin. On croit qu'il a dû y entrer aujourd'hui.
Je pense que c'est le cas plus que jamais d'aller sans perdre une minute, avec deux fortes divisions, rétablir le Pape, et lui bien nettoyer ses États, avant de le réinstaller à Rome.
Ceci peut -e laire, je crois, sans allumer la guerre : c'est le moyen le plus prudent de ne pas perdre notre influence en Italie ; on peut môme dire que c'est l'unique moyen de conserver notre autorité morale avec l'espoir de ne pas allumer la guerre générale. Tous les autres partis nous conduisent à la guerre, et si nous ne faisons rien, nous laissons l'Autriche r«^gner sur toute l'Italie.
Le duc de Savoie sera contraint de se jeter dans ses bras et d'implorer son protectorat. Nous perdrons ainsi un allié naturel et des plus importants àraison de sa position géograpliique et de la topographie de son territoire. Mais il faut se décider promptement, et ce n'est guère notre habitude.
Je ne demande pas mieux que de recommander M. Decazes à mes amis de la Gironde et je le ferai dans toutes mes lettres particulières. Un homme d'alTaires comme lui serait certainement fort utile dans la nouvelle Assemblée qui aura tant à reconstituer. Mais je me suis interdit toute recommandation publique, bien que j'en sois sollicité de toutes parts. Prêchant partout la discipline envers les co-
mités investis de la confiance des électeurs, je ne puis recommander par avance aucun nom qui ne serait pas admis par ces comités.
Je ne crois pas que le général P... ait poussé Charles- Albert à la guerre. Ce qu'il m'a dit à son retour était si positif qu'il faudrait le supposer bien faux et bien menteur pour croire le contraire. Je n'ai pas la môme confiance dans la conduite de Boislecomte. Je crois qu'il avait là deux visages, l'un pour les circonstances officielles, l'autre pour les petits comités. S'il a conseillé ce qui s'est fait, il doit éprouver aujourd'hui des remords. Moi, j'ai conseillé le contraire à Charles- Albert lui-même.
MM. lesdémagogues se croiront-ils toujours invincibles? Vous saurez que les Lombards ont lâché le pied les premiers, et c'étaient les principaux démagogues de Milan.
Les Toscans n'ont pu former un seul bataillon de volontaires. A Gênes, on a tenu un registre ouvert pendant quinze jours pour recevoir les enrôlements de ceux qui criaient à tue-tête dans les rues: Guerre! Guerre ! Il ne s'en est présenté que sept.
Donnez ces notes-là aux journaux pour faire voir qu'il y a quelque différence entre les émeutiers et les véritables guerriers.
J'ai écrit deux fois à Dumas de se rendre auprès de vous, afin d'être présenté à Rébillot. Il ne ma pas répondu et, comme il y a d'autres Dumas dans le pays, je crains que mes lettres ne se soient égarées.
Je lui ai écrit aujourd'hui par ma femme. Je tiens toujours beaucoup à ce qu'il soit nommé. Dites-le, je vous prie, à notre brave préfet, afin qu'il lui réserve une bonne place.
Adieu, mille amitiés.
J'espère que voilà une lettre qui en vaut dix des vôtres, pour la longueur s'entend.
Maréchal B. d'IsLV.
Li/on, 31 mars 1849.
M0> CHER GeNTY,
Je^ réponds à la hâte quelques lignes à votre lcLlredu27. La lettre du général Evain^nous confirme dans ce que nous savions déjà de l'action diabolique qu'exercent nos révolutionnaires sur toute l'Europe. Ce sont eux qui ont fait faire la belle campagne des Piémontais, et nous serions bien sots de les seconder en nous brouillant avec l'Autriche pour leurs faits et gestes. Mais il faut que celle-ci, par sa conduite prudente, nous seconde et nous permette de rester dans la modération.
J'avoue que je ne comprends pas comment une division piéraontaise qui avait refusé le combat se serait sacrifiée à la démagofjie et se serait montrée cent fois plus royaliste et plus conservatrice que ce pauvre roi.
Il me semble qu'avant toute autre considération une aimée doit se bien battre, lors même qu'elle est amenée sur le champ de bataille contre son opinion.
D un autre côté, je pense que si Charles-Albert avait vaiacu, il aurait pu beaucoup mieux se rendre maître de la d<'-iuagogie.
Je vous communique une lettre de Dumas. Vous verrez que pour un provincial, comme vous l'appelez, il écrit et pense passablement bien. Je vous prie de la communiquer vous-même à Rébillot et de lui répéter que s'il tient à être agréable à l'un de ses plus zélés partisans, il faut absolu-