Archives Féray-Bugeaud d'Isly
émeutes des circonstances tellement extraordinaires que beaucoup d'esprits s'en trouvent troublés, non parce qu'ils ne savent pas braver la mort, mais parce qu'ils n'y ont pas assez préparé leur jugement. C'est le jugement droit et ferme qui fait qu'un homme est brave tous les jours.
J'aurais préféré que M. Guizotne se mît pas sur les rangs celte fois. Mais il est difficile que nous nous opposions à l'élection. Il faut laisser faire le souverain. M. Guizot a perdu une trop grande bataille pour qu'il dùl se remettre en ligne immédiatement. Je crains que son grand talent de parole n'ait perdu beaucoup de sa puissance.
Je désire fort que le roi de Prusse refuse l'empire d'Allemagne.
Adieu, mille amitiés.
Maréchal B. D'Isly.
P.-S. — Le juge de paix de Beaugibaud me demande
une démarche près de M. Adam, que je ne veux pas faire.
Il s'agit d'un bureau de tabac à conserver sur la tète de sa
femme. Pour m'en débarrasser, j'ai promis que je ferais
parler à M. Adam par un de mes amis. Dites-lui-en donc
deux mots pour l'acquit de ma conscience, afin qu'il puisse
dire à la dame qui se trouve à Paris que je lui en ai fait
parler. Il fera du reste ce qu'il croira juste.
^ M.B. dl.
Lyon, 12 avril 184'^.
Mon cher Ge>ty,
Je' vous ai déjà engagé à faire revenir Dumas à Paris, et je vous ai dit où il fallait lui adresser.
Je n'ai pas été content non plus de la réponse de la rue de Poitiers sur la candidature de M. Guizot. C'est un homme trop considérable pour être traité ainsi. Il fallait se borner à dire que la rue de Poitiers avait déclaré qu'elle ne recommanderait officiellement aucune candidature, et
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puis il ne fallait ni parler, ni écrire, ni agir contre, en un mot laisser toute liberté aux électeurs.
Parmi les hommes qui repoussent M. Guizot, il en est qui sont bien plus coupables que lui de la démolition de la monarchie. Il n'y a selon moi que deux grands reproches à lui adresser : la coalition et l'incapacité de la défense aux événements de Février.
M. Guizot ne comprenait pas l'usage de la force et il la dédaignait ; mais ceux de ses antagonistes auxquels je fais allusion ont travaillé presque continuellement à alïaiblir età déconsidérer la monarchie.il sied bien aux auteurs des banquets de jeter la pierre à M. Guizot!
Enfin la résolution d'envoyer une division est-elle bien prise?
Je trouve la susceptibilité de Rullière fort naturelle. Seulement il ne fallait pas pour cela opposer la force d'inertie, car on a déjà perdu bien assez de temps.
J'aime à croire qu'Oudinot croyait Rullière d'accord avec le Président, quand il lui a demandé des instructions.
Les alarmistes dont vous me parlez sont à fesser. Qu'ils comparent donc notre situation actuelle à celle que nous avions il y a quatre mois. Sans doute tout n'est pas fini, il y aura encore à lutter ; mais nous avons beau jeu, et la partie nous est assurée, pour peu que nous ne nous abandonnions pas.
Les alTaires reprennent, dites-vous, c'est là un bon thermomètre.
Je ne suis pas surpris que les articles que vous envoyez kV Union aient produit bon effet. Outre qu'ils sont bien, les correspondances mystérieuses de Paris ont toujours du crédit en province.
Vous ne me parlez plus de mon manuscrit sur la (guerre fies rues. Je n'ai pas su qu'il ait été jugé par l'aréopage que vous m'aviez proposé. Je présume qu'il n'a pas même été lu. Ne le perdez pas, je vous en rends responsable. Je persiste à croire qu'il eût mieux valu le publier. Encore un
ne MARÉCHAL BUGEAUD (1849) "iSI
coup, les rouges et les socialistes ne peuvent pas me haïr
davantage, et je dois leur faire tout le mal possible, parce
que ce sont nos plus cruels ennemis.
Mille amitiés.
Maréchal B. d'IsLv.
P. -S. Je vous prie de menvoyer sur-le-champ, par M. le ministre de la Guerre, le rapport de M, de Lamoricière sur lorganisation de la force publique.
Extrait d'une lettre du mare'chal Bugeaiid à M. Genty de Bussij, en date de Lyon, le iS avril 1849 {lettre donnée à M. le comte Vigier).
Je reçois votre lettre du 16 avril. Je n*ai à y répondre qu'une seule chose, c'est que je ne vise aucunement aux grandes destinées auxquelles vous dites qu'on pense pour moi. J'agis maintenant pour sauverla France des barbares.
Je serais l'homme dumondele plus heureux si, la France
assurée de ses destinées, je pouvais vivre paisiblement de
mes champs jusqu'à la tombe, sans être autre chose que
laboureur.
Signé : Maréchal Bugeaud dIsLY .
21 avril 1849.
Mon cher Genty,
J'ai ^ reçu vos deux lettres des 17 et 18. Il n'y a pas grand'chose à y répondre, si ce n'est que je me nourris de l'espérance de vous voir arriver avec Vigier ; mais non pourtant, il vaut mieux que vous soyez placé à l'administration de la Guerre et que Vigier vienne tout seul : il faut aimer ses amis pour eux.
Plusieurs lettres d'Afrique m'expriment aussi des craintes sur le maintien de la tranquillité. Si je suis étonné de quelque chose, c'est que déjà la révolte n'ait pas éclaté mais elle éclatera un peu plus tôt ou un peu plus tard,