‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 120 sur 125 · Archives Féray-Bugeaud d'Isly · texte numérisé non relu

Archives Féray-Bugeaud d'Isly

Je présume qu'on ne me demandera pas de déclaration de principes. Cette déclaration est écrite dans tous mes actes et dans tous mes discours, à Bourges, à Lyon, à Saint-Étienne, à Grenoble, à Valence, etc.

Que pourrais-je dire de plus? Si Ton doutait de moi après cela, je refuserais les suffrages de ceux qui ne me croiraient pas l'un des hommes les plus dévoués aux grands principes conservateurs de la société, au nombre desquels je place une sage liberté.

Vous savez que je voulus toujours soutenir le gouvernement établi, que je ne conspirai jamais et que mes votes à la Chambre tendirent toujours à renforcer le principe de Tautorité que tant d'autres sapaient journellement.

Ma conduite sera la même avec la république : je ne la désirais pas; je croyais cette forme de gouvernement moins propre que la monarchie constitutionnelle à fonder la vraie liberté et la prospérité ; mais, puisqu'elle est établie, je concourrai loyalement à faire cette grande expérience; je ferai même des vœux pour qu'elle réussisse, car je ne hais rien autant que les révolutions.

Je n'ai rien de nouveau à vous dire, sinon que le socialisme s'agite autant à Lyon qu'à Paris, proportions gardées. C'est sur l'armée qu'il dirige surtout son action : il a fait quelques prosélytes parmi les mauvais sujets de chaque régiment; mais cela est fort superficiel et, si les disciples de Proudhon et consorts descendent dans la rue. vous pouvez croire qu'ils seront bien reçus.

Je vous enverrai aujourd'hui ou demain le petit livre que je publie. S'il est utile, comme je le crois, il serait bon que plusieurs journaux le reproduisent en feuilletons ; tâchez de l'obtenir.

Adieu, mille amitiés.

Maréchal B. d'Isly.

Lyon, 2o avril 1S49.

Mon cher Gentv.

Le Constitutionnel et le Pays n envisagent pas comme

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Baraguey-d'Hilliers et d'autres l'affaire de Fould. lis considèrent l'attaque de M. Goudchaud comme une manœuvre concertée à l'avance pour jeter de Todieux au moment des élections sur les conservateurs de la rue de Poitiers. lî faut convenir que cela en a bien Tair; d'un autre côté la lettre de Belhraont justifie Fould, en très grande partie du moins, et il se peut très bien que quelques paroles de Fould aient donné lieu aux interprétations de Goudchaud.

Mais si Fould est réellement calomnié, il n'aurait pas dû traiter Goudchaud avec tant de mansuétude et luidire nettement à la face qu'il était un calomniateur; cette indignation aurait convaincu l'Assemblée bien mieux que les raisonnements qu'il a faits sur l'incertitude de ses souvenirs.

Je ne saurais vous dire combien je suis affligé de voir un lieutenant-colonel de l'armée se charger de la direction du National. C'est un serpent que nous avons réchauffé dans notre sein. Lamoricière en est plus coupable que moi; mais j'ai bien aussi ma part de reproches. J'ai été entraîné par un sentiment de générosité, il avait rendu quelques services à Mascara, il me paraissait capable de diriger des troupes; depuis longtemps il ne manifestait pas d'opinion politique ; je le lirai de l'impasse où il était et je le fis chef de bataillon de la Légion étrangère.

S'il n'est pas réélu député, on lui fera, je pense, rejoindre son régiment ; il vaudrait mieux encore le faire permuter d'office et l'envoyer en Afrique.

Le tapage de la porte Saint-Denis me paraît être un précurseur d'un plus gros orage. C'est toujours comme ç^ que ça commence, je vous l'ai dit, il n'y a qu'une manière de nous sauver, c'est la dictature donnée au Président : la légalité ne fera rien envers des gens qui méprisent toute légalité et ne respectent pas même le vote universel, qui est leur ouvrage.

Il est très probable que le grand-duc est rentré à Florence; nous n'en avons pas encore la nouvelle : la flottille est partie de Marseille le 22 au soir. "Vous aurez probable-

ment de ses nouvelles aujourd'hui par le télégraphe de Marseille. J'espère qu'elle naura pas débarqué les troupes dans le port, mais à côté, à moins cependant qu'une reconnaissance faite par un bâtiment léger n'ait constaté que l'on n'était pas préparé à la défense.

Si Dumas tarde à arrivera Paris, c'est parce qu'il s'occupe avec ardeur des élections : j'aurais bien désiré que Rébillot eût pu l'attendre; mais comme il ne peut guère avoir d'influence que dans un canton, son séjour n'a pas grande importance, et puis ma candidature paraît tellement assurée que si c'est que pour moi qu'il travaille, sa peine est assez inutile.

Adieu, mille amitiés. Maréchal B. d'Isly.

Lyon, 26 amnl 1849.

Mon cher Gentv,

J'ai ' reçu vos deux lettres du 24 : je vous remercie des lïorts que vous faites pour qu'on me porte en tête des listes de Paris.

Ce que vous me dites du journal le Peuple est inqualiiiable : il n'y a pas de mot dans la langue pour rendre l'horreur qu'on éprouve et la honte qu'il y a d'avoir dans .sa nation de pareils hommes! Tout cela indique une bataille prochaine; comme je la crois inévitable, je voudrais que ce fût déjà; car plus nous attendons et plus ces scélérats nous minent, en corrompant dans l'armée tout ce qui est plus ou moins disposé à leur prêter l'oreille.

Les exigences de Radetzky n'auront pas de persévérance, s'il est vrai que l'Autriche ait éprouvé les revers qu'on dit; mais elle est tenace et il est à présumer qu'elle ne tardera pas à prendre sa revanche : elle a fait une mauvaise campagne d'hiver qui a ruiné son armée, pendant que ses adversaires, qui étaient chez eux, ont beaucoup moins souffert. Je crois apercevoir aussi que sa guerre a été mal conduite sous plusieurs rapports.

1 Archives Féray-Bugeaud d'Isly.

Les nouvelles que je reçois de l'Algérie sont peu rassurantes pour l'avenir; je crains bien que mes prédictions et mes formules ne reçoivent des faits une éclatante confirmation. La nouvelle colonisation sera, en grande partie, la cause des embarras et des dangers qui semblent près de surgir. Le gouvernement et le public n'y pensent guère : on a trop à faire à l'intérieur.

Je vois que le maréchal Soult a distribué aux Chambres un écrit sur le rapport du général de Lamoricière : tâchez de m'envoyer l'opinion de notre vieux doyen.

Vous devez être déjà rassuré par Magne sur lopinion de M. Barrotà votre égard. Je n'ai donc pas besoin d'écrire à M. Barrot.

Adieu, mon cher Genty, mille amitiés.

Maréchal B. d'Isly.

Lyon, le 4 7nai 1849.

Mon cher Genty,

J'ai ^ à répondre à vos lettres des 28, 30 avril et 1" mai.

La première est presque entièrement consacrée à la liste des candidats désignés par le comité de l'Union sur laquelle vous voulez tâcher de faire disparaître des noms un peu dangereux.

Vous pensez que nous aurons encore des tentatives de troubles, je le pense comme vous et je me suis préparé en conséquence. J'ai concentré mes troupes, armé mes forts et pris toutes les dispositions de détail.

Je vous félicite d'avoir été nommé président du comité de votre 10' arrondissement.

Je n'ai point encore reçu les 6.000 listes et les mille manifestes pour l'armée des Alpes dont vous me parlez.

Je suis bien aise que Dumas soit à son poste ; j'espère qu'il fera bien et qu'on pourra l'avancer.

J'ignorais en effet que M. de Génoude fût mon admirateur.

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