La future Comtesse Feray
110 CORRESPONDANCE IXÉDIXE
Mon ami, perfectionner l'agriculture est, après le mérite de combattre pour les intérêts de son pays, la première de toutes les gloires. Par l'introduction seule du trèfle dans nos contrées, j'ai fait plus qu'annuler les impôts. Y aura-t-il jamais un ministre des Finances qui ait une pareille gloire ?
J'approuve fort votre projet de passer dans la ligne. Je vous prie de ne pas manquer de m'instruire de cette nouvelle promotion.
J'espère, mon ami, que vous ne travaillez plus pour m'avoir de l'emploi. Je vous avoue que je suis dégoûté, mortifié môme de voir que, pour certaines personnes, il faille tant de peine pour être admis à être utile, pendant que d'autres sont si facilement admises à l'inutilité. Toutefois je suis reconnaissant de ce que S. A. le duc d'Angoulôme a bien voulu s'y intéresser. Mais quel est donc le mécanisme d'un gouvernement qui fait qu'un prince généralissime ne peut pas faire placer un colonel? Je pense qu'en pénétrant ce mystère on n'y trouverait rien d'honorable.
Je borne maintenant mon ambition à avoir une petite retraite et je vous prie d'y travailler. Si vous ne pouvez y parvenir, je tâcherai de me la faire en augmentant mon industrie agricole.
Quand vous verrez Péridon \ je vous prie de l'assurer de mon attachement. Je vous prie d'en faire autant près du maréchal Suchet et du général Valée. Remerciez vivement pour moi ce dernier pour l'audience de la voiture.
Adieu, mon ami, n'oubliez pas que vous devez venir et tâchez que ce soit bientôt, avant la fin des chasses.
\. Péridon (Jean-Baptisle), né à Nouillonpont (Meuse) en 1773, mort en 1839 ; il entra à l'âge de vingt ans au bataillon de réquisition de la Meuse en qualité de capitaine, mais fut remis sergent à lincorporation au 11° léger. Capitaine en 1807, il devint aide de camp du général Harispe, puis en 1813 chef détat-major de l'armée d'Aragon. Retraité comme colonel détat-major en 1825, il fut nommé maréchal de camp honoraire en 1826.
DU MARKCHAL BLGEALO i 182o i 111
Ma femme vous remercie du charmant couteau. Avant de connaître vos intentions, je le lui avais déjà donné. Elle veut vous envoyer une dinde truffée, c'est comme si vous l'aviez.
M°" Sermensan me demande souvent de vos nouvelles. Elle viendra passer avec nous une partie de l'hiver et le carnaval. Tâchez de vous rencontrer avec elle.
Tout, tout à vous.
BUGEAUD
A mon retour * de Périgueux, où j'étais allé pour le concours des taureaux, j'ai trouvé votre lettre et mes demandes rectifiées. J'ai copié de suite littéralement et je ne perds pas une minute pour vous les envoyer.
La chaleur de voire amitié et de vos recommandations me garantit le succès. On ne peut rien dire de plus fort que votre lettre à M. du Coëllosquet. Ma modestie en serait blessée, si je ne savais qu'on exagère quand en veut chaudement servir quelqu'un.
Votre empressement à m'écrire ne vous a pas permis de me dire votre opinion sur les observations que je vous ai adressées concernant l'ouvrage sur l'infanterie. Vous les avez sûrement fait lire à l'auteur, avec lequel j'espère que vous me ferez faire connaissance quand j'irai à Paris. Comme je ne regarde pas comme incontestable ce que j'ai dit sur l'infanterie, n'oubliez pas de m'en dire votre sentiment dans la prochaine lettre.
Le temps est abominable depuis deux mois. Malgré cela, j'ai presque fini de semer mes blés, parce que j'ai su me procurer beaucoup de bras pendant les éclairs de beau temps qu'il a faits. Indépendamment de mes métairies, je fais valoir à ma main une grosse réserve destinée aux expériences et à servir de modèle aux métayers, gens routiniers et difficiles à conduire. Malgré mes beaux résultats,
1. Lettre saas adresse, dossier Bugeaud des aruhives d'£sclaibes.
quelques-uns résistent encore ; mais je pense que je les entraînerai cette année parce que je serai plus florissant que les autres.
J'ai peu chassé ; cependant j'ai tué une douzaine de bécasses. Dans le mois prochain, le général Noguès et le commandant Doriac (ex-aide de camp du général de division Lamarque) doivent venir chasser pendant quelques jours. Que nétes-vous aussi près qu'eux !
Mille choses aimables à votre femme. Embrassez pour moi vos enfants. Puisse le 3* arriver à bon port !
Tout à vous de tout cœur,
P. -S. — Sur votre avis, j'ai fait insinuer au préfet que j'accepterais la place de maire. Si on lui demande des renseignements sur moi, il n'en donnera que de bons, ainsi que le général de division.
En même temps que cette lettre, Bugeaud envoyait à son ami un modèle de supplique à adresser au dauphin au sujet de sa réintégration dans l'armée. Nous la reproduisons ci-dessous, avec les corrections qu'y fit d'Esclaibes, en indiquant en note la rédaction primitive de Bugeaud.
Le colonel d'infanterie Bugeaud, domicilie à Excideuil {Dordogne), à Son Altesse Royale Monseigneur le Dauphin*.
Demande d'activité.
Monseigneur 2, Nommé colonel par le roi en 1814, je fus entraîné dans la faute qui conduisit l'armée à Waterloo et au licenciement. Depuis^ cette époque, je languis dans un repos qui n'a pas