‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 34 sur 125 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Excideuil, 14 mai.

Cher ami, j'ai reçu avec un vrai plaisir votre honorée du 8 courant — et j'entre dans vos raisons touchant l'intention que j'avais de demander à être employé dans la légion de Limoges. Je suivrai votre conseil, parce qu'il me semble que quelque soupçon d'événements prochains vous aura poussé à me le donner. Ce que vous me dites des associés m'a rempli d'espérance et d'enthousiasme, quel bonheur pour moi de faire pour les Bourbons ce que je fis à Tournon, Mouthier, L'Hôpital dans cette dernière campagne. Mais, camarade, comment pourrais-je le faire si je n'ai pas de soldats? Je n'ai aucune protection près du gouvernement et ma bonne volonté restera sans occasion. Je connais assez votre véritable amitié pour ne pas douter un instant que vous ne laisserez pas échapper l'opportunité de me servir; mais la rencontrerezvous? Gela est incertain. Mon ardeur est irritée par ces difficultés.

J'ai vu dans les journaux que M. de Polignac est allé à Calais. S'il m'apprécie comme il vous l'a dit, il pourrait me faire donner un régiment. Mais, dans cette circonstance il faudrait que vous le sollicitiez parce qu'il me serait très difficile de me déterminer à cela.

Je lis dans les journaux la malheureuse nouvelle de Grenoble. Ces hommes sont fous et mauvais patriotes, ils ne voient pas, les maudits, que les étrangers sont ici prêts à profiter de nos dissensions. Cela me retourne le cœur. Insensés 1 songez qu'il vaut beaucoup mieux oublier nos passions et nous réunir contre l'ennemi commun.

Je vous envoie ma petite œuvre, très mal imprimée et illustrée, c'est un maudit libraire de Lyon qui l'a si mal composée.

La Dui-antie, le 4 juin 1830.

Je VOUS aurais répondu loul de suite, mon cher d'Esclaibes, sans un violent accès de fièvre suivi d'une colique qui a duré six jours.

Vous vous trompez en croyant que je suis trop disposée croire ce que disent les journaux. J'ai parlé sous la forme du doute de l'évolution dans le simulacre du débarquements Je pensais cependant que le fait était possible, parce que j'ai vu faire dans les petites guerres des choses tout aussi gauches, comme de faire fusiller et canonner les deux partis à travers une rivière, sans chercher à la passer, et bien d'autres choses tout aussi peu conformes à la bonne tactique, et devant par conséquent fausser les idées des officiers inexpérimentés.

Je suis indigné autant que vous contre les journaux qui cherchent à rabaisser notre gloire militaire, quelle que soit leur couleur ; mais il faut convenir que dans les deux partis on ne s'est pas fait faute de ces articles anti-français [le Constitutionnel a fait un article sur l'embarquement de l'armée, rempli de bons sentiments). Je crois même que les journaux constitutionnels sont bien en arrière sur ce point.

Oui, ce sont de mauvais Français que ceux qui sacrifient la gloire nationale, Vinte'rét de la patrie à des amourspropres blessés, à des préventions injustes et à des personnalités; mais pensez-vous que la coterie qui a renversé le ministère Martîguac soit composée de bien bons Français^, qu'elle ait fait ce mouvement de cabinet pour être utile à la France, qui était paisible et satisfaite? que ce soit dans un but patriotique qu'elle ait joint un homme comme M. de Peyrounet à un ministère

1. Le débarquement à Sidi-Feruch eut lieu dix jours après cette lettre, dont nous n'avons malheureusement pas l'adresse.

'2. Le ministère Martignac avait été renversé au sujetde l'amendement 1 li supprimait les conseils d'arrondissement.

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déjà si anlipathique à la masse? Il y a dans tout cela un mépris souverain de l'opinion des masses et du bonheur de la patrie. Certes, mon amour-propre ne peut être blessé par Tavènement d'un nouveau ministère. Je n'ai jamais pu viser à un portefeuille, et j'ai été soulevé d'indignation quand celui-là a paru, mais surtout à l'adjonction de M. Peyronnet, dont je connais les faits et gestes privés et publics. Et l'on exige en retour de la modération de la part des électeurs... Sans doute ils feront bien d'être modérés dans leurs choix; mais il leur faut pour cela plus de sagesse que n'en ont eu les gouvernants, il leur faut de l'esprit évangélique pour rendre le bien pour le mal. Quant à l'adresse de la Chambre S elle aurait pu avoir une autre tournure, encore plus respectueuse si vous voulez ; mais enfin elle devait exprimer les appréhensions qu'avaient généralement excitées les nouveaux ministres, et il lui fallait le dire assez clairement, puisque l'adresse de la Chambre des pairs avait été regardée comme non avenue. Cette conduite est plus loyale que si on avait dissimulé pour ensuite refuser le budget à la fin de la session et mettre ainsi le gouvernement dans l'embarras. En dernière analyse, il est impossible que les Chambres n'influent pas sur le choix des ministres; ainsi tous ces grands reproches tombent sur l'emploi de tels mots au lieu de tels autres mots.

On m'offre la candidature dans trois arrondissements -. On me presse de faire une profession de foi publique et j'ai refusé en donnant les raisons suivantes : je suis assez connu dans le déparlement pour n'avoir pas besoin de dire qui je sais. Les mœurs constitutionnelles n'excluent pas la modestie; d'ailleurs on ne me croirait pas sur mon dire, si l'on ne me connaissait par mes actions plus que par mes

1. La fameuse adresse des 221, qui fut présentée à Charles X le 18 mars 1830.

2. La Chambre des députés, qui s'était réunie le 2 mars 1830 fut dissoute le 16 mai suivant, et une ordonnance royale convoqua les collèges électoraux pour le 23 juin et le 3 juillet, fixant la réunion des Chambres au 3 août.

paroles. Je veux devoir entièrement la députalion à l'expression spontanée de l'estime de mes concitoyens. Du reste je n'ai jamais ambitionné cette mission; en l'acceptant, je croirai accomplir un devoir.

On m'oppose dans l'arrondissement de Périgueux un homme à sentiments républicains; mais la masse des électeurs n'en veut pas el. si je me donnais le moindre mouvement, il n'aurait pas dix voix.

Si je n'ai pas voulu faire de profession de foi publique, je ne crains pas de vous en faire une particulière. Je désire que la monarchie soit forte pour protéger la constitution, qu'elle conserve toutes ses prérogatives, mais qu'elle laisse aux Chambres tous leurs droits. Que les lois complétives de la Charte, qu'on appelle des concessions, ne soient pas plus longtemps ajournées. Enfin que la bonne foi, la loyauté soient de chaque côté. Qu'en retour de bonnes lois, d'intentions franches et généreuses, on entoure le trône de force et d'amour. Je suis sûr que vous dites déjà assez, assez de poHtique. Allons, parlons guerre.

Vous dites qu'il ne faudra pas faire la guerre de tirailleurs avec les Algériens. Mais vous y serez bien forcés; seulement il faudra peu tirailler, et pendant que vous opposerez quelques tirailleurs, manœuvrer pour tourner ou crever la ligne sur plusieurs points par un mouvement impétueux. Si le pays est couvert, vous aurez peu d'occasions pour leur donner force coups de canon, ei ]Q vous conseille de garder vos munitions pour des circonstances plus favorables. Le canon fait peu d'etîel contre des tirailleurs ; mais il pourra arriver qu'en les manœuvrant, on les forcera à se grouper, et alors votre mitraille fera bien.

^ ous vous rappelez, j'espère, la manière de former les échelons sans quitter la ligne de bataille. C'est de faire faire aux grenadiers ou aux voltigeurs de chaque bataillon une conversion à droite ou à gauche à 45°, et le bataillon se porte sur cette nouvelle ligne, ou se forme en colonne sur cette base, si l'on veut tout de suite former le carré.

Dans ce cas, le mouvement serait plus court en opérant sur un peloton du centre (cette manœuvre est très importante dans la grande guerre).

Recevez, cher ami, de nouveau mes vœux pour votre conservation et vos succès. „

P. -S. M. de Polignac, ministre, est-il celui que je pris à Saint-Pierre en Savoie ?

Excideuil, 5 août 1830.

Mon Général ^

Connaissant '^ le comte de Lobau et le général Pajol, je leur écrivis d'abord pour offrir mes services ; mais, craignant qu'absorbés par leurs nombreuses occupations ils aient négligé de mettre mes lettres sous vos yeux, je m'adresse directement à vous pour vous dire que je suis tout à la patrie, en corps et en âme.

En attendant une destination, je ne suis pas resté inaclif. Pendant les 2, 3 et 4 août, j'ai organisé les gardes nationales de la ville d'Excideuil et des communes voisines. Dans chacune, j'ai formé une compagnie active et une compagnie sédentaire. Les compagnies actives sont presque en entier armées de fusils à deux coups, excellente arme entre les mains d'hommes exercés à la chasse. Avec elle on doit combattre sur deux rangs et on aura de l'avantage encore sur les troupes formées sur trois rangs et armées de fusils de guerre, puisqu'on aura quatre coups de profondeur contre trois. L'on objectera que la portée des fusils de chasse est moins longue. Je réponds que la bonne infanterie ne lire qu'à petite portée et qu'on peut obtenir cela d'hommes en général adroits, conduits par l'amour de la liberté et de bons chefs.

Si Ton ajoute à l'arme à deux coups l'usage de chargera deux balles, nous aurons une infanterie très redoutable

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