‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 46 sur 125 · Les trois fils du colonel d'EscIaibes étaient · texte numérisé non relu

Les trois fils du colonel d'EscIaibes étaient

1" Emmanuel, dont il est question page 70;

2° Raoul-Marie-Ferdinand, né à Metz le 19 avril 1829 et décédé à Marseille le 19 août 1904. Sa carrière militaire peut être résumée ainsi : chevalier de la Légion d'honneur sur le champ de bataille d'Inkerraann, officier de la Légion d'honneur sur le champ de bataille de Forbach. De son mariage avec M"" Catherine de Lur-Saluces est né l'officier de cavalerie qui porte si dignement aujourd'hui le nom de comte d'EscIaibes-d'Hust ;

3» Raymond-François-Marie, né à Ghalancey le 23 août 1836, décédé près de Chambéry en 1910. Entré à Saint-Cyr en 1855, il fut instructeur en chef à l'Ecole de cavalerie et général de brigade en 1898. 11 eut trois fiUes dont deux sont mariées : la baronne de Lemud et M"" Paul de Clavières.

négociateur. Ce sont ses propres expressions. Cependant je crois quil se laisse entraîner parle parti de la guerre. Eh I mon Dieu, moi-même je serais du parti de la guerre, si je voyais qu'on pût la faire avec succès. Mais que feront-ils, quoiqu'on ait réuni devant Alger 26 bataillons? Ils s'avanceront dans la province deTitteri jusqu'à Médéa et Miliana. Ils feront quelques courses passagères sur le Chélif qui n'aboutiront à rien qu'à perdre beaucoup d'hommes et dépenser beaucoup d'argent, et Thiver prochain on sera bloqué à Médéa et Miliana, si les garnisons ne sont que de l.oOO ou 2.000 hommes. Si elles sont plus nombreuses, il faudra une colonne de 6 à 8.000 hommes toujours en mouvement pour les ravitailler. L'activité de cette colonne ne pourra même y suffire. L'effectif actuel, qui dans la province d'Alger est de 25.000 hommes environ, sera fortement réduit par la campagne qu'on prépare. Il faudra demander le nouvelles troupes et ce n'est pas avec moins de 30.000 hommes qu'on peut tenir Médéa et Miliana d'une manière un peu sûre. Encore si l'on portait à la puissance d'Abd-el- Kader une atteinte un peu sérieuse; mais non, il n'en sera pas moins fort, car on le laissera parfaitement maître de tout le pays qui lui fournit une armée quand il en veut une. On s'imagine qu'en occupant Médéa et Miliana on l'empêchera de se jeter dans la province de Constantine; c'est là une de ces erreurs qui proviennent des idées stratégiques d'Europe. Si Abd-el-Kader a des partisans dans la province de Constantine, il ira les remuer contre nous sans qu'on puisse l'en empêcher, bien qu'on occupe Médéa.

Dans mon grand système d'occupation agissante, je porterais à Médéa une colonne de 8.000 hommes, autant à Mascara, Miliana, Tlemcen, et derrière chacune de ces colonnes j'en aurais une de 5.000 hommes pour porter incessamment des vivres à l'avant-garde, ce qui exige un effectif de 60 à 70.000 hommes, sans compter Bône et Constantine. Par ce moyen, on dominerait le seul intérêt saisis>al)]p f1p< Ai'.dtps. l'agriculture. On pourrait leur dire:

182 CORRESPONDANCE INEDITE

« Vous ne sèmerez pas, vous ne moissonnerez pas, vous ne pâturerez pas sans ma permission ». Alors seulement les Arabes se soumettront, et non pas devant des expéditions passagères dont Timpuissance devrait être assez constatée par sept ans d'insuccès. Mais il est bien peu d'hommes qui sachent prendre leçon du passé. On va recommencer les incursions et probablement les petites garnisons dont on fait des prisonniers de guerre. C'est la paralysie d'une partie de Teffectif et ce serait encore peu; mais le ravitaillement de ces recrues, qui n'ont d'action qu'à la portée du fusil, absorbe toute lactivitc, toutes les forces du reste de l'armée.

Mon ami, la Restauration se targue de nous avoir dotme l'Algérie, elle ne nous a donné qu'Alger et elle nous a fait un funeste présent. Je crains qu'il ne soit pour la monarchie de Juillet ce que l'Espagne a été pour l'Empire. Avec une nation qui se paye de grands mots et qui a la velléité des grandes choses avec les petites passions et la parcimonie des épiciers, on ne saura prendre aucun grand parti sur l'Afrique. On ne saura ni s'en aller, ni agir de manière à créer quelque chose... pour nos neveux.

Votre ami, Bugeaud,

Excideuil, le 5 décembre 1838.

Mon cher Genty ^

Je ^ compte partir le 12 de Limoges par le courrier, et, à défaut de place, par la diligence. Je serai donc à Paris le 14 ou le 15. Je logerai rue de Courty, hôtel de Condé, 7. Le jour même de mon arrivée, et le plus tôt possible, je courrai chez vous.

Je suis privé de vos lettres depuis quelques jours; vous n'avez sans doute rien à me dire.

On m'a parlé d'une lettre de Veuillot dans t Univers reli-

1. Voici la première des lettres adressées à l'intendant Geoty de Bussy, dont il est longuement parlé dans l'avant-propos.

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