Achives Féray- Bugeaud d'Isly
gieux en réponse à un article me concernant; je ne l'ai pas lue.
Je suis bien piqué de ce que E. Girardin n'a pas inséré mon article, ou du moins de ce qu'il ne m'a pas dit pourquoi, après ra'avoir fait de lui-même lofl're de publier mes articles. Peut-être ne lui a-t-on pas remis mon paquet. Vous en êtes-vous assuré ? J'avais prié EjTiard * de le retirer.
Je vois que la coalition paraît rudement acharnée. Elle aurait peut-être de bonnes chances, si elle avait pris un autre thème que le roi règne et 7ie gouverne pas. Les gens sensés et désintéressés dans le renversement du ministère ne voudront pas s'exposer à alTaiblir la royauté pour le bon plaisir des ambitieux et les espérances de la république.
C'est probablement ma dernière lettre et je nai pas le temps de vous en demander une d'ici au 11, que je partirai d'ici; mais je compte qu'il y a une lettre de vous en route pour moi.
Oui remplacera M. de Lobau ? Je donne ma voix à Jacqueminot'. Il me semble qu'il a pour cela une position unique.
Adieu, cher ami, à bientôt, au bonheur de vous revoir.
P. S. — Je ne vois pas paraître dans les Débats cet article que M. Mole vous avait promis.
J'attendais la gelée pour vous faire truffer une dinde. Il pleut à torrents tous les jours, et les trufles sont peu appréciables.
1. Eynard (Phocion;, né à Amiens en 17% et mort à Bellevue en 1861. Élère de la Fèche en 1813. il entre à Saint-Cyr l'année suivante et est sous-lieutenant au 40* de ligne en 1815. Entré dans l'état-major en 1K19, il prend part à l'expédition de Morée et va en Algérie en 1830, où il est aide de camp de Bugeaud en 1837 et 1839 et en 1841 jusqu'à sa nomination de colonel. II reste dans ce grade dix ans, car il est nommé général de brigade en ISol.
2. Jacqueminot (Jean-François), né à Nancy en 1787. mort à Meudon en 1865. Entré à l'Ecole militaire en 1803, sous-lieulen€mlde dragons à
184 CORHESPONDANCE INEDITE
Excideuil, le 14 décembre 1838.
Le courrier nous ayant manqué hier par suite du mauvais temps, je n'ai reçu que ce matin, mon cher Genty, votre lettre du 10. Elle m'a jeté dans une fermentation de pensées qu'il serait impossible de décrire !
Vous me demandez une prompte réponse ; mais, d'api'ès la manière dont vous présentez la question, je serais incapable de répondre en ce moment. J'ai besoin d'avoir vu le prince et d'avoir apprécié une foule de circonstances qui demandent une mûre réflexion. S'il s'agissait du Rhin, des Alpes, ou du Nord, si le pays et le trône étaient en danger, je ne réfléchirais pas; mais comme il s'agit d'une guerre qui peut nuire beaucoup à la France, mais qui ne menace pas sa sûreté, son intégrité, il est permis d'examiner. Au reste, je pars le 17. Je serai à Paris seulement le 24 ; car ma santé exige que je voyage à petites journées. Le 25 au plus tard, je me présenterai chez S. A. R. le duc d'Orléans.
Ne voyez dans cette réticence, mon cher Genty, rien de désobligeant pour vous. Elle tient uniquement à ma fierté blessée par les détails dans lesquels vous êtes entré. Quoi ! pourm'employer, il faudra l'intervention active et bienveillante de l'héritier du trône? Il faudra qu'il mette en avant pour moi V amour que je sais inspirer aux soldats, le don que fai de les grandir, pour qu'on daigne me confier un commandement ! Quoi ! on marchande une division subordonnée à celui qui a commandé deux fois en chef en Afrique ! A celui qui, seul, a réellement battu Abd-el-Kader ! à celui
Austerlitz, chevalier de la Légion d'honneur à léna, colonel à Essiing. Il se retira après Waterloo pour ne pas assister au licenciement de l'armée, fut einprisonné pendant un mois en 1815, et se retira à Bar-le- Duc, où il fonda une filature, dans laquelle il plaça de vieux soldats. Il fut élu député des Vosges en 1828. Après la retraite de La Fayette, il fut nommé maréchal de camp et chef d'état-major de la garde nationale de Paris, lieutenant-général le 24 août 1837 et devint, en 1842. après le maréchal Gérard, commandant supérieur de la garde nationale de la Seine.