‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 49 sur 125 · Arch. adm. de la Guerre · texte numérisé non relu

Arch. adm. de la Guerre

Ma présence n'y sera pas utile seulement pour moi-même. Elle servira encore à M. Lami, à Nontron, où sont mes principales propriétés, à MM. Saint-Marc Girardin et Maleville, à Saint- Yrieix et Sarlat, où j'ai beaucoup d'amis.

Recevez, Monsieur le minisire, l'assurance de mon res-

P^*^*-- BUGEAUD

Lille, le 9 février i839^.

Je me plaignais de vous, mon cher Genty ; mais pour peu que je tardasse à vous écrire, vous pourriez bien aussi vous plaindre de moi. Mais qu*ai-je à vous dire ? nous ne faisons pas de nouvelles ici, nous ne sommes pas, comme vous, à la cuisine politique pour ramasser les brimborions. Nous ne savons pas même les nouvelles de Belgique aussitôt que vous, ou bien nous en savons de fausses, car nous avons cru pendant deux jours que Léopold avait abdiqué, ce qui amènerait probablement une grande guerre. Il pourrait bien un de ces jours nous jouer la farce d'emmener notre fille en Angleterre et de nous planter la Belgique sur les bras. Comme nos publicistes et nos tribuns belliqueux seraient contents ! Quelle bonne fortune ! que d'encre répandue! que de paroles jetées au vent ! que d'enthousiasme à dépenser ; mais combien de publicistes et de tribuns dans les bataillons de volontaires ? Hélas ! c'est le pauvre peuple qui payerait cet enthousiasme avec ses deniers et ses enfants.

Vous, qui avez de l'imagination, cherchez donc, le cas échéant, les moyens de pousser à l'armée les écrivains et les parleurs d'abord, et à leur suite les piliers d'estaminet, les hommes du carrefour et même les forçats libérés qui pullulent à Paris. Si nous ne les avons pas aux avant-postes, ils seconderont admirablement l'ennemi en attaquant nos derrières, et nous serons forcés de laisser une armée pour les contenir. Il vaut bien mieux les emmener, quoique gênants. En en faisant tuer quelques milliers, le reste deviendrait bon. i. Archives P^éra3'-Bugeaud d'islj'.

Je n'ai pas bougé de Lille, parce que j'avais demandé que le 67'= fût rapproché d'ici et que j'attendais la réponse. Elle ne vient pas, je partirai mardi pour Dunkerque, après j'irai à Valenciennes et, s'il y a lieu, j'irai aux élections. J'ai demandé à y être, si la paix n'est pas troublée, ou ne doit pas être troublée.

En attendant, j'étudie ma frontière, mes places de guerre, que je trouve trop multipliées, mes rivières que je ne trouve pas bien placées, mais dont il faut se servir comme elles sont. C'est une frontière qui me paraît presque impossible à défendre autrement que par une offensive vigoureuse et bien entendue.

La cavalerie de l'armée du Nord, comme toute la cavalerie de France, est d'une faiblesse affligeante : les divisions sont de 1.400 chevaux et encore n'est-ce pas bien satisfaisant.

Groiriez-vous que la grosse cavalerie demande en vain depuis longtemps de modifier ses selles, qui blessent horriblement les chevaux? Deux ou trois régiments l'ont obtenu il y a deux ou trois ans, et ils n'ont plus de chevaux blessés. Comment ne l'accorde-t-on pas aux autres ? Ce n'est qu'une dépense de 7 ou 8.000 francs par régiment et la plupart ont, dans le produit de leurs fumiers, plus qu'il ne faut pour cela; il ne s'agit que de les autoriser; mais fallût-il dépenser 40.000 francs, jamais dépense ne fut plus fructueuse, plus économique.

Nous passons notre vie en bombances. J'ai commencé la série des dîners et on imite. Nous ferons renchérir les bons comestibles. Que n'êtes-vous ici pour manger d'une dinde truffée que j'offre ce soir à l'élite de la garnison î

Adieu, mon cher Genty, mettez-moi toujours aux pieds de Madame Genty. Après ma femme et mes sœurs, je l'aime plus qu'aucune autre.

Tout à vous à toujours. Bugeaud.

Eynard sait déjà l'âge, les services et l'histoire de toute la garnison, ce qui ne l'empêche pas de pensera vous.

Excideuil, le 4 juillet 1839 i.

Comme vous dites, mon cher Genty, on ne pèse pas beaucoup. Je m'en doutais, il y a longtemps que j'ai pesé l'homme principal dans deux carrières. Son défaut de poids dans l'autre carrière aurait des conséquences plus funestes encore. Son aide de camp pèse encore moins. Pour celui-là, c'est par trop fort. L'ensemble est peu satisfaisant et je doute que cela puisse rester ainsi.

Le procès B... ^ est terminé par un acquittement scandaleux, dont je suis pourtant bien aise, pour en finir. Cette détestable rencontre a assez pesé sur mon âme et sur ma destinée.

Eynard m'écrit que le défenseur a été d'une réserve et d'une convenance parfaites. Brossard lui-même a été très modéré. Mais il y a eu des témoins indignes par leurs mensonges pour sauver l'accusé.

Ma santé s'améliore lentement. Je prends le lait d'ânesse coupé avec les Eaux-Bonnes. Vous jugez que je ne puis rentrer à Paris. Je regrette pourtant beaucoup la question des sucres et le budget d'Afrique. Sur ce dernier point, la Chambre a montré fort peu d'attention à ce qu'a dit Desjobert^, et cela diminue mes regrets, elle ne m'aurait pas écouté davantage cette année. On a tort, c'est là la question la plus sérieuse que nous ayons.

Je suis bien curieux de savoir ce que Delarue rapportera de ce pays-là. Dites-lui, je vous prie, de m'en écrire confidentiellement et, en attendant, dites-moi ce que vous en savez.

On m'écrit d'Alger que si l'on n'a pas fait la guerre,

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