Archives Fcrav-Bugeaud d'Isly
A propos, apprenez, en très grand secret, que le pauvre
général est menacé de ce malheur. Tout le conseil
général a remarqué que sa tête commençait à se détraquer. Il était d'une exaltation et d'une violence telles que je doute qu'il puisse faire convenablement son inspection. Je crois que ce serait lui rendre service, ainsi qu'à la chose publique, que d'en instruire confidentiellement le ministre et de le faire rappeler sous prétexte plausible et non blessant. Sa tête a besoin de repos. Pesez cela et voyez s'il est convenable d'en parler au ministre. Pour moi, je le crois fermement, et si vous partagez mon avis, il faut vous dépêcher.
Vous ne sauriez dire combien la situation d'esprit de ce brave homme m'a rendu malheureux ! Il a toujours été fort nerveux; peut-être n'est-ce qu'une surexcitation momentanée; mais deux médecins qui font partie du conseil général m'ont manifesté des craintes.
Je viens enfin de recevoir votre livre; mais je n'ai presque encore lu que les deux préfaces, qui sont courtes, ou plutôt concises, simples et modestes. Je vous réserve pour les jours de pluie, car, quand il fait beau, je ne lis pas : je dirige les travaux, je surveille surunimmense espace, ou je chasse et, quand je rentre, je mange et je dors. J'ai à peine le temps de lire mes journaux.
Je vous félicite de nouveau de vos succès, dont je partage la joie. L'approbation du roi a dû vous faire grand plaisir.
Pendant que vous faites de gros livres, je produis de minces opuscules et quelques discours agricoles. Je viens de parler dans trois comices. Un jeune homme a reproduit mes deux derniers discours, il les fait imprimer, je vous les enverrai.
Puisque vous me parlez avec franchise de vos ouvrages, vous me permettrez de vous dire qu'on a eu tort de ne pas faire attention à une Lettre d'un lieutenant de Vannée d' Afrique à son oncle, vieux soldat de la République et de V Empire. Le duc d'Orléans seul i^i'enaparlé d'une manière
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convenable. « C'est, m'a-t-il dit, un code attachant de la guerre d'Afrique. » Il y avait quelque mérite de faire comprendre en quelques pages la guerre dAfriqne et d'en poser les principes, contrairement à ce qui a été fait pendant sept ans. Hé bien! le Spectateur, à ce que m'a dit Eynard, n'a pas voulu en rendre compte.
Vous avez raison de dire que la présence du prince ne ranimera pas notre colonie languissante. Le mal est en grande partie dans la force des choses, plus fortes que les princes et les généraux. Il est aussi dans l'emploi peu judicieux de nos troupes qui, en les paralysant, a nécessité l'occupation d'une foule de points insalubres et produit une augmentation de fatigues, de privations et d'ennui. Cet état de choses est intolérable autant qu'absurde. 40 ou 43.000 hommes disséminés autour d'un très petit territoire pour le garder contre les Arabes, avec qui l'on est en paix et contre lesquels on ne pourrait pas faire la guerre sans de nouveaux renforts ! C'est vraiment honteux. Vous rappelezvous que je vous ai dit que l'Afrique amoindrirait tous les hommes qui en seraient chargés? Cependant on ne dit rien de celui-ci. bien qu'avec des forces plus considérables de beaucoup que celles de ses devanciers, il ait souffert les injures, les infractions des Arabes; bien qu'il ait cloué ses soldats à quelques arpents de terrain, et qu'il en perde en paix plus que les autres en guerre. C'est qu'il. a su jeter le grappin sur les ministres et le roi, puis se faire louer par la presse.
Adieu, mou ami, venez vite, si < csi pour acquérir une propriété près de moi, car je n'ose me flatter d'être l'unique but de votre voyage, et je n'en conçois pas d'autre qu'une acquisition.
Mille hommages et amitiés à Madame.
Votre ami, Bugeaud.
P. S. — Vous savez .si je suis disposé à la partialité pour la presse. C'est bien assez de lui rendre exacte justice. Eh
208 CORRESPONDANCE INEDITE
liien I cette fois, je la crois dans le vrai quand elle blâme la'politique du cabinet en Orient. La voilà qui se refroidit sur l'alliance anglaise. II y a longtemps que je le suis.
Je vous prie d'envoyer la lettre ci-jointe à Emile de Girardin, après l'avoir mise sous enveloppe et l'avoir lue, si vous voulez.
Excideuil, le 16 septembre 1839.
Si vous voulez, mon cher Genty, que je lise le troisième volume des Annales alyeriennes, où se trouve la singulière lettre dont vous me parlez, ayez la bonté de me l'envoyer sans retard par le courrier. Ce nest qu'après l'avoir lue que je puis aviser à ce qu'il y a à faire. Mais, d'ores et déjà, je juge que ce que je puis faire de mieux, c'est de reproduire à la tribune une discussion sur le traité de la Tafnaet cela me sera facile.
Je savais que le général Damrémont, plein d'illusions absurdes sur l'Afrique et de jalousie contre moi, s'était montré très hostile au traité et en avait écrit dans ce sens au gouvernement. Il ne m'avait pas non plus dissimulé sa désapprobation et, à cet égard, je lui répondis une lettre que je conserve et que je vous ferai lire. Je crois l'avoir combattu avec une grande force. Sa femme et lui ne me ménageaient pas dans leurs conversations publiques et, malgré cette conduite inconvenante, je me conduisis envers lui avec une générosité chevaleresque. Voici à quelle occasion : M. Mole, dont je n'ai eu alors qu'à me louer, m'offrit d'aller traiter avec le boy de Gonstantine. Je lui répondis que j'y irais s'il le voulait, mais que ce serait complètement annuler le gouverneur et qu'il était convenable de le charger de cette négociation (alors on ne voulait pas du tout du siège). On se rendit à mon avis, on la lui confia. Mon action fut connue de Damrémont et de sa famille. Ils chargèrent Piscatory de m'en témoigner leur reconnaissance. Depuis on ne parla plus de moi qu'en termes honorables.
Une de ses lettres d'humeur et de mauvais vouloir a été reproduite. Je ne puis en vouloir au niorl, mais je dois èlrc
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très mécontent au moins de M. Pélissier. Où aura-t-il pris ce document? dans les cartons du gouvernement ou dans le registre de correspondance du général Damrémont, que -a position a pu mettre entre ses mains? C'est ce que je ne ;>uis vérifier en ce moment.
Les Annales algériennes sont-elles publiées avec approbation du gouvernement? Ce n'est guère croyable, car, dans les premiers volumes, bien des chefs y sont maltraités, et le gouvernement ne pouvait autoriser un pareil acte contre la discipline.
Quoi qu'il en soit, je ne devais pas ra'altendre à une telle conduite de la part de M. Pélissier, après les lettres plus que flatteuses qu'il m'a prodiguées. Eynard pourra vous lire que lorsque le général Damrémont fut tué, Pélissier m'écrivit pour ra'engager à aller prendre immédiatement le commandement d'Alger, disant que j'étais le seul homme capable de bien conduire cette artaire et d'imposer à Abdel-Kader. Il développait cette idée : l'armée, disait-il, le désirait, et personne ne doutait que je ne fusse investi de ce commandement. Depuis il m'a manifesté plusieurs fois cette opinion et dernièrement encore, dans une visite qu'il me fit à Paris. Cet homme-là est donc réellement un serpent, comme le disent ses camarades et ses chefs ! Attendons d'avoir lu, nous jugerons.
Je ne serais pas étonné que quelqu'un au ministère eût fourni le document. Ne vous paraît-il pas évadent que j'ai là quelque ennemi ?N'a-t- on pas fourni ma correspondance à Brossard? Et ne voyez-vous pas, dans l'oubli dans lequel on semble se complaire à me laisser, l'effet des sourdes manœuvres de la malveillance?
On fait des camps, on distribue des commandements, des inspections, on ne pense pas plus à moi que si je n'existais pas. Et le duc d'Orléans, qui me demandait il y a quelques mois comme une faveur ' de l'accompagner en
1. Ses expressions textuelles sont celles-ci : « Promettez-le-moi, je vous le demande comme une faveur; mais je vous préviens que je
Al'riqae, parce que, disait-il, il était convaincu que j'entendais parfaitement cette guerre. Eh bien! il part et ne me dit pas un mot. Selon mon habitude je n'ai pas réclamé, j'attends. L'avenir peut-être me fera connaître comme je dois l'être.
E. de Girardin a donné mes discours au comice d'Excideuil; remerciez-l'en, si vous le voyez.
Je viens de lire un discours de M. de Lamartine sur l'agriculture {Presse du 12). Il y a du bon et surtout du brillant; mais il y a aussi quelques idées fausses et un peu de verbiage poétique. Quoiqu'il en soit, c'est un bon symptôme de l'époque que de voir des hommes d'un talent si élevé chanter l'agriculture. Je vous prie de lui faire remettre l'exemplaire ci-joint. Ayez aussi la bonté de faire remettre à leur adresse les autres exemplaires.
Veuillez m'acheter ce troisième volume, je vous rembourserai. Veuillez aussi m'envoyer les articles qui pourront paraître dans les journaux sur la susdite lettre. Je ne lis en ce moment que le Siècle et la Presse.
Adieu, tout à vous et aux vôtres de tout cœur.
Mes amitiés au général Trézel.
Excicleuil, le 17 octobre 1839 K
Je savais, mon cher Genty, que vous étiez réintégré au Conseil d'État; mais j'ignorais votre élévation au grade d'intendant. Je me réjouis avec vous de ces deux bonnes nouvelles. Vous devez être pleinement satisfait.
Quant à moi, mon ami, il n'y a de changements que
désire avoir le commandement et peut-être cela ne vous arrangerait pas ? Mon prince, lui répondis-je, je mestimerai heureux de faire la guerre avec l'héritier du trône et quant au commandement, quelque désireux que j'en sois, je sens qu'il importe peu que le général Bugeaud acquière de la réputation, et qu'il importe beaucoup à l'État que le prince royal s'entoure d'une auréole de gloire. Je serai heureux de pouvoir y contribuer. » Il parut très satisfait et je dus compter qu'il n'irait pas en Afrique sans moi (Note de Bugeaud.) 1. Archives Féray-Bugeaud d'Isly.
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dans ma santé. J'ai une maudite flèvre que je chasse et qui revient. La quinine n'est définitivement qu'un remède transitoire. A la première invasion, je vais faire venir un forçat de Rochiefort qui emporte la fièvre sans retour. Obligé souvent de garder le lit ou la chambre, j'ai pu lire votre ouvrage. J'y ai fait grand nombre de croix pour marquer les points sur lesquels je ne suis pas de votre opinion. Il serait impossible de vous en parler convenablement dans une lettre. Ce sera pour quelqu'un des déjeuners que j'aurai le plaisir de vous donner au numéro 120 de votre rue, où je suis logé par préférence à cause du voisinage. En attendant, je vous dirai que, si nous étions en 1830, je regarderais votre livre comme très dangereux par les illusions qu'il pourrait répandre dans les esprits, mais le mal est fait (la première édition peut y avoir contribué). Nous sommes engagés aussi fort que possible, alors peut-être y a-t-il quelque avantage à maintenir l'erreur séduisante. Cela fera fournir des soldats et de l'argent sans trop crier. J'excepte de mes critiques la partie historique et administrative, qui est instructive; mais je ne puis m'empêcher de vous dire un mot dune exclamation louangeuse pour le maréchal Valée, qui tous échappe page 83 :
« Le maréchal Valée avait choisi l'époque de décembre dernier (toutes les grandes idées germent à la fois dans celte tête !) pour faire entre Alger et Constantine l'ex- J)édition militaire destinée à les mettre un jour en rapport, etc. »
Assurément je ne nie pas que le maréchal, s'il n'a pas toutes les grandes idées à la fois, ne soit très capable d'avoir de grandes idées; mais je soutiens, et je me charge de prouver que jamais idée ne fut plus fausse et que l'opportunité de l'exécution ne pouvait être plus mal choisie. L'époque de décembre pour une expédition de cette importance, de cette longueur, de cette difticulté ! Mais c'est presque de la démence. Quoi! s'exposer à tant de dangers, sans nécessité, sans urgence, pour un but illusoire! On ne
tente de pareilles choses que quand on y est forcé par les circonstances.
Aussi Gaibois a failli y périr, parce qu'il était subordonné et qu'il n'a pas eu assez de résolution pour rétrograder à temps. C'est le danger des mouvements combinés à de si grandes distances. Le maréchal lui-même fut fort heureux que le mauvais temps arrivât si tôt; s'il eût pu faire quatre ou cinq jours de marche de plus, il eût couru des dangers, et à coup sûr il eût beaucoup souffert.
Je vous expliquerai plus tard ce qu'il y a de vain et partant d'absurde dans cette entreprise. Au reste, vous voyez qu'il n'a pas donné suite à cette grande conception, soit qu'il eu ait enfin reconnu les vices, soit qu'il en ait perdu les moyens par la grande quantité de postes qu'il a occupés et les nombreuses maladies, qui en ont été la suite. J'ai bien su qu'il avait négocié avec Abd-el-Kader pour faire l'expédition a l'amiable; mais cela n'a pas pris et il y a renoncé, ce qui est un peu humiliant.
Je ne puis qu'être très satisfait de la manière dont vous parlez du traité de la Tafna, et j'en suis d'autant plus reconnaissant que, dans d'autres passages, vous laissez bien deviner que ce traité n'était pas dans votre opinion, c'est donc un sacrifice que vous avez fait à l'affection que vous me portez.
Je n'essayerai pas ici de défendre contre votre opinion intime une convention qui n'était pour moi qu'un pis aller, qu'une trêve pour donner le temps de réfléchir et de faire mieux. Je satisfaisais aux idées émises par la commission d'Afrique et par M. Thiers lui-môme à la tribune; enfin j'évitais de grandes pertesd'hommeset d'argent sans aucun fruit, sans aucune compensation. C'est à ces vues que j'ai sacrifié patriotiqueraent ma gloire et ma carrière. Je fus un sot, j'en conviens avec vous; mais enfin la responsabilité même morale du traité de la Tafna ne peut plus peser sur moi, puisqu'on a laissé violer le traité sans le rompre, alors qu'on avait 53.000 hommes. Pourquoi ne lebrise-t-on
pas encore aujourd'hui, puisqu'il n'esl exécuté sur aucun point? Gela est sans réplique; qu'on cesse donc de m'atlrihuer le traité, il ne m'appartient plus.
Le duc d'Orléans m'a écrit une lettre très aimable d'Alger, .l'en ai reçu une fort aimable aussi de M. Tbiers, de Lille. Il m'annonce son retour à Paris, à cause de la maladie de la mère de M'"'' Dosne. Mais il veut, dit-il, être à Paris comme s'il n'y était pas et suivre mon exemple, ne se mêler de rien. Les partis feront tout pour qu'il ne tienne pas cette résolution.
Adieu, je vais prendre un bouillon, car je suis faible. Je l'rmine en vous faisant remarquer encore une fois le laconisme de vos lettres: mais vous êtes si aiTairé qu'en exigeant plus on pourrait n'avoir rien, je me contente donc de vos billets.
Tout à vous. BUGEAUD.
Excideuil, le 6 novembre 1839 i.
Vive votre lettre du 4, mon cher Genty ! Voilà comme on écrit. J'aime mieux cette lettre, qui m'a coûté 24 sous. que les petits billets qui ne me coûtaient rien.
Quant à la modification ministérielle projetée, je m'en soucie, je me soucie même du ministère actuel, sauf deux ou trois hommes, car je n'ai aucune tendresse pour cette composition. Je ne l'ai acceptée que comme un expédient du moment. Je l'ai soutenu et je le soutiendrai probablement encore pour Tintérêt du pays et non par sympathie.
Depuis la dernière session, il n'a pas gagné dans mon esprit. Je ne juge point encore les affaires d'Orient; mais dans le choix des fonctionnaires d'un ordre élevé, dans les istribulious des faveurs, il a en général pris les hommes 1 intrigue et d'opposition, ou de ces hommes nageant entre ^;ux eaux, ayant souvent empêché, n'ayant jamais servi. )uant aux hommes de dévouement constant, on n'a pensé 1 eux pour rien, assuré qu'on est de retrouver leur dévouement généreux dans les grandes crises.
l. vi'ohivea Féray-Bugeaud d'isly.
Les ambitieux désappointés veulent, dites-vous, faire une coalition contre le 12 mai, comme celle qui renversa le 15 avril. Je ne sais pas du tout ce qui en est, mais je dis que c'est probable. Il est dans Tordre naturel des choses que le 12 mai soit puni par la loi du talion. Il périra comme il a tué les autres, et il ne lui appartient pas de venir nous dire aujourd'hui que cette guerre perpétuelle à tous les ministères est contraire aux vrais intérêts du pays, qu'il faut donner le temps aux ministres de faire quelque chose et de mener à bonne fin les affaires pendantes. Nous lui ririons au nez. Les 221 seuls seraient en droit de tenir ce langage, parce qu'ils Tont toujours tenu et qu'ils en ont pratiqué les principes. Auront-ils toujours cette vertu qui les a fait qualifier de ventrus, serviles, ministériels quand même? C'est ce dont il est permis de douter. On s'ennuie déjouer toujours le rôle de dupes et de niais.
Ah ! vous commencez à croire que l'Afrique est une question grave; qu'elle peut engloutir nos trésors et nos soldats. Il y a longtemps que je le vois ainsi. Mais vous attribuez l'insuccès au caractère français. L'Afrique ne peut pas avoir tort, ni M. Genty de Bussy qui l'a chantée. Entre les mains des Anglais et même des Allemands, elle serait bientôt une source immense de prospérités, etc. Mon ami, vous ravalez trop la capacité nationale. Soyez convaincu que ce ne sont pas seulement les hommes qui sont mauvais, que les choses sont aussi quelquefois mauvaises à un tel point que les hommes, même de mérite, n'y peuvent rien. C'est à peu près le cas en Afrique. Vous voyez combien d'hommes s'y sont usés. Ils n'étaient pas tous sans capacité. Le maréchal Valée lui-même est un homme d'esprit, de cœur et de volonté. Ou'a-t-il fait, quoiqu'il ait eu carte blanche, quoiqu'il ait eu plus de forces de beaucoup pour la paix que ses prédécesseurs pour la guerre ?
Sans doute, il aurait pu mieux faire en ce sens que l'armée aurait moins souffert; qu'elle n'aurait pas fait les pertes effroyables qui navrent le cœur, qu'il y aurait eu
moins d'hommes immobilisés, éparpillés, qu'elle ne serait pas comme aujourd'hui dans la presque impossibilité de soutenir la guerre, mais plus de sagesse et d'habilité sur ce point n'auraient pas résolu les grandes questions.
Ces fautes, qui sont la cause du spectacle qui a affligé le duc d'Orléans, le maréchal pouvait les éviter en lisant le mémoire intitulé : De notre établissement datis la 'province d'Oran, que je lui ai envoyé- Il l'aurait lu, que probablement il n'en eût pas suivi les principes. Je vous engage à le relire. Vous verrez combien je m'élève contre la multiplicité des postes fortifiés, etc. Relisez aussi ma brochure : De V établissement des le'gions de colons militaires dans V Algérie. Vous dites qu'il est temps de prendre un parti décisif. Il n'y en a pas d'autres à mon avis qu'une grande invasion derrière laquelle s'établiront des colons militaires, ou l'évacuation.
Le premier moyen réussissant, comme je le crois, si c'était bien conduit, ne nous créerait pas une immense source de prosperite's ; mais il ferait cesser un danger permanent et fermerait l'abîme où viennent s'engloutir chaque année 50 millions et 10.000 hommes. L'armée serait libérée, nous l'aurions pour les besoins de l'Europe, et nous ne craindrions plus de la perdre par une guerre avec l'Angleterre : crainte qui embarrasse toute notre politique extérieure.
Je reviens à mes brochures. Elles ont peu fixé votre attention ; mais la situation actuelle et l'avenir encore plus peuvent vous faire juger autrement.
Je reviens aussi à vos Anglais et à vos Allemands. J'ai la conviction que non seulement ils ne feraient pas mieux que nous dans la même situation, mais même qu'ils feraient moins bien. Tout ce que je puis vous concéder, c'est qu'ils se seraient moins aventurés, parce qu'ils ont moins de poètes, moins de rêveurs enthousiastes pour les pousser aux sottises. Les Romains, qui valaient bien les Anglais, n'ont pas fait grand chose de l'Afrique; tout l'atteste.
Il est à peu près certain qu'Abd-el-Kader se disposait à la guerre pour le cas où l'on aurait fait l'expédition de Hamza, annoncée depuis si longtemps. On s'en est bien gardé, car on sent qu'on ne peut pas soutenir la guerre sans demander 15 ou 20.000 hommes de plus, ce qu'on n'oserait.
Voulant {'aire quelque chose, on a imaginé l'expédition sur Sétif, que Ton a annoncée comme présentant un caractère de grandeur et de nouveauté inaccoutumé. Dieu veuille qu'elle ne soit pas funeste. J'en suis inquiet pour le prince, je serai heureux quand je le saurai de retour à Toulon.
Périgueux, le 21 février 1840 '.
Mon cher Genty,
Je n'ai pas voulu répondre à votre petit mot du 16 ou 17 avant d'avoir exploré le terrain électoral. Aujourd'hui, je puis vous en dire quelque chose.
Mon élection est aussi certaine que celle de M. Royer- Collard, il ne s'agit que d'avoir une plus ou moins forte majorité.
Celles de M. de Marcillac^ à Périgueux, de Bellegrand à Ribérac sont assurées à une assez bonne majorité.
Lami est menacé. Je lui ai ramené tout le canton de Lanouaille qui l'abandonnait. Je travaille le canton de Jumillac, où il a négligé quelques inlérêls matériels et individuels qui lui ont aliéné des voix que j'espère lui reconquérir ; mais il a un rude compétiteur et nous avons un peu peur.
Durand l'emportera à Bergerac, mais il sera combattu vivement. Maleville est douteux à Sarlat; Garaube^, quoi qu'on fasse, sera nommé à la Linde.