‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 56 sur 125 · Archives Féray-Bugeaud d'Isly · texte numérisé non relu

Archives Féray-Bugeaud d'Isly

ce soit, et nous avons assez d'intelligence pour les juger. J'avais sur la Vendée des renseignements analogues aux vôtres; je l'aurais du reste deviné, si mes amis de ce pays ne me l'avaient écrit. De même je n'ai pas besoin qu'on me dise que, la guerre éclatant, il y aurait à Paris, Lyon et autres villes, des conspirations et des insurrections. Les factions ont fait cela dans tous les temps et dans tous les

pays.

Oui, nous sommes dans une situation bien triste, bien singulière, et bien honteuse pour le gouvernement parlementaire !

Toutefois, à travers toutes sessottises,jeleloue infiniment d'avoir saisi l'occasion pour obtenir de la presse qu'elle veuille bien laisser fortifier Paris. J'approuve le principe, car je l'ai toujours approuvé, et je suis le député qui en a le plus parlé à la tribune; mais je n'approuve pas le mode, du moins entièrement, par lequel on veut fortifier. J'y vois de grands dangers politiques et militaires.

Du reste, c'est une plaisanterie que de dire qu'il y a urgence à faire, pour la guerre qui menace, ce qui ne peut être achevé que dans cinq ou six ans. Si la guerre éclate au printemps, on aura bien autre chose à faire qu'à fortifier Paris d'après les plans actuels. Outre la guerre à la frontière, il faudra préparer les rues et les maisons de Paris pour une défense comme celle de Saragosse. C'est là qu'il y aura urgence, parce que c'est possible à temps et c'est bon. Je dirai en temps et lieu ce qu'il faudra faire.

L'altesse dont vous me parlez a le caractère ou l'esprit faux, puisqu'elle ne veut pas que j'aille en Afrique, quoiqu'elle m'ait dit plusieurs fois que j'étais l'homme de l'Afrique, que j'entendais cette guère à merveille, que ma destinée était d'aller terminer cette affaire. Au fond, il pourrait y avoir l'un et l'autre, car il est inconcevable qu'on ait insisté pour y laisser le maréchal Valée après tant de preuves d'impuissance guerrière, après tant de déceptions, tant de malheurs, tant de charlatanisme !

La campagne d'automne doit tout terminer?... On sera cruellement déçu, on n'ouvrira pas encore les yeux.

Il est vrai que le maréchal dit hautement : < Je me f... d'eux » (il a raison de le faire). Sans doute il a dans les mains de quoi se venger de plusieurs personnages, et c'est avec cela qu'il se fait redouter.

Je suis heureux de vous savoir rentré à Paris. Votre correspondance, toute laconique, tout écourtée qu'elle est, faisait un grand vide dans mon répertoire. Ne me l'épargnez pas.

Ma femme, en rentrant des Pyrénées, a été malade quinze jours. Elle va mieux à présent.

Présentez mes hommages à la vôtre et embrassez pou moi vos enfants.

Votre tout dévoué, Bugeaud.

La Durantie, le iO octobre 1840 •.

Je réponds à vos deux dernières lettres, mon cher Genty. Dans Tune, vous me dites que M. Thiers m'a toujours aimé et qu'il me destine un grand commandement autour de Paris ; dans l'autre, vous me faites le noir tableau de notre situation, tableau trop vrai.

Oui, je crois que M. Thiers a toujours eu pour moi une assez haute estime et môme de l'affection, que je lui ai rendue avec usure; mais pour qu'il donnât un libre cours à ces sentiments, il eût fallu que je le suivisse dans ses transformations, ce que ma sincérité, ma loyauté ne me permettaient pas de faire. Je savais très bien que si j'avais voulu faire partie de la coalition, j'aurais été ministre de la Guerre. Si je n'avais consulté que mes affections pour les hommes, j'aurais préféréà M. Mole, MM. Guizotel Thiers. Mais je prévoyais dès lors que la coalition donnerait le triomphe à l'opposition dynastique, qui n'est que le précurseur des révolutions antidynastiques, car la logique des premières conduit inévitablement aux secondes. Jai donc sacrifié l'intérêt personnel. MM. Guizot, Rémusat, Jaubert

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