‹ Lettres inédites (1808-1849);Chapitre 62 sur 125 · La mort du duc d'Orléans, prince royal · texte numérisé non relu

La mort du duc d'Orléans, prince royal

DU MARÉCHAL BUGEAUD (i842) 249

qu'en résul(era-t-il dans le présent? Quant à l'avenir, personne ne peut le dire.

Quelle physionomie va prendre la nouvelle Chambre? Est-il question, comme on le dit, d'une modification ministérielle? et dans quel sens? Voilà des sujets que vous auriez dû traiter.

Vous me dites que je recevrai bientôt la récompense de mes travaux. Mon ami, je ne suis pas impatient et je suis assez heureux du succès et de l'assentiment général, ici et peut-être en France ; mais je ne puis m'empêcher de remarquer que mon prédécesseur a reçu une grande récompense pour vingt-quatre heures de commandement et qu'il y a dix-huit mois que je travaille comme on a peu travaillé jamais. Quant aux succès, ils ont dépassé mes espérances et ils grandissent tous les jours. Depuis six semaines je ne fais autre chose que recevoir des soumissions, investir des chefs, organiser. C'est, je vous jure, un rude métier que de se débrouiller dans ce labyrinthe.

Voilà le désert même qui commence à marriver. Jai ici depuis hier les chefs de trois tribus qui en annoncent beaucoup d'autres et cependant ces peuples sont presque à l'abri de notre atteinte ; mais ils ont besoin des grains de l'Algérie et, comme ils nous en croient aujourd'hui les possesseurs, ils font des actes de soumission.

A l'est, le gouvernement de Bensalem se démanche tout seul. Les tribus m'arrivent successivement après avoir à peu près secoué le joug de leur chef, qui s'est enfui dans les hautes montagnes.

Nous avons vaincu les Arabes, c'est certain, authentique ; mais il faut ramasser les débris de la puissance déchue, <;onsolider l'édifice, discipliner les Arabes, lever l'impôt, sillonner le pays de routes, couvrir les rivières de ponts, ouvrir les sources du commerce, faire les travaux préparatoires de la colonisation, etc., etc. Pour tout cela, il faut rester forts et ne pas m'enlever la classe de 36 et deux ou trois régiments comme j'en suis menacé. Si on l'exécute.

il faut me licencier aussi, car avec une telle perle je me déclare incapable d'achever l'œuvre.

J'ai écrit longuement sur ce point au maréchal, et je rédige un mémoire quand je puis dérober quelques minutes auxatTaires incessantes.

Adieu, mille hommages à Madame, mille amitiés pour

^^"^- BUGEAUD

Alyer, le {fi août 1842 i.

Mo^' CHER Genty,

Je me reproche de n'avoir pas encore répondu à tant de petits billets de vous, mais si vous saviez comme je suis! jamais galérien n'a été plus esclave que moi. J'ai le tonneau des Danaïdes à remplir. Il faut une santé et une volonté de 1er pour y tenir.

Outre la correspondance avec toute l'Algérie, le travail avec tous les chefs de service, les conseils, les courses, la guerre, la colonisation, on me taille de la besogne à Paris. A chaque instant, on me demande des rapports qui exigent un volume. On semble croire que je n'ai autre chose à faire que de la bureaucratie : c'est ce que j'aime le moins et c'est ce que je fais le plus.

Malgré tout cela, j'ai jugé indispensable de faire un mémoire pour éclairer le gouvernement, les Chambres et le pays sur la situation des choses en Afrique et sur ce qu'elles exigent pour atteindre le but. Ce mémoire est intitulé : Des moyens de conserver la conquête de V Alger ie et de Vutiliser. Il a été imprimé à Marseille. J'en ai fait adresser un exemplaire à chaque ministre, et j'ai promis de ne le distribuer aux Chambres qu'à l'ouverture de la session, afin de donner le temps de vendre à l'éditeur qui a imprimé à ses frais et qui me donne gratuitement mille exemplaires. Le ministre de la Guerre l'a reçu en outre en manuscrit. Si vous désirez le lire tout de suite, il pourra vous prêter l'un des deux exemplaires.

Page 1